PHOTOGRAVURES: IMPRIMERIE GOUPIL
ABYDOS—TE-MPLE DE RAMSES
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Temple de Séti) , là où j'ai vu la terrasse d'un grand édifice ensablé jusqu'au toit. Il n'est pas à espérer qu'on puisse jamais en connaître l'intérieur, du moins ce serait une difficile entreprise que de vicier et de porter au loin une aussi grande masse de sable que celle qui a pénétré dans le temple et peut-être l'a entièrement comblé. » Si la description de M. Jomard s'applique au temple où nous nous trouvons, on ne conçoit pas qu'on ait pu faire d'un édifice presque encore debout tout entier au commencement de ce siècle, la ruine désolée et attristante dans laquelle nous reconnaissons tout ce qui reste aujourd'hui du Temple de Ramsès.
L'intérieur du temple se présente, quant aux cartouches royaux qu'on y lit, dans les conditions de tous les autres temples égyptiens. Çà et là sont mêlées à la décoration principale des légendes de rois postérieurs, qui ont tout simplement profité d'une place blanche pour y inscrire leurs noms. Mais il n'en est pas moins certain que le deuxième Temple d'Abydos a été commencé et tout entier fini par Ramsès II, aussi bien comme construction que comme décoration.
Je rappellerai au visiteur qu'il existait dans le Temple de Ramsès, une table des rois qui n'était que la copie de la table des rois gravée dans le Temple de Séti, avec cette seule différence que les légendes du fils remplacent dans le second de ces édifices les légendes du père. Transportée à Paris il y a une trentaine d'années, cette seconde édition de la Table d'Abydos (d'ailleurs très mutilée) y a été mise en vente, et fait maintenant partie de la riche collection du Musée Britannique.
On ne peut guère porter un jugement sur le style de la sculpture propre à un édifice qui est si complètement ruiné. Il est permis de dire cependant que la sculpture, dans le Temple de Ramsès, dénote une correction et une fermeté de ciseau que nous n'avons pas trouvées dans la première salle hypostyle du Temple de Séti. Il n'y a pas d'autre cause à ces différences, que la différence d'époque. Le Temple de Ramsès II appartient aux premières années de ce roi, comme le Temple de Grournah, le Ramesséum, les deux obélisques de Louqsor, le Temple d'Ibsamboul; peut-être même, si l'on en croit certains indices, aurait-il été tout au moins commencé alors que Ramsès n'était encore que co-régent. La partie du Temple de Séti qui a été décorée par Ramsès, appartient au contraire aux dernières années. Ramsès II est le roi constructeur par excellence; pas un coin de l'Egypte où il n'ait laissé son nom. Il semble que Ramsès II ait épuisé sur la fin de son règne (qui fut très long, puisque Ramsès II régna soixante-sept ans) tout ce que
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l'Egypte produisait d'artistes. En effet, c'est par leur style détestable que se reconnaissent les stèles, les inscriptions et les autres monuments qui sont contemporains des dernières années de Ramsès.
Ce qui reste de la décoration des soubassements de la première cour, montre une longue procession de personnages défilant à la suite des trois prêtres principaux du temple. Séti Ier vient de mourir; Ramsès II prend à titre définitif possession du trône que jusqu'alors il n'avait occupé que comme l'associé de son père.
A cette occasion on a célébré dans le temple des cérémonies dont les soubassements delà première cour rappellent les épisodes. Un prêtre s'avance en tête du cortège (côté Sud de la cour), portant la statue de Ramsès. Viennent ensuite des assistants chargés d'offrandes de toute sorte. Le char du roi défile, entouré de soldats égyptiens et étrangers. Une gazelle, un antilope, un bœuf surchargé de graisse, destinés à être offerts en sacrifice, marchent au dernier rang de la procession, ce que montre notre planche 29.
Planche 30. — Muraille extérieure du Temple de Ramsès. Paroi de
l'Ouest.
