II. B
détails de cette affaire. La corruption consolida Tentreprise que l'audace avait commencée.
On pourrait citer mille exemples de semblables traits demeurés impunis» dans un empire où le pouvoir féodal lutte sans cesse contre l'autorité souveraine , et toujours dans un sens contraire au bien public. La trop longue vie du Pacha de Janina suffit pour donner. une idée de l'état moral et politique de l'administration intérieure de la Turquie , et de l'esprit qui la dirige.
Si la Porte souffre souvent des délits d'une haute importance, elle est aussi d'autres fois très- empressée à en tirer vengeance , et à les punir , suivant les dispositions où les ministres se trouvent envers le délinquant. Cette opinion mérite d'être appuyée au moins par un exemple.
L'aga de Satalie avait long-temps gouverné cette ville et la forteresse qui la domine ; il y avait eccercé une tyrannie qui n'avait de bornes que celles qu'il voulait y mettre lui-même; et on ne peut douter qu'il n'eût amassé de grandes richesses. La Porte toléra ses rapines et ses désobéissances jusqu'à sa mort , quoiqu'il eût été porté àe% plaintes graves contre lui , même par le ministre français. Le fils aîné de cet aga, ayant demandé , suivant l'usage , l'investiture de ÏAgalik , héréditaire dans sa famille , c'est-à-dire , le fîrman qui devait rendre son autorité légale , la Porte , avant de l'accorder , exigea une somme énorme. A chaque réquisition , le jeune aga déclarait que son père n'avait jamais possédé un semblable trésor. £n attendant , il ne cessait de commander ; mais , prévoyant l'orage qui le menaçait , il cherchait à se faire aimer de ses vassaux ; il répara le château , et se prépara à se défendre.
Le Capi tan-Pacha ne tarda pas de recevoir l'ordre de bloquer le port de Satalie avec toute son escadre, tandis qu'une armée
DANS LA MACÉDOINE. ii
de près de vingt mille hommes assiégeait la ville du côté de la terre. Cette double attaque ayant été infructueuse , la guerre se continua pendant trois ans. Plusieurs Pachas y figurèrent avec toutes leurs forces ; l'aga trouvait toujours de nouveaux moyens de résistance , et il eût été difficile de le réduire , sans une trahison : elle fut ourdie , la seconde année du siège , dans le camp des assiégeans. Un transfiige fiit reçu dans la ville , feignant d'avoir mérité la mort par un délit récent , et demanda asile ; il promit de servir laga , et joua si bien son rôle , qu il parvint à s'attirer l'amitié du prince et à épouser une fille distinguée de la ville. La confiance s'étant de plus en plus établie, le traître proposa à l'aga de faire une sortie de nuit , moyennant laquelle il promettait qu'on pourrait mettre l'armée en déroute , ainsi qu'on l'avait vu à Widdin , où s'était renfermé Pasvant-Oghlou , lorsque Husseîm-Pacha assiégeait ce rebelle. L'aga , ayant donné dans ce piège , voulut commander la sortie» et fiit pris à côté du transfuge qui le signalait. Sa tête et ses trésors Rirent transportés à Constantinople , et toute sa famille , presque entièrement dépouillée , vint en exil à Saionique, où elle vit aujourd'hui des bienfaits des Pachas qiiî s'y succèdent , et des aumônes de quelques grands du pays.
J'ai eu quelquefois l'occasion de m'entretenîr avec le fi-ère du défimt, qui , par désœuvrement et par besoin de soulager sa douleur , venait me raconter ses propres infortunes et celles de ses parens.
On peut ajouter à ce dernier récit, que le Grand-Seigneur, voulant détruire , autant qu'il lui est possible , la puissance des grands propriétaii;es , vient d'établir un pachalik à Satalie, et qu'il a soumis Smyrne et Andrinople au même régime.
Cette digression m'a fait perdre* de vue la ville de Drame : j'y reviens. La journée du lendemain de notre visite fiit employée
tta chcyaL
à copier quelques inscriptions latines dont je donne ici une copie. On les voit sur des sarcophages mutilés ; voici ce qu on peut y lire :
NVS.AGRICOLA.ORN.DEC.HO ANN-VI.M.ll.H.S.E.