CHAPITRE XXVI. SGp
devine .plus lusage, pub un vaste marais, et au bout de trois quarts de lieue, on arrive enfin à la nouvelle forteresse de Buthrinto, située au confluent de la Saronia et du Simoîs.
Buthrotum, embellie par les touchants épisodes de Virgile et d'Ovide , rendue célèbre à jamais par les" chef-d'œuvres d'Euripide et de Racine , restaurée et non fondée par Pyrrhus , fils d'Achille , se retrouve aux bords du lac Pelode. Strabon qui nomme son port après TOnchisme (i) , ne dit pas qu'il était situé sur la mer , et je pense qu'il faut distinguer dans les traditions des auteurs anciens la rade extérieure, où se trouvent maintenant les pêcheries de Gérovoglia, du mouillage où les vaisseaux d'Enée, comme les vaisseaux des Romains qui n étaient qut^ des barques, abordaient en remontant jusqu'à Buthrotum. On voit sur la rive droite du faux Simoïs , à l'endroit où ce fleuve sort du grand lac qui cumule les eaux de la Chaonie, les débris entassés de la hauteButhrote(a), consistant en un acropole ^ et la ville des Romains environnée d'une double enceinte. Au milieu de ces remparts , on distingue parmi les ruines, les édifices des Grecs et des colonies du peuple roi, les dé-
(i) HtT& èk ôyxtajA^ IIoa(^ttcv xai B«u6pftT0v. . . . i^rl rû ço*
«iÇovTu SrBAB.ylib. VII, p. 3^4.
Après le« ports Oncliisine et Posideum , se trouve Buthrotura , à rentrée du lao Pelode, bA|i dans une presqu'île.
(9) Porta que sobimat
Chaonio, et oeMan Butbioti ascf dinmi urbem.
jEncid., lib. m.
3^0 VOYAGE BÀ9S LA GKECE,
combres des ëglbes mèlës aux décombres des temples des dieux, renversés par des barbares, qui comme le temps ont confondu et anéanti les pompes humaines et religieuses sur cette terre. Mais en examinant avec soin ces restes dune splendeur passée , on reconnaît dans les muraiUes de la citadelle une base pelasgique (i) surmontée de massib en brique. Ailleurs, à côté des fûts de colonnes en marbre , des chapiteaux gothiques, enfin des ^[lises grecques du siècle des Comnènes, portent ren^>reinte d'un règne, où les arts comme l'empire touchaient à leur déclin (2).
Il pandt cependant que les Turcs portèrent les derniers coups à la ville de Buthrotum. Les Vénitiens , en leur succédant, au lieu de s'établir sur ses ruines, bâtirent à la rive gauche du fleuve un fort triangulaire ba^tionné , oooune un avant * poste et un comptoir placé dans l'Epire , pour des vues particulières de commerce. Us ne firent même, dit»on, jamais de fouilles dans un terrain intéresssant à exploiter; et les Français, qui les remplacèrent en 1797, furent trop pressés par la marche des événements, pour s'oc-
(i) Cette base suffirait seule pour prouver l'origine héroïque antérieure à Pyrrhus , si on ne savait pas d'aHleurs que Médée , princesse des premiers Ages de la société, y avait son tombeau, qui fut élevé par Jason. Indépendamment de ce fait, il existe une foule de probabilités de la haute antiquité de Buthrotum.
(9) Martianus Capella l'appelle, comme Strabon, colonie romaine, lib. VL Pomponius Atticus y avait de belles métairies, au rapport de Cioéron. Cette ville est nommée par Anne Corn- ) BoApttTov 9 et IkOpsvT^v par Cantacuzène.
cuper de pareilles recherches. Occupés du moment, TiTaDtau jour le jour , ils ne s<n)gèrent qu^à s y mettre à Tabri d'une surpiîse, polir l'évacuer, comme iWle firent, non sans rendre des combats sanglants contre un ennemi supérieur en nombre. Ainsi l'antique Buthiotum est toute entière à examiner, sous le rapport de l'archéologie, et cette tâche est sans doute ajournée à des temps éloignés, i cause de la réunion actuelle de son territoire aux possessions ottomanes. L'endare de Buthrinto, tel qu'il appartenait aux Vénitiens, et dans l'état où il fut cédé aux Français par le traité de Campo-Fovmioi comprend les lacs et le cours du faux Simoïs , jusqu'à la mer. A l'orient, il embrasse le terrain en-<leçà de Zaropoulo, et la moitié de la plaine qui s'étend au sud-«st vers Moursia , avec un littoral de dix mille mètres le long du canal de Gorfou. C'est entre le. mont Megalongi «t l'embouchuve du Simois, que se présente la rade de GeroYoglia, qui fut le lac Pelode ou Peloîs des anciens, comme on peut le conjeptuper d'après Appien (i), qui ne parle que decenomUage, lorsqu'il raconte l'expédition d'Antoine et d'OEnobarbus, qui commandaient quatre cents yaisseaux, flotte que le faux Simois n'aurait pu seocroir dans ses «aux. G*est pourquoi l'historien ne dit rien de Buthrotum, qui était pourtant une colonie romaine dont l'armée navale aurait pu tirer des secours, mais que son éloignement dans les terres mettait hors de portée pour die. On distingua toujours ainsi chez les an-
(i) Appianus, Kb. V. CWiUani.