La muraille extérieure du temple n'a été déblayée que récemment. Elle est tout entière historique et se rapporte à une campagne de Ramsès contre les Khétas (peuple puissant de la vallée du bas Oronte).
Les deux armées sont aux prises. Les Khétas, acculés entre deux bras du fleuve, sont cernés et mis en fuite. Ceux qui suivent le bras inférieur ne sont pas atteints. Les autres sont précipités clans les flots. L'armée ennemie est captive avec tous ses bagages (face du Nord).
Une partie des fuyards tombe dans un campement égyptien dont les troupes n'avaient pas pris part à la bataille. On y voit des soldats indigènes et des auxiliaires composés de Schardanas. Quelques régiments sont en marche, probablement pour rejoindre le gros du détachement déjà campé (face de l'Ouest).
A la suite de cette victoire , Ramsès fait des dons nombreux au trésor du temple. Il fonde à perpétuité des revenus destinés à assurer le service religieux (face du Sud).
La scène que reproduit la planche 30 est un des épisodes de la bataille. Nous sommes au milieu du campement égyptien (côté de l'Ouest). Un officier, sans autre insigne qu'un long bâton, descend de son char et se tourne vers un groupe de soldats qui marchent devant lui.
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Le char est à deux roues et attelé de deux chevaux qui n'ont pas la richesse de harnachement des chevaux attelés autre part au char du roi. Des étuis de cuir sont disposés en avant et en arrière. L'un (celui de l'arrière) est le carquois et contient des flèches nombreuses mêlées à quelques javelots de trait. L'autre est destiné à l'arc qu'il préserve de l'humidité et du soleil; des javelots y étaient aussi quelquefois déposés. La caisse est exceptionnellement abritée par une sorte d'ombrelle à franges.
Les soldats qui marchent derrière le char sont des soldats égyptiens. Ils ont la perruque épaisse qui couvre et enveloppe la tête. Leur longue robe est retroussée pour la marche. Ils portent au bras gauche le lourd bouclier en forme de stèle. Le glaive recourbé est dans leur main droite. Ce glaive , appelé ^ khopesch par les textes hiéroglyphiques, est Yensis falcatus d'Ovide, les Grecs l'ont connu et se sont même servi de l'appellation égyptienne à peine altérée (Kotùç) pour le désigner.
Planche 31. — Autre scène tirée de la même partie du mur extérieur (côté Ouest). Au milieu des soldats de l'armée égyptienne, sont confondus ceux que nous trouvons sur notre planche 31.
Bien qu'aucune légende n'accompagne cette représentation, on ne peut hésiter sur la nationalité des soldats qui figurent ici au milieu de l'armée égyptienne, et dont nous retrouvons le nom plusieurs fois écrit sur d'autres monuments. Ce sont des Schardana.
Que les Schardana, ceux que les textes égyptiens appellent les Schardana de la mer, soient les Sardes ou Sardiniens, c'est ce qu'il serait difficile de contester.
La seule question à résoudre serait celle de savoir si, sous Ramsès II et au moment ou nous voyons les Schardana figurer parmi les troupes auxiliaires de ce roi, les Sardes, peuple d'origine libyque, avaient déjà quitté les côtes méridionales de la Méditerranée, pour aller coloniser l'île de Sardaigne à laquelle ils ont donné leur nom, ou si, à cette même époque, ils habitaient encore le district des côtes libyques, qui fut la patrie du mythique Sardus, fils d'Hercule, leur père commun.
Le problème a son intérêt, mais je crois qu'il est vite résolu. En effet, les peuples confédérés, qui sous Ménephtah, père de Ramsès, firent une si terrible incursion dans les provinces septentrionales de l'Egypte, sont partagés, selon la remarque déjà faite par M. de Rongé, en deux groupes. Les Rebu (Libyens), les Maschuoasch (les M࣫eç d'Hérodote selon
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M. Brugseh), lesKehak, forment le premier. Dans le second sont compris
les Schardana ou Sardiniens, les Schaluhcha ou Sicules, les Tourscha ou Etrusques, les Likou ou Lyciens, les Akaouscha ou Achaïens. Los Schardana ne seraient donc plus des habitants des côtes méridionales do La Méditerranée, mais à l'époque de Ménephtah l'émigration qui les porta vers le Nord serait déjà un fait accompli.
