TOYAGB DANS LA GRECE
saien t dans nn viliage chrétien; ik obligeaient par mépris les paysans à donner à boire à leurs chiens. En pareil cas ceux-ci pour se venger faisaient porter aux Mahomé* tans des cochons vivants sur leurs épaules, et les haines envenimées par ces étranges représailles, étaient irréconciliables. Néanmoins on faisait des trêves, mais pour tâcher de se surprendre mutuellement, plutôt même que dans la vue de se reposer.
Malgré ces froissements, si les mœurs des mahométans pouvaient tendre à la civilisation, il serait résulté d'un pareil état de choses nn système féodal, qui aurait pu tourner à l'avantage du peuple et des grands. Après avoir fait le métier de brigands, les seigneurs châtelains seraient devenus polis et équitables, et las d opprimer leurs vassaux, ils auraient senti leurs véritables intérêts, en devenant leurs protecteurs. Mais la différence des religions avait élevé une barrière insurmontable , entre les Turcs et les chrétiens. Tout rapprochement était devenu impossible par TefTet du fanatisme , et Torgueil des dominateurs aggravait de jour en jour la condition des rayas. Le temps ne faisait que consolider l'usurpation des seigneurs , dont les titres étaient fondés sur le plus injuste des droits, celui de la conquête. Dans cet état de choses, le peuple appela par ses vœux, et favorisa par son inertie, l'envahissement du satrape de FÉpire , préférant être esclave d'un seul , plutôt que de servir sous des maîtres capricieux , dissolus et hautains.
Le désir de ce changement était dans tous les cœurs, lorsqu après le démembrement de la repu»
CRAPITAE XXX. 4%
blique de Venise, en 1797» les îles Ioniennes échu* rent en partage à la France. Les chefs, qui prirent en son nom possession de Corfou^ crurent devoir préférer Famitié du visir de Janina à celle d'une horde d'intriganis, et on ne comprit pas quon allait se donner un voisin incommode. Mais comme on perdit bientôt les sept îles, on ignora la faute qu^on avait commise. La Russie , qui succéda au pouvoir de la France , dédaignant justement et le pacha de Janina , et les barons Thesprotes , donna à ce dernier, en les abandonnant, le moyen de les asservir. Alors Ali pacha, jugeant le moment favorable à ses desseins, sema la division parmi les beys. Soulevant ensuite les paysans contre leurs seigneurs , il parvint de proche en proche à s'emparer du Chamouri; et vainqueur de Souli, dix ans de travaux, d'intrigues, et de séductions, le ren* dirent maître de la Thesprotie, qui subit le joug auquel elle s'était jusqu'alors dérobée. Ses grands feudataires , qui ne périrent pas alors dans les supplices , durent s*exiler; et ce beau pays, oii le choc des fections laissait quelques espaces encore libres aux peuplades chrétiennes^ est actuellement gouverné par une main de fer , qui a fait succéder au tumulte de Tanarehie la paix des tombeaux, terme de toute espérance. Tel est l'aperçu que j*ai cru à propos de donner , avant de décrire TAidonie et la Gestrine , dont l'histoire cesse d'être oosnue depuis le siècle d'Andronic.
La distance en ligne droite du nord -est au sud* ouest de Janina à Paramythia est de douze lieues et de quatorze environ pour les voyageurs, à cause des
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BÎDuosités des sentiers. Au sortir du pont de Breslani, après aToir gravi pendant une demî^heure les monts Olichiniens, on trouve à leur versant occidental la rivière de Souli , la même sans doute que Didjme appelle Selleïs ( i ). Ce fleuve traversait le pays des Selles, au-delà duquel, grossi de plusieurs rivières, il prenait le nom d'Acbéron, qu'il a perdu, pour recevoir ceux de Fleuve Noir et de Glykys^ sous lesquels on le verra figurer dans le cours de cette description. Les sources du Selleis, alimentées par les glaciers du mont Tymphé, naissent d'une contre-pente > dont le versant opposé sépare le système des eaux du canton de Courendas, qui s épanchent dans la Thyamis, entre les montagnes du Vacouf et de Ylacboritico, dont î*ai parlé dans le chapitre précédent. C'est dans cette partie des plateaux supérieurs, examinés sous un aspect qui aurait pour point extrême d'horizon au nord , SarachovitzaSi qu'on trouve, une lieue et demie au septentrion des sources du Selleïs, plusieurs villages peu considérables du canton de Courendas, enveloppés de bois taillis et de coteaux couverts de vignobles. Cette contrée est traversée, dans son diamètre moyen, d'orient en occident par le sentier commercial peu fréquenté qui mène à Gomenitze, port éloigné de dixsept lieues à vol d'oiseau de Janina.
