‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 48 sur 160 · CHAPITRE XI. Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. Il

( la foudre ) poursuivant le cours des victoires de ses ancêtres, franchissant les montagnes et les fleuves, venait de concpiérir rOccident, et maître de la haute Albanie, il se préparait à passer le Pinde, lorsque le bruit des armes de Tamerlan, qui ravageait T Asie mineure, le rappela dans TOrient, où il perdit dans une seule bataille^ le trône et la liberté (i). Cet événement, qui vengea la Grèce du dévastateur de la Thessalie, de la Macédoine, de la Phocide, de VAttique, delà Mysie et de la Bulgarie , ne fit cependant qu'ajourner la conquête de lËpire par les Mahoméuns.

Amurat, neuvième monarque de la dynastie des Ottomans, qui monta sur le trône en 14^2» ne tarda pas à reprendre les plans de ses ancêtres contre la Grèce. Les Épirotes d'abord lui disputèrent avec avantage rentrée des défilés du Pinde, maïs épouvantés par une sommation que ce prince leur adressa de son camp devant Thessalonique (2) , ils résolurent de se soumettre.

(i) Les annale» turques rapportent cette mémorable bataille , dans laquelle deux cents mille Turcs furent taillés en pièces , en Tan 804 de l'Hégire on 140Z de J.-C, la quatorzième année du règne de Bajazet. Chalookd. , 1. III.

(1) La cbromqne de Janîna cite cette pièce dans les tennes suivants :

Ba9tXsl>c Moupàr ÂvarbXiic xal Auvittc , rp^f ^ '^ '^^ ^^ iavvtTdiC , xal 9%ç <n>fA6ouXt6«» , va IXAiçt 9i>.D(fcaTt)câc va f&oQ irapa- ^«•osTt vh K.açpcv aa< , xal va f&i irpoaxuvnatrt ^là §a9c>ieiv 9oi< , ^i« va (Aift (Aà xiviifftTt «ç dui^bv (Atyoïv » xal 1X0» iyavrÎGV •«« ifci rk ?paTiû|uiaTa (iou,.xai icapt* to Koçpcv aoLÇ )ià tô lus '•. (4*o. x \ TOTf •AiT€ «oOn Ta 2aa liraSav xai Ta Xwnk K.açpfli^«oS ÔiXiïfAa- Ttxîiç Hh (fts jiFpo«x6vvi90(v , XAt lxaT«M»inj«*v yX TO 2ita6i iaou, mI

Il6 VOYAGE DANS LÀ GRECE,

C'est pourquoi ils lui députèrent un certain nombre des citoyens les plus distingués delà ville, qui réglèrent une capitulation avec ce sultan près Salonique, où son quartier était établi, dans un lieu appelé Klidi, ou la clef. En conséquence dix-huit Turcs commandés par un officier, prirent possession du château de Ja« nina au nom du grand seigneur, le 9 octobi'e i43i et non pas en 14^49 comme Meletius le rapporte dans sa géographie.

La chronique dont je viens de citer les particu* larités les plus intéressantes , ne rapporte ensuite que. quelques détails vulgaires , qui s'étendent jusqu'à Tannée 1 7 40 ) temps auquel elle finit. Depuis cette époque •les habitans de Janina avaient conservé une demi -liberté sous le gouvernement de leurs pachas , qu'ils fai-

hvh Têbv çpartttTÛv f^QU JavXaêciAtiffav , xat ÂvaroXiQ mat AOov) <««- Xr.6Daav. Kal jpxov àvaputra^i» p.aç va irciiQoufAcv , on va (akv aoç 16- *]fOc>.tt irori àvô rh Kaçpov 90iç, xai iviç iroÉXiv va pL^v f»nkTt M" €ou>.ot , xat rn; ^acriXiixç picu àm^ç itûttotc.

Traduction, Mourat, empereur dWient et d'occident. Je tous écris à tous, JTanlotes, et je vous invite k venir volontairement me présenter les clefs de votre forteresse, et me saluer votre empereur, si vous ne voulez exciter ma colère, et m'oblîger de marcher contre vous •avec inon armée, pour m'emparer de votre ville. Alors vous éprouveriez les maux qu'ont soufferts les places qui m'ont résisté » et qui ont refusé de me reconnaître pour leur maître; villes que mon 'épée a jfrappées , et qui sont tombées soils le sabre de mes spl« data, vainqueurs de l'orient et de l'occident. Nous jurerons ensemble, moi que je ne vous chasserai jamais de votre forteresse; vous que vous serez fidèles et à jamais soumis à mon autorité.

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«aient révoquer à leur gré, et cet état a duré jusqu'en 1788, année de Tavènement d'Ali pacha à la satrapie de rÉpire, de laquelle datent les malheurs d'une TÎlle, qui gémit depuis trente ans sous son autorité, et qui est peut-être destinée k j voir perpétuer sa postérité.

La ville de Janina se déploie sur le penchant et à la base des coteaux qui la dominent à l'occident, jusqu'à un cap, dont les extrémités recourbées en forme d'aigle bicéphale, élèvent deux mamelons^ sur lesquels sont bâtis en regard le palais du lac du visir Ali et deux mosquées. Cette presqu'île, sur laquelle exista l'ancienne Janina^ se détache de la ville dans une longueur de trois cents toises sur cent cinquante dans son plus grand diamètre, en «'avançant au milieu des eaux du lac. A son extrémité occidentale, un fossé la sépare du Bazard, et un rempart élevé, garni de canons, la défendrait de ce côté, si une pareille position était susceptible de résistance. Dans son enceinte^ maintenant environnée d'un cordon de murs bastionné, on remarque le quartier fétide des Juifs, les prisons, le grand sérail du visir Ali et la mosquée de Calo pacha , qui est ornée de colonnes en granit, apportées du temple de Pluton, dont les ruines existent encore, près du lac Achérusien dans la Thespr6tie(i). Autour de cette mosquée que les Turcs ont construite sur l'emplacement de l'église du Pantocrator, on voit les tombeaux de quel-

(i) Fojrez chxp. XXX de ce voyage.

