‹ Voyage dans la MacédoineChapitre 5 sur 19 · VA · texte numérisé non relu

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raies, ornée de colonnes du même marbre que celles du rez-dechaussée. Ces petites colonnes sont au nombre de seize de chaque côté: quatre autres grandes colonnes sont placées près . du sanctuaire: elles sont de granit rouge d’Egypte et d’un trèsbeau poli. Le ciel est formé par une charpente en bois de chêne , sans peinture et sans aucun ornement.

Contre le mur de la galerie sont placés des médaillons de divers marbres précieux, tels que le porphyre et le serpentin : mais la plupart ont été détruits en totalité ou en partie par des imans ou curés qui, habitant dans le temple, avaient la faculté de les enlever de nuit , et en vendaient les fragmens aux Européens.

Au fond de la grande nef, dans un cartel très-orné, se trouve une inscription en l’honneur d’un nommé Spandoni , qui avait le plus contribué aux frais de la reconstruction de ce temple : elle est en vers. On peut lavoir gravée, en fac simile, sur la planche vi. En voici la traduction :

>• Devenu la gloire de la nation grecque ,

<c Par la réunion de toutes les vertus,

<■ Privé de ta patrie , hélas !

« Tu n'as point participé à la souillure imprimée sur elle par les barbares, ce Attaché aux vertus de tes ancêtres ,

<c Tu as brillé par leurs vertus éblouissantes ,

ce Comme l’or ou comme l’étoile de l’aurore.

cc Voué au culte de la sagesse et du courage ,

ce Tu as pris pour base de ces sublimes perfections,

ce La prudence et l’égalité devant la loi.

ce T ous , voyant en toi une image divine ,

ce Tous étaient captivés par l’éloquence insinuante de tes paroles,

ce Et par le gracieux éclat de ta beauté ,

ce Comme ils étaient frappés par la grandeur de tes actions.

cc Hélas ! c'est au milieu des plus belles espérances

cc Que je te perds , ô lumière, 6 gloire de ma vie !

cc O gloire de ta patrie , anneau doré de la chaîne de ta noble race,

cc Chef-d' œuvre des prédilections de la nature!

« Je pleure mon malheur, qui est un malheur public.

« Ta mort est un coup foudroyant ,

<c Tcte chérie, mon espérance, ma vie, ma lumière, mes délices,

» Rejeton des Byzantins et des Grecs.

Cl Luc Spandoni , serviteur de Dieu , s'endormit l'an. • • « . janvier »

L’église de Sainte-Sophie est devenue une mosquée, ainsi que l’église de Saint-Démétrius. La façade est ornée d’un portique octostyle, dont quatre colonnes sont de vert antique , et quatre de marbre blanc. L’intérieur n’a rien de remarquable que la mosaïque delà coupole, où sont représentés les douze apôtres, sur un fond couleur d’or. Cette mosaïque se dégrade journellement , et le sacristain tire parti des fragmens qu’il vend aux Européens.

A côté du quartier franc, en allant vers la douane, on trouve les ruines d’une belle église consacrée à Saint-Minas. Il y a plus de soixante ans quelle fiit incendiée. Ce qu’on y remarque de plus curieux , est un grand bloc de vert antique , tout-à-fait semblable à celui de la rotonde. Il paraît avoir servi pareillement de chaire à prêcher. Les Grecs modernes , ayant adopté la manière européenne de construire leurs chaires , ont retiré ce bloc de l’intérieur de l’église , et l’ont placé dans l’endroit le plus écarté de l’enceinte extérieure.

Le château qui domine la ville, et qui porte le nom de Sept- Tours, a une double enceinte. Dans la plus grande, il y aune mosquée et beaucoup de logement pour la garnison; dans celle de l’intérieur, dont les sept tours, unies aux remparts, forment la fortification , se trouvent encore des logemens considérables , et notamment celui du JisJar ou châtelain. J’ai vu dans la cour de sa maison deux jolies colonnes de vert antique , et un fragment d’inscription grecque II n’y a sur les remparts que de très-petits canons , pointés vers la campagne : c’est là toute la défense du château. Les magasins voûtés qui soutiennent les batteries étaient remplis , quand je les ai visités , de caisses contenant des milliers

