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inents, doù les voyageurs partent pour faire connaître lintérieur des pays, qu'ils n'explorent trop souvent qua la dérobée.
Ce que j'appelle le secood port, ou plutât sa se* €onde partie, est un canal situé entre le fort, et une montagne abrupte, couverte de terre végétalo ornée de quelques bouquets d arbres. Ce coude intérieur, que la nature semble avoir ménagé pour être un bassin de radoub , a deux cent soixante et quelques toises d'étendue au midi , sur un diamètre< moyen de trente toises. Le fond, sur lequel on mouille par quinze et vingt brasses, est d*une bonne tenue, et les bâtiments peuvent même se contenter, sans jeter l'ancre, de se fixer au rivage par une amarre, tant la mer est toujours calme dans cette anse.
Le fort, dont j'ai parlé jusqu à-présent, sans le faire connaître, bâti au renflement de Textrémité septen* tiîonale d'un cap baigné sur trois de Bes côtés par U mer, est un quarré bastionné garni de six canons en fer, dont les feux sont plus qu insuffisants pour dé« fendre le passage, et les vaisseaux mouillés en rade. On trouve en arrière, des magasins , une église grecque et une hutte destinée au logement des douaniers, es* pèce maltôtière, qui depuis quelques années a pro* digieusement pullulé dans tous les ports de la Turquie. Plus loin, au midi , à Fendroit oii le cap se rattache au continent, il ne forme plus qu une étroite chaussée, souvent baignée par les eaux de la mer, et qu'on tient fermée au moyen d une barrière.
La troisième sinuosité du port, dont le gnind.dia-*
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mètre s*ëtend du nord - ouest au sud - sud - est , dans une circonférence de plus de deux milles, est défendue par la presqu'île sur laquelle le fort est bâti, et abritée contre les rafales des monts Acrocérauniens, qui déferlent souvent comme des trombes sur les vaisseaux ancrés au nord et à Test, dans la partie du grand mouillage. Malgré cet avantage, il a, comme tous les autres endroits de ce port, Tinconvénient d*user promptement les câbles, à cause que le fond est, dans presque toute son étendue, hérissé de roches tranchantes, contre lesquelles il est bon de se prémunir. Cette remarque , qui fut faite par nos corsaires, n^est peut-être cependant que locale, puisque le port Palerme est un excellent lieu de pèche, et que les poissons ne vivent pas au milieu des pierres. Pendant les mois de mai et de juin, on y prend même une si grande quantité de thons et de saumons , qu'on Va. compris au nombre des Pêcheries de FEpire, qui s'afferment chaque année de gré à gré du satrape de Janitia. Celle de port Palerme était de mon temps achetée par des Corfiotes , qui la faisaient exploiter par des Napolitains, pécheurs intelligents et hardis, quon voit répandus sur les côtes de TAIbanie et jusqu'en Morée. On m assura que Tair de Panorme est fiévreux en été ; quant à son séjour, c'est celui du deuil et de la tristesse. Le boulouk-bachi, qui commandait cette solitude pour le vistr Ali pacha, nous exposa la longue énumération des maux qu'il y endurait, et le tableau malheureux de sa condition, dans des termes capables d exciter la compassion. Il vivait dans des alarmes continuelles de la paft deft
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Chimariotes, et malgré son artillerie, il n'ayftît trouvé de sûreté contre eux, et contre les loups qui chaque nuit passent à la nage dans la presquile, qu'en se barricadant avec ses troupeaux, entre les murailles du château.
Nous étions entrés à Porto Palermo le i*' février, et le 2 nous nous préparâmes à partir pour Janina, Nos bagages furent en conséquence expédiés en avant; etM. Bessières termina quelques affaires avec notre capi« taine corsaire, qui désirait impatiemment de remettre en mer, pour tenter fortune. Mais avant de nous séparer, il fut convenu avec lofficier du visir que nous souperions tous ensemble au château. Le repas fut ce qu'il devoit être en pareille compagnie : on fit grand bruit, et quatre moutons entiers passèrent de notre table, où ils furent présentés, pour la forme, sur celle des Albanais. Ceux-ci , peu accoutumés à une pareille chère , se réunirent en plein air avec quelques montagnards demi -nus, et dans un* clin* d œil tout fut dévoré. On tira ensuite les sorts, en consultant les reflets des ombres dans les omoplates , qu'on présentait à la lumière. Les uns y virent la guerre , d'autres de l'argent, et tous de longues années promises au visir Ali Pacha , au nom duquel son officier les régala d'une outre de vin, pour les remercier d'un aussi fortuné présage. Après cette évocation magique , les Albanais chantèrent, dansèrent, burent à la santé de leur pacha, et finirent en tendant la main, pour nous demander les étrennes d'adieu.