Des sources du Selleïs, d'où je viens d'esquisser
(i) StXXoi fftvoç ÉtirtipttTixbv rii; BtffirpttTÎoc, sàrAh «ir^ toQ irapoi^^tovTOc iroTajtou 2t>XiitvT0c* Les Selles, nation épirote, fiurent ainsi appelés du fleuve Selleïs, qui coulait dans leur pays.
DiDYX.y ad liiad, II, vers. a34>
CHAPITAC XXX. 4^1
le trait topographique de la partie du canton de Courendas (i), qui me restait à indiquer, on entre dans une vallée étroite, où ce fleuTe reçoit, dans un quart de lieue de cours , les eaux de deux ruisseaux limpides, et nn mille plus bas, le produit d'une source abondante. La gorge s'élargit ensuite progrès* sivement pendant une demi-lieue, jusqu'à Tendroit où , déjà rapide , quoique peu profond , il réunit quatre afBuents qui n'ont pas de noms particuliers. Bientôt après , il se bifurque pour envelopper un îlot pyramidal, au-delà duquel il reprend son cours y et reçoit un ruisseau plus considérable à lui seul que les premiers. Formant ensuite un coude à l'orient, il coule au-dessous du village de Racbico, situé au penchant d'un coteau. A cette distance, qui est de deux lieues depuis les sources du Selleîs , on voit des terrains cultivés sur le flanc des montagnes. Onitourne ensuite au sud-ouest, et l'horizon s'ouvre en face des météores de Souli , dont les masses éblouissantes sont aperçues de la haute mer et de toutes les vallées qui avoisinent la Thespratie au nord et au midi , car on ne peut les découvrir du côté de l'orient, à cause de la projection des monts Olichiniens.
A une lieue de Rachico, on laisse à droite le village de Bouréles. Peu après, la gorge se rétrécit de nouveau, comme dans tous les défilés de TEpire, où
(i) L« ^nton de Coarendas ne serait -il point cette petite •ontrée de l*Épire peu connue, qui fut appelée Gastîde (Koçi^ic).
Aam.,Iib. U.
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les fleuves reçoivent des affluents. On marche de la en serpentant pendant deux milles jusque au-dessous de Zavrochi. On fait ensuite louest durant une demi* lieue y et le sud quart ouest Tespace dune heure et demie, avant -d'arriver à Salnikio, village autrefois considérable. La vue, qui se prolonge à Toccident, permet de découvrir le mont Pancrati, qui s élève dans la direction de Gomenizze ; et presque aussitôt la bordure des montagnes couvertes de sapins se re* lève dans une étendue de cinq milles , jusqu au défilé de Levtochori, où le sentier passe entre le village de ce nom et le château neuf de Paramythia , poste d'Al« banais chargés dexiger le Képhalitico ou péage par tête des marchands et des voyageurs. Cette redevance humiliante, qui ne se perçoit que sur les chrétiens et les bétes de somme, est le seul revenu des soldats de ce poste. Un peu avant d entrer dans ce pas» on perd de vue le Selleîs, qui s éloigne au sud-est, pour prolonger pendant trois lieues le versant oriental des montagnes, d'où il se recourbe au nord-ouest. A cette hauteur il se précipite dans les abîmes des montagnes de Souliy où il se réunit à une rivière plus considérable, avec laquelle il coule à l'occident , vers le marais Achérusien et le port Glykys.
Letenduç du Cham^Sangiac on pachalik du Chamouri, qui comprend les cantons d'Aïdonie et de Margariti, mesurée du nord au midi, depuis la Thyamis jusqu'au fleuve Achéron, est de huit lieues et demie sur six, à partir des montagnes de Paramythia jusqu'au rivage de la mer Ionienne. Le hasard a sauvé, à travers le chaos des siècles, le nom