de flèches très-courtes, dont les vers ont dévoré les plumes ; de casques garnis en dedans et en dehors de toile bleue, et fortifiés par des lames de fer en divers sens : ce sont les restes des armes dont les Grecs se servaient lorsqu’ils se défendirent inutilement contre Bajazet II. J’ai appris, lors de mon second voyage, que Jussuf-Bey, le même qui a long-temps défendu Fatras contre les Grecs , se trouvant quelques années auparavant mussellim ou vicegouverneur à Salonique, fit transporter toutes ces curiosités dans un autre château qui porte le nom de poudrière, et qui est placé sur le bord occidental de la ville, auprès de la mer, à la tête de l’ancien port. De l’autre côté de cet ancien bassin , se voit une grande tour construite dans le moyen âge , qui protège une échelle de bois établie sur pilotis, au moyen de laquelle on embarque et l’on débarque les marchandises. Il parait que cette tour concourait, avec le château de la poudrière, à la défense du port. A l’extrémité de la rade , et à la suite des murs de la ville , du côté de l’orient , se trouve une autre tour bien plus grande et plus forte que la précédente ; elle porte le nom de Tour des Janissaires, parce quelle leur sert de prison , et qu’ils ont le droit d’y être étranglés , lorsqu’ils ont mérité la mort.

Cette dernière tour, et la forteresse que j’ai désignée sous le nom de poudrière, terminent les deux côtés des murs qui défendent la ville vers la mer ; on a établi dans toutes ces fortifications des batteries à fleur d’eau ; mais elles sont mal garnies de canons. ( Voyez la vue de la ville, pl. vu. )

La tour des Janissaires rappelle une anecdote que je ne dois pas omettre, car elle est très-propre à peindre le caractère le plus général de la nation ottomane.

Un pacha qui a porté long-temps la terreur dans les possessions du grand seigneur, et très-connu sous le nom d’Abdi- Pacha, avait im moyen, qu’il employait très-fréquemment, de

répandre l’épouvante partout où il était destiné à gouverner : c’était de faire périr subitement, lors de son installation, un certain nombre de victimes, coupables ou innocentes.

Le Jour de sa première entrée à Salonique, après avoir fait placer quatre pièces de canons devant la porte de son palais , il manda le commandant de la tour des Janissaires, et l’interrogea sur le nombre et sur les délits de ceux qui s’y trouvaient renfermés. Ils étaient au nombre de neuf, et coupables seulement d’indiscipline civile, genre de faute qui méritait à peine vingt jours de réclusion. Il voulait, par cette question, connaître le nombre des détenus. A neuf heures du soir il les fit tous étrangler, sans autre forme de procès. Cette affreuse exécution fut suivie, selon l’usage, de neuf coups de canon , qui répandirent la consternation dans toute la ville ; plusieurs femilles avaient à regretter la mort injuste d’un parent ou d’un ami.

Après le départ de ce gouverneur , qui , comme on doit en juger , fit payer très-chèrement la tranquillité de la ville, et qui la ruinait par ses exactions, les habitans obtinrent de la Porte que, pendant trois ans, ils ne seraient soumis qu’à un lieutenant, nommé chaque année par le grand visir.

Le sultan, instruit des cruautés et des vexations d'Abdi-Pacha, avait déjà essayé deux fois de lui faire trancher la tête , et n’ayant pas réussi, il l’avait nommé gouverneur d’Alep.

On pense bien que le trajet de ce barbare, d’une ville à l’autre, fut marqué par le pillage et le sang. C’est dans cette résidence que le Grand Seigneur tenta pour la troisième fois de le faire périr; mais Abdi ayant eu l’art de reconnaître l’homme chargé des ordres de Sa Hautesse , au lieu de le punir de mort, lui fit des présens, et le chargea de dire à Constantinople que, si on s’avisait d’attenter encore à sa vie, il partirait à la tête de cent

mille hommes pour aller mettre le feu aux quatre coins de la capitale. Sa menace réussit : cet homme abhorré, après avoir souvent évité la mort, qu’il avait promenée partout, termina tranquillement ses jours dans son gouvernement de Belgrade, à un âge très-avancé.

J’ajouterai , au sujet du même pacha , un fait à peine concevable, arrivé dans le département de Vidin Guiel issar, l’ancienne Tralles, en Lydie. Un Turc, qui connaissait sa férocité, vint lui proposer une somme très-considérable à toucher chaque mois , si son excellence consentait à lui remettre ses honiourouUis ( ses ordonnances ) signés en blanc , pour avoir le droit de faire la police dans toute l’étendue de son département. Le Pacha consentit à cette proposition , pour punir les habitans du pays , contre lesquels il avait d’anciens griefs ; et l’homme chargé des ordres aveugles d’un tel maître en profita d’une manière atroce, comme il est aisé de le concevoir.

