‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 14 sur 160 · XXXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXVI PRÉFACE

classés dans des tableaux , de manière à repré-* senter soiuinairement les charges, ainsi que la manière sociale d'existence politique et commerciale des Orientaux.

Quelques considérations sur Leucade, son golfe y et le récit de ma navigation depuis Pré- Yésa jusqu'à Fatras, précèdent mon voyage dans le Péloponèse. Fidèle à la marche de mes opérations, avant d'entrer dans les détails de mes excursions , je présente quelques rapproche^ ments entre les mesures générales que Strabon a publiées sur cette presqu'île, et celles de nos astronomes. La longitude et la latitude du cap Ténare^ qu'il dpnne, et d'où on est parti pour décrire tout le Péloponèse et la Grèce (1)9 8€ trouvant exactes, devinrent pour moi le complément d'une démonstration qui justifie l'adage connu de Salomon : // ny a rien de nouveau sous le soleil. Cette sentence, qui n'est humiliante que pour la vanité, prouve à ceux qui sont pénétrés de notre insuffisance, relativement à la grandeur de l'auteur éternel des choses, que le nombre possible des combinaisons de nos idées étant, comme celui de nos connaissances, très-limité, il est probable que nous ne faisons depuis long- temps que nous répéter. Ainsi, en rendant justice à nos con-

(1) Gotsellm, Qéograph. anafysée,,^, 8i.

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tempoxaifis, on peut affirmer que nos devan- \ çiers avaient beaucoup vu et calculé. Strabon ne dit pas qu'il est l'auteur des mesures qu'il donne; il se contente de se plaindre de la peine qu'il a eue à les supputer , et il reconnaît tacitement que d'autres avaient exécuté ce qu'il combine. Les grandes mesures de la terre, ajoutera i-je, étaient donc connues depuis très- longtemps. Thaïes, qui enseignait Turanographie des Egyptiens, que l'école d'Athènes adopta, professai]; une doctrine connue, en expliquant le systénje que nous attribuons à Copernic; système toujours dangereux à ceux qui furent chargés de l'annoncer (i). Cela posé , il e$t probable qu'on savait, dès une haute antiquité, évaluer les longitudes .et les latitndes autrement que par la réduction approximative des périples tracés à la manière de Scylax et des itinéraires des voyageuis.

Passant de ces généralités, pour lesquelles mon suffrage est à -peu* près indifférent ' aux

(i) Ce Bystéme était renfermé dans les écoles des Pythagori« cîens, parce qu'il était dangereux de s*en expliquer en public. C'est pour l'aToir enseigné qu' Aristarque , dont Plutarque parle comme d'un habile astronome , fat accusé d'impiété par Cléanthe , disciple et successeur de Zenon , d'avoir Vwlé le respect dà 4 f^iwte, c'est-à-dire d'aroir 6té la terre du centre du système pour la faire tourner autour du soleil. Ce qui arriva ensuite à Galilée proure que, en ^vieillissant /4#mond« n'est pas devetiu plus raisonnable.

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yeux des savants , je parlé succinctement de^ rérolutions qui ont désolé le Péloponèsé. Je donne un tableau comparé des provinces anciennes et des divisions territoriales actueUes; et j'entre en scène par la topographie de FAchaïe.

Dans le tome quatrième ^ je décris la Sicyonie, Corinthe et son golfe, Salafnine , Athènes où j*ai trouvé I0 moyen de glaner quelques inscriptions inédites ou curieuses. En revenant sur mes pas , je visite Eleusis, Mégare,. l'Isthme, la Corinthie ; et j'arrive k Mycènes par le défilé du Trété. Quoique M. Gell ait publié utie description des monuments de Mycèniss, j'ai dû rendre hommage dé leur découverte à MM. Fourmont et Fauvel , qui les avaient vus, dessinés et décrits avant lui. Personlie, plus que moi, ne rend hommage au beau talent dé M. de Chateaubriand ; il aurait resèauré le Péloponèsé, en lui donnant uniustfe nouveau, si le temps lui eût permis d'en faire la description; mais il ne nous a fourni qu'un itinéraire exquissé si rapidement, qu'il ne lui a pas été possible de se reconnaître. Aussi j'ose lui contester ^J la découverte des tombeaux d'Ëgisthe et de Cly-

temnestre , ainsi que celle de Sparte, que Jourmont avait explorée avant que le chantre des Martyrs fût né. Je soumets à M» Gell mes ré-

flexfonê sut léS pféténdas Mrarium de Mf cènes^ que je crois 'être les tombeaux des Atrides, et non pas des caveaux destinés à reofermer les trésors de ces priric^es.