A deux heures après minuit, nous quittâmes ces «ravives turbulents, pour monter à cheval. Le Bou-
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louk'^bacbi , qui n'aTsdt pas été le moins empresié à réclamer lefiPet de nos largesses, voulut se joindre à notre caravane, dans l'espoir d obtenir, par notre entremise, quelques £iveurs de son maître, auprès duquel nous nous rendions. Il laissa , en conséquence, la garde de la forteresse à ceux qui voulurent s*en charger, auxquek il recommanda cependant trèsparticulièrement ses chèvres et ses moutons. A deux heures et demie après minuit, nous gravissions les montagnes qui encaissent au midi le bassin de Porto Palermo. Nous longeâmes immédiatement la montagne de gauche, en faisant route au sud-est, et nos chevaux , quoique accoutumés aux chemins de l'Albanie , ne se débarrassaient qu'avec peine des pointes de rochers dans lesquelles nous étions engagés. Le versant sur lequel nous marchions me parut, autant que la clarté de la lune, alors dans son plein, me permit d'en juger, entièreioent inculte. Je n'apercevais sur la blancheur cendcée des pierres que des touffes de hautes euphorbes, qui projetaient des masses d'ombres , au milieu d'une nature inanimée ! Après une heure de marche, nous descendîmes dans une gorge boisée, où il y avait quelques parcs remplis de moutons, gardés par des bergers armés de toutes pièces, et surveillés par des chiens, qui nous assaillirent avec fureur. Après nous être débarassés de ces animaux terribles, nous suivîmes, pendant cent toises environ, une percée pratiquée en galerie , entre des rochers nus et calcaires. De là, nous tournâmes droit à l'orient à travers les champs, en franchissant, de distance à autre, des murailles en. pierre sèche, qui servent à
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soutenir des terrasses, qu'on ensemence sur**tout en maïs, à cause de l'abondance des sources , quon emploie aux irrigations. Nous entrâmes peu après sur ren<tablement d'un banc de rochers ^ qui bordent le ri* Tage de la mer à une grande élévation. Là, nos guides parlèrent au poste d'une tour de vigie, auprès de laquelle étaient rassemblés plusieurs parcs de bergers^ qui veillaient autour des feux de leurs bivouacs.
Après avoir décliné nos noms , nous nous hâtâmes de quitter ce poste ^ pour rentrer dans les terres. Nos conducteurs prévoyaient un orage, qui s'annonçait. Hais comment hâter le pas et presser nos chevaux au milieu des précipices ? Cependant le ciel qui ne montrait d*abord que des nuages épars à l'occident, ne tarda pas à se voiler. La lune, qui nous éclairait, s'obscurcit, les éclairs sillonnèrent les airs, et le tonnerre fit entendre ses roulements prolongés. Néanmoins, un reste de lumière nous permit encore, pendant près d*une demi -heure, de distinguer notre route au milieu des crevasses et des anfiractuosités du terrain , jusqu a la rivière de Fpari , que nous passâmes à gué sans peine, parce quelle n*étaît pas encore gonflée par les eaux des torrents qui sj rendent. J arrachai un rameau des lauriers roses qui ornent son lit, et je tressaillis de joie, en reconnaissant cette production végétale, qui me rappelait la Grèce. Je crus retrouver dans ces arbustes de vieilles connais* sauces , et , malgré les approches d une tempête , qui pouvait nous être fatale, je saluai la nuit, sous les auspices de laquelle je foulais, pour la seconde fois,
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la terre classique , que j*aYais parcourue aux jouif de ma jeunesse et de ma captivité !
Malgré nos fatigues, nous n étions encore qu^à deux lieues en ligne droite de Porto Palermo. Dès que nous eûmes passé la rivière de Fpari , nous tournâmes à Test, en la remontant par sa rive gauche, pendant deux tiers de mille. Le vallon dans lequel elle coule, me parut borné dans cette direction et au nord-est, par des montagnes, dont je distinguai la projection par le reflet des neiges dont elles étaient <:1iai-gées. Kous franchîmes, en rabattant au midi, un coteau rocailleux planté d oliviers. Nous retombâmes ensuite au milieu des basaltes, où nos chevaux bronchaient à chaque pas, et nous marchâmes long-tems â Taventure, sans nous en douter. Nos postillons , éblouis par la vibration des éclairs, s'étaient égarés, et ils nous déclarèrent qu'ils ne connaissaient plus le chemin , lorsque le bruit des vagues vint mettre le comble à leur effroi. Nous étions isolés sur une rive acore , au dessus de la mer , dans laquelle le moindre écart pouvait nous précipiter; la pluie tombait en abondance , et il fallut mettre pied à terre. I^es Grecs qui nous servaient de guides, se recommandaient à Saint Spiridion, protecteur de ces plages; les Turcs criaient miséricorde, et chacun de nous cherchait en tâtonnant, à s éloigner du voisinage des abîmes! Par une espèce de miracle, on découvrit enfin le défilé qui donne entrée dans la vallée de Borchi. Nos chevaux, que nous traînions par la bride, ne descen« dirent ce pas quavec de grandes difficultés, et, quoique la pluie fut accablante, nous nous trouvâmea
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heureux d'être enfin éloignés du bord de la mer. Gomme il nous était impossible d'avancer, nous nous abritâmes contre nos chevaux j pour attendre la fin d une bourrasque , que robscurité de la ^uit rendait terrible. Oh ! combien de vœux promptement oubliés nous fîmes alors; mais, dès que le calme se rétablit, Tespérance revint, et en continuant notre route, nos inquiétudes ne tardèrent pas à se dissiper.