Quoi qu'il en soit, la légion sarde formée du noyau des prisonniers de guerre introduits, dès le temps de Ramsès II, clans l'armée égyptienne, est celle dont le mur extérieur du petit Temple d'Abydos nous montre
quelques soldats.
Il est impossible de ne pas être frappé du côté pittoresque des armes et des vêtements de ces soldats. Ils ont pris de l'armée égyptienne la longue jupe qu'on retrousse pour la campagne ou pour la marche: mais ils ont des armes offensives et défensives sui generis qui ne peuvent manquer de fixer l'attention. Le bouclier est rond,, semé quelquefois (comme d'autres monuments le prouvent) cle larges clous de cuivre; c'est la rondache. Leur casque est relevé par devant et par derrière, et augmenté de deux cornes en forme de croissant; une tige et une boule, probablement de métal brillant, le surmontent, Une longue pique mince, terminée en pointe aiguë, est dans leur main gauche. Leur main droite est armée d'un glaive à deux tranchants, droit, sans garde, très large à la base, fait à la fois pour percer et pour couper. Il n'est pas inutile d'ajouter que ces guerriers semblent avoir la tête rasée.
Le bas-relief d'où nous avons extrait notre planche 31 est malheureusement d'une exécution assez peu soignée, et il serait téméraire d'en tirer quelque indication sur l'ethnographie de la race à laquelle les Schardana appartiennent. On remarquera cependant la taille haute et élancée, la tête petite, le nez rond et court des personnages. Moïse était vivant à l'époque où un sculpteur inconnu gravait sur les murailles d'Abydos ce portrait des plus anciens habitants de la Sardaigne.
Planche 32. — Même temple et même muraille. Des soldats égyptiens, infanterie et cavalerie, sont en marche.
Les fantassins sont protégés par le grand bouclier carré, arrondi par le haut. Ils ont une hache pour toute arme offensive; deux ou trois portent le cimeterre recourbé. La coiffure rappelle tantôt la grosse perruque nationale ou les cheveux arrangés en tresses tombantes , tantôt semblerait formée
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d'une pièce d'étoffe couvrant la nuque et relevée sur le front. Je ne saurais dire si la longue chemise ne monte pas jusqu'au cou.
La cavalerie ne se compose que de chars de troupe. Le harnachement des chevaux peut être ici facilement étudié , ainsi que la forme et l'ajustement du carquois et de la gaine de l'arc sur le côté du char.
Le char est monté par deux soldats. Il est probable que, quand le moment de la bataille sera venu., un des soldats se servira du bouclier, l'autre s'attachera les rênes à la ceinture et combattra avec l'arc et le javelot.
Quelques soldats à pied se tiennent à côté du char. Ceux-ci sont sans boucliers et ne sont armés que de la hache. C'est la première fois que ces auxiliaires, chargés soit de prêter aide aux combattants ou de les remplacer, soit de donner leurs soins aux chevaux ou aux chars, paraissent sur les monuments.
Les représentations sur les murailles des temples de détachements de l'armée égyptienne en marche, sont certainement très nombreuses. Mais en quelque lieu que ce soit et à quelle époque que ces représentations se rapportent, on n'y apercevra jamais un seul indice qui puisse faire supposer que les égyptiens aient connu ce que nous appelons de la cavalerie. On voit à Karnak un homme qui s'échappe de la mêlée monté sur un cheval, et M. Chabas, dans son excellent livre sur l'Antiquité préhistorique , a réuni quelques autres exemples de l'emploi isolé du cheval comme moyen de transport. Mais jamais, en aucune circonstance, on ne verra paraître sur un monument égyptien un soldat appelé à combattre à cheval. L'armée égyptienne ne comprenait que de l'infanterie et de la cavalerie de chars. Quant au cheval proprement dit, il n'apparaît sur les monuments égyptiens qu'avec le commencement de la XVIIIe dynastie. Jusqu'alors il était parfaitement inconnu.
