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des Satrês. Cest d'ailleurs à Datos , toujours suivant Hérodote , que se trouvaient les mines les plus riches, et cette ville était, de toutes celles du Rangée , la plus voisine de THémus qui fût habitée par des Satres. Il me parait, d'après cela, démontré que cette ville de Datos et les mines de sa dépendance appartenaient aux Satres, lorsque Hérodote écrivait, et par conséquent du temps de Cimon. La position de Datos nous est d'ailleurs indiquée par Appien (i); car, bien que cet auteur ait confondu cette ville avec Crénidès , on ne doit pas moins recueillir de son assertion que ces deux villes étaient très - voisines Tune de l'autre. Datos en effet était située au nord du Pangée , et Crénidès à une très*petite distance et plus au nord. Si donc Datos appartenait aux Satres, à plus forte raison Crénidès, qui était encore plus voisine de l'Hémus.
Cette propriété , qui remontait sans doute à une haute antiquité , n'avait jamais été troublée , du moins à des époques dont il existât des' traditions. C'est encore Hérodote qui nous fait connaître ce point important, puisqu'il nous dit que, jusqu'à son temps , les Satres n'ont Jamais été soumis à aucun bomtke {7). Il doit donc paraître évident que ni les Thasiens , ni les Athéniens n'avaient dépossédé les Satres du territoire de Datos , avant Cimon , et cette conséquence s'étend jusqu'à l'époque où Hérodote écrivait.
La révolte des Thasiens contre les Athéniens, de laquelle je viens de parler, éclata la troisième année de la soixante-dix* huitième Olympiade , 4 ^6 ans avant notre ère. Deux ans a{>rès, ils furent subjugués (3), et vers le même tenps , suivant Thu-
(1) Appian. lib. IV, cap, CV.
(2) Herodot'. loc. cit.
(3] Thucyd. iib. i, cap. c, et lib. iv, cap. cil. •
cydide, les Athéniens, ayant envoyé dix mille hommes sur les borda du Strymon , pour fonder la colonie des neuf voies, ou la ville nommée postérieurement Amphipolis, cettt armée, que commandaient Pisistrate, Lycurgiie et Cralinus, s'empara dabord de la ville d'Eione; mais, s'étant enfoncée dans l'intérieur de4 terres, elle fut défaite par les Thraces à Drabesque ( 1 ) , sans avoir par conséquent pénétré jusqu'à D$tos.
Une seconde victoire remportée par lesThraces confirmeencore le témoignage d'Hérodote sur l'indépendance des Satres. X& quatrième année de la quatre-vingt-unième Olympiade , les Athéniens ayant de nouveau tenté de s'emparer des mines de Datos , Sophanès et Léagrus , chefs de cette expédition , y furent encore battus, et Sophanès pérît dans le combat (2); c'est Hérodote qui rapporte ce fait, et qiii consolide par là ce qu'il avait dit auparavant , que les Satres n'avaient jamais été soumis à aucun homme.
Ces combats des Athéniens pour s'emparer de Datos, lorsqu'ils étaient alliés des Thasiens, me paraissent démontrer encore que oeux-ci n'étaient nullement propriétaires de cette ville et des mines qui en dépendaient.
On ne saurait en efïèt se persuader que ces peuples eussent osé pénétrer jusqu'aux mines de Datos , dans des temps antérieurs aux campagnes de Cimon. H est bien plus probable que ces insulaires, satisfaits- alors de leurs établissemens maritimes sur les cotes de la Thrace, et des mines qu'ils y possédaient (3}. n'avaient pas pensé à s'établir dans l'intérieur des terres » parmi des peuples guerriers , et par l'intervention desquelis ils exer-
(1) Thucydid. lib. I, càp.c.
(2) Herodot. lib. iz, cap. LXXV- (î) Thucydid. ïoc. cil.
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çaient un grand commerce dans les pays voisins. Les guerres sanglantes que les Athéniens s obstinèrent à faire aux habitans du Pangée , avec des forces très-considérables, pour s'emparer d'Énéodos , de Drabesque et de Datos , nous éloignent de toute idée de mélange des Thasiens avec les Thraces établis dans Tîntérieur du Pangée.
Quoique Thucydide ne nomme pas les Satres , îl est évident qu il les comprend avec les Odomantes aussi intéressés que les Satres à combattre pour la conservation des mines. Ne concluons donc pas , du silence de cet historien au sujet des Satres , que , de son temps , ce peuple eût déjk été repoussé dans ses montagnes ; disons plutôt avec Hérodote qu il était libre à cette époque ; qu il n avait jamais été vaincu (i) ; qu'il soutint courageusement les Édoniens aux afiaires de Drabesque et de Datos , et qu il occupait encore cette dernière ville , lorsque Thucydide écrivait son histoire.
De toutes ces guerres très-meurtrières et qui , au rapport de Thucydide , se prolongèrent pendant vingt -neuf ans , îl ne résulta , au profit des Athéniens , que l'établissement de la colonie d'AmphipoIis , fondée par A gnon , la quatrième année de la quatre-vingt-cinquième Olympiade (2).
