CHAPITRE XI. l
autant un appui qu'un bastion , sont par-tout formés de polygones irréguliers joints sans ciment, avec un fini admirabie à» ju&ta* position , tandis que leurs hces saillantes sont grossièrement ébauchées et presque brutes-: Toità- pour Fenceinte , dont Tonverture , comme eell« de Castritza, est pratiquée au nord. En examittont les restes d^ plusieurs édifices particuliers, diseëminés dans rifitérietir, on y trouve' un tuniulus drsoîamnte pieds carnée, soutenu par un mur de revétensniien ai^golîtbes ou^ pierres brutes^ dbnvon ponr^ rait déterrer les- souhassemenv». On voir un* peu s^Fest , un enfencemeut a^ee des? répianations- en maçonnerie dune époque' nodeme^ dans lequel on descend par" un double escalier, pour arriver à deux puits, dont un coneerve encore de Vean. Je présume qu'on peut assez raisonaabkmienv affirmer que le tunralu», soutenu pair un ]«v.èt6meur cyold^éen, ftit Ib bîéron à ciel ouvevc de Jupiter Zfecbnëen*^ temple rustique, élevé e» plein aîv, comme t<»usceux dans> lesquels les hommesy à peine réunis en soeiété, offKrent leurs premier hommages aux immortels; Quant aux' fondements dtt édifiées épsvs dans L'enceinte,. ne pourrait-on pas dire que ce fnrent les demeurcs^ de ces Selles grossiers, qui habitaient auteui^ du- templedont ils étaient les ministres. Enfin les puits profonds, qu^on voit encore maintenant, eontenaient sans douoe Ueau nécessaire à leurs besoins. Je pense donc que la ruine cyclopéenne de Gardiki , est le hit-ron de Jupiter Dodonéen, et la résidence des Selles, ses ministres, qu'Hérodote visita, lorsque la chêne prophétique n'existait plus. Par suite de Texa*
l3<$ VOYAGE DAKS LA GRECE,
men des lieux, je serais, tenté de placer la ville de Dodone , réservée au peuple , à Castritza. Ainsi il j aurait eu tout à-la-fois , dans la Hellopie , une ville de Dodone, distincte du hiéron de Jupiter et de la demeure des Selles , en possession de rendre ses oracles et d'initier les étrangers à ses mystères; et si la chose nVst pas prouvée, elle est au moins vraisemblable. Homère ne donne pour habitants à Dodone que des Selles; Hérodote ne parle que de ses ministres, quand il se rendit au hiéron; enfin Polybe n'aurait pas omis de faire mention de la destruction de cette ville par Dorymaque : « qui étant arrivé au « temple de Dodone, brûla son portique, enleva plu- « sieurs des offrandes qui s y trouvaient , et renversa «1 édifice sacré (i). » Le temple n était plus, comme on voit y un autel de la simplicité primitive de Tàge d or , puisque ses ex voto purent tenter l'avidité du vainqueur, qui n aurait sans doute pas épargné la ville plus que le saqctu^ire de Jupiter* Mais^ que sont devenues ses colonnes, toç çooç ? N étaient-elles pas, comme le portique^ un ouvrage en bois, puis-" que Thucydide dit positivement qu'elles furent brûlées, et qu'on n'en retrouve aucun fragment, ni la
(i) napaYcvo'fJkevoç ^t 'jrpèç rà irapà Att^œvji Upèv, taç Tt coàc 2v(irpri9t xaî iroXXà tûv dcvoidDfiiâTttv ^itf Ocipt • xartfaxa^t ^t xAt T^v Upov cixîav. P01.TB. , lib IV. .
Je pense que par çoà;, il faut entendre non • seulement le portique, mais les colonnes du temple, car Polybe, toujours exact, se contente de dire que Dorymaque renversa ensuite la cella, MLxifsxoL^ty etc., et il aurait sans doute ajouté : ainsi que les colonnes.