Il rodait partout ; les emprisonnemens et les avanies se succédaient rapidement; les réclamations auprès du Pacha demeuraient sans effet. Je ne citerai qu’un seul trait de sa perfidie. Il vit un jour un marchand de l’île de Scio , donner de l’argent à des enfans turcs qui se battaient pour une petite monnaie que l’un d’eux avait trouvée : afin de calmer la dispute , le marchand avait donné une monnaie semblable à la première au plus faible des deux enfans. Sur-le-champ, une dénonciation grave fut portée contre lui ; il fut arrêté sur l’accusation d’avoir donné de l’argent à des enfans turcs pour les pervertir. Les Sciotes alarmés , et craignant que l’avanie ne devînt générale pour le corps de leur nation, terminèrent l’affaire moyennant six cens piastres ou mille francs environ, s’estimant heureux d’avoir racheté pour de l’argent la vie de l’un d’entre eux et la sûreté de tous.

Le pacha, après six mois de séjour, se trouvant à ia veille de partir, appela son agent, et lui demanda, s’il avait bien profité de son emploi ; celui-ci répondit par mille bénédictions , et par des prières qu’il faisait à Dieu pour la prospérité de son excellence. Le pacha, feignant alors de se mettre en colère, lui dit qu’il n’avaîl jamais vu un scélérat de son espèce, qu’il fallait que la mort en purgeât la terre , et, sans différer , il donna ordre qu’on lui tranchât la tète , ce qui fut exécuté sous les fenêtres et sous les yeux de son excellence, qui s’empara de tous les biens de son digne agent.

Après cette digression , je reviens à Salonique, pour en examiner l’état politique et commercial. La ville est gouvernée par un pacha dont le pouvoir s’étend du côté du couchant jusqu’à Bérée ou Caravéria , et à l’est jusqu’à Cûvab. Quoiqu’il y ait aussi un moUah , juge de première classe, le gouverneur se mêle quelquefois des affaires contentieüses. On y voit encore un janissaire-aga , qui connaît de ce qui regarde les affaires de son corps.

Dans une ville de cette importance, il ne peut manquer d’y avoir un moufti, ou interprète des lois: c’est lui que l’on consulte dans les procès civils et criminels, et il prononce une sentence dont il puise le texte dans le Coran , suivant les interprétations qu’il lui plaît de donner aux passages de ce code informe. Les décisions , conformément à l’usage général des mouftis, sont écrites et signées de lui sur de très-petits morceaux de papier où il applique son sceau. On leur donne le nom de fetfa. Le gouvernement et les juges en tiennent quelquefois peu de compte; il les éludent, ou ne les demandent pas.

Un évêque métropolitain, placé à la tête du clergé grec, est le protecteur né des fidèles qui habitent dans la ville et dans le diocèse. Il compte sept évêchés suffragans, dont les princi-

DANS LA MACÉDOINE. 4p

paux sont, Galatz, Capsohori , Kitros, Rentline et Platamona. L’insurrection actuelle des Grecs, qui a fait périr l’archevêque, tous les riches négocians et un grand nombre de janissaires, a dû diminuer beaucoup la population de la ville et celle des environs.

Depuis la prise de la ville de Salonique par Amurat second, les Juifs sont privilégiés pour une manufacture de draps bleus, très - grossiers , qu’ils exploitent pour le grand seigneur. Ces draps servaient autrefois à l’habillement des soldats qui étaient les plus favorisés par sa Hautesse; mais depuis que les fabriques d'Europe ont remplacé ces sortes d’étoffes, dont se servaient anciennement les Turcs militaires et les gens du peuple, les draps de Salonique ne se fabriquent plus qu’en très-petite quantité , et ils ne servent à ceux qui les reçoivent du grand seigneur, selon l’ancien usage , qu’en guise de tapis. La diminution de travail que cette fabrication a éprouvée n’empêche pas le directeur , qui prend le titre de beylktchi ou chef impérial de la fabrique, de profiter de son droit sur le produit des laines du pays, aux dépens des Turcs ou des Européens qui en font le commerce, sous le prétexte qu’il peut en prendre une certaine quantité destinée à sa fabrique. Ce n’est qu’en achetant son droit, qu’on se tire d’embarras, quand on fait le commerce des laines du pays.

