‹ Voyage dans la Haute-ÉgypteChapitre 12 sur 49 · PETIT TEMPLE · texte numérisé non relu

PETIT TEMPLE

Le Temple de Ramsès III est un des rares temples de l'Egypte qui ont été commencés et complètement achevés, aussi bien comme construction que comme décoration, par le même souverain. A la vérité, on trouve < à e1 là les légendes de deux des successeurs de Ramsès III, qui sont liai uses IV

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THÈBES — MÉDINET-ABOU

et Ramsès VI; mais il no faut pas un grand effort pour s'apercevoir qne Ramsès V et Ramsès VI, profitant ponr y graver leurs légendes des places laissées hbres par Ramsès III, n'ont rien fait autre chose que d'écrire leurs noms sur les marges d'un livre à la rédaction duquel ils n'ont aucun droit de protendre.

Le petit temple, ou le Temple de Thoutmès i« n'a pas cette encourageante simplicité. Quand on l'aborde par la porte principale, on se trouve en présence d'un mur d'enceinte suivi d'une cour A qui est du temps d'Antomn-le-Pieux. Puis vient la porte B que le même Antonin fit bâtir, puis le pylône G dû à Ptolémée Évergète II. Alors commence l'œuvre des dynasties nationales. Nectanébo II (XXXe dynastie) fonde le temple hypètre F qu'il élève en avant de l'élégant pylône G, construit 330 ans auparavant, par Tahraka. Enfin, à la porte H, se montrent les rois de la glorieuse dynastie qu'illustra le nom de Thoutmès. Environ 1800 ans se placent ainsi entre l'époque de la fondation du petit Temple de Médinet-Abou et l'époque qui vit poser la dernière pierre de son couronnement.

Il résulte de là que, pendant près de quatre siècles, il n'y eut pas sur l'emplacement de Médinet-Abou d'autre temple que le petit Temple de Thoutmès Ier; que le Temple de Ramsès III fut construit sans qu'on touchât au Temple de Thoutmès, mais aussi sans qu'on se souciât du parallélisme des deux axes; qu'après six autres siècles de durée, cet état de choses fut modifié par Tahraka qui, pour bâtir le pylône G, porta la main sur l'enceinte de Ramsès III et y pratiqua une brèche: enfin qu'Évergète II, sous les Grecs, Antonin-le-Pieux, sous les Romains, ajoutèrent au monument de Thoutmès Ier un pylône et une cour qui, non seulement interrompaient et coupaient de plus en plus l'enceinte de Ramsès III, mais encore masquaient la vue de l'édifice triomphal du grand vainqueur de la XXe dynastie.

Ces explications ne diminuent évidemment pas les obscurités dont est enveloppée la cause des anomalies que présente le plan général de Médinet- Abou. Mais elles servent à montrer que les deux temples qui figurent sur ce plan n'ont pas eu une destinée égale. C'est le grand qui a succombé de bonne heure; c'est le petit qui a survécu. Il est vraisemblable, en effet, que le service fondé par Thoutmès en faveur du temple qu'il construisait, est resté debout jusque sous les Romains ; mais l'espèce de sans-gêne avec lequel Tahraka, suivi par les Grecs et les Empereurs, traita le Temple de Ramsès III, donnerait à penser que ce colossal voisin ne jouit pas de son prestige pondant un aussi long^ temps. Peut-être l'histoire nous donnera-t-elle

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THÈBES - MÉDINET-ABOU

cuolaue Jour la olef du discrédit dans lequel paraîtra,!, être si rapidement Zbt la mémoire de celui qui fut a un moment denné le sauveur de

1'EgUPnedernIer renseignement est nécessaire. Tout près du palais de Médinet-Abou, dont il semble faire partie, est un immense terrain enclos : d uno haute et large muratile. Il a 2260 mètres de longueur sur une ^«^930 et mesure comme superficie sept fois la superficxe du Champ-de-Mare d Paris. Les auteurs du grand ouvrage de la Gommissxon dEgypte onl fcit de cette enceinte un hippodrome ; les arabes, qui rappellent Bjrket-Abou, croient que c'est un lac desséché ; plus volontiers nous en faxsons un camp retranché qui commande et défend Thèbes sur la rive gauche, comme Penceinte parallèle d'El-Biadieh commande et défend Thèbes sur la nve droite Et de fait, nous constaterons bientôt que le Pavillon do Médmet- Abou est lui-même un ouvrage militaire, comme le camp retranche qui

l'avoisine (1).

Les deux temples de Médinet-Abou sont représentés par les planches

dont voici l'explication.

Planche 49. — Vue de l'entrée du Petit Temple, prise du milieu de

la cour A.

La porte B est au premier plan. Elle n'a jamais été finie. Deux colonnes, dont à première vue on reconnaît l'époque, ont seules été construites.

Derrière les deux colonnes apparaît le pylône G. Le pylône G n'a pas

non plus été achevé.

L'intérêt du Petit Temple est dans la partie des constructions qui suit la façade H. C'est là qu'est le temple proprement dit.

Go temple est dédié à la divinité principale de la triade thébaine, c'est-à-dire à Ammon-Ra, sous son nom d'Ammon de Ser-as-t. Nous savons déjà qu'il a été fondé par Thoutmès Ier.

