‹ Voyage dans la Macédoine [microform]Chapitre 42 sur 66 · II. M · texte numérisé non relu

II. M

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célébration des mystères de Samothrace était interrompue, et que ce prince la rétablit { i ). Diodore de Sicile dit même que Dardanus ne prit terre dans i'ile de Samothrace que par i'efïet d une tempête (2) : ce qui est loin de supposer qu'il y fut venu avec le projet d'y établir un nouveau culte. Tout porte à croire que les divinités de Samothrace furent transportées dans cette île par quelqu'un des Dactyles idéens qui les honoraient dans la Phrygie, et que Dardanus fut un des premiers étrangers qui se firent initier à ce culte, lequel éprouva tant de variations.

Cicéron, dans son Traité sur la nature des dieux, dît que Sabasius était fils d'un Cabire , ou bien , suivant une autre version, fils de Caprins, qui régnait dans l'Asie (3). Dans tous les cas , ce culte , d'après Cicéron , a été apporté dans la Grèce par l'Asie. Nous venons , d'un autre côté , de dire que Dardanus fut initié aux mystères des divinités cabiriques ; mais s'il fut initié à ce culte, et si ce culte lui-même avait été apporté de l'Asie, il s'ensuit qu'il existait dans les pays situés à la partie occidentale de l'Asie, avant Dardanus, et par conséquent avant Cadmus*

Je rappelle ces anciennes traditions pour montrer à quelle époque le culte de Bacchus remontait chez les Thasiens.

La religion des Cabires , se trouvant établie dans la Thrace , fiit portée dans Tile de Thasos par les Édoniens , qui en furent , ainsi que nous l'avons dit , les premiers habitans. Que Bacchus fût honoré seulement comme une divinité cabîrique, ou bien qu'on lui rendît hommage sous quelque autre rapport parti*

(i) Diod. Sic. lib. V, cap. XLVlil. — Dion. Halk.iljilff. RwuVb. I, cap. ULViil» pag. 54.

(2) Diod Sic. lib. IV, cap. XLII.

(3) Cicer. dt Nau Dior. lîb. m , cap. XXlli.

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culier et sans quelque dénomination spéciale , ces questions nous sont étrangères. Ce qui nous parait certain , c est que ie cuite de ce dieu existait dans llle de Samothrace, à Imbros, à Lemnos, dans la Thrace, et dans l'île de Thasos» appelée Édonis , avant l'arrivée de Cadmus. En considérant son antiquité, nous ne serons pas étonnés de le voir en vigueur, au temps d'Hérodote , chez les Édoniens et chez les Satres ; de ie retrouver sur les monnaies de ces diverses contrées, jusqu'au règne d'Alexandre , père de Philippe , et d'en reconnaître encore aujourd'hui les restes dans les courses bachiques des montagnards de l'Hémus. Cadmus n'a donc point apporté ce culte antique dans la Thrace ; il f y a trouvé ; et , si l'on me permet cette conjecture , ce culte n'était pas venu directement de l'Egypte , mais de l'Asie.

Par tout ce que je viens de dire sur le culte des Cabires et sur celui de Sabasius , nous voycwis que l'origine de ces deux institutions , dans la Grèce , remonte au moins au seizième siècle avant l'ère chrétienne , époque où les Dactyles idéens , les Curetés , les Corybantes , les Telchînes , se répandirent chez les Grecs d'Europe.

Strabon , qui nous instruit de ces détails , nous dit aussi que tous ces prêtres professaient à peu près les mêmes croyances ; qu'ils obtenaient l'admiration et le respect , non-seulement par la connaissance des arts utiles » mais encore par l'eiièt des prestiges et âits enchantemens. Ce qu'il faut principalement remarquer , c'est que , d'après cet auteur , les rits employés au culte de Sabasius , dans la Thrace» étaient semblables à ceux des Cabires de Samothrace (i).

(i) Strab. lib. x,pag. 470, éd. 1620.

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Je reviendrai à fiie de Thasos , afin d'examiner les causes qui déterminèrent son changement de nom.

L'antiquité fourmille d'exemples de mutations des noms de ville ; mais on sait que ces changemens naissaient toujours de quelque révolution qui avait modifié la constitution du pays, ou* lui avait donné de nouveaux chefs.

Il est incontestable que Cadmus fit un long séjour à Thasos. Une foule d'auteurs attestent qu'il y laissa un certain nombre de ses compagnons d'armes ; qu'il y fit bâtir un temple consacré à l'Hercule de Tyr , le même que celui de l'Egypte , dieu de la lumière (i). D'autres auteurs assurent qu'il établit son parent Thasus chef de cette colonie , et qu'elle en prit le nom (2). On sait enfin que , après avoir fait une forte levée de troupes , soit chez les Thraces , soit dans des pays voisins , Cadmus parvint dans la Grèce , et qu'il y fonda un royaume.

Ces derniers événemens sortent du cercle de la mythologie ^ et il en existe des preuves non-seulement chez les historiens ^ mais encore sur les monnaies que je viens de citer.