CRAPITRB XI. lij
moindre parcelle de marbre, au milieu de tant de décombres? Je dirai plus : les laboureurs, qui ensemencent des champs entiers dans l'enceinte où exista le hiëron , n'y ont jamais trouvé de médailles , tandis qu'on en découvre chaque jour à Gastritza, ainsi qu'aux environs de sa montagne; et cette preuve vient à lappui des hypothèses que je hasarde. Jen conclus, que la ruine de Gardiki est l'enceinte des Selles, qu'Hésiode appelle la demeure des Pélasges (ne^aoyâv î^povov), et le hiéron de Jupiter Dodonéen. Je conjecture en même temps, quel'acropole de Gastritza, située au midi du lac supérieur, à la distance de deux lieues de celle-K;i, est la ville de Dodone, que Favorin (i) appelle la capitale des Hdlopes , riches en troupeaux , qui formaient sans doute un corps de nation distinct de la caste sacrée des Selles. '
On peut également entendre de diverses manières l'épithète de haute y que les écrivains anciens donnent à Dodone. Ils avaient dA observer que pour arriver dans la Hellopie, il fallait monter en venant du côtp de la mer, d'où ils partaient ordinairement pour accomplir leurs pèlerinages; et lair vif et froid, qu'ils trouvaient dans cette contrée, devait leur faire penser qu'elle était placée dans une région élevée. Il ne fallait que réfléchir pour faire cette remarque, qui, déterminée par des observations barométriques , m'a donné une hauteur approximative de onze cents pieds au-dessus du niveau de la mer, pour le plateau
(i) Fayorinus aa mot Att^wvaioc bXfL KoiOi^pa, etc.
l38 TOTAGB DANS LA «EÈCE,
de Janina. La Hellopie mentait donc le nem de plaleau supéiieui;, et Dodone celui de haute ^ par rapport même à la yallée dans laqudUe elle était si«> tuée, ainsi que le kiéron bâti sur la montagne de GardiJû , qui domine sa surfaee dr quatre cenis pieds; élévation à-peu-pcès égyileà ceUe du. niant Andfeeame, près d'Athènes.
Pour ce qui est du Tomoros» moniagite isolée, comme Fétymologie l'indique,, il s^élève pareil à un ▼aste autel au nord de la vallée» qu'il Osrme en dérobant la. vue dxb lac inférâeur. Situé daos une région froide, puisque les hivers sont d'environ six mois à Janina^ couvert de neiges plus long «temps que la plaine, il mérita le surnom de glacial, que lui donne Homère, qui n'a j^imais prétendu confiner le temjde et les ministres de Jupiter Dodonéen , dans les glaoiars du Pinde. A. cet emplacement, il est difficile de méconnaître le Tomoros. Il ne l'est pas- moins, loesqu'on se rappelle comment lairaia de Dodone était sans cesse frappé par un automatn armé d!tm> fouet formé de chaînes d'airain , que le vent mettait en. mouvement. U suffit d!avoir habité Janina,, pour avoir re« marqué que la butte de GardîLi se. trouve expesée aux vents de nord -ouest et de sud -est, qui régnent pendant une grande partie de Tannée, et à l'action immédiate de tous ceux q|û soufflent par intervalles, des différents- points du compas. Quant aux cent fontaines qui sortaient de la base de cette montagne, Pline, qui rapporte ce fait sur le témoignage de Théopompe, a voulu faire allusion aux sources de Besdounopoulo, dont les eaux fertilisent une multi-
CBAPITEB XI. tig
tilde de champs, aJAsi. qu'aux, divers ruisseaux que reçQÎiild lac iu£éiieur} et il. a parlé par pléonasme, pour evk exprimer la quanti^. Mais le Tomoroa esi mainte- BftQt dépcmiUé de ses chênes fatidiques, comme le Libau lest de ses irieux cèdres, parce qu^ tout change sur la terre. On^ ne voiâ phi5. voltiger autour de ses coteaux que quelques essainas de pigeons sauvages, aussi peu respectés et aussi, muets que la terre dea oracles, sur laquelle iU furenfc autrefoia révérés^
En poursuivant l'exploration de la vallée orientale, OB trouve à un. quart de lieue de Besdoupo , deux souzces qui. jaillissent do la. base du Tomovos , dont les eaux après s être confonduesdans un même canal^ s'épanchent dans le marais, qui est le canal de communication entre les lacs. Un mille et demi plus loin , en marchant toujours au. nord, on relève droit à Test sur le penchant du Mitchikeli , à la distance dune lieue , Dipni environné d'un bois de chênes verts ; enfin en avançant toujours dans la première direc"> tion pendant un mille , on arrive à la chaussée ou pont de Zagori. Là se termine la plaine comprise entre Téglise de saint Jean Pakso-Lavrîte , le Tomoros et les lagunes, territoire daine inépuisohle fertilité, riche en moissons., en végétaux, en. prairies, coupé d'îles et do canaux praticables aux barques avec lesquelles les riverains exploitent, les pâeheries des. bas fonds et leurs toiurbièpes , dont» les. boulangera et les propriétaires des.bains, emploient. lahouille (Sxapia), pour chauffer leurs fours et leurs étuves. La chaussée sinueuse percée d'arches sous lesquelles coulent les eaux des sources innombrables des lagunes unies
l4o VOTAGB DàHA la GRÈCB,
' au trop plein du lac de Janitia , pour se porter au lae inférieur, se termine au khan de Noutza, près duquel on trouTe un corps-de-garde de Derrendgis^ un puits et un groupe de beaux arbres. Vis^-vis , dans le Mitchikeli y on remarque le tchiftiik de Braïa , et deux cent-cinquante toises au nord, on voit la bordure de roseaux qui annonce le lac inférieur de la Hellopie , que les écrivains de la Byzantine appellent Libisdas , et les gens du pays Labsistas et Labchistas ( I ).
