‹ Voyage dans la Haute-Égypte (volume 2)Chapitre 6 sur 19 · AU · texte numérisé non relu

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MEMPHIS GRANDE PYRAMIDE

MEMPHIS - PYRAMIDES

que soulève le Sphinx est telle, qu'on peut s'attendre à des découvertes qui sont d'autant plus intéressantes à provoquer, que, jusqu'à présent, il est impossible de prévoir ce qu'elles pourraient être.

Quant aux notions que les travaux déjà faits nous permettraient d'avoir sur la destination du Sphinx, son antiquité et le caractère général qu'il faut attribuer à ce monument, on peut les résumer à peu près en ces termes : Dès 1864 (1), j'avais signalé la découverte qui venait d'être faite pendant nos fouilles aux Pyramides, d'une pierre carrée dont les inscriptions m'avaient paru alors jeter sur l'âge du Sphinx un jour très inattendu. De la lecture de ces inscriptions, il résulte, en effet, qu'à l'époque de Ghéops, le Grand Sphinx existait déjà depuis assez longtemps pour qu'il ait eu besoin de réparations, que Ghéops ordonna. Après avoir été attribué à Thoutmès IV, puis à Chéphren. le Sphinx serait donc antérieur à Ghéops lui-même, puisqu'il figure comme un des monuments que ce prince aurait restaurés. La question de l'antiquité du Sphinx serait ainsi tranchée. Son origine se perd dans la nuit profonde qui enveloppe les trois premières dynasties égyptiennes.

La destination du Sphinx serait tout aussi claire. Dès la plus haute antiquité, le Sphinx s'appelait 1k cQd Hor-em-khu. Il s'appelait Hor-em-khu sous Thoutmès IV (XVII? dyn.), sous Ramsès II (XIXe); une inscription grecque découverte par Gaviglia le nomme "App^iç, ce qui explique Y Armais de Pline. Le Sphinx est donc l'image do la divinité que nous connaissons sous cette appellation. Il est le dieu Armachis.

Mais qu'était l'édifice qui l'avoisine ? cet édifice était-il le temple du dieu? Mais alors pourquoi est-il construit dans le stylo des grands tombeaux qu'on trouve dans la nécropole? pourquoi ces six niches profondes qui le rapprochent de la Pyramide de Mycérinus et du Mastabat-el-Farâoun? Étudié sous ce point de vue, le prétendu temple d' Armachis devient plutôt un tombeau. Étudié à un autre point de vue, l'édifice qui sert d'appendice au Sphinx est bien fait pour exciter l'étonnement. A l'exception de son enveloppe extérieure, il est tout entier construit en énormes blocs de granit et d'albâtre. Tout y est rectiligne, sans aucun ornement, sans un mot d'inscription. C'est une œuvre de géants puissants, non une œuvre

(1) Notice sommaire du Musée de Boulaq, l''e édition, page 184. La question a été reprise deux ans plus tard (1800) et avec toute l'autorité qui s'attache au nom de son illustre auteur dans le Mémoire sur les six premières Dynasties, de M. de Rongé, page 40.

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d'architecte. Avons-nous sous les yeux un de ces monuments qui remonteraient aux premiers âges de la monarchie égyptienne, et dont StraboD a dit : « On trouve encore à Héliopolis, de même qu'à Memphis, un édifice soutenu par un grand nombre de colonnes (piliers?) d'une construction barbare, car, excepté que les colonnes en sont grandes, nombreuses et à plusieurs rangées, on n'y voit que du travail inutile, mais rien de gracieux, rien qui sente l'art du dessin? »

Nous répéterons donc que tout n'est pas fini avec le Sphinx, et que bien des problèmes restent encore à résoudre.

