‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 138 sur 160 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

les montagnes de Vlachoritico et du Yacouf. Après avoir reçu le tribut de cet affluent, la Thjamis se recourbe au nord*ouest, derrière la butte de Zalongos, éloignée de trois quarts de lieue, doù elle coule à Toccident, entre la Gestrine ou Chamouri, et le Gazi*di-Scala.

Au nord de Levtocaria , on domine une vallée dans laquelle serpente la Longowista , qui décrit, depuis le pont de Ljco au nord-ouest, une spirale dans tous les sens jusqu*au sud- ouest ^ où elle passe entre la colline qui sert d'observatoire et le mont Vélona, pour se rendre à la Calamas, avec laquelle elle conflue à l'occident de la butte de Zalongos. Après la Thyamis, la Longowista qui est une des plus belles rivières de la Thesprotie, conserve toujours ses eaux intarissables et limpides, dans lesquelles on pécbe des truites et plusieurs autres espèces de poissoiis délicats. Ses sources, placées dans les montagnes d*Ar» gyro-Castron, cinq lieues au nord^ouest, se trouvent au-dessus du Village de Gourmadi. Une heure au midi , elle reçoit un ruisseau des hauteurs de Lista , et trois quarts de lieue plus bas, par sa rive gauche , la rivière de Grùca ; enfin une heure trois qiuirts au sud -est, elle passe au pont de Ljco que j'ai nommé.

Les paysans des villages situés à la rive droite de la Thyamis, que j*ai énumérés depuis Sarachovitzas, sont des Schypetars chrétiens de la langue des Ghamides. Parmi eux, on remarque une vigueur native, une pureté de sang, de beaux hommes blonds ou châtains, impatients du joug et fiers^ malgré la dé* /. a8

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pendance dans laquelle ila TÎTent maintenant. Les habitants même de Courmeri, de Coutchi et de LeTtocaria, naguère adonnés au bri^^ndage, font encore parade de leurs exploits dans cette carrière. Celui, chez lecpiel je descendais habituellement, aTait été long -temps chef de voleurs, ain« que le papas du village, et il ne leur restait de leur profession qu'un l^er peaehant au larcin. Mais , par un eifet particulier des mœurs nationales, cette inclination était facile à réprimer, en s'abandeonant à eux, et en leur donnant à garder ce qu^ils pouvaient convoiter. Dans ce cas, comme je lai remarqué, il s^établit une sorte de responsabilité. La confiance désarme la cupidité y l'hospiulité couvre lëtranger et ce qu'il possède; enfin il peut être tranquille. En agissant d^ cette manière , j^ai triomphé de lavidité naturelle aux Albanais, L'idée de d^oniller leur hôte les retient. Ces méwes hommes cependant organisés en bandes de voleurs, pîUent, rançonnent, assassinent ; mais ils considèrent alors kurs crimes comme la conséquenced un état de guefre constitué , dans lequel ils exposent leur vie; et ses résultats , comme le prix du courage et du sang. Hors de cette association , il n'y a pas d*exemple que le brigand attaque œlui qu'il reçoit dans sa maison, afin de le spolier et de s'emparer de ses richesses ; c'est sur un terrain libre qu'il attend sa proie.

On passe ordinairement à gué la Longowista; mais quand elle est gonflée par les pluies , on doit remonter sa rive gauche, jusqu'au dessous du village de Lyco, pour prendre un pont de trois arches en pierre, qui

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étant dëpoumi de parapets et très -arqué , est effrajant par son élération. Quelquefois le sentier tracé au flanc des montages presqne acores qui bordent la rivière^ oblige à doubler une oontre-pente , du haut de laquelle Ton découTre au nord>nordouest Braïa et Grûca» Voilà les détails dont le voyageur doit être prérenu pour sa sAreté. En partant du pont, ou fait le sud* ouest , pour prendre un défilé rocailleux, qui, après une lieure dç marche , pendant laquelle on passe trois coteaux boisés, et un égal nombre de torrents, conduit en fiice de Raveni (i), village placé au fond d'une gorge ténébreuse, encaissé par des montagnes d*un aspect sinistre, bordé de précipices et de rochers, i avais constamment évité de l<^er dans ce repaire regardé comme le séjour des plus mauvais sujets de TÉpire, lorsque je fus forcé par la pluie d'y passer la noitau mois de décembre i8i3. Le temps où ses habitants étaient superbes et voleurs n'était plus, ils venaient de subir le joug d'Ali pacha; ainsi on m^accoeillit avec égards, dans un lieu d'où j'aurais été quelques mois auparavant repoussé à coups de fusil. Je fus étonné après avoir traversé des rochers, d'arriver sur une belle pelouse couverte d'arbres, et d'apercevoir au sud -est une vallée couverte de maisons, qui avait échappé à mes regards, ainsi que le cours des torrents de Vigla^ dont les eaux s'épanchent de ce c6té dans la Calamas. Ma surprise fut plus grande encore, lorsqu'on me montra les

(i) Airtni ou Rmmù mgùSim en greo fiMr, téÊéhtua.

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restes d'une ville fortifiée^ qui se trouvent dans ce lieu sauvage, et comme séparé du monde, dont Fenceinte cyclopéenne dépasse encore le niveau du soi. Je questionnai les habitants sur cette ville, que je crois être PHorreum de Tite-Live; mais je ne pus en tirer aucunes lumières, ils n osèrent même dire si on 7 trouvait des médailles , tant leur réserve était grande à s'expliquer sur un article aussi délicat de* vaut un étranger, entouré des satellites d*Ali pacha, et qu'ils voyaient pour la première fois.

•A un mille de Raveni, on reprend le sentier commercial de Philates, tracé pendant une demi-iieue à travers les bois, jusqu'à une chaussée pavée, qui aboutit à un Khan bâti par Ali pacha, au-dessous de deux tours situées au haut de la montagne de Yigla. En laissant ces postes à droite , si on prend un sentier borné au couchant par le mont Phœnicovo, on entre aussitôt dans la partie de la Thesprotie maintenant appelée Cazi-di-Scala, que la Thjamis sépare de la Cestrine, dans une étendue de quinze milles mesurés depuis Himinina, village du canton de Paramjthia, jusqu à Calibalii ( les cabanes ) » bourgade turque située quatre milles au sudrest de, Philates; sur un diamètre transversal de cinq milles. Sous lair de vent que j'ai indiqué, dans une l^eure et demie de marche, on arrive au village turc de Goùra, doù l'on voit Dogliani et Phœnicovo restant à une et deux lieues nord -ouest. Au midi, on aperçoit de nouveau le cours de la Thyamis , qu'on avait perdu de vue depuis Levtocaria. Ce fleuve, qu'on pourrait appeler le Nil des Thesprotes, porte de tous côtés la fertilité par

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