CHAPITRE IV
Causes de notre séjour à Raguse. Nous prenons passage sur un corsaire français, pour nous rendre dans VEpire. Départ du port Sainte^ Croix. Relâche au port de Calamota. Idée de cette (le. Circonstances de notre navigation, jusqu'à rUe du Sasino.
Dès le moment de notre arrivée à Raguse, nous avions expédié un Tartare (i) au visir Ali pacha, afin de l'informer que nous nous ti-ouvions aux frontières de la Turquie, et de lui demander son avis sur la route que nous devions tenir pour nous rendre à Janina. Il fallait beaucoup de temps pour avoir réponse ^ dans la saison on nous étions, à cause dès neiges qui rendent les chemins de l'Herzégovine, de la Bosnie, et de la Romélie jusqu'au Pinde, dange-
(i) Tartare; on prononce TaUr, courrier à cheral.
3o TOTAGE DANS tA GRECE,
reux et souvent impraticables. Aussi notre messac^er ne parvint -il qu'après de très - grandes fatigues et d'innombrables difficultés, au terme de son voyage. Le visir Ali, prévoyant que les obstacles seraient beaucoup plus grands pour nous, avait réexpédié notre courrier avec un bâtiment chargé de nous transporter par mer sur les côtes de TEpire. Mais ce vaisseau s*était naufragé à Tembouchure de la Boliana, et son équipage n'avait gagné Baguse qu'en nolisant une barque. Nous étions donc exposés à courir des chances fâcheuses, et ce surcroît même de compagnons de voyage , nous devenait très «embarrassant. De quelque côté que nous voulions nous diriger, il y avait des dangers. Le sénat de Baguse nous observait avec inquiétude; le pacha de Trebi* gné, déjà informé qui nous étions, était peu disposé à nous favoriser, à cause de la haine générale que tous les chefs de la Turquie d'Europe portent à Ali ^acha , près duquel il savait que nous voulions nous rendre. Enfin la mer était couverte de croiseurs ennemis. Nous étioiy dans l'embarras , et sans la présence d'un chebeL français armé en course, qui se trouvait de relâche au port de Sainte- Croix , nous aurions peut - être été forcés de passer l'hiver à Baguse. La fortune nous servit donc contre toute espérance, et comme nous trouvâmes le capitaine de cet armement disposé à nous obUger , nous entrevîmes le terme d'un voyage qui, dans d'autres temps, eût été de peu de durée. Nous reçûmes même inopinément un renfort, par l'arrivée d'un second corsaire français nommé le Hasard ^ qui consentit à