‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 47 sur 160 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Ce crâle ou monarque, nommé Etienne , trouvant les frontières de la Grèce dégaraies , commença à y faire des courses , et attaqua bientôt après les TÎlles* Mêlant la corruption à la force, il s empara de proche en proche de la Valachie grecque (i) , dont Tricala et Larisse font partie, et se rendit enfin maître de Janina et de la Grèce ou Hellada (a). Devenu possesseur de ce pays^ il en forma deux principautés, donnant la Valachie grecque et Janina à un de ses satrapes^ nommé Prolampos, avec le titre de César; et rÉtolie à son frère Siméon, qui épousa Thomé, fille du despote Jean, seigneur de cette province, dont elle était héritière. Pour lui, après ces dispositions y il remonta à Belgrade ( Berat ) , d où il passa à Canina, et, quelques mois après, il mourut. Le césar Prolampos s assura aussitôt du pays qui lui avait été concédé; mais Siméon dut abandonner FÉto* lie à son parent Nicéphore , qui en avait reçu l'investiture de Constantinople , et il se retira à Castoria, auprès de la reine Thomé , son épouse , qui résidait dans cette ville. Il s'occupa aussitôt à rassembler des partis de Grecs, d'Albanais et de Serviens, dont il forma un corps de cinq mille hommes, prêts à le seconder dans ses entreprises. Cependant^ Nicéphore

(i) La Valachie grecque est le pays que Nicetas appelle Megalovlachie ou Anovlachie, qui ne s'est jamais étendue, à ce que je présume , jusqu'à Larisse. F'ojrez c. XXXIX de ce voyage.

(a) Les Grecs du Bas -Empire et ceux de nos jours appellent spécialement Hellada, la partie de la Grèce comprise entre le Penée, TAcheloûs et les Tbermopyles.

>IO VOYAGE DÂKS LA €âBC£,

étant arrivé de Conâuntinople, entra en po55e5siou de 5on gouyernement; mais il ne put en jouir longtemps; car, ayant trouvé rÉtolie en proie aux dissensions , les Grecs expulsés des villes par les Albanais , comme il voulut les réduire par la voie des armes, il perdit la vie dans un combat qu'il leur livra près de TAcheloûs.

A cette nouvelle , Siméon quitta aussitôt les frontières de la Servie, pour se rendre à Tricala avec son épouse^ qu'il envoya de là dans TÉtolie, où elle était révérée, en lui donnant le gouvernement de cette province, auquel il joignit ceux d*Arta et de Janina. Pour lui, il se porta dans la Yalacbie (ce qui ferait croire que Prolampos n existait plus), et pendant qu il y était, Chlapenos, un de seê lieutenants, s envpara de plusieurs places appartenant aux Grecs, ainsi que de la ville importante de Verria (Se^^oM) (i).

Cependant, la reine Thomé, malgré Taffection des £toli6ns,ne pouvait réprimer les Albanais, auxquels on avait concédé Angelo-Castron et plusieurs villes près de FAcheloûs. Comme ils harcelaient même sans cesse Janina, les habitants de cette ville étant venus trouver le roi à Yodena (2), où il tenait son quartier, il leur accorda, pour les gouverner, le despote Thomas. Ce satrape, non moins fameux dans

(i) Bt^^ctd, Berrhée, aujonitPbni Veria et Cara V«Tïa,Ti!îê de la Macédoine CisaKieime , sur uae rhrière qui se renâ k THaliacmon.

{%) Vodena» TÎlle àe la Maoédoine , douce Heaas O. N. O. de Salonique.

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son temps par ses forfaits, qu'un autre, destiné dans doute par la providence à faire après lui le malheur de cette TÎlle, bannit à son arrivée à Janina, en i367, le métropolitain Sébastien , ainsi que les principaux habitants de la cité qu il devait protéger, et il fit périr dans les supplices un nommé Clavsi , qui n'avait d'autre crime que de grandes richesses et des biens considérables , dont il s'empara. Le tjran , environné d'espions, de délateurs, de sicaires, commençait son règne sous ces auspices, lorsque la peste, qui éclata au commencement de i368, vint désoler cette ville ^ déjà trop malhenreuse. Mais à peine ce fléau fut-il calmé, que la foreur de Thomas, qui s'était comme assoupie , annonça son réveil par de nouvelles vexa* tions. Il mariait par force les jeunes grecques des meilleures familles aux Serviens, il s'emparait des propriétés des orphelins, et il établit le régime des tortures et des bastonnades. On ne voyait que supplices ; enfin, il s'empara du monopole de toutes les choses nécessaires à la vie , et il réduisit le peuple à travailler par corvées aux terres qu'il avait usurpées ! La terreur régnait dans les familles, elle s'étendait aa-dehors, lorsque les Albanais , qu'il n'avait pas ménagés , conduits par Pierre Léosa, parurent devant la ville, qu'ils tinrent bloquée, à diverses reprises, pendant trois années, et la guerre ne se termina que par le mariage d'Irène, fille de Thomas, avec leur chef.

