‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 51 sur 160 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

monastère de saint Côme et saint Damien , que les Grecs nomment les saints Anargyres (i). Tout près de cette enceinte , les pluies forment un large torrent dont les eaux tombent dans le lac. Delà , il faut plus d^une heure et demie , pour monter au village de Saint Georges , séjour' aérien de trente familles grecques. Elles vivent des productions des gorges supé* rieures du mont Mitchikeli dans lesc^elles il y a des champs cultivés, quelques pâturages^ des arbres, des eaux de mauvaise qualité et une multitude pro* digieuse de bartavelles. Sous le même air de vent , trois quarts de lieues plus haut dans les montagnes , on gagne Lignadez, premier village du Zagori , qui n'est habité que durant les chaleurs de Tété , à cause des neiges dont ses sommets sont chargés pendant sept mois de Tannée. Telle est la bordure orientale du lac de Janina, dont le plan joint à ce chapitre^ donne une idée plus claire que les descriptions, en ce qu il parle aux yeux. On remarquera dans la direction nord , sur cette ligne, les sources des saints Anargyres surnommées Militzi, celles de Kioski et de Sedenico, qui sont autant de petites rivières souterraines.

Deux milles au nord du village de Tîle dont je viens de parler, après avoir vogué dans un canal bordé de roseaux, on trouve Perama, maison de plaisance du visir Ali, et tout auprès un village de quarante cabanes habitées par de pauvres ilotes. La butte

(i) Âytct Âvapyufot. Les saints sans argent, sont les dioscures modernes des grecs.

l3o VOTAGB DAHS LA 6RBGB,

rocailleuse et stérile à la base de laquelle sont située» leurs buttes , est «ntièremeat isolée y et senaibUble à une île que les eaux auraient abandonnée. Le lac finit en cet endroit^ en faoe de la ohapelie de Saint^Nicolas bâiie aur la rive Offosée. Une forêt de roaeaux couvre le loarais , qui ae dépoule de là au nord^ datis une longueur de six nilles jusqua Labschistas ou Libisdas , jqm #a le lac inCérieur. Penoui «st niaintenamt un palais abandonné , qui ne sert plus qu'aux exécutions nocturnes, dont il est le thé&tre, ainsi que le monastère de Sotiras. Mais comne si oette extrémité du lac était ooAsaccée au cnme, la partie voisine de Saint^Nicolas <i est pas moins £uneuse , lorsque le satrape, dans ses jours de fureur, condamne quelques femmes au dernier supplice. Elle rappellera long-temps fiux habitants de Janina , la catastrophe qui signala par le plus lâche des assassinats , le mois de janvier i8oi« Cet événement que les Grecs cë^brent dans leurs chants lugubres mérite d'être connu, pour perpétuer la honte de son coupable auteur. Puisse ce souvenir, reproduit dans toutes les langues, a^ipsendre au monde, sous quel joug les chrétiens sont courbés, et à quel maître TÉpire est soumise !

Phrosioe née d'une famille distinguée de chrétiens, comblée des dons de la nature, touchait à peine à son printemps, lorsquelle reçut la oouronne nuptiale (i). &iche de son patrimoine, enrichie par la fortune de la maison dans laquelle elle entrait^ le ciel

(i) La couronne nuptiale fait partie des cérémonies du mariage chez les Grecs. Le prêtre en courre la tète des deux époux ^

Page 1