‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 85 sur 160 · CHAPITRE XVII. ai · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. ai

à une pareille discussion. Je m'appliquai à tourner la conversation vers les objets qui m'intéressaient; et je ne fus pas plus heureux. Mon philosophe albanais était tellement circonspect, il éludait mes questions avec tant d'adresse, que je ne pus obtenir de lui que des louanges à satiété sur son bon maUre AU Pacha, quil regardât après Pyrrhus, comme un des héros les plus distingués de TEpire, comparaison qui n^étaît pas plus juste, que l'éloge de son administration.

Premiti est une ville tout -à-fait moderne, et les murailles qui. couronnent un rocher voisin de TAoûs me paraissent être les débris d une de ces acropoles fabriquées par Justinien , dont le nom aura été omis ou défiguré par Procope. La population de cette place se compose de sept cents familles, dont les deux tiers sont turques, un sixième chrétiennes, et le restant bohémiennes. Ces dernières, quoique professant la religion mahométane, sont tndtées avec mépris et dédain, par les vrais croyants, et soumises au caratch comme les chrétiens. Je vis dans la ville et hors de son enceinte, deux églises, autant de mosquées, et un beau palais que le visir Ali venait de faire bâtir dans un château fort, qui commande la plage, et le. passage du fleuve (i). Un renégat calabrais qui présidait aux travaux de la forteresse, me promena

(i) Ce Calabraia s'était fait Tiirc en 1 804. De l'Albanie^ il passa en Egypte en iSoy, et de là dans TArable, où il entra dans Tarmée d'Abdoulyahab, sous lequel il servit, lorsque ce chef des Ismaélites s'empara de la Mecque. Df'puis, il se fit reconnaître -pour consul de France k Moka et k Mascate; d'où il m'écrivit

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dans tous les coins et recoins du sérail, des bastions, dés casemates et des remparts; et il fut tellement sa* tisfait de Tapprobation que je donnai à ses trayaux , qu'il voulut être mon guide. H me raconta ses cam* pagnes en Italie , il sëtait trouvé. à plusieurs batailles, et il voulut quoique turc me présenter à son épouse, qui était fille d'un bey ou baron , de je ne sais quel village voisin. Quoique lëpouse du calabrais n'eût pas été élevée dans les principes de son mari , elle ne fit pourtant aucune difficulté dès que nous nous trouvâmes seuls, de se montrer sans voile. C'était une petite femme de quatorze ans, intelligente, vive, assez gracieuse , et <{ui aurait été trouvée belle par* tout. Elle me présenta un enfant de quatre mois, et elle s acquitta des cérémonies ordioaires d'une visite à l'orientale, avec une fiicilité merveilleuse. Rien ne lui manquait, eUe était aimée , bien vêtue. Malgré eela elle se croyait dédaignée (au dire de ses voisines), parce que son mari ne l'avait pas encore battue, ce qui était regardé généralement comme un manque de soins pour le perfectionnement de l'éducation d une jeune personne de qualité. Il est probable qu'on me racontait cela pour le rapporter à son mari, et quoique je me fusse bien gaidé de lui- &ire une pareille confidence, j'appris dans ht suite, que sa femme

en i8i3, pour m'annoncer m nonrelte fortune, et le projet qu'il avait formé de pousser ailleurs ses aventares. Comme il était assez bon ingénieur pour des Arabes, il est probable qu'il aurait réussi; mais j'ai su depuis qu'on Tarait assassiné dans nu de ses voyages.