J'ai YQ peu de ruines intéressantes à Argos; tnaisf j'y ai retrouvé dés inscriptions qui justitifient Taulhenticité long -temps contestée de celles qu'a recueillies Fourmont. Je donne, àpàrtîr de celte ville , des ape;*çu8 nouveaux sur l'Argolide et le canton de Saitit- Pierre , qui forme l'antique Cynurie. Dans ïnon itinéraire vers FAréadie, je décris la Pbliasie et les restas inconnus jusquesf alors de Phlionte, avant d'entrer dans la Stymphalide. Le gouffre du Stymphale , e%sa vallée, celui de Phéàéon; Capbyes^ fon; ééè put baYdaims; le bassin du Ladon, te mont Cyllètie et k'valkm du Cérynite, Sont l'objet dé mes ob^rVations que je rattache à Pàtras.

Au printemps dé l'année 1816, je pars de cette ville pour entrer dans TÉtide, province ilidiqnée pltrtôt que décrite par les Voyageurs, dont j'expose k t<ypograptiie entière. Ainsi Cyllètte^ Élis, les détix Pylos, LétrintlS, la vaste baie de Cafacblo, les lac^ Lanii et Nérovitîa^ les b#rds du Buprstsè, teparaisiE^tit ati sein de la tàste Êlidé. Mfltb c'esf Sur-tdut vers la Pisatide qtré j*ai fyorté là plus sdruputeuse attentioil, âflii dé *étiVifier Olyiâpte, Son Stade,

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son hippodrome, et le territoire consacré à Jupiter par Hercule , à son retour de Fexpédition de Colchos.

Passant ensuite à la potamographie de TAlphée, dont j'indique les sources , le cours et lembouchure , j'entre une seconde fois dans la pastorale Arcadie, en traversante chaîne boisée , du mont Pholoé. Psophis; l'Érymanthe^ qui verse ses eaux limpides dans le Ladon ; la montagne poétique à laquelle il donne son nom ; le Lampée, FOlénos; le Cyllène, cher à Mercure, inventeur de la lyre des bergers, se groupent au fond de cette contrée , que je parcours avant de rentrer dans la vallée du Cérynite. Une excursion que je fais de là au monastère de Méga- Spiléon me permet de faire connaître le régime et les oeuvres charitables des Pythagoriciens du christianisme, dont les vertus exemplaires soutiennent le courage des fidèles au milieu de la Grèce asservie.

Parvenu à cet endroit de mes voyages, j'en suspends le récit afin de donner quelques aperçus sommaires sur les moeurs publiques et privées des mahométans. Quoique connus par un grand nombre de relations, on les a peu considérés sous le rapport de Tinfluence religieuse , politique et morale, tels qu'on les voit dans les provinces de la Turquie d'Europe. J'en-

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visage sous les mêmes aspects les Grecs, qu'on a trop souvent dénigrés, au lieu de compatir à leurs touchantes infortunes. Comme dans les jnines augustes dea monuments de leurs ancêtres, où l'on remarque des substructions et des restaurations de di£ierentes époques, j'ai observé dans leurs idées, dans leurs coutumes, dans leur diététique, des traces des anciennes mœurs , des idées mythologiques et des scènes de la vie domestique de leurs aïeux. Ainsi les paysans, qui bâtissent leurs bourgades sur des lieux élevés, m'ont rappelé les Pélasges (i), accoutumée à construire leurs, acropoles au cou* ronnement des rochers ou des mamelons isolés. Les pasteurs et les soldats ont reproduit à . mes yeux étonnés, ceux-ci les Arcadiens chéris de Pan, et ceux-là les guerriers aux belles chevelures qui combattirent sons les drapeaux d'Achille et de Pyrrhus. Les agriculteurs qui' labourent la plaine de Rharos , les champs d'Aroé, et le plateau de la fertile Amphilochie; les marins d'Hermione , les barques agiles dont les voiles se déploient comme des ailes d'oiseaux, m'ont retracé de toutes parts les élèves de Triptoléme, les matelots des Argonautes, et les pirogues qui se détachèrent des bords de ^"— ^■— "■— ^— — •■^'^'*— ^^^'— ^^— ^■■— ^"^'— ^■"■^^^■■■•^'■■■•^"^•^"— ^■"^— ^^^

(x) Dionys. Halicamats. , lîb. I.