Des Juifs sont en possession d’une manufacture de tapis ; eux seuls en fabriquent de toutes les grandeurs , depuis les plus belles qualités jusqu’aux plus communes : la consommation qu’on en fait dans toute la Turquie d’Europe porte un grand tort aux tapis de Smyrne. Ceux-ci sont veloutés et plus chers, tandis que ceux de Salonique, qui imitent le velours ras , sont à meilleur marché , mais durent beaucoup moins. Cette fabrication est toujours active et ne peut se passer des

moulins à foulon de Caraveria , où elle reçoit son dernier complément.

Dans les environs de Salonique on cultive beaucoup de mûriers: les femmes grecques en emploient la feuille à élever des vers à soie. Le produit de la récolte sert à fabriquer deux sortes de gazes très-claires ; les unes sont employées pour des chemises d’hommes et de femmes ; elles sont plus recherchées à Constantinople que celles de Brousse , l’ancienne Prusa sous l’Olympe ; les autres sont rayées et mi-parties en soie plate et en soie tordue très-fine; on en fait des rideaux pour se garantir la nuit de la piqûre des maringouins , dont la basse ville est infestée. A Constantinople et dans quelques échelles du Levant , les Européens appellent cette étoffe du souà. On y emploie non-seulement la soie du pays , mais encore celle de Zagora , petite ville située sur la côte orientale de la Thessalie.

De toutes les manufactures établies à Salonique, celle de la tannerie est la plus remarquable et la plus lucrative ; elle est par privilège l’apanage de la seconde compagnie des janissaires , ikindgi orta. Cette tannerie, dont le local est toujours infect et malsain, n’est habitée que pendant le jour; elle occupe, hors des remparts , toute l’étendue du terrain où avait été creusé l’ancien port.

Le corps des tanneurs jouit à Salonique d’une grande considération ; on n’y parvient à la maîtrise qu’après de longues épreuves , qui durent depuis l’âge de dix ans jusqu’à trente. Lorsque ce corps crée de nouveaux maîtres, toute la ville est en fête ; la musique guerrière se fait entendre dans toutes les rues ; des aubades se jouent aux portes de tous les grands et de tout particulier qui est à la tête d’une corporation ou d’un esnaf. Ces préludes , qui se continuent pendant quinze jours et quelquefois davantage, se terminent par de grands festins qui ont lieu hors

de ia ville, sous des platanes , et qui durent trois jours. Tous les habitans de la ville et ceux des environs y sont invités de droit, sans distinction de rang et de religion. Je n’ai vu qu’une seule fois ce repas champêtre : j’étais également surpris des appareils de cette convocation, de la foule qu’elle attire et de l’ordre qu’on y observe. Il est sans exemple que dans un si nombreux rassemblement il y ait eu du trouble; tout est religieux dans les plaisirs qu’on y éprouve. Differentes espèces d’amusemens, des troupes de lutteurs qui y viennent de bien loin , une musique bruyante animent la fête. Les plus grands personnages de la ville, assis sous leurs propres tentes, sont servis les premiers; chaque table . qu’on approche d’eux toute préparée, est précédée par un des nouveaux maîtres , portant un grand bâton à la main. Celui-ci fait ranger les curieux, sans en molester aucun. Ces commissaires président ensuite au service du public; ils marchent séparément, suivis de dix à douze domestiques, qui portent sur leur tête, de petites tables destinées pour quatre personnes; et en marchant au milieu de la foule, ils invitent les spectateurs à s’asseoir sur l’herbe. Souvent il arrive qu’une table est occupée par quatre individus qui ne se sont jamais connus. Les Européens sont peu dans l’usage de prendre part à ces festins. On m’a assuré que le pacha de Janina, le fameux Ali, toutes les fois qu’il mariait un de ses enfans , célébrait cet événement par une fête semblable, dont les frais se prélevaient par des contributions, tandis qu’à Salonique c’est la corporation des tanneurs qui les paie volontairement.

Les établissemens des Européens à Salonique y ont prospéré pendant tout le temps que nous y versions les produits de nos importations. Ce sera dans un autre chapitre que je ferai mention des onze factoreries que nous avions dans cette échelle, et de leur nullité actuelle.

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Depuis une quarantaine d’années , cette ville se dépeuple ; mais elle se relèvera toujours de ses pertes, quel que soit son gouvernement , par la raison qu’elle est le dépôt nécessaire des denrées d’un riche territoire, et celui des marchandises que les Européens y apportent pour la consommation de l'intérieur du pays. La crise actuelle n’agit pas seulement sur cette ville, elle porte la désolation sur tous les ports de la Turquie; mais, l’orage une fois passé, il est facile de prévoir que, les élémens du commerce de Salonique remettant cette ville dans son ancien état de prospérité , toute l’Europe reprendra avec empressement le trafic qu’elle faisait naguère par son entremise avec des provinces si fécondes et qui ont tant de besoins.