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n'ayait plus rien à désirer à cet égard, et qu'elle était traitée par son époux, en dame albanaise de condition. Mollah Sulejman, céuit le nom turc de cet aventurier f me promena par la ville , afin de m en détailler les particularités , et il n'oublia pas le rocher dominé par les vieux murs, dont j'ai parlé. Les codja bachb se joignirent à lui pour attester qu'on trouve dans cette masure, une source d'eau vive, des reliques ( ayia Xi^ocva ) et qu'on j entend des revenants pendant lavent ou carême qui précède la fête de Noël* Comme il fallait une échelle pour monter à cette acropole, où je n'avais nulle envie de monter, je tins pour vérifié tout ce qu'on me racontait, comme on le croira sans doute sur parole. Le mont Mert^ chica auquel Premiti est adossé , privant la ville de la lumière du soleil dès qu'il a passé au méridien , est regardé comme la cause première des pleurésies meurtrières qui moissonnent les habitants, quand ils sont assez imprudents pour coucher en plein air, pendant les grandes chaleurs de l'été. Il est probable indépeur damment de cette circonstance locale, que les eaux glaciales dont ils font alors un usage immodéré, ne contribuent pas moins à leur occasionner ces maladies , qui sont périodiques dans plusieurs autres cantons de l'Épire.

La partie du Villaïeti de Premiti appelée DagU ou montagneuse , dont je n'ai vn qu'une lisière de trois lieues du sud au nord, se développe en profondeur à l'orient, un peu au-delà de cinq lieues de chemin. Elle confine dans cette direction avec le canton de Caulonias | et daps ses points extrêmes comme l'autre

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coli OU subdivision du Viilaîeli au midi , avec le ter* ritoire de Sesaratez, et au septentrion avec celui de Cleïsoura.

Les principaux bourgs et rilhges du Dagli tfHe j'ai relevés , sont Gostreizi , composé de cent maisons ëparses sur les coteaux , situé six lieues à Test-nordest de Prémiti , dont les habitants sont des albanais mahométans , et des valaques émigrés de Moschopolis ; Liouras une lieue et demie plus loin dans la même direction, et Bretchani entièrement habité par des schypetars turcs. Je ne cite que ces trois points principaux auxquels se rattachent soixante autres villages, bourgs j et Tchiftliks dont la population est de deux mille huit cent quatre-vingt-douze familles, desquelles deux mille cent soixante-dix-sept sont mahométanes, et sept cent quinze chrétiennes du rit grec. Voilà ce que j'ai pu faire et savoir relativement à cette contrée, et je doute que de long- temps il soit possible de la mieux connaître, à moins de s y établir à domicile et d y travailler à 1 ombre du mystère, pour déjouer la surveillance inquiète des habitants.

Après avoir fait quelques excursions qui pouvaient m*intéresser , bien convaincu qu'il n*y avait pas de villesanciennes à découvrir aux environs dePremiti(i), je songeai au départ. Mon projet étant de me rendre

(x) Je n'y trouvai à acheter qu'un médaillon romain, qui se trouve, je crois, décrit dans l'Encyclopédie. Bronze,

Tête de Néron à gauche. R. dans une couronne de chêne EXVLES ROMiE REDDITI.

CHA.PITRB XYII. ^ly

àTebelen, en parcourant la suite des défilés de Pjrr* rhus, nous passâmes au sortir de la ville , l'Aoûs sur un pont en pierre de sept arches. Après une lieue de marche sur sa rive droite, j'aperçus dans le mont Mertchica le village turc de Sfrati , divisé par des torrents , qui se réunissent dans un seul canal y avant de se rendre à la Yoîoussa. Au-dessus de ce hameau y je distinguais sur des sommets isolés Lippa et Bouali dont les maisons sont bâties hors de la portée du fusil les unes des autres , à cause de 1 état de guerre habituel de ces peuplades, avant quelles fussent soumises à la domination d*Ali pacha* Comme les jours précédents , je vis des bergers armés , et des beys à cheval , qui gardaient leurs troupeaux. La scène ailleurs morne et silencieuse s'animait , nous rencontrâmes plusieurs hordes de montagnards Toxides, tribu particulière des* Schypétars. Leur air fier et mar^ tial me rappelait les antiques Macédoniens , auxquels il ne manque encore qu'un chef, pour redevenir les soldats de Pyrrhus et de Scanderbeg.