Il8 TOTÂGS DANS LA GRECB,

ques pachas, situés au bord du rocher qui forme une côte perpendiculaire de cent pieds d'élévatioar au-dessus du lac.

La nouvelle Janina, comme toutes lesTiDes turques,, se compose dun bazard fangeux situé au voisinage du château , de rues tortueuses, qui ne permettent de nommer que celle appelée sérail machalé, et de quartiers entrecoupés de cimetières enceints de murs , ou délaissés, qui nont pas marne le mérite ordinaire, d'offrir quelques tombeaux bien entretenus. Le châ*^ teau de Litharitza, qui domine la presqu^e du lac^ renferme le nouveau sérail du visir, autour duquel se groupent les palais de ses fils Mouctar et Yeli pacha.. Ces édifices bâtis comme tous les ouvrages turcs , ont ce» pendant cela de particulier , qu'on y voit des peintures â fresque exécutées par des barbouilleurs Arméniens, qui ont représenté différents sujets aussi monstrueux , que le goût des princes dont ils font l'admiration Ainsi, sur le fronton de la porte d'entrée du sérail de Mouctar, ce pacha est peint entouré de ses gardes , assistant au supplice d'un homme qu'on attache au gibet. On vante cet ouvrage, que les con-* naisseurs du pays mettent cependant au-dessous d^uu paysage , dans lequel ce prince est représenté assis , au milieu d'un troupeau de chevaux, de bœufs, de mulets et d'ânes. On serait tenté de croire qu'on a voulu faire allusion à la société habituelle de sou excellence. Chez Yeli pacha, les peintures représentent des camps , des piles de têtes , des drapeaux , des sièges dans lesquels les bombes sont plus grosses que les maisons ; et au plafond de son salon de repos , us

cràpitbb xu 119

ciel, oit Ton voit tout à la fois le soleil, la lune^ les étoiles , une comète avec sa queue enflammée , et la foudre sillonnant les airs. Les appartements du vieux Âli mieux soignés, offrent des arabesques d'un bon goAt ; mais au total ces ouvrages , comme les palais de bois et de boue dont ils font partie , ne méritent guères ni l'attention du voyageur, ni Thonneur duuQ description. Les mosquées au nombre de quatorze, et les sept églises de Janina, ne valent pas mieux la peine d*étre vues. Quant aux édifices, tels que rhôpital et le collège, ils ne sont remarquables que par la généreuse intention de leurs fondateurs, Capelan et Sosimos , dont les noms et la mémoire seront à jamais chers et recommandables aux habitants de l'Épire. Ces deux respectables amis des chrétiens, ont doté, par des fonds déposés dans la banque de Moscou, pour le collège de Janina, trois professeurs pensionnés, chargés d'enseigner à leurs élèves le grec littéral, le latin, et le français; et sept maîtres subalternes, qui nont que la nourriture et le vêtement. Des écoliers reçoivent une modique pension , afin de pouvoir suivre les études , et d autres sont admis comme externes et sans rétribution, aux leçons qui se donnent deux fois chaque jour, pendant Tannée scholastique. Dans Thô* pital, on se contente de fournir des aliments aux pauvres; et cest plutôt par son institution un lieu d'asile comme les Xénodochions , où les pauvres étaient reçus dans les premiers siècles du christianisme , qu'un Nosocomion , dans lequel on traite les maladies, puis* qu'il ny a ni médecips,'ni pharmacie destinés pour son service. Cette institution tout imparfaite quelle

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est, n'en mérite pas moins la plus grande reconnaissance pour ses fondateurs. Leur sollicitude a aussi pourvu à la doution de pauvres filles qu'on marie chaque année , pour perpétuer la race laborieuse de ces prolétaires y qui dureront suivant la parole divine autant que le monde : nom semper pauperes ix>biscunt , hahebUis.

Dans Féut de barbarie qui afflige la Grèce , Janina se glorifie d'avoir cultivé en silence les lettres, bannies du territoire qui fut leur berceau et leur sanc* tuaire. Un cabinet de physique, des sphères, des cartes, quelques instruments de chimie, une bibliothèque qui renferme environ quinze cents volumes des classiques des trois langues quon enseigne dans son collège, suffisent pour initier les élèves dans la connaissance des sciences , et cVst plus qu'on n'ose» rait espérer sous un gouvernement ombrageux. On ne sera pas moins surpris de voir que cette ville a produit, depuis son esclavage, Meletius, connu par sa Géographie et son Histoire ecclésiastique (i); Balano^ auteur d'un Traité de Mathématiques appliquées aux arts; Sokdoris, qui a donné la Grammaire et la Poétique de l'Hellénique; Gommas Balanos, cité pour ses Traités de lalgèbre et de la cbronologief Triphon, qui a publié une Grammaire; Lambros Fotiades, un ouvrage sur les mesures; Georges, un Dictionnaire grec et latin , et Psallida, deux ouvrages

(i) A rexception de Meletius, les «atres anteim ne penrent étrt considérés que comme des ezcerpteurs et des traducteuti.

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