En attendant, le Sphinx de Gyzeh a ce point de contact avec le Sphinx d'OEdipe que, lui aussi, propose son énigme aux passants. La nuit, il est difficile de voir quelque chose de plus effrayant. Cette tête regarde pardessus le sable, et semble menacer. Les Arabes l'appellent Abou'l Hôl, « le Père de la Terreur. »

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Planches 3-14

Quand on va de Bédréchyn, situé sur le bord du Nil, à Saqqarah, situé sur le bord du désert , on traverse à mi-chemin des buttes de terre grisâtre entrecoupées de dattiers et de blocs de granit. Un colosse de calcaire blanc gît dans un fossé; un autre colosse de granit rose est étendu non loin de là. Il ne reste pas autre chose de Memphis.

Il n'y a pas de ville dont les destinées aient été plus lamentables que celles de Memphis. Elle était autrefois la ville par excellence, l'orgueil de

l'Egypte; elle étonnait le monde par le nombre et la magnificence de ses édifices. Elle n'est plus même aujourd'hui une ruine. Ainsi s'est vérifiée la

parole du Prophète : « 0 fille habitante de l'Egypte, préparez ce qui doit vous servir dans votre captivité, parce que Memphis sera réduite en un désert; elle sera abandonnée et elle deviendra inhabitable (Jérémie, XLVI, 19). >.

Mais si Memphis est tellement déchue de son rang que, jusqu'à la fin du dernier siècle, on a pu avoir des doutes sur l'emplacement qu'elle occupait, ses nécropoles offrent plus d'un monument digne de notre intérêt.

Parmi ces nécropoles, il en est une qui se recommande au voyageur parce qu'elle est la principale des nécropoles de Memphis, qu'elle est la

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plus riche, la plus étendue, la plus rapprochée de la ville, et en même temps, parce qu'elle est celle ou l'on peut le mieux étudier les divers modes de sépulture en usage chez les Égyptiens, depuis la fondation de la monarchie, cinq mille ans avant notre ère, jusqu'à sa chute sous les Empereurs, vers la fin du IVe siècle, après l'avènement du Christianisme. Cette nécropole est celle de Saqqarah.

La nécropole prend son nom du village moderne qui l'avoisine. Ce village lui-même porte le nom de Socharis, une des formes de l'Osiris de Memphis. Il est appelé H*@ par une liste géographique du grand temple d'Abydos, laquelle est du temps de Séti Ier. L'antiquité de Saqqarah ne peut donc être mise en doute, puisque ce village n'a pas moins de 3200 ans d'existence.

La grande loi qui a dirigé de tous temps les Egyptiens dans leurs sépultures est celle-ci : mettre les morts à l'abri de la corruption, et par conséquent, les déposer en des lieux, autant que possible, hors des atteintes de l'inondation.

Saqqarah n'échappe pas à cette règle. Saqqarah est un plateau sablonneux qui s'élève d'une centaine de mètres au-dessus de la plaine étendue à ses pieds. Ce plateau a sept mille mètres environ de longueur, sur une profondeur qui varie entre cinq cents et quinze cents. Le sol est un rocher calcaire assez tendre, sur lequel se trouve une couche plus ou moins épaisse de sable. C'est sur ce sable, ou plutôt dans ce sable, que les tombes sont fondées.

Originairement, la nécropole de Saqqarah était un immense Père-Lachaise peuplé de monuments funéraires. Elle avait ses rues, ses carrefours, ses places, ses édifices publics. Aujourd'hui, la nécropole n'est plus qu'une ruine. Le sable a nivelé et effacé les murs, submergé les tombes. A ces causes de destruction, sont venues se joindre les fouilles rapaces qui y ont été faites pendant quinze cents ans par les fellahs des environs. La nécropole s'est ainsi comme décapitée et affaissée sur elle-même. Les murs se soin ébréchés ou n'ont conservé que leurs assises supérieures, les puits ouverts ont été laissés béants, du fond des puits ont été extraites des momies don! les os blanchis jonchent le sol, mêlés à des briques éparses et à des éclats de poteries brisées. Partout, règne un affreux désordre, et ce champ do repos est devenu un champ de dévastation.

Bien que la nécropole de Saqqarah ait servi aux habitants do Memphis pendant toute la durée delà monarchie égyptienne, toutes les époques n'y

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sont pas également représentées. Les tombes anciennes y sont plus nombreuses, plus importantes que les autres, et à proprement parler la nécropole de Saqqarah, comme celle de Gyzeh, est une nécropole de 1J Ancien- Empire.

