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Le style clo l'architecture des constructions en bois ne variera guère. Telle cette architecture se montre au tombeau de Ti (V dynastie), telle à peu près nous la rencontrerons à Béni-Hassau (XII). à Tell-el-Amarna (XVIIIe), sur les peintures des tombes de Cheikh-abd-el-Qournah et de
l'Assassif (XXe et XXIe).
Mais on ne saurait en dire autant de l'architecture des constructions en pierre. Ici quelques essais d'émancipation se l'ont remarquer, et nous voyons l'architecture, sans renier jamais son grand principe <fo solidité, diminuer le volume des matériaux qu'elle emploie e1 chercher à atteindre la somme de grâce et d'élégance que le génie do la race comporte. lu premier effort, en effet, est tenté sous la XIIe dynastie (Béni-Hassan), où la colonne polygonale et l'arc surbaissé des plafonds trahissent un souci du beau que les tombes de Gyzeh et de Saqqarah ne connaissent point. Soûles dynasties qu'ont illustrées les Thoutmès, les Séti. les Ramsès (XYIil . XIXe, et XXe), les mêmes tendances se manifestent. Les matériaux sont moins énormes, la recherche du style est plus grande (Karnak, Louqsor, le Ramesséum, Abydos). Que devient l'architecture égyptienne sous les dynasties suivantes? Les contemporains de Psammétichus (XXVIe dynastie) subissent-ils l'influence des étrangers qui commençaient alors à affluer en Egypte? L'absence de grands monuments et la destruction des villes du Delta (Sais, Mendès, Sébennytus), où les rois de cette période avaient établi le siège de leur autorité, ne nous permettent pas de résoudre la question. Sous les rois grecs, successeurs d'Alexandre (XXXIIP dynastie), le problème, au contraire, est vite tranché par l'abondance même des sources auxquelles nous pouvons l'étudier (Edfou, Ombos, PhUse, Dendérah). Le goûl des blocs pesants n'est point abandonné: mais le contact du génie grec se révèle par mie recherche particulière à laquelle nos yeux modernes sont plus accoutumés. Le plan des temples devient mieux conçu, plus harmonieux et peut-être plus savant. Pour la première fois se montrent les chapiteaux à longues feuilles épanouies et délicatement fouillées qui sou. la marque de l'époque, et, d'aussi loin qu'on l'aperçoit, signalent au voyageur .... temple ptolémaïque. Môme tendance sous les Empereurs (Esneh . kiosque de Phile En résumé, l'architecture égyptienne est toujours une. La solidité la durée, la perpétuité, les grandes lignes et les grandes assises sont ses principales préoccupations. Ce qui la distingue, ces, qu'elle fournit sa
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longue carrière sans jamais déchoir, et sans qu'à aucune époque de sa durée, on ne découvre en elle ce qu'on appelle une période de décadence. Le voyageur s'en convaincra en étudiant de visu les monuments que nous venons de signaler à son intention.
Sculpture. — Chose remarquable, l'art de la sculpture a une destinée toute différente. Il débute par des chefs-d'œuvre et atteint du premier bond à une hauteur qu'il ne dépassera plus (Pyramides, Saqqarah, Meydoum). Il est encore parfait sous la XIIe dynastie (Beni-Hassan), sous la XVIIIe dynastie (Deir-el-Bahari, Karnak), au commencement de la XIXe (Abydos, temple de Qournah, Bab-el-Molouk) ; un regain de vitalité se manifeste même sous la XXVIe (tombes de l'Assassif). Mais on commence à remarquer, sous les Ptolémées (Philœ, Edfou, Ombos, Dendérah) quelques symptômes d'affaiblissement et, tout à coup, sous les Empereurs (Esneh), il est atteint d'une décrépitude telle, que sur les monuments de ce temps (Saqqarah), les figures sont sans forme et les hiéroglyphes sans signification. L'étude des monuments contemporains démontrera donc ce fait important : que l'art de la sculpture n'a pas suivi la même voie que l'art de l'architecture. Il a eu son époque comme ses phases, et après une brillante carrière il expire au milieu des symptômes les plus manifestes de la vieillesse.
4° Religion. — A la religion égyptienne, à son principe, à ses transformations, se rattachent trop de questions d'un intérêt capital pour qu'on visite les monuments que la Haute-Egypte fait rencontrer sans essayer d'en pénétrer le sens.
