‹ Voyage dans la Haute-Égypte (volume 2)Chapitre 2 sur 19 · IV · texte numérisé non relu

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Ainsi se termine l' Ancien-Empire. Jusqu'alors le centre du pouvoir royal est plutôt dans le Nord que dans le Sud; Memphis est Ja première ville du royaume, et Thèbes n'est pas fondée. Pas un temple de cette époque reculée n'est venu jusqu'à nous. Dans un voyage de la Haute-Egypte, on ne peut avoir une idée de ce que fut l'Ancien-Empire que par Les tombes qu'il nous a laissées.

Moyen-Empire. — Avec la XIe dynastie commence une deuxième époque. Drah-Abou'1-Neggah, qui est la plus ancienne nécropole de Thèbes, montrera quelques hypogées de ce temps que nous y avons trouvés. Pour connaître la XIIe dynastie, on s'adressera à Beni-Hassan. et au vieux sanctuaire de Karnak; on s'adressera à la nécropole d'Abydos pour connaître la XIIIe. Puis survient un nouveau vide monumental qui correspond à ce grand événement de l'histoire égyptienne qu'on appelle l'invasion des Hycs< invasion dont aucune trace directe n'est visible dans la Haute-Egypte. Le Moyen-Empire est fini.

Cette période de l'histoire égyptienne qu'on appelle le Moyen-Empire n'est donc pas une de celles sur lesquelles un voyage de la Haute-Egypte renseigne beaucoup. On apprendra en passant, à savoir qu'elle a existé: mais c'est à d'autres sources qu'il faudra demander ce qu'elle fut. et la place qu'elle a occupée dans l'histoire générale du pays.

Nouvel-Empire. — Une brillante restauration, une ère nouvelle de prospérité, de gloire et de grandeur, s'ouvrent avec la XVIIP dynastie Thèbes, fondée sous les rois de la XIe, va rester pour de longues années la capitale du royaume. Les conquérants qui, à ce moment, ont fait de L'Egypte la première nation du monde connu, paraissent. Leurs souvenirs sont partout, mais c'est surtout à Thèbes que le voyageur étudiera sur place cette curieuse période de l'histoire d'Egypte. Karnak, Louqsor, Médinet- Abou, le Ramesséum, Deir-el-Bahari, Bab-ol-Molouk, le temple de Qournah, sont pour lui une source de renseignements qui ne s'épuisera jamais. Le colosse de Myt-Rahyneh, les deux temples d'Abydos, apporteront aussi Leur part d'informations. Malheureusement, l'usurpation dos Grands-Prêtres, qui amène la chute des Ramsès et de la XXe dynastie (temple de Cho'ns à Karnak), est le signal d'une décadence qui, jusqu'aux Psammétichus (XXVIe), ne s'arrêtera plus. Il n'est rien resté non plus dos successeurs de

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Psammétichus jusqu'à Alexandre. Pour trouver quelques traces de cette période agitée que traversent presque sans interruption des invasions désastreuses, le voyageur étudiera la liste des conquêtes de Scheschonk (Sésac) à Karnak, la colonne encore debout dans la cour péristyle du même temple, colonne qui porte les cartouches de Tahraka; il cherchera le nom des Psammétichus et ceux des principaux personnages de leur cour sur les murailles des deux petits temples éboulés, situés au Nord de Karnak; quelques tombes isolées de l'Assassif et de Qournah lui feront lire les mêmes légendes. Ainsi se termine ce que, chemin faisant, un voyageur peut apprendre du Nouvel-Empire.

Période Grecque et Romaine. — Mais autant les lacunes sont nombreuses dans la série des monuments du Nouvel-Empire, autant l'ère nouvelle qui s'ouvre avec Alexandre et ses successeurs devient riche et féconde. Les deux rives du Nil se couvrent alors de monuments. Les Thoutmès et les Séti trouvent leurs continuateurs dans les Ptolémées. Edfou. Philae, Deir-el- Médineh, Ombos, Dendérah sont construits. Si vive est l'impulsion donnée

qu'elle se continue sous les Empereurs, alors que l'Egypte n'est plus qu'une province de Rome, et c'est dans le pronaos d'Esneh, dans les petits temples de Dendérah et d'Edfou, sous la colonnade du Kiosque de Phila), que le voyageur entendra pour la dernière fois la voix do la vieille Egypte agonisante.

En résumé, l'histoire d'Egypte, telle que nous l'enseignent les monuments, présente, dans la route du Caire à Assouau, de regrettables lacunes. Mais ces lacunes sont telles qu'en aucune partie de l'Egypte on ne pourrait les combler. Nous avions donc raison de dire que, dans cette même route, tout se trouve réuni pour que les monuments épars sur les deux rives du Nil deviennent, pour celui qui les interroge, un véritable cours d'histoire.

2° Géographie. — C'est aussi un cours de géographie ancienne dont le voyageur trouvera les éléments épars sur les murailles des temples qu'il ira visiter.