Nous profiterons des douze planches qui la représentent dans cet ouvrage pour en faire la description.

Planche 3. — Les pyramides de la nécropole de Saqqarah sont au nombre de dix. A l'exception de la Pyramide à degrés, toutes sont très ruinées. Quelques-unes ont à peine conservé une forme reconnaissable. L'une d'elles est dans un tel état de mutilation qu'on ne la distingue pas des ruines environnantes.

La planche 3 de notre collection représente la Pyramide à degrés. On ne trouvera ni en Egypte, ni en aucune autre partie du inonde, un monument plus ancien. L'étude comparée de la pyramide, des stèles trouvées au Sérapéum et des renseignements fournis par Manéthon, porte à croire, en effet, que cette tombe a été élevée par Ouénephès, le quatrième roi de la première dynastie.

La Pyramide à degrés a 65 mètres de hauteur, c'est-à-dire n'atteint pas à la moitié de la hauteur des Grandes Pyramides de Gyzeh. Elle présente quelques particularités dignes d'être remarquées. Son axe ne regarde pas le Nord vrai, puisqu'il en dévie de plus de quatre degrés à l'Est, Elle a deux entrées, une au Nord, une au Sud. Son plan intérieur est plus compliqué, plus enchevêtré que tous ceux qu'on peut connaître autre part. Une porte de l'un des caveaux souterrains, contemporaine de la construction, était ornée de légendes.

On a des exemples très nombreux de pyramides élevées comme celle-ci par échelons. La forme que notre planche reproduit est celle que le monument a du avoir primitivement. Les pyramides de cette construction ne se terminaient jamais en pointe.

Planche 4. — Cette immense construction s'élève au Sud de la nécropole de Saqqarah. Elle a une hauteur moyenne de 20 mètres, une largeur de 72, une profondeur de 102. Elle est orientée comme les pyramides. Les arabes l'appellent Mastabat-el-Farâoun , « le siège du Pharaon. »

Le Mastabat-el-Farâoun est une sépulture royale dont la disposition intérieure rappelle celle de la Pyramide de Mycérinus. Mêmes couloirs

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inclinés, mêmes chambres, mômes grandes niches latérales. Sur un bloc provenant de démolitions, nous avons pu retrouver une marque de carrière tracée à l'ocre rouge, dont l'assemblage m'a paru former le nom d'Ounas, un des derniers rois de la Ve dynastie.

On trouve sur la plate-forme du Mastabat-el-Farâoun quelques blocs en place, qui ne peuvent être que des pierres d'attente, et d'où l'on pourrait conclure que la construction n'a pas été achevée, ou bien qu'elle a perdu son couronnement. Il n'est pas rare de lire parmi les titres des personnages ensevelis dans la nécropole de Saqqarah, celui de prêtre attaché au culte d'un monument funéraire dont la forme est ainsi dessinée :

Qui sait si nous n'avons pas là le Mastabat-el-Farâoun lui-même ?

Jusqu'en 1858, le Mastabat-el-Farâoun était fermé et l'entrée inconnue. J'ai fait faire à ce moment des recherches qui ont amené la découverte de la porte donnant accès dans l'intérieur du monument. Les blocs tombés en travers étaient de proportions si énormes qu'il a fallu les efforts les plus énergiques pour les déplacer, et que souvent nous n'y avons réussi qu'en faisant jouer la mine.

L'intérieur du Mastabat-el-Farâoun n'a pas d'inscriptions. Le sarcophage destiné à la momie royale était de cette pierre basaltique très noire dont des fragments gisent en avant de la face orientale de la pyramide principale de Gyzeh; il avait été brisé. Dans l'interstice de deux blocs, nous avons recueilli un maillet en bois, oublié sans aucun doute pendant la construction. Ce très ancien outil est maintenant déposé dans les collections du Musée de Boulaq.