C'est précisément dans un voyage sur le Nil que les données principales de la religion égyptienne se laissent le plus facilement saisir.
En quelque lieu qu'on aille, au Sud aussi bien qu'au Nord de l'Egypte, il est un dieu dont on rencontre partout le nom. C'est Osiris.
Il est au contraire d'autres dieux dont le culte est réservé à certaines localités, et qui n'en sortent que pour aller jouer autre part le rôle de divinités secondaires. Tels sont Ammon à Thèbes, Phtah à Memphis, Hathor à Dendérah, Hor-Hut à Edfou, Chnouphis à Éléphantine, etc.
La clef de la religion égyptienne est dans cette distinction. Osiris est le
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dieu de tous les Égyptiens. Mais chaque temple est séparémenl sous 1 évocation d'une divinité locale, qui n'est pas celle du temple voisin
• Quant au point de départ du système, il faut le chercher dans 1- attributs mêmes dont les divinités sont revêtues. Qu'il y ait eu pour les Égyptiens un dieu nu, inaccessible, incommensurable, sans forme et sans nom. oesl ce qui peut avoir été, c'est ce que nous avons pu croire nous-même; mais c esl eeqaeles plus récents progrès de la science du déchirement des textes égyptiens ne nous permettent d'affirmer, qu'avec toutes les réserves que nous impose l'obscurité dans laquelle s'enveloppe, encore aujourd'hui, le sujet. Quoi qu'il en soit, il est certain que chaque divinité égyptienne, prise séparément, est une personnification de l'un des attributs de la nature. Pour 1rs Égyptiens, Osiris est le symbole de la lutte du bien contre le mal, de la vérité contre le mensonge, de la végétation contre la sécheresse, de la lumière contre les ténèbres, de la vie contre la mort; il est aussi l'image de l'homme, son type, son sauveur, et comme tel il est le dieu des âmes, par conséquent le dieu de tous les Égyptiens, en quelque lieu qu'ils habitent. Aux autres dieux, au contraire, ne sont attribués que des rôles restreints, en rapport avec la fonction de la nature dont ils sont la forme visible. Ammon est la personnification de cette force cachée qui fait naître les êtres, les amène à la lumière et entretient la vie après l'avoir donnée. Hathor est le symbole de la cohésion, de l'amour, de l'harmonie générale du monde, sans laquelle tout ne devient bientôt que ténèbres et destruction. Phtah est l'intelligence divine qui fait rouler dans l'espace les corps célestes et les maintient dans Tordre admirable qui est une des conditions de la durée, etc.
L'idée que nous pouvons nous faire de la religion égyptienne est donc bien nette. Le dieu de la métaphysique, le dieu innommé et sans l'orme, le dieu sans commencement ni fin, est peut-être le dieu caché dont on révélait l'existence dans le secret des sanctuaires. Mais ce dieu, si les Égyptiens ont jamais cru en lui, a pu n'être accessible qu'aux initiés. Pour les autres, il y avait la nature dans toutes ses manifestations, et chaque manifestation localisait dans un temple. De là ces rivalités de nome à nome e1 de temple à temple, que les vers de Juvénal ont immortalisées.
Le voyageur s'expliquera donc pourquoi il rencontre sur chaque monument qu'il visite le nom d'Osiris; mais il s'expliquera en même temps comment l'espèce de panthéisme naturaliste qui fut la loi religieuse do
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l'Egypte, lui fait lire sur les murailles d'un temple le nom d'une divinité principale, qui n'est pas le nom de la divinité principale du temple dont il a tout à l'heure interrogé les ruines.
En somme, une excursion sur les bords du Nil a l'avantage de fournir au voyageur le moyen facile de dresser, au cours de ses investigations, la carte d'une géographie mythologique de l'ancienne Egypte.
La connaissance des temples, de leur distribution intérieure, de l'usage et de la destination de leurs diverses parties, est un autre des desiderata qu'il est facile de combler.
Nous savons déjà que pas un temple de l'Ancien et du Moyen-Empire n'est venu jusqu'à nous. Nous ne pourrons donc rien dire des monuments religieux de ce temps.
