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session de raconter ces sortes d'histoires, je pensai qu'en consultant les cartulaires des abbayes, j'y découvrirais peut-être des indications plus précises. Je trouvai moyen de pénétrer dans les cloîtres, où malheureusement je ne pus rien me procurer d'antérieur aux règnes de Nicéphore Phocas et de Jean Zimiscès (i). Cepen-^ dant mes recherches ne furent pas entièrement* y infructueuses, car les chartes de cette époque faisant mention de noms historiques et de temples payens sanctifiés par le christianisme, je ressaisis un fil propre à me guider dans le . dédale des siècles passés. Je m'attachai à ces indications vagues pour reconnaître dans l'enceinte de Castritza , où l'on découvre journellement des médailles des ÉPIROTES (AHEIPftTAN) avec le foudre au revers, l'ancienne capitale des Pélasges hellopiens, qui habitaient au centre de la Molosside. De même, en entendant nommer le monastère de la Vierge de Hellopi par son prieur, j'eus les premiers indices de la Hellopie; et au récit des merveilles opérées par son bois sacré, où F on vient dormir afin d* obtenir des
(i) Les monastères regardés comme les plus anciens de la Grèce sont, au dire oes moines, ceux du mont Alhos, dont le premier fut fondé par Athanase Latonite, sous le règne des princes que je viens de nommer {Mém. pour serpt'r à l'histoire du mont AthùSi par le père Braconier, MS. de la Bibliothèque du Boi).
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idées lucides^ je fus convaincu que le souvenir des chênes thaumaturges de Dodone s'est perpétué parmi les modernes, qui appellent encore Dryscos, ou montagne des chênes y les coteaux de cette partie du bassin de Janina.
Cette marche aventureuse que j'étais obligé de suivre me conduisit aux archive^ des métropoles et aux fastidieuses histoires des Byzantins. Je triai , au milieu de ce fatras de théologie, d'hagiographies, d'homélies, de martyrologes et d'aiiecdotes, tout ce qui avait quelque rapport avec les pays que je voulais décrire. Je trouvai des documents utiles dans les catalogues dé Téglise orthodoxe, compilés par Dom Vaissette et le père Lequien , quand je fus parvenu à déchiffrer les noms souvent altérés qui désignent les trônes ecclésiastiques de TOrient Je dus rectifier également l'érudition qui perce parfois dans les auteurs tels que Procope, Agathias, Anne Comnène, Constantin Porphyrogénète , Chalcocondyle 9 et tous ceux qui ont écrit avant la renaissance des lettres. Ainsi, loin de m'étayer de quelques passages isolés, suffisants pour former un système, mais impropres à baser un ouvrage consacrera la recherche des vérités de fait, je préférai rejeter ce qui ne me semblait pas positif, plutôt que de faire de la géographie à la manière de Mélétius. Je n'ai
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point cherché en cela à pallier les endroits faibles de mon ouvrage par des hypothèses, qu'on epiploie pour éblouir ceux qu'on ne peut ni convaincre, ni instruire.
Arrivé aux historiens de Borne et de la Grèce, je me trouvai dans le cas de marcher d'un pas plus assuré. Quoique nous n'ayons que des débris du septième livre de Strabon et des oeuvres de Polybe>, copiés par Tite-Live, pour ce qui concerne l'Épire et la Macédoine, j'y trouvai des signaux de reconnaissance; et Thucydide devint mon guide pour plusieurs contrées de la basse Albanie. J'aurais pu donner à ces précieux débris des interprétations, proposer des corrections : je fis mieux, je les étudiai tels qu'ils sont; et l'invariable astronomie prouvera un jour que j'ai marché dans la bonne route.