Si, après avoir observé le commerce, les manufactures, le gouvernement de la ville de Salonique, on veut connaître les campagnes qui l’environnent , et que l’on sorte du côté de l’est, on trouve une population de cultivateurs entièrement grecque, tandis que du côté de l’ouest on ne voit pour colons que des Bulgares. Cette singulière division date du x.' siècle, époque où des princes bulgares, s’étant emparés du pays, devinrent propriétaires de la partie de l’ouest, soit par des capitulations, soit par la force. Il parait que les montagnes favorisèrent la retraite et l’indépendance des Grecs , qui ne cessèrent de se maintenir dans diverses parties de la Macédoine. L’invasion des Turcs a tout légalisé. Devenus les maîtres de la presque totalité des terres, ils ont réduit les habitans des campagnes à l’état de simples cultivateurs : les propriétaires grecs ou bulgares ne forment que de rares exceptions.

Du côté de l’est, les dehors de la ville n’ofirent d’abord , comme dans tout le reste de la Turquie, que les cimetières des Turcs, des Grecs , des Juifs , toujours séparés les uns des autres. Les Francs ont les leurs au bas des remparts , dans cette même partie

de l’est. La plupart de leurs tombeaux sont en marbre blanc , et travaillés à Constantinople, ou en Europe. Parmi ces derniers, on remarque celui deM. deBiornstal , célèbre voyageur Suédois, qui , descendant tout en nage des hauteurs de l’Olympe , pour se rendre au monastère de Saint-Démétrlus, situé à mi-côte, et d’où il était parti , se hâta de présenter sa tête sous le tuyau d’une grande fontaine attenante au monastère. Des caloyers qui se trouvaient présens voulurent le détourner d’une opération si pernicieuse ; mais le désir d’un prompt soulagement l’emporta. Arrivé à Salonique , il paya trop chèrement , deux jours après , sa grave imprudence par la perte de la vie.

On a prétendu à Salonique que M. de Biornstal, en s’élevant aux environs des pics de l’Olympe, avait voulu s’assurer de l’existence de plusieurs lacs sur cette montagne, et y retrouver les restes d’un autel consacré à Jupiter Olympien ; mais on n’a trouvé aucune note de lui qui puisse faire juger du fruit de ses observations.

Après avoir dépassé les cimetières , on parcourt les coteaux du mont Corthiat , dont les bases s’étendent du côté du nordouest dans la ville de Salonique, et à l’ouest jusqu’à la mer, dans un territoire couvert de jardins , de vignobles , de métairies. Cette partie de la montagne qui se dirige à l’ouest et au sud, porte encore chez les Turcs le nom de Kala-meria, nom qui , dans la langue grecque , forme l’équivalent de beaux lieux. Les Francs qui séjournent à Salonique défigurent cette expression , en y substituant celle de Calamari , qui signifie au propre écritoire , et qu’on emploie au figuré pour désigner le poisson que nous nommons la sèche. Le mot calamari est une corruption , comme on le voit, des deux mots kala-meria. Le Corthiat est très-cultivé jusqu’à la moitié de sa hauteur. Il séparait autrefois la Mygdonie d’avec l’Anthemontide , et appartenait, par

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moitié , à chacune de ces provinces : au couchant , ses bases plongent dans la rade de Salonique , et au levant , dans le lac de Bechic , anciennement nommé lac de Bolbè,

C’est dans ces contrées que commence la partie montagneuse orientale de la Macédoine. Cette partie, qui s’étend depuis Salonique jusqu'à l'Hémus méridional , présente deux questions de topographie qui ne peuvent être décidées sans des connaissances acquises sur les lieux.

Lorsqu’en arrivant, de l’occident, les navigateurs destinés pour le golfe de Salonique, s’avoisinent de ce golfe par le passage ordinaire d’été, entre les îles thessaliennes d’Halonesus et de Peparéthus, les principaux points de reconnaissance que leur offre la terre ferme, pour la direction de leur attérage, consistent dans trois montagnes : celle que le marin voit vers l’orient est l’Athos; la seconde, qui se montre au nord-est, est nommée par les Turcs Mont-Salomon; et la troisième, située au nord-ouest, la plus éloignée des trois , est le mont Corthiat.