La division à établir entre les autres est bien simple. Tous les temples qui ont survécu au naufrage de la civilisation égyptienne appartiennent soit au Nouvel-Empire, soit à la période des Grecs et des Romains. On les désigne d'une manière générale sous le nom de temple d'origine pharaonique, ou temple d'origine ptolémaïque.
Une distinction radicale est à faire entre les uns et les autres , quant à l'esprit qui a présidé à leur construction.
Les temples d'origine pharaonique sont intentionnellement obscurs et en quelque sorte fermés. Quelque soin qu'on y mette, on arrive rarement à deviner à quel usage ont pu servir les chambres qui les composent. La décoration est confuse ; on erre de salle en salle sans réussir à découvrir un fil conducteur. Les tableaux n'ont pas de signification précise, et semblent n'avoir été placés à l'endroit où. on les trouve, que pour ne pas laisser les murailles sans ornements. D'un autre côté, rien de plus vague, de moins marqué, que les titres donnés aux divinités. Il arrive même qu'un temple immense, comme le temple de Karnak, cache si bien le secret de la pensée philosophique qui a présidé à son érection, que ce secret, malgré les milliers de textes dont ce temple est couvert et comme surchargé, est à jamais impénétrable. L'essence des temples d'époque pharaonique est donc de voiler la doctrine, même dans le fonds du sanctuaire, de la dérober aux yeux. Sans aucun doute, cette doctrine avait une base sérieuse, et ce n'est pas en vain que des hommes comme Platon, Solon, Pythagore, venaient interroger les prêtres égyptiens sur leurs mystères et le fond de la philosophie religieuse
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qu'ils enseignaient à leurs adeptes ; mais on n'a pas voulu, de parti pris, que les murailles des temples en devinssent les confidents. Tout est reste de l'autre côté du rideau qui, pour nous, ne se lève jamais. C'est ce qu'exprime allégoriquement la fameuse inscription de Neith à Sais : « Je suis ce qui est, ce qui sera et ce qui a été, et nul mortel n'a jamais levé le voile qui me
couvre. »
Les temples d'origine ptolémaïque (Edfou, Dendérah, Ombos) ont été élevés dans un tout autre esprit. Ici, il n'y a plus d'autre rideau que celui qu'interpose entre les textes et nous la langue singulièrement prétentieuse du temps. La décoration du temple est parlante. Elle vient au devant de la curiosité du visiteur, et semble avoir hâte de la satisfaire. On sait à quel usage chaque chambre a servi, ce qu'on y faisait, ce qu'on y adorait. Le dieu du temple est sans voiles. Il s'enseigne lui-même. Loin de rester à jamais caché et perdu dans l'ombre épaisse du sanctuaire, il attend le visiteur sur le seuil de l'édifice sacré, et dès le premier pas se laisse pénétrer et approfondir.
Le voyageur que le souci des questions religieuses préoccupe, n'étudiera donc les temples d'origine pharaonique que pour leur architecture, pour leur plus ou moins grande antiquité, pour la perfection plus ou moins remarquable de leur construction, pour la richesse des documents historiques et géographiques qu'on y trouve. Mais s'il veut avoir accès dans le panthéon, nommer et définir les dieux, assigner à chaque partie du temple sa destination, c'est aux temples d'origine ptolémaïque qu'il devra s'adresser.
La religion égyptienne, dans celui de ses côtés par lequel elle touche à la mort, mérite aussi d'être étudiée. Les tombeaux, en général bâtis dans le sable ou creusés dans le roc vif des montagnes, n'ont pas suivi les temples dans leur mauvaise fortune, et beaucoup d'entre eux existent encore; quelques-uns même sont si magnifiques, qu'on peut les considérer comme valant presqu'à eux seuls une excursion dans la Haute-Egypte. Le voyageur a donc le moyen de soulever cet autre coin du voile, de connaître les dieux
que l'Egypte plaçait dans les régions sereines qu'habitent tout ensemble la mort et la vie éternelle, de distinguer les différences qui séparent de siècle en siècle les tombeaux, c'est-à-dire les monuments qui étaient chargés de conserver jusqu'au jour de la grande résurrection cette dépouille mortelle
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que, dans les croyances égyptiennes, la destruction ne devait jamais atteindre.
