‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 130 sur 160 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

restés au voisinage des ruines de la ville j comme les gardiens des tombeaux de leurs ancêtres. Un mille à Torient, on voit le hameau de Gradez, et trois quarts d'heure au sud -est, Yrondismenos , qui domine le cours du fleuve. Nous nous étions inconsidérément engagés entre ses branches parallèles , croyant arriver directement au pont de Mazaraki , lorsque nous nous trouvâmes arrêtés par leur confluent, qu'il nous était impossible de guéer. Il fallut donc rétrograder pendant une derai-Iieue entre des marais, où nous vîmes des myriades d oies et de canards sauvages. Enfin noua trou- ▼âmes un gué dans la branche qui coule du lac de Dgérovina , et nous arrivâmes à l'endroit où il y a utie chaussée percée d'arches , d*où nous gagnâmes le Khan de Mazaraki. Le visir s'y trouvait depuis long-temps, et il déjeûnait, lorsque nous noua présentâmes dans un triste état, car son Kiaya, et son Divan -effendi, étaient tombés avec leurs chevaux dans les fondrières, ce dont il ne manqua pas de leur faire compliment à .sa manière. Après cette bourte entrevue, il donna le signal du départ, et quitta pour cette fois sa halte sans faire d'avanie; car les habitants de Pagouna (i), informés de son approche, s'étaient sauvés dans les montagnes.

Le village de Bilazaraki situé pcesquen face du Khan, est groupé sur deux mamelons , à la rive droite de la Thyamis dans une anse. Le fleuve, décrit en-

Ci) Pagouna, un mille au N. clu khan de Mazaraki. Je crois qo*il y eut là un château appelé Pogoni , qui était la résidenod d'un prince grec du Bas-Empire.

4ol TOTAGfi DAHS LA GE£CB,

suite au midi une Vaste sinuosité , et revient en serpentant entre des rives fleuries^ s*ëpancher dan» les précipices de Glizani (i). La cataracte quUl forme avec la masse eniière de ses eaux, mesurée à vue d'oeil, présente une chftte de vingt -cinq à trente pieds de hauteur. Le Kl dans lequel il commence un nouveau cours, est encombré des masses d^une pierre tendre semblable au tuf, jusqu'au*» dessous de Hiéronmimi, village bâti à sa rive droite sur une btifte argileuse de (oitmé tumulaire couverte d'arbres. Une demi-li^ue au sud -est, la Thjamis s^'enfonee dans un lit profond au-dessous du couvent de Pateres^ desservi par vingt- deux moines bien dotés. Un mille au-dielà , elle passe à Lizono faible village. Presqiie parallèlement dans le mont Chamousi (2) , ^n aper« çoit Brianista et Ghoutista. Au-delà de ce col, trois quarts de lieue daiiste sud- est, coiAraence enfin au pont de Haïco, la vallée inférieure de la Thyamis, de kquelle les auteurs anciens^ qui nous sont parvenus, font quelque motion.

Je révins de kt cascade de Glizani à Dzidzâ dans moins d'une heure, en escaladant les montagnes par la ligne la phis courte; et j'arrivai à temps pour sauver la vie à deux étrangers, qu'une horde de furieux traînaient devant le visir. J'enteiidais crier

(i) Glizani, dérivé du verbe gtUtro^ de la laogue grecqae vulgaire, qui signifie glisser.

(%) Brianista, trois quarts dlienre S. de LizoAo dan^ le mont Chamousi; Ghoutista, une demi-heurt S. du précédent, dans la jnémt chaîne.

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que c^ëtaient des Francs ; et fendant la foule ave^ mon cheval , j'aperçus deux hommes presque nuA et garrottés, qui, en me voyant paraître , secriè* rent qu'ils étaient Anglais. Je leur fis signe d'être tranquilles \ et courant auprès du pacha , je fus le premier à l'informer de ce qui se passait. Les Anglais iqu on amena , ayant présenté leurs papiers , firent connaître leur pays. Celaient deux matelots nau» fragés SOT la côte de rAcrocéraune, où ils avaient été dépouillés par les Ghimariotes. Un d'eux auquel on avait vouhx trancher la tête , avait ime plaie au col; cruauté que je ne manquai pas de reprocher amèrement pour leur intérêt. Enfin quoique la Porte fût alors en guerre avec l'Angleterre, je m'intéressai A vivement au sort de ces infortunés, que le visir les mit entièrement à ma disposition. Comme il avait alors le plus grand intérêt à m'obKger, car sans cela mon éloquence aurait été en défiiut (ain» que Texpérience me Ta prouvé dans la suite), j'obtins sans difficulté qu'on leur fournît des vêtements; et Tordre en fut donné au maître des postes, qui Texéciitaavec autant die célérité que d'économie pour la bourse •de son maître. Je venais de faire une bonne œuvre , lorsque je vis celui qui était chargé de pourvoir à fhabitlefnent àes Anglais , appliquer un soufflet à un Grec , et ïui enlever sa Cape dont il couvrit les épaules ■d'un des matelots , puis en arracher une seconde à un passant, Admiûistrailt ensuite des coups à tout venant , il eut dans un instant trouvé des souliers «t des bonnets à ces deux hommes, qui n'étaient pas

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moins étonnés que moi , dune scène qui prouTe à quel point il est difficile, auprès d'un tyran, de rendre un service sans porter préjudice à personne.

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