L'année qui suivit cet événement fut mémorable par une peste meurtrière qui désola la ville d'Arta, d'où elle fut apportée en 1378 à Janina, que les Malacassites vinrent attaquer pendant ce temps de désolation,

kia VOYAGB DANS LA GBEC£|

dans r«spoir de s^n emparer^ mais Us furent repoussés ' avec perte et obligés de se retirer. Un soulèyement gé* lierai arrivé en 1379, dans cette place couverte de funérailles, commençait à inquiéter le despote Thomas, lorsque les Albanais et les Malacassites reparurent k la vue de Janina. Il 7 eut une espèce de combat naval sur \e lac, dans lequel la victoire resta a Thomas , qui , dans Fivresse du succès, déchargea le poids de sa colère sur les vaincus et les séditieux.*

Enfin au printemps de i38o, on vit arriver dans rÉpire, les premiers Turcs, qui eussent encore osé s*aventurer au«delà du Pinde. Conduits par un de leurs chefs appelé Isaîm, ils s'emparèrent, le 2 juin, de Vêla qu'ils désolèrent, et ils ne se retirèrent qu*après avoir massacré un grand nombre de Mazarachiens et de Zenovisiens de Politza (i). Thomas profita de la consternation que cet événemeut avait répandue pour s emparer des postes fortifiés de Yoursina (2) , Kretzoumitza, Dragomi, Velchistas, Areochovitza (3) , et des positions militaires des défilés , auxquelles il préposa des chefs qu il appela Képhaladai et Zoubanei. Cette même année, il fit crever les yeux à Isaïe abbé de Mezzovo, qu il condamna à être renfermé dans une cage de fer, et il termina ses expéditions par la prise de Castel- Saint- Donat ou Paramythia.

Jusqu'alors on n'avait connu Thomas que par ses cruautés, mais il leva entièrement le masque, en en«

(i) ZenoYO est maintenant appelée Mezzovo."

(a) Yoursina, Moursina.

(3) Areochovitza, Saracovitza.

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rAlant parmi ses troupes un chef de bande nommé Gassan , avec quarante Mahométans. Enfin séduit par les Latins, aux erreurs desquels il adhéra, il a^ostasia publiquement , et déclara que Dieu , dans le mystère de la transsubstantiation était Tantitype, et non la réalité de sa présence, sous les espèces consacrées (i). L'année suivante, il bannit le métropolitain Mathieu ^ de son siège ; et ce fut là le terme des excès dont il s'était rendu coupable. L apostat Thomas, qui avait fait si long- temps le malheur de Janina, fut enfin assassiné par ses capitaines des gardes, qui étaient Nicephoraki, Raîcaki, Artavestos, Antoine et Frank, le 23 décembre de l'année i383. Avec ce che£ finit le gouvernement des Serviens dans TÉpire.

A la nouvelle de la mort du tyran , les habitants de Janina, transportés de joie, élurent spontanément pour leur despote ou seigneur, Isaos, alors gouverneur de Géphalonie , qui se rendit à leurs vœux , le 3o janvier 1 384- Ses premiers soins furent de rappeler le mé* tropolitain, de rendre les biens à ceux qui en avaient été dépouillés, d'abolir les corvées humiliantes, la honte du vasselage, et de rendre au peuple ses anciennes libertés. L'histoire des bons princes, comme

(i) On reconnaît la manyalae foi, plutôt que l'ignorance de récrÎTain grec, qui accuse à tort les Latins ou catholiques, de ne pas croire à la présence réelle dans TEucharistie. Ce dogine est commun aux deux églises ; mais un fait remarquable , c'est de voir le despote Thomas professer une hérésie, qui ne fut proclamée que deux siècles après par Luther. La Grèce aurait* elle en cela la primauté sur TAUeuagne?

It4 TOTAGl OÂlfS LÀ 6&BCK,

celle des peuples heureux , étant ordinairement peu mêlée dlncidents, la chronique de Janina ne se ra« nime que vers iSpp. Au mois d avril de cette année, Isaos se vit obligé de marcher contre les Albanais. Ayant donc rassemblé les Malacassites, les Mazara* chiens, les habitants de Papingo, de Drjnopolis, du Zagori et les grands Zagorites (i), il vint camper près du Mezzopotamo. Comme il se disposait à passer de là dans les Dibres, il fut attaqué par Gnophos, Thijeli et Ghioni , avec tant de furie , qu'il fut battu et fait prisonnier. Mab bientôt après , par Ventremise du bayle qui commandait k Gorfou, sa rançon fut traitée pour dix mille sequins d or de Venise, qu'on paya aux corn* missaires chargés de consommer son échange à Argyro* Castron, et il rentra dans la ville de Janina, au mois d'avril i4oo , avec son frère Sgoiuro, auquel il conféra le gouvernement d'Arta. Peu de temps après il reçut la soumission du canton de Pogoni ; Thistoire ne dit pas quelle fut sa fin.

D'autres événements s'annonçaient ; de nouveaux maîtres se préparaient à envahir la Grèce, pour lui donner des fers. Vers Tannée 1299, le nom des Turcs avait retenti dans TÉpire, et un siècle et demi s'était à peine écoulé, qu'ils avaient envahi la Thrace et les terres de la Macédoine , jusqu'au delà du mont Pangée, tandis que leurs coureurs, répandus en partisans, allaient au loin porter la dévastation , en poussant des reconnaissances militaires. Bajazet Ilderim

(i) Grands Zagorites; ce sont les Valaques qui avoisintat 1« sources de l'Aoùs et du Rliédias.

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