‹ Voyage dans la Haute-Égypte (volume 2)Chapitre 13 sur 19 · E— LO · texte numérisé non relu

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décorative d'Abydos n'aurait que cet avantage de montrer deux rois régnant

conjointement sur l'Egypte, qu'il faudrait la compter parmi L'un des plus précieux des documents historiques que les temples de l'Egypte nous aient

légués (1).

Avec la planche 19 nous entrons dans l'intérieur du temple. Le soleil y pénètre par les plafonds dont quelques architraves sont tombées, et éclaire vivement le tableau. L'architecture égyptienne se révèle ici dans ce qu'elle a tout ensemble de solide et de gracieux.

Planche 20. — En entrant dans le temple et dès les premiers pas qu'il y fait, le voyageur est frappé de la différence énorme et choquante qu'il remarque entre le ton général, le style des figures et des hiéroglyphes, qui caractérisent la première salle, et le ton général, le style des figures et des hiéroglyphes, qui caractérisent la seconde salle et les suivantes. Autant, en mettant le pied sur le seuil de la première salle, on est étonné de voir des bas-reliefs d'une exécution presque barbare, autant est-on charmé et comme ébloui quand, en pénétrant dans la seconde, on rencontre des tableaux auxquels rien, comme perfection, ne peut être comparé dans tout ce que fart du Nouvel-Empire a produit.

Ces différences de style ont leur explication dans la différence d'origine des deux salles. Il résulte, en effet, des renseignements fournis par la grande inscription des cent seize lignes, que quand Séti Ier mourut, le temple n'était point achevé; que les colonnes de la première salle étaient en place et non encore décorées; que les piliers de la façade n'étaient pas « posés sur leur socle ». Les sculptures de la première salle sont donc détestables parce qu'elles sont du temps de Ramsès, et que du temps de Ramsès l'art ne se maintint pas toujours à un niveau très élevé; les sculptures de la deuxième salle et des suivantes sont ce que l'art du Nouvel-Empire a pu produire de plus parfait, parce qu'elles sont du temps de Séti; et que ce prince no nous a rien laissé, Abydos, Bab-el-Molouk et le Temple de Gournah compris, qui ne fût vraiment digne d'admiration.

Le seul aspect de la planche 20 supplée à tout ce que nous pourrions ajouter. Nous sommes ici dans une des salles de Séti. Les grandes lignes

(1) C'est par une étude sur ce document que M. Maspero a préludé à cea beaux travaux qui l'ont conduit, si jeune encore, au Collège de France. (Voyez Essai sur l'inscription dédicatoire du Temple

d'Abydos et la jeunesse de Sésostris, Paris, 18G7).

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PHOTOGRAVURE b IMPRIMERIE GOUPIL & C

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sévères des colonnes contrastent d'une manière frappante avec le modelé délicat des bas-reliefs qu'on aperçoit au fond de la salle.

Planche 21. — Autre vue d'une partie de la même paroi , sur une échelle plus grande.

On y jugera l'art égyptien dans ses qualités et ses défauts. L'exécution est plus ou moins finie et soignée; le point de départ, c'est-à-dire une certaine convention imposée ou subie, reste immuable. Il s'ensuit que l'art égyptien n'est beau que relativement à lui-même. L'air est plus ou moins bien chanté, mais c'est toujours le même air. En aucun pays l'art absolu ne se contentera de cet œil posé de face sur un visage de profil, de ces pieds trop longs qui sont deux pieds droits pour la même figure, et de ces deux mains contournées qui sont également deux mains droites. Notre planche 21 montre cependant que, même dans ces mauvaises conditions, les artistes égyptiens ont atteint un idéal qui n'est pas sans charme.

L'étude comparée des deux planches 20 et 21 peut amener à comprendre le sens de la représentation qui fait l'objet des remarques précédentes. Séti Ier (planche 20) s'avance pour accomplir la cérémonie qu'on appelle l'offrande du feu. Il récite la litanie dont le texte est gravé devant lui. Osiris (planche 21) est assis sous un édicule richement orné; les déesses de la justice et de la durée du temps le précèdent; derrière lui, Isis, l'Amenti, Nephthys, lui servent d'assistantes. C'est à ce groupe de divinités que Séti adresse ses prières.

Planche 22. — Ces deux beaux bas-reliefs sont extraits de l'une des chambres intérieures du temple. Leur époque n'a pas besoin d'être indiquée. Il y a là, dans le relief léger et adouci des figures, une sorte de séduction que l'art de Séti peut seul exercer.

Le roi est deux fois représenté faisant ses hommages à deux divinités. A droite, il offre le pain sacré et le lait au dieu que les inscriptions nomment Phtah-Socharis. Le même dieu, sous son seul nom de Socharis, est à gauche, écoutant les prières de Séti qui lui présente l'eau et le feu, symboles de toute création et de toute vie.

Le Temple d'Abydos montre dans presque toutes ses chambres et à la hauteur d'environ un mètre et demi du sol, des trous percés dans les murs comme ceux qu'on aperçoit au bas de notre planche 22. Ces trous sont un souvenir du temps où le monument était un lieu d'habitation pour

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les fellahs qui y campaient avec leurs familles et leurs bestiaux. Ils servaient à fixer dans le mur des bâtons auxquels les hôtes du lieu suspendaient leurs vêtements et leurs objets mobiliers. Je n'ai pas besoin d'ajouter que ces profanations ont depuis longtemps cessé et qu'on n'en trouverait plus aujourd'hui un exemple dans aucun temple de l'Egypte.

Planches 23 et 24.— Je réunis ces deux planches dans une description commune, afin qu'on juge, comme en une sorte de preuve à l'appui, de la différence des deux styles et des deux arts.

On ne croirait jamais, à voir ces deux images que la photographie n'a ni adoucies, ni exagérées, que l'une est le portrait du père (Séti Ier) et l'autre celui du fils (Ramsès II), tous deux exécutés pour le même temple.

L'admirable portrait de Séti s'impose de lui-même à l'attention du visiteur. Je doute qu'on en trouve un autre dans toute l'Egypte qui soit plus personnel et plus vivant. La belle tête du même roi, qui fait partie de la décoration d'une chambre au Temple de Qournah, ne lui est point supérieure, et à certains égards ne l'égale pas.

Les deux rois sont dans la même pose et coiffés du même casque. Ils font tous deux la même offrande, qui est une statuette de la Vérité. Mais la ressemblance des deux figures s'arrête là.

Planches 25-28. — La grande liste royale que l'on connaît sous le nom de « Table d'Abydos » est le plus précieux de tous les textes qui ont été découverts pendant le déblaiement du Temple de Séti Ier. Elle est gravée sur une des parois d' un long corridor situé dans la partie méridionale du temple.

Ce corridor ne reçoit de l'extérieur qu'une lumière insuffisante pour la photographie. Le soleil n'y pénètre jamais.

Ne disposant d'aucun des moyens que les découvertes récentes mettent à la disposition des photographes et permettent d'opérer dans l' obscurité, j'aurais renoncé à faire figurer la « Table d'Abydos » dans la collection du Voyage, si M. Billiet, chargé des opérations photographiques, n'avait réussi à faire entrer dans le corridor des rayons de soleil réfléchis par le moyen d'un miroir, et assez persistants pour produire les épreuves que nous avons sous les yeux.

Gomme on le voit par les planches ci-jointes, il a fallu quatre clichés pour avoir la vue complète de la Table. Sans aucun doute, en des circons-

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