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« Le Temple d'Edfou, ai -je dit autre part, a 40 mètres de façade et 71m85 de profondeur totale. Avec le pylône, sa façade est de 76m, et sa profondeur de 137 m 60. La hauteur du pylône est de 35 m, dix mètres de moins que la colonne de la place Vendôme ». On voit par là que le temple proprement dit est un peu plus petit que le Temple de Dendérah , qui a 42m50 de;façade et 81m 50 de profondeur.
Edfou, comme Dendérah ,. possède des cryptes et des édicules bâtis sur les terrasses. Mais les cryptes et les édicules sont ici sans inscriptions, ce qui leur ôte tout intérêt. Dans les deux temples, les cryptes circulent à travers les fondations et les murailles qui servent d'enveloppe à la partie postérieure du monument.
Les époques diverses du temple ne s'établissent pas toujours très clairement, et il serait difficile de les bien faire comprendre sans le secours d'un plan détaillé. Je dois donc me borner ici à quelques renseignements généraux.
Une inscription gravée . tout le long de l'un des soubassements du couloir de l'Ouest contient une sorte d'historique du temple. Le temple a été fondé par Ptolémée IV (Philopator), et achevé, tout au moins de construire, sous Ptolémée IX (Évergète II), après quatre-vingt-quinze ans de travail. Dans cet intervalle, Ptolémée V (Epiphane), Ptolémée VII (Philométor) y travaillèrent. Plus tard, Ptolémée X (Soter II), Ptolémée XI (Alexandre), Ptolémée XIII (Dionysos), ajoutèrent quelques parties à la décoration.
Gomme toutes les villes égyptiennes, Edfou avait deux noms, un nom sacré, un nom profane. Considérée comme métropole et capitale religieuse du nome, la ville d'Edfou était nommée par les Grecs la Ville d'Apollon, Apollinopolis magna, du nom d'Horus qui en était la divinité principale et que les Grecs assimilaient à leur Apollon. Son nom vulgaire était AJ© Teb, qu'on pouvait prononcer aussi Tob et même Tbo. C'est avec Tbo que les coptes ont fait at£id et les arabes Edfou, de même qu'avec ~q\\\2 Snu ils faisaient Esneh, de même qu'avec e 0 @ Suan ils faisaient Asouân, de même qu'avec 7T^° Ssut ils faisaient Assiout.
C'est un fait digne de remarque, qu'il n'est presque pas un temple d'époque ptolémaïque qui ne soit une reconstruction. Dendérah a succédé à un très ancien temple qui était déjà debout tout au moins sous Chéops, qui fût remanié par Thoutmès III, et rebâti par Ptolémée. XI dans l'état oii nous le voyons aujourd'hui. Esneh livre également .des traces d'un temple antérieur qui existait sous Thoutmès III, et peut-être sous Thoutmès IL II en
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est de même d'Edfou. Un Temple d'Edlou sous Thoutmès III et sous Usertasen Ier est en effet cité dans les inscriptions d'une des portes de la cour. Les conséquences à déduire de cet ensemble de faits n'ont pas besoin d'être développées. En restaurant les vieux sanctuaires, en les reconstruisant, les Ptolémées affirmaient leur zèle pour la religion' des vaincus, avec tout autant de force qu'en bâtissant des sanctuaires nouveaux.
L'énorme masse du pylône apparaît dans toute sa grandeur sur notre planche. Les huit ouvertures rectangulaires de la façade et les quatre grandes rainures qui leur correspondent, servaient à fixer les mâts terminés par des banderolles qui étaient l'ornement de cette partie du temple. Sur le côté sont ménagées des petites ouvertures par .lesquelles l'air et un peu de lumière pénétraient dans les escaliers.
Quelle que soit l'époque de la construction du pylône, la décoration est au nom de Ptolémée XIII (Dionysos). Çà et là les cartouches de ce roi ont été laissés vides, comme à Dendérah.
Il est douteux que les grands tableaux qui nous montrent le roi se préparant à massacrer un groupe d'ennemis agenouillés, aient la précision des tableaux de même composition que nous connaissons par tant d'exemplaires gravés sur les murailles des temples de Thèbes. Là il s'agit de campagnes réelles et d'ennemis réellement vaincus, sinon sacrifiés. Ici les tableaux sont plutôt décoratifs.
Il semblerait que les grands tableaux du même pylône où nous voyons le roi dressant avec des chaînes deux obélisques, n'aient eu également qu'un sens symbolique. Le dallage en avant du pylône est en effet maintenant à nu, et après le déblaiement, ni obélisque, ni base n'ont paru: nous n'avons même pas trouvé le plus petit fragment. Or, il est sans exemple qu'on ait brisé un obélisque sans que des blocs, plus ou moins pesants, ne soient restés sur place pour attester leur existence. D'un autre côté, Rome et Gonstantinople sont trop loin d'Edfou, pour penser que les deux obélisques de Ptolémée XIII aient pu être enlevés et transportés. Il n'y avait donc pas plus d'obélisques devant le Temple d'Edfou, qu'il n'y avait d'obélisques devant le Temple de Dendérah. On se souviendra d'ailleurs que, sous les Grecs et les Romains, la mode grandiose des obélisques (1) et celle des colosses qui en étaient toujours voisins, semblerait être passée, ainsi
( 1 ) On ne parle pas ici d'Alexandrie ; on ne parle pas non plus de l'obélisque Barberini , qui était destiné , non à un temple, mais à un. tombeau ( tombeau d'Antinous).