J'avais le sentiment de cette vérité, et je ne tardai pas à être convaincs par l'expérience, que les anciens sont toujours vrais quand ils n'ont pa5 été altérés par leurs copistes. Ptoléméé , qui nous a conservé la carte* de Marin de Tyr, est, à lui seul, une autorité; et Strabon, .malgré ses tâtonnements, un indicateur précieux , comme Pausanias sera toujours pour ceux qui le confronteront avec les lieux qu'il a vus, un guide sûr et fidèle, malgré sa prolixité. Je me gardai bien, en me rangeant sous
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la bannière des écrivains anciens que je cite dans mes narrations , d'adopter de confiance les corrections des Linguistes, accoutumés à mettre souvent des accents où il n'en faut point, des virgules où il n'y en eut jamais , et à embrouiller le sens des auteurs qu'ils prétendent éclaircir. Cependant il me fallait un maître élevé dans celte école, afin de distinguer l'or pur du chrysocalche; et après avoir vu et examiné l'Épire, j'empruntai le secours de Paulmier de Grenteménil , préféra blement aux discussions de Cellarius et de d'Anville. J'ignore quel degré de confiance les érudits accordent au premier de ces écrivains : potir moi, je l'ai trouvé aussi exact que judicieut dans sts recherches sur la géographie ancienne des parties de la Grèce qu'il a décrites; et on verra , par l'application de ses raisonnements, que mon suffrage ne repose pas .sur un assentiment irréfléchi.
J'en étais à ce point de mes travaux, lorsque j'eus connaissance de quelques bases fixes établies par des ingénieurs géographes que le général Donzelot avait appelés à Corfou. Us avaient pris, de concert avec MM. Baudrand, colonel du génie, et plusieurs officiers de cette arme (entre autres M. Teullié, aujourd'hui di-» recteur des études à l'École -Polythecnique)» des triangulations sur plusieurs points des côtes
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de la Chaonie et de la Thesprode; et je pus partir de ces données invariables, pour coor* donner mon plan. Je travaillai donc à classer les villes les plus rapprochées de la mer, en remontant d'étages en étages jusqu'au pied du Pinde , sans savoir où fi&er l'emplacement de Dodone. On verra, en lisant le chapitre XI^ de ce Voyage, combien de recherches précédèrent l'éclaircissement de ce problème, dont la solution est une des plus importantes pour la géographie ancienne.
Je ne doutais pas , depuis la révélation singulière du prieur du monastère de la Vierge de Hellopi, que Janina était située dans la vallée de la Hellopie ou pays des lacs. Cette considération seule aurait dû m'indiquer la position de l'enceinte sacrée des Selles; mais j'avais sans cesse présent à la pensée ce que Cyriaque d'Ancone dit de Dodone. Je ne voulais reconnaître cette acropole qu'aux trépieds et aux colonnes qu'il prétend y avoir vus ; et je l'aurais long -temps cherchée avec un pareil signalement, sans réussir à la retrouver. Il est même probable que je ne serais jamais sorti du labyrinthe dans lequel il m'avait fourvoyé ( tant il est vrai, en histoire comme en politique, qu'il vaut mieux ne pas être informé que d'être mal informé) j sans les questions et les plans qui me
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furent adressés au ûom de M. L. Petit Radel , par Tentremise de M. Barbie du Bocage. Ces deux acadéraicieDS » en m'invitant à m'occuper de la recherche des monuments cyclopéens, me prévenaient que Dodone étant une construction de cette espèce , je la reconnaîtrais à sa conformité avec les dessins qu'ils m'envoyaient.
Nous entrions dans Tannée 1809 lorsque je reçus ces renseignements , qui furent pour moi un trait de lumière. Dodone , que j'avais cherchée partout où elle n existait pas , se trouvait aux portes de J^nina; et je reconnus, dans l'enceinte cyclopéenne voisine de Gardiki ou Gardicaki, la demeure sacrée des Selles, ainsi que le hiéron consacré à Jupiter Pélasge. Tout prit dès-lors un aspect nouveau à mes regards étonnés ; la plus haute antiquité me parut dévoilée et susceptible dëtre expliquée.
Le gisement de Dodone étant déterminé k l'endroit où se trouve l'acropole pélasgique de Gardiki, qui couronne une butte isolée, applatie à son sommet, dont les bases sont abondantes en sources, située à l'extrémité de la Hellopie, entre deux lacs, je pus appliquer à sa position tous les détails topographiques qu'on connaît. Je partis en même temps de là pour fixer l'emplacement du hiéron de Thémis (i),
(i) Hérodote nous apprend que les Pélasges, qui étaient plua
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dont l'oracle permit aux Pélasges d'admettre le culte de Jupiter, que les habitants de la première Dodone de Thessalie (i) demandaient à introduire dans la Molosside, alors appelée Pélasgide (a).