Nous avons déjà nommé Osiris. Osiris n'est pas le Pluton ou l'Hadès des Grecs, ni la forme masculine de l'Aditi védique, c'est-à-dire de la Terre considérée comme le réceptacle des morts. Ce n'est pas le dieu triste et farouche qui veille à l'entrée du ténébreux séjour. Osiris est l'éternelle jeunesse et l'éternelle résurrection. Il est l'emblème de la nature dans ce qu'elle a de bon. Il est le symbole de la lutte éternelle de la vie contre la mort et de la victoire du bien sur le mal. A peine l'âme a-t-elle quitté le corps qu'elle rencontre Osiris. C'est alors Osiris qui devient son soutien et son guide; c'est lui qui l'assiste dans les épreuves qu'elle doit subir afin de prouver qu'elle est digne d'entrer dans le séjour éternel; bien plus, c'est lui qui s'immole pour elle, qui combat pour elle les animaux typhoniens, compagnons des ténèbres et de la mort. Si l'âme a trop péché sur la terre, si Osiris ne réussit pas à la faire sortir victorieuse des épreuves qui lui sont imposées, elle subira le châtiment suprême, ce châtiment terrible qui est l'anéantissement. Si elle a mérité par ses bonnes œuvres, par ses vertus, la récompense promise aux âmes justes, elle entrera dans le sein d'Osiris pour s'y confondre, elle deviendra Osiris lui-même, elle ira en tous lieux et, sous toutes les formes qu'il lui plait, contempler l' infini spectacle de ce qui est, elle vivra d'une seconde vie qui ne connaîtra ni la douleur ni la mort.
Telle est la grande doctrine dont le voyageur trouvera l'empreinte si fortement marquée sur tous les tombeaux qu'il visitera. Peut-être sous l'Ancien et le Moyen-Empire (Pyramides, Saqqarah, Béni-Hassan, Qasr-es- Sayad), cette doctrine est-elle un peu voilée. Le dieu des âmes reste alors caché et invisible au fond du caveau mortuaire, et ce qu'on voit dans la partie accessible du tombeau, celle où les survivants se réunissaient à certains anniversaires pour la célébration des fêtes funèbres, c'est le mort lui-même, entouré des siens, vivant au milieu de ceux qu'il a connus sur la terre, et jamais Osiris. Mais, dès le commencement du Nouvel-Empire, la scène change (Bab-el-Molouk, Qournah, El-Kab, l'Assassif, etc.). Au culte du mort, considéré comme l'habitant principal de la tombe, est substitué le culte d'Osiris. Le monde idéal prend la place du monde réel. Le défunt n'est plus sur cette terre; il parcourt les régions mystérieuses ou
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habitent les divinités qui vont régler son sort pour l'éternité. Une différence énorme sépare ainsi les plus anciens tombeaux de l'Egypte des plus récents. Avec le temps, l'esprit qui a présidé à leur construction varie, el ce n'est pas un des moindres attraits du voyage que de noter à chaque pas et à mesure qu'on les rencontre, les nuances qui séparent les tombes .Mitre elles et aident à en reconstituer la série chronologique.
De plus longs développements deviennent inutiles. On peut voyager d'Alexandrie au Caire sans rien apprendre. On ne peut aller du Caire à La Première Cataracte sans s'éclairer, quelque peu que ce soit, à cette lumière qu'on trouve répandue partout et à profusion sur le chemin. C'est ce que j'ai voulu démontrer. Si l'ouvrage que publie M. Mourès contribue à répandre cette lumière, si le voyageur, qui ne fait pas de sa visite aux ruines de la Haute-Egypte une simple partie de plaisir, prend goût . après l'avoir parcourue, à l'étude des belles choses dont il a eu le spectacle sous les yeux, j'aurais atteint le but que je me suis proposé en acceptant d'en rédiger le texte.
On a vu , par ce que j'ai dit plus haut, que le Voyage dans la Haute-Egypte est le pendant et la suite de Y Album du Musée de Boulaq. J'espère pouvoir compléter l'œuvre, en publiant l'année prochaine un Voyage dans la Nubie. Les services que peut rendre une série d'ouvrages où. l'Egypte revit et se conserve par la photographie sont incontestables, et les quatre volumes dont M. Mourès est l'éditeur, deviendront ainsi une sorte de cours d'archéologie égyptienne dont l'équivalent ne se trouve pas dans ce qu'on a publié jusqu'à présent.
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