Isocrate assure qu Athénodore et un nommé Callistrate » qui était banni d'Athènes , établirent à Datos une colonie (3). Cet auteur n'indique point d'époque; mais'» en admettant ce fait, il ne pourrait être antérieur à la fondation d' Amphipolis , que Thucydide et Plutarque donnent comme premier résultat avantageux de la guerre.
(1) Herodot. lib. VII, cap. CXI.
(2) Thucydxd. lib. iv, cap. cil.
(3) Isocrat. de Paci she social, pag. 164, éd. Henr. Steph.
DANS LA MACÉDOINE. loi
Diodore de Sicile (i) et Eustathe (2) sont les seuls qui aient parié des événemens à la suite desquels les Thasiens s'emparèrent enfin de la ville et des mines de Datos ; et Diodore , qui fixe Tépoque de ce changement , le place à la première année de la cv.* Olympiade , laquelle coïncide avec la première du règne de Philippe. Ainsi , jusqu à cette époque , fameuse dans f histoire de la Grèce , les Satres conservèrent leur liberté , possédèrent les mines de Datos (3) , et purent frapper les nombreuses monnaies que je crois devoir leur restituer , dans le catalogue annoncé pour la fin de ce chapitre.
La prise d'Amphipolis , par Philippe, père d'Alexandre , trois ans après qu'il Teut rendue libre, mit un terme à la fortune à laquelle les Thasiens se seraient élevés , si le hasard n'eût fait régner sur la Macédoine un prince aussi ambitieux et aussi heureux que Philippe.
Dès sa première campagne dans la Thrace, ce prince trouva les Thasiens occupés à bâtir ou à fortifier la ville de Crénidès , pour garantir leurs nouvelles conquêtes de l'invasion des peuples qu ils en avaient dépossédés. Mahre alors de toutes les mines du Pangée , Philippe avait le même intérêt que ces insidaires à assurer ses fi'ontières , et à conserver un pays que les Athéniens avaient tant envié : c est pourquoi il fortifia Crénidès, la peupla de Macédoniens, et lui donna son nom. La soumission de Tile de Thasos au roi de Macédoine fut posté-
(i) Diodor. lîb. xvi, cap. m.
(2) Eustat. in Dionys. Perieg. v. 3 1 7.
(3) Observons toutefois que DTodore de Sicile, qui parait avoir été copié paf Arrien, confond la ville de Datos avec Crénidès , lorsque attribue à cette dernière ville toutes les richesses que Philippe retirait généralement des mines du Pangée et nod de Crénidès^ qui n*était pas comprise parmi les villes de ^intérieur de cette montagne.
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rieure à la prise de Crénidès. Elle fut vraisemblablement l'ouvrage de la première campagne maritime que Philippe entreprit contre les Athéniens. II connaissait trop l'attachement des Thasiens envers Athènes, et le ressentiment qu'ils conservaient de leurs pertes récentes sur la terre ferme , po.ur tarder à subjuguer des voisins si dangereux. Il parait même qu'il était déjk maître de Thasos, avant la fin de la guerre sacrée , puisque » à l'issue de cette guerre , « il y envoya une colonie composée de ceux de ses sujets dont » il fut bien aise de purger son royaume (i). »
Dès son avènement au trône , et surtout après ses premiers succès sur les côtes maritimes de la Thrace , ce prince entreprit de dominer sur les mers. Tous les moyens de mettre ce des* sein à exécution se trouvaient dans ses propres états. Jusqu'à lui , les bois de construction ne servaient à la Macédoine qa'à alimenter son commerce avec l'étranger. La sortie en fut dès ce moment interdite. Bientôt Philippe eut une flotte ; bien plus , il la commanda lui-même. C'est ce que nous apprend Démosthènes (2). L'un des principaux fruits de sa première campagne maritime fut la conquête de Lemnos et d'Imbros , et quoique le même orateur ne nomme pas Thâsos , il est probable que cette île n'évita pas le sort de ses deux voisines, devant des forces navales qui, dès leur création , portaient l'épouvante jusque dans le Pirée.
Depuis cette invasion , plus tardive peut-être que je ne la suppose, Thasos perdit son droit d'autonomie. Les rois de Ma-
(1} Tzetzes fait mention d'une colonie établie par Philippe, qu'on ne peut , dit-il , placer ailleurs, et qu'on nomma Ion de sa fondation Machopolis. J. Tzetzes^ cite par Olivier, Hist. de Philip, tom. II, pag. i4}.
(2) Demo%t\i. Philipp. I.
cédoine y faisaient circuler leurs monnaies. Ce ne fut qu'après ia défaite de Persée que les Romains restituèrent au peuple Thasien la liberté de se gouverner par ses propres lois ; c'est du moins ce que les monnaies de bronze de cette ville nous apprennent.
Telle est en abrégé l'histoire de l'île de Thasos , où nous voyons aussi la preuve de la longue indépendance des Satres , adorateurs de Bacchus. Si j'ai esquissé mon récit avec quelque vérité, les monnaies doivent nous en donner la confirmation.