A un demi-quart de lieue de notre halte, nous guéàmes la rivière de Borchi , que les gens du pays surnomment Hadgi-agas-potami, dont les eaux écu* meuses roulaient alors des halliers déracinés, et, à un demi -mille de ses bords, nous arrivâmes à un khan (i), défendu par une tour, où se trouvait un détachement d'Albanais. Comme la pluie continuait, quoique le tonnerre eût cessé, il fut résolu dy attendre le jour, si Von voulait nous y recevoir. Les gens de ce poste, réveillés par nos criS| après nous avoir longuement questionnés, consentirent enfin à abaisser leur pont-Ievis. Nous montâmes aussitôt à leur gtte; ils virent nos besoins, et ils parurent y compatir. Comme ils étaient Chrétiens, un d*entr'eux détacha la lampe ^ foyer sacré,
(i) Les khans oa carayanseraQs ( palais des Cararanes ) , gttes détestables, sont les Stabularia des Romains, et les Rav- ^ùjicf. des Grecs. On appelait le chef de ces établissements Caupo^ qnand il vendait du yin. Platon nomme ces sortes d'auberges K.aictiXouc (lib. II de Rep.). Les femmes qui logeaient et nourrissaient les voyageurs sont appelées Stabulariœ par Saint Au« gustin (Mb. de cîvitate Dei VIII). H y avait des prix pattîcu- Utrs pour le gtte, pour l'égiirit et pour la nourriture.
(Sa ▼OTA.GB DA.lfft LA. GREGB,
qai chez les Grecs brûle perpétuellement deYane limage de la Sainte •Vierge; il entassa du bois sur sa lumière, et parvint bientôt à nous allumer un grand feu. On nous procura ensuite quelques figues, un morceau de pain de maïs et de Teau-de-vie, ce qui servit à nous réconforter. Malgré ces attentions » je crus remarquer que les gens de notre escorte étaient soucieux ; ils suivaient tous les mouvements des ChimarioteS) et je devinai, aux signes qu'ils nous faisaient, que nous nous trouvions dans un poste de voleurs. Ils devaient s'y connaître mieux que deux étrangers, qui n'avaient qu une idée confuse dun pays où ils n'étaient débarqués que depuis deux jours; mais je dois dire à Tbonneur des Albanais, chez les* quels nous étions réfugiés, qu'ils nous offrirent cordialement le peu qu'ils possédaient.
Des que lé jour se fut éclairci, je sortis du khan afin d'écrire à Técart les notes de mon voyage de nuit, et de prendre, s'il était possible, une idée des lieux que nous parcourions.
La tour de Borchi , qui sert en même temps de khan et de douane, est bâtie à langle occidental d'une vallée fertile, qui s'enfonce, près de deux lieues à lorient, dans Tintérieur des terres. J'aperçus dans cette direction de beaux arbres et de grandes olivaies, sans pouvoir découvrir fiorcht,que je vis dans un autre voyage. Un toiTent bruyant, formé par les pluies , coulait dans ce moment auprès de notre cara* vanserail, devant lequel plusieurs barques de pécheurs étaient échouées sur la grève. Mous avions devant nous les terres de Gorfou. Â Touest- nord-ouest Fano
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•t Merlère, et trois bàtimens de ruerre russes mouillés à un mille de notre haUe. Ce voisinage ^ et plus que cela encore , les Albanais-du Uian , sur lesquels nos gens avaient des soupçons^ nous engagèrent , malgré le mauvais temps qui continuait, à poursuivra notre route. Nous n'avions guère parcouru, pendant la nuit fatigante qui s'était écoulée , que dix milles de chemin depuis Porto Palermo', et le terme dei notre journée de marcbe était fixé à Delvino^ dans le cas où nous y serions reçus; car la guerre venait de s*allumer entre les bejs de cette ville , et le visir AU Pacha de Janina.
Au sortir du khan de Borchl , nous marchâmes pendant un mille sur le bord de la mer^ pour arriver au vallon de Paron , qui prend son nom d'un village situé une lieue à Test dans les montagnes. Après avoir dépassé cette gorge, qui est arrosée par un torrent, nous longeâmes de nouveau la plage pendant deux milles , en marchant tantôt sur le sable et tantôt dans la mer, ayant de Feau jusqu'aux jarrets de nos chevaux. Le terrain qui s'élève en retraite sur la gauche était couvert de lentisques, de lauriers, d'égilops, de roures et de hauts valloniers. A cette distance, nous traversâmes la vallée de Vari , dont nous aperçûmes le village à une demi -lieue sur la gauche. A trois cents toises de là , nous entrâmes dans une autre sinuosité , qui se prolonge dans les terres ; et à égale distance, en poursuivant notre chemin, nous descendîmes dans la gorge de Pikerni , dont la largeur n'est pas de plus d'un demi-quart de lieue. Du haut des coteaux qui rencaissent au midi , j'aperçus une vaste chute