Si Cadmus n'eût fait qu'un court séjour dans la Thrace , il n'aurait pas opéré dans l'île de Thasos un changement aussi considérable que celui d'un nouveau roi et d'un nom nouveau ; il n'aurait pas eu le temps d'y faire bâtir le temple dont les médailles attestent la construction , et de lever sur le continent les troupes qui contribuèrent à lui faire conquérir la Béotie.

Après la révolution dont Thasos fut le théâtre , au passage de Cadmus, l'histoire nous laisse, pendant plus de huit cents ans , dans la plus profonde ignorance sur le sort des an-

(i) Marob. Satum. lib. I» cap. xx. Larcher, Chronolog, d*Hérodot, chap. xi, tom. Vil, pag. 327.

(2) Voyez les médailles de Thasos , à la fin de ce chapitre.

ciens habitans de cette île. Un si long intervalle dut être marqué plus d'une fois par des agitations intérieures , et nous pouvons croire que les Édoniens et les Satres n y furent point étrangers.

La colonie de Cadmus , de quelque manière qu'elle fût composée , n'était pas assez nombreuse pour changer les habitudes des anciens habitans que nous avons dit être d'origine grecque. On parla toujours dans l'île le dialecte éolien , comme dans tout le reste de la Thrace et dans la Macédoine. Nous devons en être d'autant mieux convaincus que les noms des hommes et des lieux de ces deux pays manifestent la continuelle résidence d'un peuple d'origine grecque , dont le temps ne fît que purifier la langue. Les historiens grecs et surtout Hérodote purent bien affecter de présenter les Pélasges et les Hellènes comme deux peuples difiërens ; mais c'était par esprit d'adulation , et pour flatter l'amour-propre de la Grèce.

Ce ne fut que vers la première année de la xv.^ Olympiade , 720 ans avant J. C. , qu'une colonie de Pariens fut reçue dans l'île de Thasos (i). Elle était conduite par le père du poète Archiloque. Il paraît que la réception de cette colonie, concertée d'avance , avait été l'effet d'un oracle rendu en faveur des habitans de Paros (2) .

Nous pouvons supposer que l'île n'était pas parvenue jusqu'alors à un haut degré de prospérité : mais elle était disposée par sa situation à s'élever au rang des grandes républiques insulaires.

Cette époque , qui est la quatrième , depuis le défrichement présumable de i'ile , est d'autant plus remarquable que le mou-

(i) Voyez Y Histoire du Colonies grecques, tom. III. pag. 226. (2) Ibtd. pag. 227.

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vement commercial qui commençait à se faire ressentir mr toute fa Grèce maritime , depuis ia rentrée des Héradides dan$ le Péloponèse, s'était déjà communiqué aux Thasîens. Leur position en fece de la Thrace et de la Macédoine les invitait à pénétrer dans ces deux pays et à y faire des échanges. L'or et l'argent du Pangée formaient un des élémens de leur commerce ; ifs se trouvèrent bientôt en mesure d'accroître leur marine ; aussi voyons-nous que l'île de Thasos obtint le titre de Chrysé ou la riche (i). Ce fut apparemment dans ces temps de prospérité que les Thasiens formèrent la plupart de leurs établissemeiis sur la terre ferme, et s'y fortifièrent. Nous avons déjà du reconnaître qu'ils avaient été précédés, dans l'exercice de ce commerce, par les habitans de la Pallène, qui avaient établi leur colonie d'Rïone près du Strymon.

On sait combien la prospérité à^ Thasiens excita la jalousie des Athéniens, et comment, après une guerre opiniâtre que Cimon fit , pendant trois ans , à ces insulaires , ils furent réduits à démanteler leur ville, à livrer à Fennemî la totalité de leur marine, et à devenir les tributaires du vainqueur; mais cet état d'humiliation ne pouvait pas être de longue durée ; Thasos , par sa marine et par les avantages de sa position , se releva bientôt de %^% revers.

Pendant les années de son assujettissement l l'ambition àe:^ Athéniens souleva contre eux une grande partie de fa Grèce. L'insurrection devint presque générale. La guerre du Péïoponèse éclata, et la décadenice d'Athènes elle-même en fiit la suite, t-es Thasîens éprouvèrent , pendant le cours de ces sanglantes révolutions, des chances favorables au rétablissement de leur

(i) Eustath. ad Dionys. Perieg., v. J17.

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puissance , malgré ies troubles domestiques «qui partagèrent la ville en deux partis » dont l'un était pour Athèflbs et i autre pour Lacédémone*

Tel était l'état politique de cette île, la dixième année de la guerre du Péloponèse , lorsque firasidas ^ à la tête d'une forte armée de Spartiates , pénétra dans la Thrace. Les Athéniens , qui occupaient alors la majeure partie de leurs forces au nord de la Grèce , n'apportèrent pas des secours assez prompts au parti qui s'était prononcé pour eux ; et Brasidas leur enleva Amphipolis. Après cette conquête » ce général parvint , soit par persuasion , soit par violence, à mettre dans les intérêts de sa patrie le plus grand nombre des villes voisines , qui étaient ou ^liees ou tributaires d'Athènes. On compte parmi ces villes Galepsus et Œsime, dépendantes de Thasos. Quoique Thucydide , qui les nomme l'une et l'autre , ne fasse pas mention des Thasiens parmi les peuples qui se dévouèrent à Lacédemone , on pourrait croire que ces insulaires , ou du moins ceux d'entre eux dont le parti dominaif , saisirent cette occasion pour se soustraire à la dépendance d'Athènes par la protection armée des Spartiates. Mais comme Thucydide ne parle pas de cette défection, j'aimerais mieux attribuer à Lisandre qu'à Brasidas la révolution qui fît recevoir à Thasos une garnison de Spartiates.

