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96 prësente à leurs regards, sous. la forme d'une dlipse, occupée par des lacs , divisée par une rangée de co* teaux, à l'extrémité desquels s^élère comme un tumulus, le Tomorosy ou butte de Gardiki, sur lequel fleurit autrefois le hiéron de Jupiter^ et l'enceinte sacrée des Selles. On s'oriente, on voit, on reconnaît le. sol pn>-> phétique, la terre des oracles, et l'imagination s'en* flammant à cet aspect, a besoin du calme de la réflexion , pour discuter les récits confus des poètes et des écri- ▼ains, qui ne nous ont transmis que des notions trop souTent vagues et indéterminées.
A peine descendu dans le vallon de lanina , par son défilé oriental qui est le chemin de Mezzovo, trois cents toises sur la droite, on laisse le Khan d'Ardamista, et oh se trouve au bord du lac supérieur^ dont la figure est celle d'un triangle isocèle tronqué à son sommet. A gauche s'ouvre le vallon de Bareamoudi, qui s'enfonce au midi, à la distance d'une lieue et demie, ayant au penchant de ses coteaux les GatzanaChoria , villages habités par des chrétiens grecs et valaques, qui cultivent cette fertile contrée. La base du lac est ici de trois quarts de lieues, et l'ouverture du vallon compriseentre le MitchiLèli à l'orient , et la chaîne des coteaux ou spina du bassin de la Hellopie, jusqu'au village de Gatchica , d'une lieue et un quart. En s'avançant en plaine, dans une demi-heure, on passe trois ruisseaux, auprès desquels sont bâtis des Khans ou Caravansérails, et non loin du dernier, on trouve le village grec de Bareamoudt. La chaussée se ressere dans cet endroit entre le lac, et une butte d'un mille de développement du sud-ouest au nord^est , entièrement isolée et coupée
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par deux ressauts d'inégale hauteur. Sur le pencham c[ui aToisine le chemin, on voit une enceinte cjclopéenne appelée Castritza, adaptée aux courbes et aux inégalités de la montagne, dont le front septentrional a un développement d^environ deux cents toises. Delà, elle diverge au sud, remonte au sud-ouest et revient au nord-quart-est , pour envelopper le mamelon inférieur de la montagne. Cette courtine est garnie de tours placées, non à des distances régulières , mais à tous les endroits où les flancs de la colUne ne sont pas perpendiculaires à la surface de la vallée. Ce rempart formé de deux parements de pierres calcaires de figure irrégulière jointes sans ciment, conserve, malgré ses dégradations dans toute Tétendue de son développement, depuis quatre jusqu'à huit et dix pieds de hauteur, sur une épaisseur de quarante cinq pouces. Dans quelques endroits , il repose sur le roc vif, quon a taillé pour implanter la maçonnerie cyclbpéenne. Dans d autres endroits, on » dd chercher les fondations sous la terre, à moins, comme il serait possible y que le temps n eût formé des attérissements au pied du rempart. Au sud-ouest dans la partie, où les bastions et Tenceinte sont le mieux conservés, on remarque des restaurations modernes^ entées sur les. constructions péiasgiques. Du haut des tours qui forment une saillie de seize pieds; on a une belle vue de toute la partie orientale du bassin de Janina, car la chaîne qui se prolonge de Catchica au nord , empêche de découvrir le côté occidental de la plaine. Au nord par le glacis où l'on monte à Castritza , on reconnaît la porte qui donnait entrée dans cette acropole;^ on re-^
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trouve les dëbris d'un escalier ruiné y au-delà duquel on suit une ranipe qui aboutit à une seconde , et enfin à une troisième porte plus dégradées que la première. Par leur disposition, on peut penser qu'elles fermaient un chemin couvert , défendu par un épaulement : car il n'y a qu'une seule enceinte» et sans cette explication, on ne pourrait pas dire de quelle utilité elles étaient.
Dans Fin teneur des murailles, que j ai souvent visitées, j'ai reconnu les fondements de plusieurs habitations, dont quelques pans qui subsistent encore, ont depuis deux pieds jusqu'à vingt-huit pouces d*épaisseur, formés par un seul parement de pierres jointes sans ciment. Ces demeures comme jetées au hasard, sans ordre, sans alignement et sans indication de rues, présentent presque généralement la forme d*un parallélogramme de vingt*deux pieds de long sur huit à dix de largeur. Mais nulle part je n ai pu découvrir de traces ni d'un hiéron , ni d'édifices plus récents , qui auraient pu m'indiquer le séjour des Hellènes et des arts sur cette terre , dont les constructions toutes pélasgiques annoncent seulement une haute antiquité. Le supérieur du couvent m'apprit que Castritza, dont il ignorait l'origine, avait servi d asyle, dans le sixième siècle , à des bannis de Constantinople, qui y élevèrent une église , sous l'invocation de la reine des anges. Deux pauvres moines et autant de frères laïcs , sont les seuls gardiens et les ministres de cet oratoire, que leurs voix font encore retentir des cantiques consacrés à rÉternel. Quelques chênes verts leur fournissent des ombrages au milieu des ruines, une enceinte moderne protège leur sommeil contre les
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surprises des 'Albanais, et le produit de leurs tra- Taux joint à quelques dotations, suffit à leurs besoins, et aux aumônes qu*ils répandent sur les malheureux.
