C. VIBIVSCFILVOLDAPHNVS DECHONANVMIXH.S.E
CVIBIVSCFILVOLFLORVSDEC IIVIRETMVNERARIVSPHILLIPPIS
KARISS. X C.
Avant d'entrer dans Téglise attenante à Tévêché, je remarquai dans le péristyle , qui est en bois , un beau fragment d'antiquité , apparemment transporté de Phîlippi , et que je reconnus pour être une tête très-ressemblante de l'empereur Caracaila, sculptée en marbre blanc du pays. Cette tête , dont le nez n'a pas été mutilé, sert de support à un des pilastres du péristyle. Paul- Lucas , qui passa à Drame et à Phîlippi en 1 7 1 o , la reconnut pour une tête d'Hercule , parce qu'elle est coiffée de la dépouille du lion. Ce fragment donne lieu de croire que les colons de Philîppi furent les premiers qui honorèrent Caracaila d'un mo-
(i) Trou poar faire écouler Feau.
DANS LA iMACÊDOINE. 13
nument , lorsque , venant de la ïhrace , il entra dans la Macédoine : ils le flattaient de la manière qui lui était ia plus agréable, en lui donnant quelque ressemblance avec Alexandre, du moins dans le costume. Ce morceau de sculpture me tenta beaucoup, et j'aurais pu l'obtenir facilement du bey; mais comment aurais-jepu me résoudre à devenir ingrat envers mes hôtes!
La colonie de Phiiippi n'est pas la seule ville de l'Orient qui ait fait représenter un empereur avec les attributs d'Hercule ; les monnaies de bronze nous en donnent assez souvent des preuves, mais ce qu'on n'avait pas encore observé en numismatique, c'est que la ville de Tyr eût célébré les victoires de Trajan en faisant frapper une monnaie d'argent de grand module, dont le revers présente une répétition des traits de ce prince , sous les attributs d'Hercule Tyrien , et que cette ville eût aussi accordé le même honneur à Caracalla sans en avoir eu le même motif Ces deux monnaies sont faussement accordées à ia ville d'Antioche de Syrie.
J'eus bientôt l'occasion de me convaincre du motif qui obligeait le Bey d'avoir une garde de cinq cents hommes , logés la plupart dans son palais. Son secrétaire. Grec de naissance, me raconta une anecdote toute récente qui me donna une juste idée des mœurs des peuples voisins de Drame, dont la civilisation est encore si arriérée.
Ce pays , me dit-il , si beau par sa fertilité , est inquiété par le voisinage d'un peuple qui habite l'intérieur des hautes montagnes auxquelles vous voyez que nous sommes presque adossés; il est enclin au brigandage , et ]»eu accoutumé à la dépendance. 11 y a près de trois ans , qu'environ huit cents hommes de ces montagnards se jettèrent à l'improviste sur notre ville , la pillèrent , et y commirent beaucoup d'excès. A peine le Bey eut-il le temps de se renfermer dans son palais avec le peu
de gens qu il avait auprès de lui. Dès que la nuit fut venue , il fit sortir, par une porte qui a une issue sur la campagne» une troupe de soldats , avec ordre de donner l'alarme dans tous les villages du département , et de faire armer les habitans : le lendemain , plyis de deux mille hommes prirent les armes , et se portèrent sur le chemin des gorges par lequel ces bandits pouvaient faire retraite. Ceux-ci, n ayant pas assez tôt prévu cette embuscade , furent saisis d'une terreur panique qui les fit fiiir dans le plus grand désordre. Chaque homme ne pensait qu à son salut personnel : nos gens étaient partout. Plus de quatre cents de ces brigands périrent dans cette déroute, presque sans se défendre; les autres ne durent leur salut qu'à la facilité qu'ils ont tous de grimper sur les rochers. Telle est , m'ajouta le secrétaire , notre position et celle des* pays voisins. Depuis long-temps on n'avait vu paraître une pareille réunion de voleurs. La garde du pays suffit ordinairement poiu* les tenir écartés ; mais nous sommes continuellement menacés de leurs invasions.
Ces peuples, en effets rendus indépendans par la difficulté de pénétrer dans leurs montagnes , paraissent s'être isolés des plaines voisines , depuis les temps ies plus reculés. J'en parlerai dans un des chapitres snivans , lorsque je présenterai mes observations sur l'île de Thasos. La garde rurale , établie dans presque toute la Romélie, est commandée par un officier, ordinairement très-brave , à qui on donne le nom de Serdar.
La troupe que commande cet officier est une espèce de gendarmerie qui maintient la trancjuillité du pays , mais en y exerçant une juridiction très- arbitraire.
Le jour suivant, nous partîmes pour Philippî, dont les ruines sont à trois lieues de distance de Drame. En côtoyant toujours les montagnes , nous trouvâmes un petit village habité
par des Turcs et par des Grecs, où nous copiâmes une inscrip- / tîon grecque, qui annonce le culte qu'on y rendait à Cybèle:
MHTEPA eEON KA.
nPOKOVAOS KAI OVAniA
MEATINH KAeiEPnSE*