Au-dessus de h rive droite de la Yoîoussa, à deux lieues et demie Dord-nordK>tiest de Premiti, nous commençâmesàrevoirquelquesunsdesvillagesdu Dagli(i).

(i) Les premiers fure&t Zkoudia, hdbité par une peuplade guerrière; Coasina, séjour de vingt familles de bergers. Au sommet d*un triangle ayant pour base le rayon d*une demi -lieue, compris entre ces deux villages , je relevai Hotchova , à la distance de quatre milles, qui envoie une rivière à la Voloussa. Parallèlement sur le mont Mertchica, on ne v«it que le village appelé Arabesca.

2l8 VOTIGB DAHS LA GRXCZ,

Nous marchâmes ensuite Tespace de trois quarts de lieue à travers un terrain tourmenté jusqu'à Pazzomiti, au-dessous duquel on passe sur un pont en pierre la Liocnitza qui prend sa source dans les montagnes y à l'orient de Hotchora, cinq lieues dans cet air de Tent Comme ses eaux étaient basses, mes guides, pour éviter Fogive du pont , prirent le gué , oii nous ne fûmes pas plutôt entrés que les chevaux perdant fond , ou ne pouvant s'appujer que sur des, pierres roulantes, s'abattirent avec les bagages et les cavaliers. Cependant nous sortîmes de ce mauvais pas , sans autre désagrément que celui de nous étremouillés , ce qui n'était pas fâcheux daos la saison où nous voyagions.

En avançant au nord de la Liocnitza , dans Tangle de deux contreforts , on trouve Yelchîsti , à Forient Sénitchiani , et une lieue plus bas au nord est Coutkiari. Cette masse de montagnes fournit encore à l'Aoûs une rivière , au bord de laquelle les Turcs ont bâti une rotonde sur un tertre ombragé par des pla«< tanes. Tout auprès nous traversâmes un cimetière turc , et j'observai parmi les tombeaux , ceux dm de quelques jeunes enfants marqués par des banderoles blanches attachées à des arbres nouvellement plantés , qui se couvraient de leurs premières feuilles. Des femmes arrosaient la terre fraîchement remuée, pour j faire pousser le gazon , tandis que des Turcs fumaient à l'écart et détournaient la tête pour éviter de saluer un infidèle et ceux qui l'accompagnaient. Nous étions alors par le travers de Grabova , tchifiUK du visir Ali , bâti au milieu d'un bois qui couvre U

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versant de Mertchica. Enfin à une demi-lieue de cette berge y se termine la direction au nord de la chaîne des montagnes de droite, à l'endroit où une petite rivière descend de Varibopi , après avoir traverse la vallée de Fratari dont elle prend le nom.

Au-delà de Varibopi nous tournâmes au nord-ouest plein , en prolongeant le cours de la Voïoussa et dans une demi-heure , nous laissâmes à droite Panariti et de Tautre côté du fleuve « Brejani. Nous étions à l'entrée d un vallon spacieux qui s'élève au nord , tandis que l'Aous s'enfonce à l'occident entre des mornes sourcilleux^ où il semble se dérober aux regards. Une culture riche occupait alors ce carrefour des vallées, tandis que les montagnes couvertes de forêts ou frappées d'aridité > caria nature ofire ici tous ses contrastes , présentaient une scène de perspectives tellement variées , que les pinceaux les plus habiles ne pourraient qu'à peine en rendre la grandeur^ les harmonies, les accidents, et l'ensemble qui est aussi surprenant que compliqué. Enfin une demi-lieue à l'occident de Panariti , nous arrivâmes au pont de la Desnitza , dernier affluent de la partie septentrionale de l'Épire, qui vient de Bousi, village éloigné de six lieues , dont je parlerai en exposant l'itinéraire par cette vallée jusqu'à Berat ville capitale de la Moyenne- Albanie. C'est à ce m^me pont que se termine aussi le canton de Premiti sur les deux rives de là Voïoussa, et que commence à la rive droite de ce fleuve, le villaïéti de Desnitza^ qui fait le sujet du chapitre sui-» vaut.

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