Personne ne peut nier qu'un intérêt considérable ne s'attache aux scènes du genre de celles que nous venons de décrire. Tous les détails du bas-relief d'Abydos, nécessairement pris sur le vif et d'après nature, sont intéressants à étudier. Ce sont ces mêmes chars, ces mêmes soldats qui, quelques années plus tard, poursuivront les Hébreux et seront engloutis dans la mer. Et je noterai à ce propos une dernière observation, elle est relative à l'exégèse biblique : Le rôle que joue la cavalerie égyptienne dans le grand drame de la Mer Rouge est présent à toutes les mémoires ; mais le témoignage des monuments égyptiens est irrécusable, et il est
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certain que l'Egypte n'avait pas de « cavalerie ». Il y aurait donc une nuance à observer, laquelle porterait sur la véritable signification des mots (anj>, toi, -oi-a,) désignant le cheval, le char ou le cheval de char, le cavalier, qui sont passés avec le sens de cavalerie dans les Septante et la Vulgate, et des Septante et de la Vulgate dans les traditions du monde entier.
Planche 33. — Le témoignage des auteurs grecs et latins prouve que le Temple d'Osiris d'Abydos jouissait autre fois d'une grande renommée. Ce temple est cité à côté du palais de Memnon (Temple de Séti) par Pline et par Solin. « Osiris est enterré à Abydos, dit Strabon. Il n'est permis ni de chanter , ni de jouer de la flûte ou du psalterium dans son temple, comme il est d'usage de le faire pour d'autres dieux ». Plutarque est plus explicite : « Quoique, dit-il, les Égyptiens croient que le corps d'Osiris est enseveli en plusieurs endroits, on est persuadé en général qu'Abydos, ou la petite ville de Memphis, est la seule qui possède son véritable tombeau. En effet, c'est à Abydos qu'on enterre les plus riches et les plus considérables entre les Égyptiens qui tous ambitionnent d'avoir une sépulture commune avec Osiris ».
Le Temple d'Osiris d'Abydos était situé au milieu de la grande enceinte qui se trouve au Nord des ruines de la ville. Il était bâti tout entier en calcaire, et, plus encore que le Temple de Ramsès II, il a subi l'injure du temps et des hommes, puisqu'il n'en reste que quelques substructions.
Il n'a cependant pas si complètement disparu qu'on ne puisse se faire aujourd'hui une idée de ce qu'il a pu être dans son intégrité. Le Temple d'Osiris d'Abydos devait consister en un édifice de petites dimensions, enfermé dans une enceinte en briques crues, de 310 mètres de longueur, sur une largeur de 240. Le temple remontait à une haute antiquité et les souvenirs delà VIe dynastie, de la XIIe, de la XIIIe, y étaient abondants. Le lac sacré était au Sud.
Le témoignage des écrivains de la tradition classique est confirmé par l'étude des textes hiéroglyphiques que nos fouilles ont fait retrouver, et il est certain que c'est en ce lieu et dans l'intérieur do ce temple qu'était exposée à la vénération de l'Egypte entière la momie sacrée d'Osiris. La nature du terrain s' opposant à ce qu'on ait pu creuser dans le roc sur lequel le temple était bâti, le caveau mortuaire, la momie (lovait être consorvéo, comme l'étaient à Sais les tombeaux des rois de la XXVIe dynastie, dans une des chambres du temple et vraisemblablement dans le sanctuaire.