Dans cette perspective , qui of&e une ligne oblique de l’est à l'ouest, les trois montagnes semblent isolées, à cause des terres basses qui les entourent et qu’on ne peut pas encore apercevoir. Mais à mesure qu’on approche du continent, l’Alhos parait peu à peu se lier avec l’isthme de la Chalcidique ; et le mont Salomon s’élève en dominant les golfes Singitique et l’orona'ique ; quant au Corthiat, il présente en face ses deux sommités égales en hauteur; et sa racine indique au marin nonseulement l’extrémité du golfe Thermaïque, mais encore celle de la rade de Thessaloiiique : de quelque côté que l’on considère cette montagne, elle montre toujours une double cime.

L’Athos est connu de tous les voyageurs par son nom ancien et par son nom moderne; mais tout le monde ignore les noms que- portaient anciennement le mont Salomon et le Corthiat.

Ceilarius n’a fait mention ni de l’un ni de l’autre, il ne les a pas même marqués dans sa carte de la Macédoine. D’Anville, en traçant la partie orientale de ce royaume, a donné le nom de Cissus k la montagne qu’il place le plus près de Thessalonique, et il appelle Dysorum celle qui s’en éloigne le plus. On ne volt dans cette disposition que le vague où l’ont jeté les auteurs qu'il a consultés.

Une autre erreur qu’on a déjà reprochée à d’Anville, et qui m’a paru excusable, c’est d’avoir pris le lac de Bolbè pour le lac Prasias, ce qui rend sa description de cette partie de la Macédoine entièrement fausse. Larcher, qui s’est aperçu de cette erreur dans sa géographie d’Hérodote, nous dit que cet historien est le seul auteur de l’antiquité qui nous ait transmis le nom ancien d’une des montagnes de la Basse-Macédoine ; mais il n’en désigne pas la position , et d’après son auteur il la nomme Dysorum, comme le fait d’Anville, trompé aussi par Hérodote. Nous devons cependant savoir gré à d’Anville d’avoir découvert le trait de lumière unique qui nous donne un nouveau nom dans la géographie ancienne. Larcher, son critique, en voulant le reprendre sur sa méprise relative au lac Prasias , s’égare luiméme dans ses conjectures ( i ).

Il faut pourtant avouer, quant au Dysorum, mentionné seulement par d’Anville , qu’à moins de connaître les localités , il ne pouvait rétablir le nom de Disoron, qui était échappé à Hérodote lui-méme , mot signihcatif et composé dans l’esprit de la langue grecque.

L’étude de la géographie ancienne nous donne souvent à remarquer que les Pélasges et les Hellènes avaient créé les mots les

(i) Hérodot., lib. IV, cap. vu; Larcher, lom. IV, pag. 196, n. 27, 10, 1802.

plus propres à peindre les objets d’une manière frappante, soit relativement à leur configuration , soit relativement à leurs propriétés morales ou physiques, ou en ayant égard à d’autres causes faciles à se fixer dans la mémoire. Les noms des villes , des montagnes , des fleuves , des fontaines , les noms d’hommes , furent pris principalement dans cette classe de mots ; et sans sortir de la Macédoine , les noms de Pangée, d’Axius, de Piérie , de Lycostomos , suffiraient pour prouver cette disposition nationale à créer des noms significatifs.

Le mot Disoron est du nombre de ceux qui peignent les objets ; il est composé de aix , deux fois, et d’opos , montagne ; il signifie , par conséquent , montagne pre'sentant un double sommet. C’est en effet , comme je l’ai dit , cette double forme que nous offre le mont Corthiat, soit du côté de la terre , soit du côté de la mer : d’où il résulte qu’on ne saurait révoquer en doute que ce moyen de reconnaissance, qui frappe de tous les côtés, n’ait donné lieu à la dénomination primitive de cette montagne.

Ce ne sera que dans mon sixième chapitre , qu’en parlant du lac Prasias, je pourrai faire connaître les causes de l’erreur de d’Anville, sur ce lac ; et c’est dans ma description de la Chalcidique, que je donnerai quelques détails sur le Cissus. Je n’en suis pas moins autorisé maintenant à restituer à deux des montagnes les plus apparentes de la Basse - Macédoine leurs noms primitifs, et à fixer leur gisement que d’Anville a déplacé.

Avant de rentrer dans la partie orientale de la Macédoine , je dois décrire quelques pays qui avoisinent la Thessalie, l’Épire et rillyrie, et dont quelques-uns forment le centre de l’ancienne Macédoine

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