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que la mode des allées monumentales de sphinx, dont, effectivement, on ne trouve pas un seul exemple en Egypte.
Planche 68. — Vue d'une partie de la façade du Temple, prise de l'angle Nord-Ouest de la cour. On aperçoit au fond le commencement de la colonnade qui borde la cour I sur trois de ses côtés. L'épervier renversé par terre qui occupe le premier plan, est l'image de l'oiseau qui était à Edfou ce que nous venons de voir le poisson Latus être à Esneli. Il était l'emblème vivant du dieu principal adoré dans le temple. Le trou carré du sommet de la tête servait à fixer sur l'image de granit la coiffure volante, qu'on changeait suivant le rôle qu'on attribuait au dieu dans la cérémonie à laquelle son emblème prenait part.
On étudiera successivement dans la cour les trois parois du Sud, de l'Est, de l'Ouest, et la colonnade.
Paroi du Sud (a). La paroi du Sud est le bas du pylône lui-même contre lequel la colonnade est appuyée. Les cartouches y sont vides. On. remarquera, sur un des soubassements, la représentation de toutes les barques sacrées qui devaient figurer dans les processions.
Paroi de l'Est (b). Elle appartient à Ptolémée X (Soter II). Le roi fait des offrandes à Horus, ou bien il devient Horus lui-même et combat les animaux typhoniens , hippopotames, tortues, crocodiles, etc. Les tableaux du soubassement sont de ceux que nous allons rencontrer presque à chaque pas dans le temple, et que d'ailleurs nous avons déjà vus autre part. Le roi amène à la triade d'Edfou des personnages chargés d'embonpoint, les bras étendus, la tête surmontée d'une sorte de blason. Les nomes défilent ainsi, suivis de leurs divisions, qu'on appelle Uu et Pehu.
Paroi de l'Ouest (c). Cette partie de la cour offre le pendant exact de celle qui lui fait face sur la paroi de l'Est. Ici encore, Ptolémée X se présente, accomplissant divers rites devant les divinités du lieu. Sur le soubassement, continuation des listes topographiques.
Colonnade. Les cartouches sont vides, à l'exception de ceux qui sont gravés sur les cinq dernières colonnes de l'angle Nord-Est; les légendes de . Ptolémée XIII y figurent au complet. Ce sont aussi les légendes de Ptolémée XIII qu'on lit sur la partie inférieure de l'entablement des colonnes. Jusqu'ici, la part de chaque roi dans la décoration de la partie antérieure du Temple d'Edfou est donc bien définie : Ptolémée X a fait la décoration des parois de la cour, Ptolémée XIII a fait la décoration de la colonnade et du pylône.
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Planche 69 - La planche 69 représente de face la porto d'entrée dn Temple d'Edfou que la planche précédente vient do nons faire voir
^ Tous sommes cette fois an senil même de l'édifice. Le point est favorable pour donner sur l'intérieur de ce monument quelques renseignements généraux que nous formulons ainsi qu'il suit : ,''.,...,
I' La parenté des dieux des Temples d'Edfon et de Dendérah, déjà plusieurs fois signalée est certifiée, une fois de plus, par les noms des trois divinités quvdans chaque temple, forment la triade. La triade se compose à Dendérah d'Hathor-An (Hathor de Dendérah), d'Hor-Hut (Horus d Edfou), et de Hor-sam-ta-ni; elle se compose à Edfou d'Hor-Hut, d'Hathor-An et d'Hor-sam-ta-ui. Horus d'Edfon s'est substitué à Hathor de Dendérah et
réciproquement. ■
Pour bien comprendre la place qu'occupe le Temple d'Edfou au milieu de tous les monuments religieux que les Égyptiens ont élevés, il est nécessaire de savoir ce qu'ont été les deux divinités que nous venons de nommer Hathor -de Dendérah et Horus d'Edfou. ■
Horus d'Edfou est Osiris ressuscité et triomphant. « Osiris, a dit M. Pierret, dans son très utile Dictionnaire d'archéologie égyptienne, est le dieu suprême, dont la manifestation matérielle est le soleil, et dont la manifestation morale est le Bien. Le soleil meurt, mais il renaît sous la forme d'Horus, fils d'Osiris et soleil levant (Harpocrate). Le Bien succombe sous les coups du MaL' dont Set est l'incarnation; mais il renaît sous la forme d'Horus, fils et vengeur d'Osiris ...» Or, Horus, vengeur de son père, ' c'est-à-dire vainqueur du Mal que son père n'a pu complètement terrasser,
est Horus d'Edfou.
C'est à cette doctrine que se rapporte l'ensemble des représentations gravées en si grand nombre dans l'intérieur du Temple d'Edfou. Horus y est véritablement le vengeur de son père. Il tue, il massacre les animaux typhoniens, emblèmes de celui sous les coups duquel son père a succombé. A Dendérah, Osiris est le dieu mort et ressuscitant; sous la forme d'Horus, » Osiris est à Edfou le dieu vainqueur et ressuscité. Aussi les tableaux où Horus est représenté, perçant de sa longue pique le crocodile, la vipère, l'hippopotame, l'âne, se rencontrent-ils fréquemment. On lit dans la Préparation évangélique d'Eusèbe, ce curieux passage : « Dans la ville d'Apollon ou d'Horus, dit Eusèbe, ce dieu a pour symbole un homme à tête d'épervier, armé d'une pique, et poursuivant Typhon, représenté sous la forme d'un
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FHOTOGBAVUEE ^.IMPRIMERIE GOUPIL & C?
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