‹ Voyage dans la MacédoineChapitre 3 sur 19 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Salonique : ses anciens monumens, ceux du moyen âge, son commerce, ses manufactures, son gouvernement actuel, ses environs. Emplacement du mont Disoron, nommé aujourd’hui Corthiat, et du mont Cissus, nommé mont Salomon.

La ville de Salonique s’appela Thermès dans les premiers temps de sa fondation , à cause des eaux thermales qui naissent dans ses environs , à l’orient et au midi ; de là le nom de Ther~ mdique , que le golfe au fond duquel était située la ville porta long-temps encore après qu’elle eut changé de dénomination. Un grand nombre d’historiens et de géographes ont parlé de ce changement de nom. Ce qu’il Importe le plus de savoir, c’est que dans sa naissance Thermès ne fut qu’un petit bourg (i).

On croit dans le pays que la ville d’Anthémonte était alors capitale de la Mygdonie, qui s’étertdait au couchant jusqu’aux rives de l’Axius, et au nord vers le pays limitrophe de la Crestonie, où était peut-être Phisca.

Ce fut Cassandre, fils d’Antipater, qui fit changer le nom de Thermès en celui de Thessaloniquc , que portait sa femme , fille de Philippe et d’Olympias. Cette princesse avait été ainsi nommée par son père, parce que celui-ci, ayant vaincu les Thessallens le jour qu’il apprit la naissance de cette fille, voulut lui donner

(i) Tzetzés, Chiliad. X , cap. }6, pag. 427.

un nom qui rappelât le souvenir de cette victoire. Tliessalonikè signifie victoire remportée sur tes Thessaliens {i),Dens\e cours des siècles , la syllabe the a été supprimée , et la langue corrompue n’a conservé que le nom de Salonique.

De toutes les villes de la Macédoine nommées au chapitre précédent , Thessalonique est la seule qui ait conservé une véritable importance; elle renferme encore des monumens où nous voyons la preuve de sa richesse à des âges très-differens. Cette ville, depuis des temps très-reculés, n’a cessé d’étre le dépôt des productions territoriales de tous les pays environnans , destinées au commerce étranger.

Tant d’avantages l’ont préservée de la commune destruction, dans un pays qui , depuis la mort d’Alexandre , a été constamment en proie aux fléaux les plus destructeurs , la guerre , la peste , le despotisme et l’ignorance.

Amphipolis, qui s’était élevée au même rang, déchut rapidement sous les empereurs Grecs, par la raison qu’elle se trouvait plus exposée aux incursions des barbares de la Thrace , et aux invasions des rois bulgares. Thessalonique, au contraire , mieux défendue, parce qu’elle était un des boulevarts de l’empire, conserva sa splendeur au milieu des désordres du moyen âge. On ignore l’époque où elle était tombée au pouvoir des anciens rois de Macédoine; mais comme elle appartenait par sa position à la Chalcidique et à la Mygdonie, on peut croire que ce ne fut pas dans les premiers âges de leur dynastie que les descendans de Caranus s’en emparèrent en prenant Anthémonte , dont j’ai déjà dit que Thermès, petit bourg, n’était qu’une dépendance: ce qui

(i) Étienne de Bytance veut que ce soit Philippe lui-même qui ait donne ce

nom à la ville.

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est plus certain , c’est que sous le règne de Philippe , père d’Alexandre, Thermès était déjà l’un des dépôts de la marine militaire de ce prince.

Salonique ne renferme aucun monument qui paraisse avoir été l’ouvrage des rois de cette famille, ni meme de la dynastie d’Antigone, père de Démétrius-Poliorcète. Tous ceux qui subsistent, appartiennent au temps de la domination romaine; ils sont en assez grand nombre, devais en décrire les principaux, et faire en sorte de les expliquer.

La ville est coupée de l’est à l’ouest, ainsi que beaucoup d’autres villes anciennes , par une longue rue qui était la continuation de la voie Egnatienne , via Egnatia (1). Cette voie pénétrait dans la ville du côté du couchant, par l’entrée que l’on nommait la porte de Rome, et elle en sortait du côté de l’est, en se dirigeant vers la Thrace par la frontière nord de la Chalcidique, qui en faisait anciennement partie.

Si l’on arrive dans la ville du côté de l’Italie, on passe par une espèce de bastion , crénelé et fermé , qui conduit à la porte principale. En face de cette double entrée se présente une troisième porte qui se joint par les deux côtés aux maisons latérales.

Le voyageur, qui n’a d’abord aperçu dans ce monument qu’une porte gênée par des bâtisses étrangères, reconnaît bientôt avec étonnement qu’il se trouve devant un arc de triomphe antique de la plus gràhde beauté. La face qui se découvre la première, est la plus intéressante et en même temps la plus propre à faire reconnaître l’époque à laquelle cet édifice appartient. Contre

(1) Lavoie Egnatia commentait à la villed’ApolIonieenlIlyrie, traversait l’Épireet U Macédoine, et se prolongeait jusqu’aux frontières de la Thrace. Strab»!. vii, p.3

la façade sont élevés de petits tréteaux qui servent pour la station des gardes de la ville et des préposés de la douane. Ces agens adossent à ce mur antique les coussins sur lesquels iis s’appuient. Plus curieux de la blancheur de la chaux que de la beauté de l’art, chaque fois que leurs escouades se renouvellent, ils font passer un blanchiment sur le marbre ; de sorte que , par un effet de la succession des couches, il faut aujourd’hui s’approcher de très-près pour juger du mérite des sculptures.

Elles sont toutes historiques : le même sujet est répété à la gauche de la façade tel qu’il est à la droite. C'est de chaque côté un consul romain , vêtu de la toge. Les têtes ont été totalement dégradées par des coups qu’on leur a portés avec l’intention de les détruire. Ces deux figures, de la hauteur d’un pied, sont debout, chacune devant un cheval sculpté avec beaucoup d’art; deux enfans tiennent la bride des deux chevaux.

Cet arc de triomphe n’a qu’une seule arche; les proportions en sont grandes et nobles; une corniche termine les deux pilastres à la naissance du grand arc. Dans l’entablement supérieur, la frise est ornée de guirlandes. Le spectateur apprécie difficilement la majesté et l’élégance de cet édifice, à cause des vieilles maisons qui y sont adossées et de l’élévation du terrain qui en cache presque un tiers. (Voyez la planche i.)

Une inscription très-bien conservée est placée sous la voûte, à la droite et dans la direction de la sculpture ; on la lit avec facilité, à'cause de l’encombrement qui la rapproche de l’œil (i); la voici fidèlement copiée.

( i) Le terrain s’esi exhaussé au-dessous de ce monument, comme dans toutes les parties basses des anciennes villes.

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