La raison qui me portait à fixer à Hellopi l'érection du premier autel connu dans TÉpire, puisque l'oracle de Thémis y fut antérieur à celui du fils de Saturne, était fondée sur la connaissance de ce que les premiers chrétiens sanctifièrent toujours les oratoires des payens, en les consacrant à des saints bu à des saintes qu'ils s'imaginaient avoir quelque ressemblance avec les divinités mythologiques. Ainsi il me parut possible que les fidèles eussent remplacé le hiéron de Thémis par celui de la Vierge; comme ils ont substitué ailleurs à ceux du Soleil, de Jupiter, de Neptune, de Pan, deCérès et de Mercure, des chapelles dédiées au prophète Élie, au Pantocrator; à saint Nicolas, patron des marins; à saint Démétrins, protecteur - - --•■-..■- —
anciens que les âitux dftns la Grèce, ayant été sollicités d'admettre le culte de Japîter, s*adr«8sèrent à l'oracie de Thémb (lib. n). Ainsi Jupiter Dodonécn ne fut pas le premier oracle établi dans la Pélasgide.
(i) L'existence des deux Dodones est expliquée par les Commentaires de Villoison, ad Iliad, XV'l, y. ^83, p. a83, où il est dît : Acd^ûvat ^ï èinà i^ pitv OtoaaXtoç i^ ^i MeXos^iaç.
(i) Pélasgide . HeXar^a. Sthph. Byx.
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des bergers; à saint Georges, Tami des laboureurs; et à rArchange saint Michel, qui est, suivant la tradition populaire, le conducteur des âmes. Gemme notre histoire fournit des exemples de pareilles métamorphoses, je pensai qu*à défaut de raisons positives , je pouvais déduire mes conséquences d'après des inductions qui sont aux preuves écrites ce que la tradition est à Thistoire.
Sachant que Pélasgus, comme le dit Putarque, étant venu dans TÉpire avec Phaéton, ces chefs de colonie y fondèrent plusieurs villes, je crus reconnaître dans Faoropole de Gastritza, où Ton voit une architecture militaire en polygones ii^ réguliers , la capitale des Pélasges , qui fut primitivement appelée Heila, ÊXXà Kd^e^pa. Ges points étant déterminés, ainsi que le site de la seconde Dodone, tout s*orienta sans peine autour de moi.
En portant mes regards à l'occident, j'aper*çus en dehors du grand bassin de Janina , entre les coteaux qui le flanquent de ce côte , parallèlement aux monts Qlichiniens, la Thymphéide, où fleurit la ville de Passaron. Le canton dePogoniani ne pouvait être que là Molosside; et la vallée de Drynopolis, la Dryopie, dont Dicéarque place les premiers colons au voisinage d'Ambracie. Enfin le sangiac de Delvino et la partie méridionale de l'Acrooéraune me retra-
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cèrent \^ barbare Chaonie, dont les habitants vivaient dans l'anarchie, comme ils le font encore.
En descendant au midi de cette contrée, l'aspect du Chamouri mapprit que j'entrais dans la Thesprotie, dont le territoire enchanteur est renfermé entre la Thyamis et l'Achéron. La découverte du temple de Cichyre, celle d'une médaille au type d'Aïdoneus (Pluton), avec le chien Cerbère à l'exergue, et le nom d'Aïdonie, conservé à la partie du canton de Margariti voisine du marais Achérusien, que les modernes nomment Valon-Doraco ou Val d'Orcus^ me permirent d'y placer le séjour des Celteç (peuplade épirote), qui se prétendaient issus de Dis ou Plu ton (i).
Quoique Antoninus Lîberalis relègue ces mêmes Celtes (t) dans l'Amphilochie , le temple du dieu dont ils se prétendaient les descendants, et le nom d'Aïdonie, furent des autorités plus puissantes que le témoignage de cet écrivain, pour me déterminer à encadrer le terri* toire qu'ils habitaient dans cette vallée. Le synchronisme de Thesprotus et de Proserpine étant historiquement prouvé (3), je dus également
' (0 CflBsar. , Comment. belL gallic,, Hb. VI.
(s) Antonin., Lîb«ral, Metamorphos, IV.
(3)^Pau8iiii., lib. I, c. 17; U, lib. VIII, c. 4; Strab., lib. VU, p.