CHAPITRE XXV III
nir qui ne leur offre que la perspective de resclavage, après avoir déboisé leur pays , arrachent maintenant jusqu aux racines des halliers de chêne vert ou pournari, pour les vendre. Contents du prix qu'ils en retirent, ils voient ,dépérir les ressources de Tagriculture j par Faction des pluies et des torrents , qui emportent les terres T^gétales que retenaient encore les souches, et s'épuiser ainsi jusqu'aux déments de la fécondité. Aussi on peut prédire que , dans peu d'années , les champs qu'ils labourent encore , privés d'arbres, exposés aux rayons d*un soleil brûlant^ ra« vagés pai* les eaux, .qui ne trouvent plus d'obstacles à leurs cours capricieux, n'offriront qu'une région calcaire, qu'ils seront forcés de déserter. Mais le besoin du moment l'emporte; et des laboureurs opprimés ne tiennent pas à une terre, qui n'est pour leurs enfants qu'un héritage d® travaux , d'humiliations et de peines!
L'aride contrée, où sont disséminés les villages que je viens denumérer, est traversée par la voie commerciale de Janina, qui passe au pont de Brestani, d'où elle s'élève entre les monts Olichiniens , pour aboutir à Paramythia (i). C'est là, le débouché principal qui mène dans la Cestrine ou Chamouri , vers les échelles de Gomenizze , de Nitza , de Syvou et aux Calanques de la partie du littoral voisine de
(i) La dbtance entre Janina et le pont de Brestani est do cinq lieues par lentrée du défilé de Cosmeras, et de quatre lieues seulement pour les piétons qui traversent le village de SodoviUa.
4od TOYAGE DANS LA GRECE,
Corfoa, qui ne sont plus maintenant fréquentées que par les caboteurs Ioniens.
Si on reprend «une autre route, à partir du torrent de Cosmeras^ après avoir suivi un sentier tracé en spirale à louest-sud-ouest sur le flanc des montagnes, on arrive dans trois quarts d'heure à la chapelle de Saint -Théodore, bâtie au milieu d*une futaie de chênes et de poiriers sauvages. De ce point de vue , où l'on jouit d'une fraîcheur délicieuse en été , en descendant pendant deux milles, on arrive aux ruines de Passaron, que tes modernes appellent PalœchCastron ou 'vieux château de Dremichoux.
Les Molosses, qui furent une des quatorze nations dé l'Épire, avaient , dès Torigine de leur établissement dans cette partie du continent, reconnu pour roi, Molossus^ issu de Pyrrhus, 61s d'Achille^i), qu'on peut je pense regarder comme le fondateur de Passaron. Heureux sous les lois de ce prince, ils avaient vécu depuis neuf siècles , avec des vicissitudes différentes , gouvernés par ses successeurs ; et la stabilité du trône s'était maintenue par l'usage. Mais un de leurs princes, frappé de l'abus de l'autorité de quelques-uns de ses ancêtres, et s'apercevant d'un changement de mœurs parmi son peuple, résolut en mourant de prévenir une révolution dans l'état. Il remit en conséquence son fils unique aux soins de la nation , pour le faire élever. « Le peuple persuadé (a) que rien ne
(i) Homère, Odyss. , liv. XIV , v. 3 1 5 ; Thacyd. , lib. Il , c. 8o ; Theop. ap Strab., lib. VU, p. SaS; Scylax Perip. (a) Voyage d'Anacharsis , c. XXXVI.