La question est complexe; elle a été traitée déjà do main de maître par M. Brugsch-Bey. Nous n'y reviendrons pas.

Seulement le voyageur qui ne veut, ni approfondir le sens caché des

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papyrus, ni interroger les hiéroglyphes courants des temples, pourra, auss] facilement que possible et sans se livrer à des recherches qui demanderaient de longues préparations, extraire des monuments certaines notions géographiques bien faites pour ajouter à l'intérêt du voyage qu'il entreprend.

Ces notions sont de deux sortes. Elles concernent l'Egypte elle-même; elles concernent les pays étrangers.

C'est en général sur les soubassements des temples (Aby dos, Louqsor, Karnak), et particulièrement des temples d'origine Ptolémaïque (Edfou, Philee, Dendérah), que les notions géographiques qui concernent l'Egypte se rencontrent. Le dieu principal, suivi d'un de ses parèdres, est sur son trône; le roi fondateur est debout devant lui, précédant une suite toujours longue de personnages qui ont les mains chargées d'offrandes, et la tête surmontée d'un étendard ou quelques signes sont inscrits. C'est sur ces processions, toujours faciles à reconnaître, que l'attention du voyageur doit se porter. Les personnages, en effet, représentent allégoriquement les provinces de l'Egypte et leurs subdivisions. L'étendard qui surmonte leur tète est le nom clu lieu qu'ils symbolisent. Les offrandes dont leurs mains sont chargées sont les offrandes qu'ils apportent au temple au nom de ces mêmes provinces dont ils sont la représentation vivante. On voit par là que les longues processions qui défilent sur quelques soubassements des temples sont, sous une forme décorative, de véritables listes géographiques comprenant les nomes et leurs districts.

Aux notions qui concernent les pays étrangers s'attache un intérêt plus grand encore. En bien des lieux, le voyageur s'arrêtera devant do grands tableaux faits pour exciter sa curiosité. Un roi de grandeur colossale lève le bras. Il va frapper de son cimeterre ou de sa masse d'armes, un groupe de prisonniers agenouillés. Un dieu est près de lui; il lui amène, les bras liés et enchaînés par le cou, une longue suite de personnages au profil étranger nettement accusé. Ces personnages portent sur la poitrine un écusson crénelé dont l'intérieur est rempli d'hiéroglyphes. Autant de personnages, autant de peuples, autant de contrées, autant de villes et «le villages vaincus. De nouvelles listes géographiques son. donc .ci devant nous. On en trouve qui s'adressent aux pays du Sud. à la Libye éthiopienne, à l'Abyssinie, au pays des Somâlis (Karnak. Abydos); clic. remontent aux règnes glorieux de Thoutmès III, de Séti I« de ftamsès II

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On en trouve où sont énumérés les noms des peuples libyques des oasis, de ce qui sera plus tard la Cyrénaïque et la Marmarique (Ibid.). On en trouve enfin qui deviennent des documents dont l'importance n'est surpassée par aucun de ceux que l'antiquité classique nous a transmis. Ici, en effet, nous franchissons les frontières septentrionales de l'Egypte. Sans sortir des pylônes de Karnak, nous avons devant nous un millier de noms géographiques de l'Asie occidentale. Josué ne les connaîtra que plus tard, et déjà, avec les noms géographiques des pylônes, nous avons une carte de la terre de Chanaan., deux cent cinquante ans avant Moïse.

Le voyageur studieux et désireux de faire tourner son voyage au profit de la science a donc sa tâche tracée. En quelque lieu que ce soit, il copiera, il transcrira, sans jamais en omettre un, tous les cartouches crénelés que sa fortune lui fera rencontrer. Pour les peuples du Nord, il comparera ces cartouches, soit aux noms géographiques de la Bible, soit aux noms que les auteurs classiques nous font connaître, soit aux noms encore vivants qui sont venus jusqu'à nous. Il fera le môme travail pour les noms des peuples du Sud et de l'Ouest, en s'adressant aux listes malheureusement imparfaites que nous ont transmises Ptolémée, Artémidore, Agatharchide, et les auteurs des Périples. Il sera sûr ainsi de faire de sa visite aux temples une excursion aussi agréable qu'utile.

3° Art. — Il ne s'agit ici que de l'art de l'architecture et de l'art du sculpteur.

Architecture. — Si haut qu'on puisse monter, l'architecture est déjà en possession de ses grandes lois. Gomme si le souvenir d'antiques agitations du sol la poursuivait encore, elle procède, dès les premières dynasties, par masses gigantesques que rien ne peut ébranler (temple du Sphinx, Grandes Pyramides, Saqqarah, Mastabat-el-Faraoun), ou bien elle élève ces fragiles constructions de bois (Saqqarah, tombeau de Ti) que l'écroulement n'atteint jamais, et qu'à peine dérangées de leur équilibre on remet rapidement en place.

Cette première empreinte se conservera à travers les siècles, c'est-à-dire qu'à travers les siècles, l'Egypte continuera à mettre en œuvre à la fois les matériaux les plus lourds et les matériaux les plus légers.

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