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ABYDOS TEMPLE D'OSIRIS
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Les bas-reliefs sculptés sur les murailles du Temple de Dendérah pourraient môme donner une idée de ce qu'était la sépulture du dieu. Elle consistait principalement en un grand coffre de bois rectangulaire dépouillé d'ornements. A la tête et en dehors était une statue d'Isis debout. Le couvercle ôté, on apercevait le dieu. Il est agenouillé sur un lit funèbre à tête cle lion et comme prêt à s'élancer pour la résurrection. Il a la grande couronne sur la tête. Il tient en main le fouet qui excite, le crochet qui retient, c'est-àdire les emblèmes de la toute puissance. Près du coffre, mais en un groupe séparé, est enfermée dans une châsse que l'on sortait du temple les jours de grandes fêtes, la relique sacrée par excellence, qui était la tête ellemême d'Osiris.
Ce que les anciens nous ont dit de l'habitude qu'avaient les Égyptiens riches de venir se faire enterrer à Abydos pour reposer aussi près que possible d'Osiris, est également vérifié par l'étude des lieux. La haute butte qu'on appelle Kom-es-Sultân et qui est située à l'intérieur de l'enceinte, n'est en effet qu'une sorte de tumulus formé par une série de tombes accumulées de siècle en siècle. A l'extérieur et du côté qui regarde la nécropole, les tombes sont riches, serrées les unes contre les autres et deviennent de plus en plus nombreuses à mesure qu'elles approchent de la muraille d'enceinte.
Le Temple d'Osiris d' Abydos a dû d'ailleurs être abandonné assez tôt, car je n'y ai pas rencontré un débris ptolémaïque, et les maisons de la ville ont de bonne heure envahi toute la partie méridionale de l'enceinte, où existent encore aujourd'hui leurs ruines.
Il est inutile d'ajouter que nos fouilles n'ont rien fait retrouver ni du temple lui-même, à l'exception de ses fondations et du reste de quelques colonnes de la XIIe dynastie, ni du sarcophage qu'il contenait. Une compensation s'est heureusement établie par les fouilles de Kom-es-Sultân. Là ont été trouvées toutes ces belles stèles funéraires qui constituent aujourd'hui une partie de la fortune scientifique du Musée de Boulaq. C'est de là aussi que proviennent la grande stèle de Nefer-hotep où on lit la mention d'une visite faite par ce roi à la bibliothèque du temple, la stèle de Ramsès IV, qui nous a révélé la longue durée du règne de Ramsès II, etc., etc.
L'intérieur de l'enceinte où s'élevait autrefois le Temple d'Osiris n'est plus aujourd'hui qu'un champ entrecoupé de trous et de pierres, et la photographie n'en aurait tiré qu'une épreuve sans intérêt. On s'explique ainsi comment le Temple d'Osiris n'est représenté dans le Voyage que par
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la vue pittoresque inscrite soirs le n° 33 de nos planches. Le village qui a succédé à l'ancienne Abydos est au fond. Au premier plan est Le lac sacré, maintenant presque à sec, qui avoisine le côté méridional de L'enceinte.
Planche 34. — La Nécropole d' Abydos ne se prête pas plus que le Temple d'Osiris aux exigences de la photographie, et je n'en parlerais pas ici si la reproduction ci-jointe de quelques monuments qui y ont été découverts ne m'en fournissait l'occasion.
De même que les nécropoles des Pyramides et do Saqqarah sont principalement des nécropoles de l' Ancien-Empire, de même le Moyen-Empire est principalement représenté dans la Nécropole d' Abydos. Les tombeaux de la XIIe dynastie, surtout ceux de la XIIIe, quelquefois ceux de la XIe, y sont en effet plus nombreux qu'autre part.
La nature du roc sur lequel le sable du désert est étendu a eu sur le mode d'ensevelissement des morts à Abydos, une influence dont il est impossible de ne pas tenir compte. A Saqqarah, aux Pyramides, à Thèbes, le sable recouvre directement un roc compact à travers lequel les puits et les caveaux mortuaires ont été facilement percés. Il n'en est pas de même à Abydos. Ici, au-dessus du roc dur et résistant, se trouve un grès en voie de formation, friable en certains endroits, en d'autres assez mou pour qu'on ne se soit risqué que bien rarement à y percer un puits ou une chambre. Les tombes d' Abydos n'ont donc pas à proprement parler d'étages souterrains. Edicule extérieur, puits, caveaux mortuaires, tout en général est construit, et quand l'excavation atteint le grès friable superposé au roc dur, on l'entoure d'une enveloppe solide en gros moellons.
