‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 143 sur 160 · VOYAGE BANS LA GRBGX · texte numérisé non relu

VOYAGE BANS LA GRBGX

Philates, qui tombe maintenant en ruines, était le chef-lieu du Scaloma , canton suffragant du Sangiac de Delvino. Une lieue au sud -ouest, en descendant de ses hauteurs, le voyageur trouve des mines appelées Palaea*Venetia , que je ferai connaître. Un quart de lieue au midi de ces restes , est situé le hameau de Yrinde, qui signale le confluent des rivières de Philates et de Keramitza avec la Calamas. A Toccident^ on voit, une demi-lieue plus loin , le village de Saint- Biaise , et quatre milles au-dessous , laniari. Ce bourg ^ ainsi que Philates et Cosca, étaient les pépinières d*où sortaient les bandes de voleurs qui infestaient la Romélie, avant qu'Ali pacha fût maître de la Thesprotie. Depuis ce temps, les peuplades inquiètes de ces deux dernières bourgades, n*osant plus exploiter les défilés de la Macédoine, ont dirigé leurs pas vers TEgypte, où Méhémet Ali pacha les reçoit, pour en former les milices qu'il a employées avec succès contre les Wahabites. A quatre milles et demi de laniari, on laisse à droite Scoupitza; et une demilieue au midi, la Thyamis se décharge dans la mer Ionienne (i). Le port des villages que je viens d'énumérer, était encore , il y a quelques années , Kérachia , qu'Ali pacha a ruiné, pour concentrer le commerce à Sayadez , afin d'avoir une moindre étendue de côtes à faire surveiller par ses douaniers. En conséquence^ le chemin vicinal, qui passait par Spatari, est maintenant abandonné ; et les riverains du côté droit de la Thyamis trafiquent en contre*bande avec les Cor- Ci) Une heure et demie S. O. de Kérachic.

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fiotes, par lembouchure du fleuve. Ce commerce Interlope se fait au détriment du fisc et de la santé publique de Corfou , qu'il expose sur-tout dans la partie de Levkîmo, aux dangers de la peste que les barques des caboteurs peuvent y introduire en fraude ^ avec les denrées quils y apportent.

De Philates , en poursuivant la route directe de Sayadez , on descend dans un ravin profond ; et après être sorti de son lit, on suit l'ouest -nord* ouest jusqu a Sképfaari , village turc de quatre-vingts feux. On a sur la droite le vallon de Plichivitza^ qui s'enfonce une lieue et demie au nord-est. Une rivière parcourt le grand diamètre de cette gorge , en faisant tourner quinze motilins; et au bout de cinq lieues de cours, elle aboutit à la Thyamis. Dans le vallon qu'elle ar-^ rose, on aperçoit au couronnement d'une montagne conique, une forteresse murée et bastionnée que je crois être, à cause de son voisinage de Butbrotum, cette Dion dont parle Tite-Live (i) , sans aucune indication précise de position. Les murailles bien conservées, et plus entières que celles d'aucune autre place de FEpire, me font présumer qu'on occupa cette place militairement , même après la conquête des Turcs, comme étant la clef du défilé de Cosca, qui conduit du bassin inférieur de la Calamas , dans h vallée de Delvino.

Au-dessous de Sképhari, les orangers sont plantés en plein champ jusquau bord de la rivière de Pli-

(i)Tit.-LÎT., liB. XXXI, c. 97.

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chivitza , qu*OD passe à gaé entre deux moulins au» delà desquek^ après ayoir traversé le Talion, ob monte un contrefort pour anÎTcr au village de Smardo ou Myrthos (i) , qu on aperçoit distinctement de Cor^ fou» On descend ensuite dans une vaste campagne couverte de troupeaux, embarrassée de royrthes, de lentisques, de hautes asphodèles, de sauge, et rempUe d^énormes serpeuu, contre lesquels celui qui vojage à {Âed doit sans cesse être en garde. Cette plaine, qui a pour limites la Calamas et la mer, est bornée au nord par une chaîne de montagnes arides, au flanc desquelles se groupe pjramidalement la bourgade turque de Liopesi (a). Les eaux des sources dont cette peuplade faut usage pour sa boisson occasionnent de fréquentes hjdropisies, sur-tout parmi les jeunes gens, que les habitants surnomment, à cause de cette maladie, ventres paresseux.

A trois quarts de lieue de Liopesi , dans la même chaîne de montagnes, à un mille du sentier commercial, on laisse au nord le village chrétien de Sayadez; et après avoir contourné le poste ruiné de la Gabelle , des salines abandonnées et de vastes lagunes, on arrive à son échelle , qui est le grand poin^ d'abord pour le cabotage de la Thesprojtie. De cette rade foraine jusqu'à Corfou , on a une navigation de dix-huit milles , en longeant pendant les deux tiers du chemin le rivage de l'Epire, qui se déploie jus- Ci) Deux miHes O. N. O. de Sképhari.

(s) Liopeci , une liene O. N. O. de Myrthof.

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quau cap Style, extrémité la plus occidentale de la Thesprotie.

La route que je viens de décrire comprend dix* neuf heures de pays depuis Janina , et peut être parcourue, comme je Vai fait dans les plus longs jours de Tannée, dans la durée dun soleil. Les voyageurs la divisent ordinairement en deux stations, et les marchands avec leurs charges , emploient trois jours pour la faire en hiver, à cause des mauvais chemins et de rembarras des torrents. Une douane, un grenier à sel, une enceinte murée pour parquer les bœufs , une tour dans laquelle réside un poste de Maltotiers , et la boutique fétide d'un marchand qui débite du vin et quelques comestibles, sont le gîte, les ressources et Tasile que le voyageur trouve à Sayadez.

La rade , abritée au nord , .présente un mouillage fond de vase , au^ vaisseaux de toutes les portées , mais à une grande distance du rivage, que les barques n^accostent qu en s échouant. Les environs, non moins incommodes , sont occupés par des marais fétides et des eaux stagnantes, qui donnent l'aspect affligeant de la misère à cette échelle de la Thesprotioi qui pourrait être le centre d'un grand comtnerce.

45a TOYAGS DAlfS LA OfticE,

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