Les représentations dont il est décoré n'ont qu'une importance médiocre. On devra, cependant étudier avec un soin particulier les petites chambres du fond, quand on voudra avoir définitivement le mot do l'énigme que présente encore la succession des trois Thoutmès. La Régente, fille de

(1) Ceci est peut-être trop absolu. Le terrain enclos de l'épaisse muraille, situ;'' auprès de Médinet-Abou, couvre plus de deux millions de mètres carrés de terrain. Ne devrait-on pas plutôt y voir une sorte de Lac Mu-ris destiné à régler les inondations du Nil dans les environs de Thèbes ?

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Thoutmès E- et sœur de Thoutmès II et ni, n'y figure point, et quelq indices sembleraient Hure croire qu'il fût un temps où Thoutmès II et Ihoutmes III régnèrent en même temps que leur père. Le Temple deDeirel-Bahan complétera les renseignements que fournit déjà sur ce sujet le petit Temple de Médinet-Abou.

Il n'y pas de temple qui porte des traces plus nombreuses de restaurations et de remaniements. Je noterai quelques points.

Le plafond de la chambre latérale I a été construit avec des blocs provenant d'un édifice plus ancien démoli. Ce plafond n'a pas échappé à l'attention de Ghampollion. C'est là qu'il a lu pour la première fois le nom de la mère de Ramsès II, qui s'appelait Tout. Les blocs y sont disposés sans ordre et comme le hasard les a offerts à la main des ouvriers. Ce n'est qu avec un certain effort qu'on réussit à rétablir, dans sa rédaction primitive, la légende qu'on y lit.

Un corridor entoure la chambre J, et des colonnes supportent ça et là les plafonds de ce corridor. Ces colonnes sont également à étudier. Les tambours sont formés de blocs posés le plus souvent à l'envers. On lit sur ces blocs des noms très rares de rois et de princesses de la XXVe. de la XXVIe et de la XXIXe dynasties.

Quand on étudie un monument égyptien, on est toujours entraîné à lui donner la date des rois dont il porte les cartouches. Il faut dire cependant qu'on pourrait quelquefois risquer de s'engager dans une mauvaise voie, si on suivait ce renseignement trop à la lettre. J'ai pu en effet constater à

es, primitivement décorées

Karnak, par exemple, que des parois tout entier par un ancien roi, avaient été refaites telles quelles par un roi postérieur de telle sorte que la différence du style de la sculpture avertit seule du remaniement que la paroi a subi. La chambre J du petit Temple de Médinet- Abou est un nouvel argument à l'appui. On y trouve des cartouches de Thoutmès qui ne sont pas de Thoutmès, et la décoration de la chambre, qu'on croit tout d'abord de la XVIIIe dynastie, est des Ptolémées. On ne connaîtra jamais bien les époques d'un monument égyptien si l'on ne tient pas compte de cette observation.

Planche 50. — Quand on arrive à Médinet-Abou, la grandeur des ruines attire le voyageur vers le temple principal, qui est le Temple de Ramsès III.

Le Temple de Ramsès III se compose de deux parties. D'un côté est

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ce qu'on appelle le Palais ou le Pavillon; et l'autre ost le temple propre-

ment dit.

Notre planche 50 est une vue du Palais, prise du milieu de la grande cour qui sépare cet édifice du temple. C'est par conséquent la façade postérieure du Palais que nous avons ici devant nous.

Le Palais, ou, comme les voyageurs l'appellent souvent, le Pavillon de Médinet-Abou, est un monument sui generis dont on chercherait en vain un autre modèle sur les rives du Nil. Il se distingue de tout ce qu'on voit autre part, à la fois par sa construction et par la composition des tableaux

dont il est décoré.

Les tableaux dont il est décoré se rapportent à la vie militaire, et; ce qui est bien plus rare ou plutôt unique, à la vie privée de Ramsès III. A l'extérieur du Pavillon, le roi combat les ennemis; il les amène au dieu de Thèbes enchaînés par le cou; il leur tranche la tête, etc., etc. A l'intérieur, le roi est chez lui, dans des chambres aux frises richement décorées. Des jeunes filles lai apportent des fleurs , des parfums ; elles jouent aux dames avec lui; elles le rafraîchissent du vent de leurs éventails. Sommesnous ici en présence de scènes de la vie réelle, et les tableaux de l'intérieur du Pavillon de Médinet-Abou nous montrent-ils Ramsès III dans sa famille, ou bien avons-nous affaire à un idéal analogue aux scènes privées des tombeaux de Ti et de Phtah-hotep ? Aucun nom propre n'est écrit, aucun titre de parenté n'est indiqué; je pencherais par conséquent pour cette dernière hypothèse.

Envisagé sous le rapport de la construction , le Palais de Médinet-Abou se présente également comme une exception. On ne trouvera pas autre part ces grandes "fenêtres, ces consoles extérieures destinées à suspendre un velarium et soutenues par des captifs étrangers couchés sur le ventre, cet ensemble de tours carrées entrecoupées de redans. La maçonnerie dentelée qui surmonte, non seulement le côté de l'édifice que reproduit la planche 50, mais le petit mur d'enceinte de la façade de l'Est, compose un ensemble de créneaux qui appartient à une forteresse plutôt qu'à un palais.

Le caractère général sous lequel il faut envisager le Pavillon de Médinet- Abou, et Médinet-Abou lui-même, est révélé par cette dernière observation.

Il n'y avait pas en Egypte que des temples, des palais et des tombeaux. Les bas-reliefs sculptés sur les murailles de Karnak, de Louqsor, du Ramesséum, prouvent qu'on y trouvait aussi des forteresses, avec leurs

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