De là l'aspect tout particulier que devait présenter la Nécropole cl' Abydos au temps de son intégrité. Qu'on se figure en effet une multitude de petites pyramides de cinq ou six mètres de hauteur, peu ou point orientées, et uniformément bâties en grosses briques crues. La pyramide est creuse et le dedans est évidé en coupole. Elle pose directement sur un caveau ménagé dans ses fondations et qui abrite la momie. Une petite chambre accessible on tous temps précède le monument ainsi construit. Telles sont les pyramides d'Abydos, et ce mode d'arrangement extérieur des tombes est celui qui a été le plus souvent employé, surtout sous le Moyen-Empire.
Quant aux tombes des autres époques, bien que nous ayons eu des occasions moins fréquentes de les étudier, on peut cependant se rendre compte de l'usage qui a prévalu dans leur installation. Cette fois encore le
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roc vif n'a jamais été atteint. Mais à la forme pyramidale des édicules extérieurs a été substituée la forme carrée affectant de loin l'aspect d'une maison sans fenêtres. Une cour précède la construction. On ouvre une porte, on descend quelques marches et on se trouve dans une chambre qui sert de lieu de réunion aux survivants. Directement au-dessous de la chambre, et sans aucune communication avec elle est le caveau ou gît le mort.
La distribution des objets qui, dans toutes les tombes égyptiennes, accompagnent les momies, a lieu ici selon les règles ordinaires. La stèle est à l'entrée extérieure de la tombe et visible pour tout le monde. Des vases, des outils, des tables d'offrandes, quelquefois la stèle elle-même, sont dans la chambre des parents. Avec la momie, dans le caveau mortuaire, sont les bandelettes, les canopes, les amulettes, les statuettes funéraires, les coffres, les Osiris en bois, etc..
Les objets que représente notre planche 34 proviennent tous d'Abydos et de sa nécropole.
Le n° 464 est déjà connu. Nous pouvons le donner comme un bon spécimen des statues de la XIIIe dynastie. Le défunt est assis par terre, enveloppé de la longue robe à franges. Il a la grande perruque évasée qui n'est pas propre à la XIIIe dynastie, mais qu'on retrouve surtout à cette époque.
Le n° 480 est un petit vase qui contient encore de la poudre d'antimoine. C'est le Mest'em des textes hiéroglyphiques. Comme nous avons eu occasion de le dire on décrivant la grande peinture historique des Amu à Beni-Hassan, les Égyptiens recherchaient le Mesfem pour s'en teindre en noir les sourcils et le bord des paupières. On a donné à notre petit vase la forme de la tête curieusement grotesque de ce dieu que l'on a pris si longtemps pour Typhon, et que nous savons aujourd'hui s'être appelé Bès. Bès était le dieu joyeux, celui qui présidait à la naissance, aux jeux. On couvrait de sa figure les instruments de musique et de toilette. On le représentait sur les chevets des lits pour procurer au dormeur des images agréables.
Le n° 542 est également déjà connu. L'exemplaire que nous avons sous les yeux provient d'une momie de la XXVIe dynastie, trouvée à Abydos. Ce curieux monument, qu'on rencontre à profusion dans toutes les parties de l'Egypte et avec des objets de toutes les époques, a été exécuté sous Aménophis III (XVIIIe dynastie ) pour conserver le souvenir des exploits cynégétiques de ce roi qui, pendant les dix premières années de son règne, aurait tué cent dix lions de sa main et sans aucun doute avec le seul secours
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de ses flèches. Un autre scarabée de môme style, trouvé dans les mêmes lieux et dans les mêmes circonstances que le précédent, nous apprend que sous Aménophis III, l'Egypte s'étendait bien au-delà de ses frontières actuelles en Afrique et en Asie. Le n° 542 ne prouve donc pas qu' Aménophis III ait tué ses cent dix lions sur le territoire égyptien qui devait, même à cette époque, difficilement nourrir un nombre si prodigieux do
ces fauves.