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Planche 5. — Les tombes les plus importantes qu'on trouve à Saqqarah appartiennent au genre dont le monument qui précède, dans sa forme extérieure actuelle, est le type, et que pour cette raison nous avons appelées des Mastabas.

Quand le mastaba est une sépulture royale, il a son entrée au Nord; on arrive aux chambres souterraines par un couloir incliné; la distribution intérieure est celle que présentent en général les pyramides. D'autres règles président à l'aménagement des mastabas, quand un simple particulier d'un rang plus ou moins élevé y est enseveli.

Les quatre faces extérieures d'un mastaba sont sans ornements et montrent leurs assises pour ainsi dire à l'état brut. Exceptionnellement les faces sont décorées dans le style propre à l'Ancien-Empire dont le sarcophage de Khoufou-Ankh , au Musée de Boulaq, est le plus excellent modèle que nous connaissions, et dont nous allons rencontrer quelques imitations réduites.

On trouve dans le mastaba :

1° Une ou plusieurs petites chambres prises dans la maçonnerie avec une ou plusieurs portes ouvrant sur l'extérieur, le plus souvent au côté Est du monument. Cette vue donnera une idée de ces portes.

Les petites chambres sont rarement sans ornements; la coutume est d'en couvrir les parois de scènes variées, gravées avec toute la perfection de l'époque. C'est dans ces petites chambres, accessibles en tous temps, que les parents des morts se réunissaient; nous les appelons des chapelles extérieures.

2° Dans une des chambres, on aperçoit à hauteur de l'œil, une fente rectangulaire, assez étroite pour qu'on ne puisse pas y introduire le bras. Cette fente est l'ouverture d'un conduit d'un ou deux mètres de longueur, qui aboutit à un réduit, sans porte, sans fenêtre, sans autre communication avec le dehors que le conduit dont nous venons de parler, et qui a été muré pour l'éternité pendant la construction môme du mastaba. Ce réduit est ce que nous avons appelé le serdab. Dans le serdab sont enfermées des

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statues du défunt, auxquelles, par la fonte rectangulaire de la chambre, on pouvait faire passer, soit des prières, soit la fumée des cassolettes à encens. On voit par là que le serdab, comme les chambres réservées aux survivants, est un vide dans la maçonnerie du mastaba.

3° Le puits est un conduit vertical, quaclrangulaire, profond quelquefois de vingt mètres, qui mène au caveau où est déposée la momie. Il débouche sur la plate-forme du mastaba. Quand la momie était en place, on le bouchait en l'emplissant de terre et de gravats.

4° On trouve enfin dans le mastaba le caveau mortuaire qui en est la partie essentielle, puisque c'est pour la momie qui y repose que tout a été construit. Le caveau est toujours creusé dans le roc. Il est sans ornements d'aucune sorte, et souvent spacieux. Le sarcophage est massif et également sans ornements. Quand on est descendu dans le puits au moyen do cordes, on arrive au caveau par un couloir horizontal très étroit situé tout au fond du puits. Au milieu du couloir est une construction en blocs maçonnés qu'il faut nécessairement abattre pour passer.

Telles sont, dans leur arrangement général, les tombes de l'Ancien- Empire qu'on trouve à Saqqarah. La forme la plus commune des portes par lesquelles le massif du mastaba est mis en communication avec l'extérieur, est celle dont la vignette précédente offre la représentation. Il y a pourtant des exceptions, et la planche 5 du Voyage en offre précisément une.

La chambre intérieure, celle qui est réservée aux survivants, ne présente pas la décoration habituelle. Le fond de la chambre est considéré comme s'il était lui-même la façade du tombeau, et les grandes lignes prismatiques qui sont la décoration de l'extérieur des édifices du temps s'y retrouvent.

Quant à la porte, elle est décorée de chaque côté de scènes dont il n'est pas difficile de déterminer le sens. A droite est une grande figure du défunt, qui s'appelle Sabou. La légende qui précède explique les représentations qui suivent. Des serviteurs appartenant aux domaines du défunt viennent déposer devant lui les offrandes destinées à être placées en nature dans la «( demeure éternelle » (euphémisme pour le tombeau). Les uns sont chargés de fruits, de fleurs, de produits de la terre; les autres amènent les animaux vivants, dont probablement le sang va payer les idées du temps sur les sacrifices propitiatoires.