Le prieur ou igoumenos me fit présent de plusieurs médailles, portant tontes ayec diverses 6gure5 symboliques ^ à Vexergue dans une couronne de chêne, le foudre et le mot AIIEIPÎITAN , des Éptrotes (i). Pendant mon séjour à Janina, jen acquis plusieurs, semblables, aux monogrammes près, qui avaient été trouvées en défrichant la terre dans les ruines de Castritza , et aux environs du cdté de Barcamoudi. J'appris des religieux que le rocher, dont ils sont les seuls habitants, exhale des vapeurs nuisibles à la santé. Ses masses bouleversées par les tremblements de terre, entremêlées d'une argile d'un ronge vif imprégnée de souffre, sont comme brûlées, et toutes les commotions souterraines qu'on éprouve à Janina , semblent partir de ce tumulus, qui paraît placé sur la bouche d'un volcan.
La route qui passe au nord de Castritza , est baignée par les eaux du lac supérieur, que les gens du pajs croient voir disparaître dans des gouffres, qu'ils appellent Voiniko va, d'où elles coulent sous terre jusques dans le vallon de l'Arta, ce qui n'est ni probable, ni démontré. Il suffit de dire que celte extrémité du lac
(i) Cet médailles, repréientent Jupiter et Jun€n, à ([anche» le foudre, dans une couronne de chêne, avec le mot AirMpiATav.
N^ 2. Foudre avec le même mot, au revers, taureau comupète.
N^ 3. Tête de Jupiter dîadémée, à droite dans le champ, deux monogrammes, au revers, le foudre et l'inscription des Eptrotes.
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forme un abyine couvert de roseaux , dont la profondeur est considérable , mais les Grecs mêlent toujours à ce qu'ils racontent du merveilleux , et il ne peuvent expliquer ce qui tombe sous les sens, que par des phénomènes surnaturels. Je dirai bientôt, de quel côté se perdent les eaux de ce lac , et quelle peut être leur quantité relativement aux sources qui lalimentent, et aux torrents qull reçoit.
Une demi-lieue à Touest de Castritza , «près avoir passé un prolongement du lac, sur une chaussée en pien*e percée d arches, on trouve le khan de Catchika. yi$-à«-vis on voit le village de ce nom bâti sur un mamelon au penchant dune colline, qui remonte au nord pour se joindre à la chaîne des coteaux, dont les flancs enveloppent Janina à Foocident. De ce caravane sérail en marchant à leur base , et ayant à droite une belle prairie terminée par le lac , dans une heure de chemin , on laisse à gauche le khan et la ferme de Bonila. Six cents toises plus loin, on passe entre le Khan de Pogoniani et un teket de derviches , et on entre à Janina par la porte de Calo-Tchesmé , près de laquelle on voit deux pavillons chinois nouvellement bâtis par Ali pacha*
La ville de Joannina (1) existait depuis plusieurs siècles, lorsqu'elle fut restaurée par Jean fils d'Alexis Comnène, qui commença à régner vers 1 1 18, ou suivant d autres , car on n a rien de positif à cet égard , par Jean Ducas gendre de Théodore Lascaris, dont Tavè-
(i) Son nom 8*é€rit tcavviva, maïs les Grecs le prononcent lanina^ et les Albanais en font celui de larùne.
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nement au trône se rapporte à lannëe 1222 de notre ère. Sans discuter ces deux versions dont la première est la Teritable , elles prouvent également que Janina est une ville du moyen âge. Rien ne démontre en effet qu'elle repose sur aucune con* struction ancienne, malgré Favantage de sa position qui aurait dû déterminer les premiers habitants de rÉpire à former un établissement au lieu qu elle occupe. Elle commençait à peine à s'élever sur le promontoire qui s'avance à lorient dans le lac , lorsque les Normands unis aux Napolitains, que les historiens du temps appellent Catalans ou Latins, la détruisirent de fond en comble. Il est à présumer que cette catastrophe eut lieu dans le douzième siècle , car elle était florissante lorsqu'elle tomba au pouvoir des Triballes, nom, sous lequel les Byzantins désignent souvent les Serviens. Une histoire anonyme de Janina, copiée sur un manuscrit appartenant aux moines des Météores , dont je possède un exemplaire inédit qui pourrait faire suite aux volumes de la Bysantine publiés par M. Hase, commence à Tinvasion de Janina par les Sclaves, que Fauteur fixe à 1 époque de la mort d'Andronic le vieux (i). Les Turcs , suivant sa narration, maîtres de FAsie mineure, étaient alors répandus dans la Thrace , les Génois occupaient Chio ; les Vénitiens les Cyclades et la Morée, à l'exception de Lacédémone et de Monembasia ; tandis que FÉpire était gouvernée par le roi de Servie.
(i) L*hi8torique qui soit est entièrement extrait da manuscrit des météores.