‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 45 sur 160 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Albanie, une montAgde appelée Tomoros, qui donne eon nom au canton de Tomoritza. Je savais que ses cimes , toujours chargées de neige , surpassent en hauteur rOiympe et les plus hauts somhiets du Pinde ; et que leur température est glaciale. Tout semblait ainsi deyoir attirer mon attention de ce coté, et me faire espérer d'y rencontrer l'objet de mes recherches. Mais je ne pua encore retrouver dans ces lieux, ni ruines cjrclopéennes, ni lacs, et TApsus, qui coule de ses flancs, m'apprit que j'étais dans les monts Gandaviens, partie la plus élevée et la plus barbare de riUjrie macédonienne. Je pensai donc que le nom du véritable Tomoros avait été transporté à cette montagne f on qu il y en avait eu deux ainsi appelées; car Cedrenus (i), en parlant de Beligrad ou fierat, le place dans TAcrocéraune, chose inexacte, puisquil en est séparé, comme je le rapporterai ailleurs, par le cours de l'Aoûs ou Voïoussa. Cependant 1 epi* thète de^/«c«t/( ^u(T;^ei(ji£p6v) , que lui donne Homère , fiie laissait quelqu^es doutes, iorsquen me faisant répéter son nom, je vis que les paysans l'appelaient indifféremment, Tomoros ou Ismorostt Imoros. Persuadé que ce n'était pas la montagne de Dodone , je pouvais présumer que j avais découvert l'Ismarus, chaîne du Pinde ,^ dans laquelle Strabon (a) place les Talares^

(t)T|biApfinr, x«ptf7^ OirafpycvTa twv KapctuvCuv épôiv ; le Tmortis, lUte dominent des nonts Céranniens.

Cedh., édit., du Loorrtf, p. 71 3, et Smit. Buio., c. ri'

(ï) èiç? «àTÎi T^ ïltv^^w Mxcuv TdtXfltf eç , M6XoTriy.ôv ç5. cv tô» «t^l Tov i«{i.ap«v àiroa7;a9f&ou SxBAJi., lib. IX, p. 4^4*

ipo VOYAGE DANS hÂ. GRECS,

tribu molosse, qui formait une peuplade isolée, et que je retrouvais dans le canton de Tomoritza , la montagne mentionnée par Solin (i). Mais le nom d'Imoros lui était aussi appliqué, et dans l'acception vulgaire de la langue des Epirotes, comme il signifie une montagne couverte de terre végétale et susceptible de culture , je n*ose assurer que le Tomoros de Bérat^ soit véritablement Tlsmarus. Cependant je puis affirmer que ce n'est pas la montagne de Dodone que les historiens et les géographes n'ont jamais reculée jusque dans rillyrie, et que personne ne sera, je pense, tenté de transplanter, comme l'a fait Hygin, dans la Macédoine (a).

D'autres personnes avaient cru retrouver Dodone, dans la vallée de Delvino y à la rive droite de la Pistritza, dans l'air de vent du port Onchisme ou.Anchesmus, que les modernes appellent Santl-Quaranta. Mais elles n'avaient pas sans doute réfléchi, ou bien elles ignoraient que la ville, dont les ruines existent à l'extrémité marécageuse de cette vallée, est appelée Pheniki (3), et il leur aurait suffi d'avoir consulté Strabon, Ptolémée etPolybe , qui l'indiquent d'une ma-

(i) Solintis, cap. x3.

(2) Castigandus Hyginus, qui Oodonem in Maccdoniâ ponit, xmnquam enim Macedoniœ accensa fuit, Molossis pars Epiri.

Paulmler fait la même observation, au sujet de Cedrenus^ qui attribue le Tomoros aux monts Cérauniens. Cedreniia monachus, in geograpbicis non satis exercitatus, nomen Gerannio« rum nimis exten^ty Pindi potius debebat dicere.

Crae. Antiq.yhh. H, c* 8.

(3) roj€z chap. XXVI de ce voyage.

CRAPXTRS Xt. lOX

nière précise dans ce site, pour s'épargner une conjecture absurde. G est pourquoi je ne m'amuserai pas à les réfuter. Je passerai aussi sous silence les rêveries de ceux qui croient que les monts Olichiniens, sont le Tomoros, et les ruines voisines de Dremichoux celles de Dodone, pour arriver à la topographie de la vallée de Janina , où nous retrouverons la Hellopie , le hiéron de Jupiter, lenceinte Pélasgique habitée par les Selles, le Tomoros, et Dodone.

Le vallon de Janina situé au centre de l'Épire, offre une plaine de huit lieues d'étendue du nord au midi, sur un rayon de deux lieues dans son diamètre moyen , et environnée de montagnes qui l'encaissent dans toute sa circonférence. Le Pinde qui s'élève à l'orient en for* mant trois étages, l'enveloppe de ce côté par sa chaîne inférieure appelée Mitchikèli (MarC^XE^i), qui se déploie du sud-ouest au nord-ouest , eh dessinant le fond du bassin au midi de Castritza , jusqu'au nord du lac de Labchistas et au défilé de Protopapas. De ce point, part une ligne de coteaux ondoyants qui tombent du nord au sud, jusqu'à l'ouverture du défilé de Velchistas, d'où ils se réfléchissent à l'est pendant une lieue, pour redescendre au midi du khan de Saint-Dimitri , derrière lequel ils se réunissent à un contre- fort de la montagne des Cinq-Puits , qui se rattache au Mitchikèli. Telle est la zone montueuse, dont les croupes environnent en s'embranchant le plateau que les anciens appelaient Hellopie, et qui n'est plus connu maintenant que sous le nom de vallée de Janina. L'horizon visuel de cette enceinte dépassant les bornes de ses limites d'encaissement, est fixé au levant par

lOâ yOTAGB DAVS LA GRECE,

la ch^iîne inférieure du Pinde j mais il se prolonfe au septentrion jusqu'au mont Mertchika. Dans le sud*sudest il dépasse la ligne du Djoumerka^ et à Toccidept, il sarréte aux monts Olichiniens. Toutes ces yastes montagnes séjour des hivers, dont les cimes soat chargées de frimatSy placent le bassin de Janiaa, comme un parterre émaillé de fleùis et de verdure , dans ub cadre de neiges , qui ne foadent en totalité qu'à Tépoque des grandes chaleurs de Tété.

On conçoit, d après le trait descriptif de cette po« sition , que la vallée de Janina doit se trouver dans une partie très^élevée de TÉpire , par rapport aux ri^ yages de la mer. Aussi soit qu'on y arrive par le sud, ou bien du coté de loccident, le terrain va toujours en s élevant jusqu a la ligne de montagnes » qui couronnent son bassin: Ainsi le voyageur, qui, du rivage de la mer Ionienne, pénétre à Tovient dans les terres, voit succéder aux montagnes quil a franchies, des terrasses dominées par des montagnes, qui se groupent en sétageant jusqu'à la plus haute des vallées, qui est celle de Janina , au-dessus de laquelle le Pindi^ pyramide avec majesté.

La même scène se reproduit en partant des plag^ du golfe Ambracique , pour monter à Janina, en prenant le défilé des Cinq-Puits. Mais en arrivant de la haute Albanie, la scène change, et après avoir dépassé Ostanitza, on entre dans la Hellopie, en descendant le talus d'un cirque qui aboutit au lac de Labchistas. L'aspect est plus rapide , et plus pittoresque encore pour les voyageurs venant de la Thessalie ou de la ftlacédoine, qui plongent tout-à-coup sur la vallée de Do^one. Elle

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