II. L
la danse » et ia distribution des pièces d or ne fut pas oubliée.
On se sépara de bonne heure , le chef très-satisfait de son hôte , et celui-ci fort content d'être à la fin d'une corvée assez bizarre , bien qu elle fût curieuse.
Dans toute la Thrace et toute la Macédoine , on connaît le penchant de ce peuple pour le vagabondage, inconnu dans le reste de la Turquie ; et pour caractériser ces montagnards , on ieur a donné le nom de Guvendégis , mot formé de deux langues , de Guvendé , mot persan qui signifie dansimse , et de la finale dgi , désinence turque qui exprime une profession ; comme dans le mot caffêJgi, cafetier^ tutindgi, vendeur de tabac.
Ces montagnards , anciens habitans du pays , devenus Turcs par circonstance » sont demeurés indépendans dans ^t^ mon*tagnes d un difficile accès ; et semblables aux tribus pures des Arabes , ils ont vu souvent des conquérans dévaster leur voisinage , sans éprouver les malheurs de la guerre. Les uns se sont défendus dans des montagnes où il était dangereux de les attaquer ( I ) ; les autres dans des plaines désertes où Ton ne pouvait les atteindre.
Ceux de THémus occupent des hauteurs autrefois consacrées au culte de Bacchus ; ils célèbrent , comme on voit , des orgies encore semblables aux anciennes, bien que dégénérées, et il nous représentent si bien les Satres d'Hérodote, qu'il est impossible de ne pas reconnaître Tidentité de ces deux peuples, que le temps et la religion seulement ont séparés.
Cet auteur, le seul qui en ait parlé, nous dit» comme je l'ai
(i) Les Monténégrins dans la Dalmatie, les Sphacciotes dans Hle de Crète, habitans du mont Ida, et d'autres peuplades anciennes, sont restées indépendantes, depuis l'époque de la conquête.
déjà rappelé , que les Satres possédaient les principales mines du Pangée ; qu'ils étaient I>rayes , qu'ils n avaient jamais été vaincus , et enfin qu'ils conservaient , dans les montagnes de la Thrace, le culte et les oracles de Bacchus.
Convaincu que le culte de ce dieu , de quelque endroit qu'if fût parvenu dans la Thrace , ne pouvait point avoir été transporté de premier abord sur des montagnes sauvages , et qu'il devait avoir commencé par s'établir sur les côtes , j'ai présumé qu'il était venu chez les Édoniens par l'île de Thasos , et que des pays de plaines , occupés par ces peuples , il avait été porté ' dans les montagnes qui faisaient partie du pays des Satres.
Ce nom même de Satres m'a paru autoriser ma conjecture. Les Édoniens et les Satres n'étaient dans la réalité qu'un seul peuple ; les uns et les autres étaient des Thraces ^ ou pour mieux dire des Pélasges ; ils avaient part à l'exploitation des mines du Pangée , et ils commerçaient avec l'île de Thasos. J'espère prouver , dans le chapitre suivant , qu'ils reçurent dans cette île le culte de Bacchus ; mais ceux de ces peuples qui étaient les plus voisins des montagnes de l'Hémus et dont les tribus en possédaient les hauteurs , se livrèrent avec une fureur particulière à la partie du culte où figuraient les bacchantes et les satyres. C'est de ce culte que nous venons de retrouver les restes dans les courses bacchiques des montagnards de l'Hémus ; et ce sont ces fiâtes où les bacchans se travestissaient en satyres, et exécutaient des danses consacrées à leur dieu , qui ont dû donner à cette portion de la nation des^ Édoniens le nom de Satres. Ce nom a été plutôt, dans l'origine, une épithète qu'une dénomination patronimique. Il s'est formé par syncope de celui de satyres ; cette sorte de contraction est assez fi'équente dans la langue grecque. L'analogie rque je crois voir entre le mot de Salres et celui de Satyres deviendra plus sen-
sible encore, lorsque je décrirai les monnaies d'argent qniappar* tiennent incontestablement aux Satres , et qui représentent des satyres.
Je dois maintenant me transporter dans File de Thasos, en décrire l'état présent , et en recliercher f état ancien , pour montrer comment le culte de Bacchus s'est communiqué de cette île au continent.