Le côté gauche de la porte donne lieu à une remarque qu'il est bon do

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ne pas négliger. Des chiffres nombreux s'y présentent qui feraient croire que le défunt possédait 405 bœufs d'une espèce, 130 bœufs d'une autre, 628 bœufs d'une troisième espèce, sans compter des milliers d'oiseaux figurés aux registres inférieurs. Mais ces chiffres ne sont qu'un idéal, ce qui résulte de l'étude comparée de tous les tombeaux de ce temps dont la plaine de Saqqarah est couverte. On a voulu exprimer par là la richesse du défunt, ou plutôt les sacrifices qu'il s'était imposés de son vivant pour assurer après sa mort l'apport des dons funéraires dans son tombeau.

Planche 6. — Les représentations variées qui couvrent les murailles des portes accessibles des mastabas, sont ordinairement gravées en relief très doux, à peine sensible et si fin, qu'à aucune autre époque la délicatesse du travail n'a été surpassée. En de très rares circonstances, le relief est devenu plus puissant et a pris une vigueur qui dépayse d'autant plus qu'on n'y est point accoutumé.

La figure que nous avons sous les yeux appartient à cette seconde manière des sculpteurs égyptiens. Elle est tirée, comme la porte qui fait le sujet de la planche précédente, du tombeau de Sabou, et représente un des serviteurs du défunt apportant une gazelle sur ses épaules. Rien de mieux assis que ce tableau, qui peut passer pour une véritable œuvre d'art. Ainsi qu'on l'a remarqué déjà, l'art égyptien avait, aussi haut qu'on peut remonter dans ses origines, une liberté d'allures qu'il ne retrouvera pas.

Planche 7. — Nous publions ces figures comme type de la gravure en relief très doux dont nous venons de parler. Le style général de la sculpture sous l'Ancien-Empire s'y retrouve tout entier.

Ce joli sujet est extrait du tombeau d'un nommé Phtah-Hotep , qui n'est pas celui dont nous aurons à nous occuper bientôt.

Les tombeaux de l'Ancien-Empire présentent très fréquemment des scènes du genre de celles que nous étudions. Des femmes rangées en file (plus rarement des hommes) apportent sur leur tête des couffes pleines de fleurs, de fruits, de pains, de produits divers. Elles portent ou conduisent de jeunes animaux. L'inscription qui accompagne d'ordinaire ces tableaux en donne la signification. De son vivant, le défunt a affecté à l'entretien de son tombeau, aux services religieux qui doivent y être célébrés pour l'éternité, aux offrandes de toute sorte qu'à certains anniversaires on doit y apporter en nature, le revenu de quelques-unes de ses propriétés. Chacune

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des femmes rangées en file, que nous voyons défiler ici, symbolise une de ces propriétés. Leur nom est écrit devant elles, et ce nom est en général composé, soit avec le nom du défunt lui-même, soit avec le nom d'un des rois pour lequel le défunt avait une vénération personnelle. Do là, les cartouches royaux (User-ka-f, Ké-ké-a, Ra-tet-f) que nous montre la planche 7.

Planche 8. — Vue d'une chambre d'un autre mastaba de l'Ancien- Empire, prise pondant le déblaiement. Le serdab avait été violé; on n'y a trouvé que les statues qui figurent dans le tableau. A gauche, sont deux des petits porteurs de couffes qui sont l'instrument principal de nos fouilles; au milieu d'eux est Roubi , leur chef. Gomme reïs, Roubi a des qualités qui nous le rendent très précieux. Depuis seize ans qu'il est l'employé du Musée, ce fellah illettré a vu tant d'antiquités qu'il les connaît, et que, tant bien que mal, il sait les distinguer par leurs époques; il a fouillé tant de tombeaux et tant de puits, que nul n'est plus habile que lui à découvrir une piste et, ce qui est bien plus difficile, à la suivre. La science doit à Roubi un quart des monuments qui sont la richesse du Musée de Boulaq.