A gauche de la planche est un groupe de deux personnages. Ce sont deux statuettes funéraires réunies sur un socle commun. Les coiffures sont à étudier. Le geste de la femme exprime cette affection entre époux que nous avons déjà eu occasion de remarquer et que les textes traduisent quelquefois par des expressions vraiment touchantes. L'homme s'appelait 3fâ Mêni, la femme 02$ Hen-tAn (la régente d' Héliopolis).
La stèle qui occupe et surmonte le milieu de la planche n'est remarquable que par la rareté de la scène qui y est gravée. Deux femmes se présentent devant une déesse à tête de lionne qu'on considère comme le soleil femelle et se nomme Mehi-t. Il existe à l'Ouest de la nécropole d'Abydos un vaste terrain entouré de deux enceintes concentriques en briques crues et très épaisses. On l'appelle dans le pays Chounel-ez-Zebib : « le magasin des raisins secs». Quelque recherches que j'y ai faites, je n'y ai jamais trouvé la moindre trace de construction. Seulement dans la partie Sud du couloir qui sépare les deux enceintes, nous avons découvert, noyés dans la maçonnerie, une grande quantité de tout petits cercueils en terre cuite qui enfermaient des fœtus humains embaumés. Des stèles diverses accompagnaient ces cercueils, et c'est à côté de l'un d'eux qu'a été recueillie celle qui occupe le milieu de notre planche 34 et que nous venons de décrire.
Il en est du chameau comme du cheval. Le cheval n'apparaît en Egypte qu'avec la XVIIIe dynastie; le chameau ne s'y montre jamais, et quelque innombrables que soient les tableaux dont les monuments égyptiens sont couverts, jamais on n'y rencontre le chameau. A ce point de vue la figurine qui occupe le milieu de notre planche 34 a donc son intérêt.
Cette figurine est en faïence couverte d'un grossier émail bleu. Elle représente un chameau accroupi. Quatre vases sont suspendus sur ses côtés. Un cinquième vase surmonte la bosse. Sur le cou est perché un petit conducteur qu'à sa barbe pointue, à sa grosse chevelure épaisse, on peut reconnaître pour un non-Égyptien, probablement un Sémite ou un Arabe.
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Une communication intérieure existe entre les vases et la bouche du
ruminant. Nous serions donc ici en présence d'un Rhyton ('Porov, Rhytium).
L'époque est douteuse. Le chameau du Musée de Boulaq ne peut
remonter au-delà des Ptolémées. Tout au plus serait-il d'origine gréco-
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égyptienne. On l'attribuera avec plus de probabilité au temps des Empe-
reurs, bien que l'émail dont il est couvert semble révéler une origine
peut-être plus ancienne.
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Nous venons de dire que, quoique nombreux que puissent être les
monuments égyptiens sur lesquels sont représentés les animaux connus
de l'Egypte, on y cherchera toujours en vain la figure d'un chameau. Il
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résulte cependant des travaux de M. Ghabas, qui a consacré au chameau
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un très intéressant chapitre de ses Recherches sur l 'Antiquité historique, que
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si les Egyptiens n'ont jamais sculpté une représentation du chameau, ils
ont connu le nom de cet utile animal, transcrit par eux sous la forme
v~^3k^ln'M l ^t Kamaal, tout a fait semblable a l'hébreu b-ai. Mais de
ce que les Egyptiens ont vu le chameau dans le Liban, de co qu'ils ont
apprécié ses qualités, il no s'ensuit pas qu'ils l'aient ou chez eux. Qui sait
si le chameau, l'animal du désert par excellence, l'animal au poil roux
si en horreur aux Egyptiens, qu'ils tuaient, dit-on, les enfants qui avaient
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le malheur de naître avec une chevelure de cette couleur, n'était pas un