VOYAGE DANS LA G&BCE
ciens Buthrotum du port Pelode, puisque ce fut aux rives du nouveau Simoîs qu*Énée retrouva Andromaque, les cheveux épars, sacrifiant sur le tonbeau d'Hector, dont elle évoquait les mânes (i). Enfin ce fut au même lieu (a), et non à Buthrotum, que Thamus l'Égyptien apporta la nouvelle de la mort du grand Pan (3) , qu'une voix surnaturelle , sortie des rochers de Paxos^ lui avait annoncée, circonstance qu0 quelques écrivains appliquent à la mort de Jésus -Christ (4). Ainsi par* tout le port Pelode est distingué de la ville antique de Buthrotum , comme il en est encore différencié par son nom moderne. L*étendue de ce vaste mouillage, qui est
(i) Ce jour même, sa Tenre , inconsolable encor ,
Hors des murs, dans un bois , qui d*an épais ombrage D*an nouTeau Simois ornait le doux rirage ; Tigorant «■ gaaon an triste et Tain cercoeil » Ofirait à soi^ époux Ib tribut de son deuiL
-J*avanoe et faperçois dans ce séjour nouTean'
De la fière Pergame un modeste tableau i
Voilà ses ports , ses murs renaissanU de leur cendre.
Ce coteau, c*est i*Ida; ce ruisseau, le Scamandre.
^ Tois la porte Scée et les tours dllion ,
£t de Xrwe en pleurant j*adore enoor le nom.
jfntid. , Trad. de J. Ddîile.
(3) Dorioè HaXv^ç a yerbo IIoX^c ccuium , Lutum,
(3) Plutarcb., de Dtftct, Oracul, Ubi ad Palodés '•eneris, «wnuncia magnum Panem esse mortuum. Quand tu arrtçeras à Pa» iodes, annonce que 'le grand Pan est mort. Ces paroles , suivant le rapport d'Epithèses, futrent entendues par Tliamus, Égyptien, près de rae de Paxos.
(4) ^oyez d'Herbelot» Bibliot, Orientais
CRAPITHX XXTI. 3y3
à -peu -près de quinze cents toises dans ses différents diamètres , est séparée à son milieu par une madrague en roseaux , destinée à clore les pêcheries quon afferme annuellement avec celles des lacs et les douanes. Au nord, s'ouvre Tembouchure du faux Simoïs, qui est souvent embarrassée par une barre de sable, sur* tout lorsque les vents d'ouest se font sentir. Après avoir franchi cette digue sous*marine, ce .qui n'est pas toujours sans danger, comme je l'ai éprouvé , on entre dans le lit tranquille du fleuve , dont la profondeur varie depuis douze jusqu'à dixhuit pieds d'eau ; et à trois cents toises de son embouchure dans la mer, on trouve la tour de Gonémi, poste militaire. Au-delà, s'ouvre un canal de communication avec la partie close des pêcheries de Gerovoglia, dont la plage nue et blanchâtre forme le rivage aride dont parle Virgile. Un autre canal pratiqué à la rive droite conduit dans une direction opposée aux pêcheries d'Armyros , qui., suivant toute apparence , forment le Posideum ou port de Neptune des anciens. Les diamètres de cet autre golfe , depuis son ouverture sud-quart-ouest , jusqu^à un grand puits .situé à sa plage orientale , sont de neuf cent trente toises y sur trois cent dix de largeur. Dans son étendue, on voit quatre écueils appelés par )es caboteurs du seul nom de Tetranisia. Près du puits, qui est leur aiguade ordinaire, à cause que l'eau du Simoïs passe pour fiévreuse, on retrouve les débris de Calcara, tour ruinée d'une métairie appartenant à Tévêque 4e Buthrotum, et ceux de la ferme appelée CopertUy appartenant à une famille apulente de Gorfou.
3y4 TOTAGE DiK!fS X.A GftÉeZ,
Dé la toui* de Gonemi, en remontant le fleuve, dont h largeur moyenne est de qtiarantc-aîx pieds y jusqu'à Buthrotum, la navi^^ation est de treiie cents toises. La rire gauche est bordée par une haie, et la droite flanquée de rochers âpres et escarpés, sur lesquels on apen^it les décombres de la ferme de Saint «-Erino, et unxautel taillé dans le roc, qui est dédié à saint Deraetrios , patron de ces plages. Avant de pénétrer dans les lacs, dont l'entrée est fermée après la saison du frai des pOMsbns , par une ma*» drague solide, on débarque auprèa du fort triangulaire, ouvrage des Vénitien», auquel sont adossés une douane et quelques magasins^ La forteresse, puisqu'il faut lui donner ce nom, à demi écroulée, dans laquelle il y a quatre ou cinq pierriérs, est enveloppée au nord par le fleuve, à Touest par la Saronia on rivi^e de Coniapolis , et couverte à Torient par des marab dangereux. Une vaste prairie, qui se déroule à Foccident jusqiii'aux pêcheries de Gerovoglia, aboutit à sa plage aride^ sans laisser apercevoir la ville de Corfou , qui est masquée par un renflement du cap Megalongi. Mais on découvre la partie de sa rade comprise entre Tile de Yido et le mont Saint-Salvador, ainsi que les rideaux d oliviers qui parent les hauteurs de rîle de Corcyre du cftté de Govino. Dans le sudest, la vue s'égare sur une forêt dé roseaux et de grandes herbes, qui se déploie à la distance de cinq quarts de lieue, jusqu'au village de Moursia. Enfin au nord , la palanqoe moderne de Buthrinto est dominée par la butte de Merovigli, sur le penchant de laquelle on voit les restes d'une enceinte bastionnée ,