Ce lac, qui reçoit la décharge de celui de Janina, des torrents et des ruisseaux de la partie orientale de la grande Tallée de la Hellopie, s'étend entre le Mitchikeli qui se recourbe pour lenvelopper au nord et au couchant , par les coteaux de Petchiali et de Protopapas , et par le mont Tomoros qui le borne au midi. Dans cet espace , à lepoque des grandes eaux dans les hivers ordinaires, son diamètre peut être évalué à une lieue en tout sens. Mais en été, quand les torrents cessent dy verser les .pluies et le produit de la fonte des neiges, lorsque le lac supérieur ne dépasse plus ses bornes accoutumées, le Labchistas baisse et se ré trécic surtout vers l'occident , où il laisse à sec la moitié de son bassin, quon laboure et dans lequel on sème du maïs. Resserré au fond de son urne , il n est alors que le renflement du canal alimenté par les bgunes , dont les sources donnent une
(i) Il est probable que ce nom vient de laspi^ boue ou fange, à cause qu'il tarit en grande partie pendant Tété , et qu'il laiss* à découvert des vases remplies de joncs.
CHAPITRB XX. l4x
quantité d'eau qui l'entretient ayec assez d'abondance jusqu'au mois de juin. A cette époque^ le lac, cbmme perdu entre ses roseaux , ne forme plus au sortir de ses fanges, qu'une rivière d'un demi-mille de cours ^ qui vient aboutir au sud-ouest dans un bassin circonscrit, par un encaissement de rochers duTomoros. Là, sans bouillonnement, sans tournoiement, et comme à-travers le sable d'une fontaine filtrante , les eaux s'absorbent^ quelle que soit leur quantité , mais avec plus ou moins de temps , pour reparaître deux lieues au sud-ouest, au fond d'un précipice d'où sort la Yelchis, qui conflue avec le fleuve Thyamis ou Galamas (i).
A deux milles du khan de Noutza^ après avoir suivi la partie de la gorge appelée Lycostomo ( la gueule du loup), on se rapproche du lacdeLabchistas et on laisse à droite dans la montagne le tchiftlik , appelé Prilipi, au-dessous duquel coule un large torrent , et deux milles plus au nord on arrive à la tête du lac, auquel vient se rendre un ruisseau souterrain , qui sort de la base du Mitchikeli. A droite , au bord d'un ravin profond , s élève une maison de plaisance du visir Ali , et inférieurement une chapelle grecque entourée d'un bois sacré ; au-dessus la montagne est aride et couverte de sauge. Là s'ouvre le sentier qui conduit dans le canton de Zagori , par Dovra, premier village de lantique Perrhebie. En poursuivant la périphérie du lac , à une demi-lieue de la source que je viens d'indiquer, en marchant à louest on
(i) Foy^z chap. XXIX de c« voyage.
passe à P(etchiali , bâd sur le penchant d*un tertre verdoyant dominé par une tour. On itelève delà «u sud deux points de cmnpas est , le Yîltage de Labchistas situé sur iine blaîse du niont Tosioros , et dans le sud-ouest , à la di^nce d une lieM , le khan et le village de Néoc^ri, dont fai parié dans mon itinéraire de Dtidâsa à f àttina. De «te deHiier village , en portant au sud, l'espace dNein tièi^ de lieue , on re* tombe au Catavothron ou goufiEre du Labchistas , où j ai remarqué les piles d'un pont en masses pélasgiques qui servait anciennement, lorsque les eaux débordent , à passer du mont Tomoros sur les coteaux de Néochori , afin d'éviter un détour considérable qu'on est obligé de faire au midi , pour gagner le défilé de Protopapas. Ce circuit a lieu un peu au-dessus de Rodotovi ou Rodostopos , situé une demi-lieue au midi^ à la base de la Zone près de laquelle se terminent ordinairement les inondations dont les flaques d'eau arrivent jusqu'au khan d'Ammos, situé dalis l'intervalle moyen entre ces deux villages. Au midi de Rodotovi , passe la route commerciale de Sayadez , et un peu au-delà, le sentier par lequel on se rend aux villages disséminés dans la partie septentrionale dé la vallée de Passaro.