D'autres événemens , qui nous sont également inconnus , ramenèrent les Thasiens à l'alliance des Athéniens. Le discours de Démosthènes contre Leptîne en donne la preuve. Ce dernier ayant proposé une loi tendante à abroger les immunités accordées aux personnes qui avaient rendu des services importans à l'état, Démosthènes s'y opposa. « En abolissant, dit -il, les » exemptions, ne ferez- vous pas une injustice à ceux des Thasiens ^ qui suivirent Ec'phante , et qui , en nous livrant Thasos dont

»» ils ouvrirent tes ]^rtes à Thrasybuie (i)» après en avoir chassé » la garnison lacédémonienne , nous procurèrent Tavantage de » faire avec Lacédémone une paix honorable (2) ! >>

Nous voyons en outre que Démosthènes ainsi que Philippe comptait le port de Thasos parmi ceux où les vaisseaux de la république et ceux de ses alliés pouvaient se réfugier et trouver des rafraîchissemens ( 3 ) : nouvelle preuve de Talliance qu Athènes avait renouée avec une ville qu'elle avait tant d'intérêt à ménager.

Cette nouvelle union des Thasiens avec Athènes devint utile au développement de leur fortune ; nous devons en juger par les établissemens qu'ils se trouvèrent en état de former à Datos > ville très -riche par ses mines , et dont j'ai parlé dans le chapitre précédent. Il n'est pas hors de propos que j'occupe ici mes lecteurs de cette conquête ; elle présente deux questions qui n'ont jamais été suffisamment éclaircies , soit par la négligence des auteurs anciens , soit par de fausses inductions qu'on a pu tirer de ce qu'ils ont dit sur les deux faits dont l'explication va suivre.

Les habitans de Thasos étaient-ils maîtres des mines de Datos , à l'époque des campagnes maritimes de Cimon , lorsque les Athéniens s'emparèrent de leur ville et de leurs possessions sur la terre ferme! quel était le peuple qui possédait alors les mines de Datos , si ce n'était pas les Thasiens ! je croîs pouvoir répondre à ces deux questions.

Il est prouvé que l'intelligence des auteurs anciens dépend

(i) Ce Thrasybuie est celnî qui délivra Athènes des trente Tyrans.

(2) Demosth. advers. Leptinem, pag. j49f ®^* ^olf.

(3) Philipp.» EpUt. S. P. Ath. in Demosthen. 0pp. pag. 114; Demosth. in Philipp. ly pag. ji*

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beaucoup de nos oQainaissances géographiques. Là; justes^ de cette observation s'applique particulièriçment à i^ Thr^ce. qui , faute de documens suffisans » n a pas eu encore son histoiriert. Carry , académicien de Marseille^ a composé une histoire des rois de Thrace par ies médailles ; niais son savaAt ouvrage est resté imparfait» et personne n'a tenté de le compléter, , .

Les nouveaux aperçus que j'ai présentés da^ le chapitre précédent , au- sujet de l'isolement du mont Pangée , du coté d^ Strymon , doivent nous conduire au classement géographique des divers peuples de ces contrées , et à la fixation de la propriété à^s territoires.

Les Satres , ainsi que nous » l'apprend Hérodote ( i ) , possédaient, lorsque cet écrivain composait son histoire » les hauteurs de l'Hémus méridional les plus voisines du Pangée, et ils étaient en même temps propriétaires des principales mines de cette dernière montagnel Les monts Symbole, qui séparaient l'Hémus d'avec le Pangée , étaient le seul passage par où leurs tribus pouvaient communiquer les unes avec les autres, et ce territoire n'avait qu'environ trois lieues de longueur.

De plus, Hérodote nous présente ces peuples comme trèsvoisins dés Édoniens , et nous dit que ceux-^ci occupaient toute la partie du tmitbire qui s'étend au nord depuis Drabesque jusqu'à Amphipolis, et à laquelle ii donne le nom de PAilis. .

Ces reriseignemens établissent . clairement ie fait que nous voulons côntiahre. Si les Satres possédaient une partie du nord du Pangée, tandis, que les Édoniens (étaient les maîtres de presque toute Ja partie nord et sud de jcettQ n^oiitagne, depuis Drabesque jusqu'à Amphipolis qui en occupe l'extrémité méridionale, il s'ensuit que Datos, située au nord, était la propriété

( I ) Herod. Hb. VII » cap. CXL j .

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