FAnlide poàr perler h& Âtride» a^ec I*élîte de là Grèce aux plages sënores de la Troade.

Si je fas émei^veillé de reconnaître les formes antique» des vétcnfients, des instruments aratoires et des barques, dans les peuplades de la Grèce esclaire ^ avec qiiels transports je vis les fêtes pastorales du peupie qui babite cette contrée 4 où tout est historique quand on a un cœur et des souvenirs pouf sentir et juger! Avec quels tàVissenihems j'écdutaî pour la première fois^ les pasteufn du Tomoros et du Pînde, qui errent aveo léufs pénates, tenfs familles et leurs ti^oupeaunt, dans les vallées que baigfnent le Pénée, FAcbétoûs et lef Sperchius, quand je les ên«eild)# ebànter rôrigîné de la feiliiâé! Les iH>m^ dés dlêul d'Hésiode étaient remplacés pét deul des sàiMs; Éiais tout respirait dans leurs hytnnés )a poésie dé Ltiius et d'Orphée. Gdmiâe eut, ûk rediraient y s6»s d'autresf noms, A Èvé, soHie du Ûstié du pretoiet homme , sfni- «raée par le Sttiiif -^Erpi^it, eiiibléme d'Èphes^ « tion ou An feti créateur ; là Vierge , qpA a R t*empià<^ Téi^s-Uranie, répandant àutoùf <ic de la lèïë dé la pins aiiâable ^des éréâtûf eA « la béatffé avec lés désirs inquiefs) et lé^ asoitîâ iatigàiHA; Aîeàthérifïi , ^ui #éçut du «I Ghris^ Panneau nuplkil y onum^ sa gorge pal* « pitante de colliers d'dr; les ebétubinS', ra-

PRÉSAGE. ZLIIf

« pi'des comme les Heures, posant un diadème « de fleurs éphémères sur sa tête; saint Michel, c emblème de Mercure, donitant à la nouvelle ff Pandore la parole avec Fart des déceptions, c afin de charmer et de séduire ie roi de la créa- « tion par des discours suaves et trompeurs. »

Je compris alors que tout vît' et respire en->> * core sous d'autres couleurs dans la patrie du poète d'Asc^ée, que les abeilles nourrirent dès le berceau des rayons les plus purs de leur miel,, symbolp de la douceur de ses ebants destinés à apprendre aux hommes le bonheur attaché au respect des dieux, à la pratique de la vertu, et aux travaux champêtres. C'est là, iB'éeriai-je, qu'on revérrait, éi les arts renaissaietit an séiri de leur noble patrie, Apollon rétabli sur son char, comme on y retrouve encore les saisons et les époques dé la vie personnîfléès dkns les cérémonies champêtres. Que manque*' t- il peor réaliser ceè prestiges? Le palaie, la cabatieet la tente ont conservé, eoo»ie les traditions populaites^ leur physionomie héroïque} ^ le ehristianisme , en ^perfectionnant la nature vicieuse de la fiable, a laissé aux descendants nlalheureux des vainqueurs de Platée et du Granique les idées brillantes de leurs antiét]^es. La peintut*6 setait ie premier desr art^ vers le* quel les Orecs tourneraient leur génie ^ o«r ils

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en ont conservé le sentiment. Un autre ^tien, animant la toile, reproduirait le tableau des noces d* Alexandre et de Roxane; quelque 2^uxis moderne obtiendrait, pour prix de ses talents, rhonneur de paraître en robe de pourpre aux jeux olympiques , restaurés par un second Iphitus, si le malheur se lassait d'accabler un peuple sensible et aimable. Voyez sa résignation : elle ne Ta point abandonné, parce qu'il a placé ses espérances au-dessus de toutes les forces humaines, en mettant sa confiance dans le saintdes saints. La joie éclate dans ses fêtes : le méchant seul est triste et misanthrope, disent les prêtres du dieu vivant, qui invitent les chrétiens aux fêtes par le plaisir. Ministres de bonheur, ils se couronnent de fleurs; ils appellent aux danses et aux banquets de Tamitié la jeunesse , ornement de Téglise instituée dans l'intérêt commun des hommes, quand ils sont dirigés unique*» ment par les préceptes de son divin législateur. Le tome cinquième de cet ouvrage présente les revenus , les charges et les productions de la Morée, en forme de tableaux, précédés de considérations jusqu'à-présent aussi nouvelles que le sujet qu'elles renferment. Je joins à cette statistique particulière du Péloponèse des aper* çus sur le commerce français dans le Levant , commerce presque envahi maintenant par celui