De cette ouverture des défilés, qui conduisent dans la partie occidentale de TÉpire, la chaîne des coteaux circule pendant une lieue à lorient , en laissaht un espace libre de deux milles, entre sa base et celle du Tomoros. On trouve dans cette nouTelle direction Tista , à un quart de lieue de Rodotovi , et un mille et demi plus à Test Fanéroméni , vis-à-vis lequel on re-
CHAVITEE XI. 143
lére à un tiers de lieoe nord, le village de Gardiki, qui ft à&oBé «on nom tu mont Tomoros sur le penchant duquel il est b&ti. Dans Fintervalle moyen des deux villages, plus près delà base delà montagne de gauolie que des coteaux de Faneromeni, on trouve r^li^ de k Transfiguration, et deux cent-cinquante toises à Torient le village de Dgelova , qui n'est remarquable que par une maison de campagne duvisir Ali Pacha. En fece, s*eavre la route carrossable qui conduit par Besdouno-Poulo en plaî«e dans la vallée proprement diiie de Janina , qui est la partie orientale du bassin de la Helk>pie. Ainsi comme on peut en juger, la montagne de Gardiki on Tomoros, circonscrite par les lagunes et par le Labchtstas à Torient et au nord, séparée par une gorge , des coteaux de Protopapas , de Rodotovi et de Dgelova ^ coupée à sa base par la route carrossable tracée dans un ravin , est entièrement isolée au milieu de la plaine de Janina , et répond à Tidée que les anciens nous ont donnée de la montagne sur laquelle exista le temple de Jupiter dodonéen.
Au détour de Dgelova, commence la partie occidentale de la vallée de Janina , qui a cinq lieues d étendue du nord au sud , jusqu'à Saint - Dimitri, où elle se termine au pied des montagnes formant le versant méridional de l'Épire. En descendant dans cette direction , à une lieue et un quart sud de Dgelova , on passe à Stavraki , village et palais de campagne de Mouctar pacha , bâti au pied de la montagne sur laquelle s'élève un quart de lieue à loccident, le hameau de Sodovitza« Des sources et les
l44 VOYAGE OAlfS LA GHBCE,
eaux deé pluies forment temporairement des inondations dans cette partie de la plaine y dont le sol caverneux comme ceux qui sont agités par de fréquents tremblements de terre , absorbe et dégorge les eaux par des canaux inconnus. Cest dans cette direction qu'est tracé le sentier suivi des piétons , qui conduit par Paramythia au port de Gomenizze. Les coteaux qui dérobent entièrement la vue de Janina , sont couverts de vignobles , entremêlés de maisous de campagne, jusqua lendroit où leiur projection s'abaisse y vers leglise de Perilepti , à un mille environ de la grande ferme de Bonila. Telle est jusqu'à cette distance Tarète centrale de Ja vallée. Au pied de la chaîne oocidentale des montagnes , à une lieue de Stavrachi , se groupe le village de Néochori , séjour de quinze familles grecques. Un mille au-delà, on aperçoit sur la même ligne, les monastères de Drouki, de Saint- Nicolas et de la Vierge , qui s élèvent par étages dans les ressauts de la montagne, et une demi -lieue au midi, on laisse à droite le large défilé de Gosméras, qui conduit aux ruines de Passaro. Cette partie de la vallée verse ses eaux à Test , où elles s accumulent et s'absorbent dans un marais éloigné de tout le diamètre du vallon , que j'évalue à trois milles et demi. Dans cet endroit, vis-à-vis le défilé deCosméras en plaine, on trouve le beau village de Rapchistas , d où ' Ion compte deux lieues et un tiers jusqu'au khan de Saint- Dimitri. A cette extrémité et à la base des montagnes qui s élèvent à l'orient , on remarque de larges flaques deau et de petits lacs , qui se perdent dans