CHAPITRE XI. I2Z
intitulés : Mathematica et vera Félicitas y en grec et en latin. "^
Les vertus ne sont pas non plus entièrement bannies de cette ville, malgré rinfliience de celui qui lopprime depuis trente ans. La fausseté, Tastuce et la perfidie ; qu^on reproche à ses habitants, pourraient être également les vices de tout autre peuple qui serait gouverné par Ali pacha. C'est la suite inévitable de la dépravation qu'il a érigée en principe! Jour et nuit, Vantre de Cacus est ouvert à la délation, au crime et à la perfidie. Sa garde est composée d'assassins ; ses pages sont les enfants dépravés des victimes de sa férocité; ses émissaires, de lâches valaques, prêts à commettre tous les forfaits , et ses affidés, des empoisonneurs, qui font gloire de leurs crimes. Des ministres sacrilèges du dieu vivant sont admis aux secrets ténébreux de ses conseils^ pour lui révéler la pensée de Tinnocence, et le secret des confessions. Des espions, déguisés sous toutes les formes, cherchent et scrutent les lieux où sont enfouis les deniers de la veuve et de lorphelin. La vierge timide^ cachée dans Tobscurité dçs appartements réservés aux sexe, ne peut échapper à leurs regards pénétrants. On Tarrache du sein maternel; on en arrache le fils, espoir dune famille vertueuse; et l'honneur^ la beauté, la pudeur, sont sacrifiés aux plus honteuses passions. Les grâces^ les faveurs ne tombent jamais sur Thomme de bien ; et malgré la réprobation qui repousse la probité, la pieùsé philantropie habite cependant encore cette Tille en proie à la plus scandaleuse immoralité.
tsi Voyage dans la grbce,
J Les Grecs de Janina sont charitables^ rien na pa effacer cette qualité de leur cœur. Us ne détournent point leurs regards d*un homme accablé par la disgrâce du satrape, et tous les malheureux, sans distinction^ sont l'objet de la sollicitude publique. Les prisons, qui regorgent de victimes ^ auxquelles leur tyran n accorde que des fers, tombent à la charge de la ville , qui pourvoit à leurs besoins. Chrétiens , Turcs ou Juifs, la chaiité les embrase d'une égale affection. Sans distinction de culte , elle leur fournit des vêtements suivant les saisons, et une nourriture journalière pour leurs besoins. Des hommes et des ^ femmes se dévouent pour demander Faumône , non en faisant des quêtes où la vanité du siècle perce en implorant la commisération , mais en se couvrant du cilice , chargés du sac delà mendicité , et en frappant aux portes pour demander le pain du pauvre. Aix Toùç âoeXçouç jtotç f uXaxo[i.^voric. Nos frères prisomUen souffrent^ crient-ils dune voix plaintive; et jamais l'aumône ne leur est refusée , excepté du satrape et de ses complices. Aux fêtes solennelles , l'allégresse des chrétiens se fait sentir jusqu'au fond du tartare dans lequel les prisonniers sont renfermés. Les travaux cessent pour eux , leur noumture est plus abondante , et pendant la pàque , ils ont des tables aussi bien servies que celles des riches. Au milieu des festins et des noces, on pense aux prisonniers, et les restes du banquet leur sont réservés. A la mort dun proche parent , une famille opulente fait pendant plusieurs jours la dépense de la nourriture d'une chambrée de ces infortunés , et les dames suivies de leurs dômes*
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tiques, président elles-mêmes aux distributions des aliments qu elles se font un devoir de préparer de leurs mains. Noble et sublime fonction ! Elles ne dédaignent pas de soulever la tète défaillante d'un vieillard accablé de douleurs , et le crime puissant respecte ce dévouement de la charité chrétienne ! Mais de combien de bénédictions est comblé celui qui brise les fers des prisonniers ? « Que veux-tu de moi , « Dispose de mes grâces , disait le visir à un étranger « auquel il voulait prouver sa générosité, prononce ? — « la liberté de quelques prisonniers ? — En regardant « ses officiers : d autres me demanderaient de lor. « Mais celui^^i est Français ! » La grâce tasrâaty mak elle fut enfin accordée ,. et cet événement Képandit. dans Janina , une joie pareille à celle d une famille^ qm retrouve des enfants qu elle croyait perdus.
Un peuple susceptible d'une reconnaissance aussi profonde , peutt-il être essentiellement dépravé ? Non > la nature a trop bien partagé les habitants de Ja» nina, pour que les défauts dont on tes accuse ne soient pas plutôt inhérents aux vices du gouverne» ment local , qu'à leur caractère naturel. La fraîcheur c/ et la beauté sont le partage des enfants ; la candeur^ la régularité des traits et la majesté des formes , dis* tinguent la plus intéressante moitié de l'espèce humaine, et les hommes sont généralement grands et ^ bien faits. La vieillesse à la vérité est hideuse, surtout parmi les femmes. Mais indépendamment du fard et des bains d'étuves dont elles abusent , si on fait attention aux inquiétudes continuelles auxquelles elles sont livrées , tremblant à chaque instant pour leurs époux
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et pour leurs enfants , on ne sera pas surpris d'une pareille altération ; car le chagrin^ qui livre des assauts continuels à Tàme , fane , use et détruit rapidement la jeunesse , les grâces et la beauté. A trente ans , j'en ai fait la triste remarque , la barbe des hommes cornmence à blanchir; et la caducité s annonce chez eux lorsque dans nos heureux climats, sous rinfluence paternelle des monarchies européennes, l'habitant des ville$ et des campagnes , jouit encore de toute rénergie de ses facultés.
Il parait que Janina, malgré l'action continuelle de l'anarchie et du despotisme, qui ont pesé sur ses habitans depuis sa fondation , fut toujours tme ville considérable. Elle était déjà érigée en évéchë en 879 (1); et peu de temps après devenue métropole, son prélat, qui prenait encore le titre d'arche- Téque de Janina et de Corcyre, eut sous son sceptre
(i) Le premier éwéqae de Janma, historiqaement connu, fut Zachurias, qui siégea an synode tenu après la mort de saint Ignace de Constantinople, pour le rétablissement de Photins dans ce siège, en 879. Ses successeurs furent :
Evéques de Janina, selon l'Oriens Christiamu. Zteharias , epiAcopnâ ( au Synode pour la restitution de Photins ). S79 Thaoleptas, metropoUta (decimus ocUtus post captam a Tnrcis
ConêtaatinopoUm)
Antonins , éréque de Bella , souscrit pour celui de Joannina au
concile de Tan i564
Joaaaph, metropolita i58o
Mattluras (▼igetinnuf tertius a capta vahe) ^- • •
Partheniuj • • • 1^39
Clemens , metropolita ( seculi nnperi)
Hlerotheus, metropolita. 17*'
Cependant le catalogue (EKeEZIZ) de Tempcrtiir Androni«