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des Grecs, dont je montre les richesses et la puissance navales. Ces renseignements , qui ne seront pas sans intérêt, niême pour les personnes du monde, à cause des épisodes qu'ils renferment, sont suivis de mon voyage dans la Triphylie et la Messénie. Le golfe de Cyparissia; le territoire de Gérennius, dont Nestor avait empnmté le surnom ; Messène , le mont Ithome , Andanie , les champs du Stényclaros et la belle vallée du Pamissus, sont le sujet de nouvelles recherches. Sparte, sur laquelle je donne une notice qui m'a été communiquée par M. Ambroise Didot; FÉleuthéro-Laconie ou pays du Magne, avec ses inscriptions, terminent le récit de mes recherches dans la Grèce.

Si le style de l'ouvrage a par -fois quelque chose de poétique > c'est que les lieux, les sites et les souvenirs qu'ils rappellent le sont euxmêmes. Ce n'est donc point une innovation dans le genre sévère du voyage , que je me suis permise; et je pense qu'on me pardonnera également d'y avoir introduit quelques chansons, qu'on ne pouvait traduire en prose sans leur 6ter le coloris qui en fait le peu de mérite. 11 en est de même des expressions par-fois helléniques dont je me suis servi pour exprimer des choses qui ne pouvaient être dites autrement, à moins d'employer des circonlocutions aux-

XLtl PRÉFACE.'

queUes îi fallait donner d#s>al6urs arbitraires; et je ne pense pas pour cela qu'on puisse m'accu«er de nëo}ogisine. Au reste j'ai écrit sur les lieux, loin des bons modèles, k la vérité, mais étranger ii toute espèce d'influence ; et je n*ai depuis éprouvé que celle des savants dont j*ai pris les conseils, afin de régulariser mes travaux. Tous ont pensé que j'aurais nui à la vérité de mes tableaux , si je m'étais permis de les composer à tête reposée dans le silence du otfbânet. Je le$ laissç donc avec leurs couleurs natives, en priant le lecteur dé n'y voir ni allusion^ ni double entente. La liberté que j'invoque dans mes écrits n'est point ce monstre farouche qu'on représente le front couronné d'une thiare sanglante, armé de hache et de ' faisceaux; mais cette douce fili^ du ciet , qui se glorifie d'obéir aux vois pasteurs des peuples. La dynastie des enfants de saint Louis éclipse À mes yeyx l'éclat des rois issus de Lelex et d'Hercule. La dépioeratîe d'Atfaéaes , l'oligarchie de 'Sparte, soqt pour moi des objets purement historiques, coffime les rapprochements que j'établis par-fois entre les demi-dieux et les saints; les cérémonies payennes et celles de notre au- ^ste religion, he culte du dieu rédempteur est l'objet de mon adoration; je m'honore des titres de chrétien et de Français^ et je sommets mon

PREFACS. XLVII

livre à rindulgence du public. Ainsi je me présente tel que je suis, avec Tœuvre de ma vie, fruit de quinze années de travaux; et je déclare que ce qu il y a de bon ou de mauvais m'appartient tout entier.

Dans l'analyse de la carte générale dressée par M. Barbie du Bocage, membre de l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres de llnstitut, on jugera ce que la géographie de la Grèce a gagné par mes explorations. On saura le parti que cet académicien se propose de tirer un jour des matériaux qui n ont pu trouver place dans la carte de mon voyage, avec lesquels il a intention de publier dans les plus grands détails une topographie générale de la Grèce , en adoptant pour mesure Téchelle du plan de la Hellopie où vallée de Janina , qui est jointe à mon Voyage v

Enfin, pour complément de mes recherches, je donne une relation succincte des événements arrivés dans TÉpire en 1820, avec les pièces justificatives; des extraits des Chroniques inédites d' A rgyro-Castron et de Janina.

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