‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 128 sur 160 · CHAPITRE XXriI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXriI

« seii^ femmes , par ses courtisans ; telle est la circulation « habituelle de la richesse publique. G est là le tableau « de notre empire, qui, malgré ses incohérences, les « rébellions et les pestes, se soutient et se soutiendra «aussi long-temps quil plaira à Dieu de permettre « son existence. »

Ce tableau n était pas exact; car la terreur, qui comprime tous les sujets d'un monarque absolu, fait enfouir et perdre une partie du numéraire. Cette remarque aurait pu nous conduire à nier qu'il existe en Turquie des lois conservatrices de la prqpriété et de la sûreté des personnes (i), ou quelles sont comme non avenues par leur inexécution. Mais comme le soleil baissait , je dus me séparer de mon derviche raisonneur, pour me rendre au monastère de Jacovo, où mon logement était marqué (2). Je -vis le cortège de Mouctar pacha , qui se dirigeait avec ses faucon- Ci) Tout le monde sait l'histoire d*an curé et d'une dame qui ▼oyaient dans la lune , celui - Ià des clochers , et celle - ci deamants heureux. Il en est de même de beaucoup de voyageurs, qui se sont imaginés ayoir découvert dans la Turquie des hommes d'état, et jusqu'à une constitution; depuis sur-tout que cette institution est un des dogmes nouifeaux de l'Europe ressuscitée, comme le phénix immortel des cendres de son bûcher. Le grand-seigneur unit le droit et U fait de la justice à l'égard de ses sujets. Sur ce pied, où peut-on trouver une constitution ? De cette maxime délîve le mode de gouvernement des proconsuls mahométans. Us paient mille bourses an sultan , qui leur donne le droit de vie et de mort sur ses sujets; et ils en demandent trois mille i leurs préposés, qui en exigent i leur tour six mille de leivs adminis» très. Voilà les hommes d'état 1

(3) Jacovo, un mille N. O. de TAmbari de Cioacoulios.

396 TOTAGB DANS I.A GftBCS,

niers et ses équipages, du côté de Calibaki, don S se proposait de retourner à Janina , en parcourant la chaîne du Mitchikéli, pour se livrer au plaisir de la chasse.

Le monastère de JacoTo est situé sur une terrasse entre les deux branches qui coulent des sources mères de la Thjamis. Si on ne savait pas dans quel état de mutilation les ouvrages des anciens nous sont par-* venus ^ on croirait qu'ils ne connurent que Fembou* chure de ce fleuve. Mais il est probable qu'écrivant pour des hommes pratiques des lieux , ils se sont contentés, comme le fait Thucydide, de dire que ce fleuve sépare la Thesprotie de la Gestrine (i). Cette désignation, aussi vague que celle d'Athénée , qui le fait sortir de la Thesprotie, dont les limites et le nom furentsouvent confondus avec le pays des Molosses (a)^ ne pouvant de nos jours servir à fixer un point géographique , je m'appliquai donc à le déterminer.

En entrant au couvent, je trouvai le Kiaya du visir et son divan-effendi (3) installés dans la meilleure cellule, où je dus me loger avec eux. Comme la conversation de ces deux personnages n'était rien moins qu'amusante pour moi, je les quittai presque aussitôt, et je profitai du restant du jour pour prendre les gi-

(i) Kî ^i 6oa(tiç irOTa(40( 6piC«»v rnv Ot^irpôri^a noI Ktç^ÎYHV.

THVCTO.ylib. r.

(a) Athen., in Epiiome^ lib. III.

(3) Divan-effendi, chef du secrétariat turc du visir. Cet officier est à la nomination du conseil d*état de Teinpire, et a son scean particulier, pour Texpédition des affaires qui sont de s» compétence, ainsi que pour le contre-«eing.

CHAPITKB :ixTii. igy

«ements des villages et desi, points principaux de mon horizon. Je relevai en conséquence avec la boussole, trois quarts de lieue au nord-ouest ^ le beau village de Galibaki^ au-dessus duquel la seconde branche de la Thyamis prend sa source dans le mont Papingos (i). Je ressaisis , par cette détermination de Forigine de la Thyamis, un fait géographique capable de me faire discerner la démarcation des provinces anciennes ; et je terminai par là une de mes journées de recherches dans la vallée de Palaso-Pogoni.

A la nuit tombante > le docteur Frank nous rejoignit; et après le souper, pendant lequel le Kiaya fit parade de sa science , par des récits négromantiques et des dissertations sur l'astrologie judiciaire, rêveries qui sont la maladie d'esprit ordinaire des Turcs (a), on s* étendit sur le plancher pour tâcher de dormir. Comme je ne fpouvais trouver le sommeil dans un réduit rempli de fumée, je cherchai dans le mona*

(i) Une demi-lieue N., Dongliana; du précédent, une lieue S. £. , Zapandi; deux milles N. du précédent, Gaboria; du même, deux lieues N., Vradetto, situé près de la route postale do Janina , qui passe par Rayenia et Ostanitza.

Voyez ch. XVI de ce Toyage.

(9) Les Orientaux ont un penchant inné pour la science occulte et les pronostics de Tastrologie. Le christianisme n'avait pu guérir de cette faiblesse Constantin , qui fit tirer l'horoscope de Gonstantinople par l'astrologue Valens, le huitième jour de la fête de sa dédicace, tombant an 1 1 mai. Les Turcs n'entreprennent non plus aucune opération majeure , sans recourir aux derîns, et le grand-seigneur a plus d'une fois fait demander des lÎTres d'astrologie , aux ambassadeurs des puissances chrétiennea, Gbdbsit., p. «84. XàUMÊJA y Astronef 1. 1, 1. 3.

ZgS YOTAGB DANS LA GABCf^

«tère qudquun d'humeur a faire la couTersatioff. J errais sous la galerie, lorsque je rencontrai le prieur au fond d'un corridor, où il s'occupait à carder de la laine. Il m*apprit que son couyent, qui avait autrefois plus de trente moines et autant de frères ser- Tants y jouissait d une dotation de dix mille piastres de revenu en biens^fonds. Comme je lui demandai s il avait des manuscrits : « Ah! dit-il , de vieilles his- « toiresy Dieu nous en préserve; nous sommes ortho- «doxes, et tout ce que ces Juifs (THeUenes^ qui ne « parlent que d'hérésies ont écrit , a été , Dieu merci , « brûlé, et le serait encore, si j'attrapais quelques^-uns «de leurs parchemins (i). — Mais, lui dis- je, les c moines ont été les conservateurs de ces mêmes par- « chemins; cest à leurs soins qu'on est redevable des «beaux ouvrages de l'antiquité. . . . — Je ne sais pas «tout cela; ils auraient mieux fait de carder leur « laine. » Indigné de la grossière barbarie de Tigoumenos , je regagnai ma cellule , x>ù le Kiaya , qui n'avait pu fermer la paupière, exerça ma patience par le récit ennuyeux de sa vie. On peut bien croire qu'il fallait être mal à son aise pour n'être pas endormi par un conte aussi soporifique. Aussi je vis avec plaisir paraître le jour; et nous apprîmes par un courrier

(i) Les Caloyers ont détruit pins de manascrits et de monaments des arts que les barbares qui ont désolé la Grèoe. TronTe* t-on une statue ou un bas-relief arec figure : Uur aspect ^va touiUer la lumière du soleil. Heureux, quand on se contente de l'enfouir de nouveau , car plus souvent on en fait de la ch^tnx ; il en est de même des inscriptions, etc. . . •

Page 1