Quoique très mutilées , les deux statues qui sont posées sur les architraves de la porte donnent une idée des monuments de ce genre que fournissent habituellement les serdabs de l' Ancien-Empire. L'une est assise, l'autre est un groupe de quatre personnages : le père, l'épouse et deux enfants. A toutes les époques, mais particulièrement sous l'Ancien- Empire, les Égyptiens ont aimé à se faire représenter au milieu de leur famille. Dans les textes hiéroglyphiques, l'attachement d'un mari à sa femme, d'un fils à son père, est exprimé d'une manière quelquefois très touchante. Ces mœurs patriarcales sont celles d'un peuple cultivateur, ami de la paix, qui répudie par toutes ses traditions les liens qui le rattachent en apparence à la race maudite de Cham.

Planche 9. — Le tombeau de Ti est connu de tous les voyageurs qui ont visité Saqqarah. Les tableaux si animés que reproduit la planche 9 du Voyage ont été photographiés d'après un des bas-reliefs placés dans la cour d'entrée. La scène se passe devant Ti lui-même, assisté de l'un de ses fils qui s'appelait Ti comme lui, et était revêtu de la dignité do « compagnon du Pharaon, chargé du soin de la coiffure du roi. » On remarquera la variété des attitudes. L'engraissage des volatiles, oies, canards, demoiselles de

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Numidie, appartenant à Ti; est le sujet de la représentation. Des serviteurs sont assis par terre et procèdent à la fabrication des boulettes de farine. D'autres introduisent les boulettes dans le bec des oiseaux, qui ne paraissent pas se soumettre tous à l'opération avec la même bonne volonté.

Nous connaissons, par les détails que j'ai donnés à propos de la planche 5, la distribution intérieure des mastabas, les parties qui les composent, etc. Les chambres du tombeau de Ti, qui sont les plus complètes et les mieux conservées de toutes celles qu'on visite à Saqqarah, peuvent procurer au voyageur la meilleure occasion de se rendre compte de l'esprit dans lequel la décoration de ces chambres était conçue.

On remarquera d'abord l'absence absolue de toute figure de divinité. Le sombre Rituel, tout peuplé de monstres que l'âme du mort doit combattre, n'a pas encore pénétré dans la chambre du tombeau accessible aux vivants.

Ce qu'on voit sur les parois de cette partie du tombeau de Ti, c'est une sorte de livre dont les chapitres divers sont répétés sur les murs des autres tombeaux avec des variantes qui n'intéressent guère que les noms, les titres du défunt, les noms des membres de leur famille et ceux des gens de leur service. Pour assurer le repos de son âme, pour être certain que, pendant une longue suite de générations, on viendra faire dans la chambre extérieure les cérémonies que le culte des morts ordonne, le défunt est censé avoir, de son vivant môme, fait des fondations pieuses. Il a réservé certains de ses domaines à la production, à l'entretien, au renouvellement des dons de toute nature que la loi religieuse obligeait les survivants, en certains jours prescrits, à déposer dans la chambre extérieure du tombeau. En ces jours, les parents se réunissaient dans cette chambre, sacrifiaient, mangeaient, buvaient dans la société du défunt. La vie commune était censée se continuer ainsi par une de ces fictions consolantes qui est passée dans les mœurs des habitants de l'Egypte moderne. Or, ce que les tableaux qui couvrent les parois du tombeau de Ti représentent, ce sont ces domaines eux-mêmes, ce sont les travaux divers qui s'y exécutent. Là. on ensemence les champs, on fait la récolte, on mène les animaux au pâturage, on construit des barques; là, des serviteurs se livrent à des joutes animées sur l'eau, ou bien le défunt lui-même pêche, ou chasse dans les marais, tandis qu'autre part des femmes debout, tenant en laisse des veaux, des antilopes, des gazelles, et portant sur leur tête de grandes corbeilles chargées de fleurs et de fruits, symbolisent chacune des terres que le

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