Je joins à ce chapitre un catalogue raisonné de celles que Thasos fit fi^pper, à diverses époques : je donnerai aussi Je catalogue de celles des divers peuples qui ont habité le Pangée.
ÉTAT ACTUEL DE l'ÎLE.
L'ancienne ville est, comme je fai dit, entièrement abandonnée. L'emplacement qu'elle occupait s'est couvert de bois. La vigne , y croissant naturellement , y est retournée à son état sauvage ; elle grimpe en liberté sur les plus grands arbres , dont elle est devenue l'ornement. J'ai remarqué un fait semblable sur les ruines de Maronée, qu'on nomme aujourd'hui MarouUa, où il n'y a aussi aucune habitation. La végétation y couvre également les ruines des anciens édifices , avec cette difiiîrence seulement que , à Thasos , elle étale plus de pompe , attendu que le sol est plus humide.
Pendant le séjour d'un mouillage que je fis, étant siu* une embarcation grecque , dans la rade de Maronée , un de nos matelots apporta à bord une tige de ces vignes sauvages , qui contenait plus de c«it grappes, et il en entoura la poupe entière de notre bateau.
La population de l'île de Thasos ne s'élève pas à plus de
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deux mille cinq cents habitans , distribués dans sept villages qui ont été construits sur des lieux escarpés , pour éviter les agrès* sions toujours menaçantes des forbans. On ne peut révoquer en doute l'antiquité de la race purement grecque qui habite cette lie , où la pauvreté a pris la place de la plus grande opulence , et la servitude la plus dure , celle de l'ancienne liberté.
Les Thasiens sont très-laborieux; ils sèment du blé et de i orge dans divers cantons de file , et en suffisante quantité pour leur consommation. Ils recueillent beaucoup d'huile. L olivier forme leur revenu le plus considérable. Les ruches sont trèsmuitîpliées , et donnent un produit annuel de vingt-cinq à trente mille francs. La vigne est aussi très-cultivée dans cette île , et on y fait du vin de bonne qualité. Le bois à brûler est un objet d'exportation considérable. Le montant en est employé par les sept communautés à payer une masse de certaines impositions. Le Grand- Seigneur se réserve seulement les arbres propres à la construction ; ce qui soumet les villageois à des corvées très-fortes et souvent très-inutiles ; car il arrive fréquemment que les bois , oubliés sur le rivage , y pourrissent ; c'est ce que j'ai vu de mes propres yeux.
Un vayvode annuel gouverne l'île avec une garde de sept ou huit personnes. Assez puissant , au moyen de sa troupe , pour vexer les habitans , il est trop faible pour les garantir des invasions des pirates » ainsi que de celles des montagnards voisins. Le péril est toujours imminent » et la terreur est permanente dans chaque village.
Des vigies , payées par les communautés , sont debout, nuit et jour, pour signaler les armemens suspects, et pour sonner l'alarme , dans un cas d'attaque. Aux momens du danger , les bois sont les seuls abris des Thasiens ; toutes les familles courent s'y réfugier ; chacun emporte ce qu il a de plus précieux. Les
femmes et les enfans s'enfoncent dans la forêt , et les hommes se tiennent en embuscade avec la garde turque et 1 aga luimême.
Pendant toute Tannée le produit des récoltes est jen grande partie caché dans des souterrains où les voleurs n'oseraient faire des recherches. Les habitans de Thasos vivent ainsi dans des terreurs continuelles. Elles se calment seulement pendant les fêtes solennelles , parce que les forbans , presque tous Grecs , sont alors occupés de dévotions. Dans ces fêtes, les habitans se livrent à la joie et au simulacre d'une liberté tolérée par laga» qui fait payer sa complaisance. Ces fêtes spnt une espèce de saturnales ; la garde y exerce seulement le droit d'arrêter les excès que le vin cause souvent parmi les jeunes gens du pays.
On voit que les Thasieris ont eu depuis long-temps de graves motifs de quitter leurs habitations. Les montagnes de l'île sont les seuls remparts où ils puissent trouver quelque sécurité. L'habitude et le besoin les retiennent sur des possessions dont ils n'ont plus qu'une jouissance précaire.
Cependant cette malheureuse peuplade* aime encore à contempler les témoignages de sa grandeur passée. Ce spectacle intéressant UQÙrrit en elle l'amour de la patrie. Ici , comme dans la plupart des villes de la Grèce , la gloire antique est un sujet fréquent de conversation. Les prêtres, plus instruits que la généralité dts habitans , cherchent quelquefois à expliquer les anciens monumens. Un sentiment, transmis d'une génération à l'auh-e, leur fait regarder leur servitude comme passagère : L/n Jour nous redeviendronf Hères :, tel est le mot qu'on entend répéter souvent parmi ces malheureux esclaves.
Les restes des murs de l'ancienne ville sont encore recouverts de marbre blanc. On rencontre çà et là un grand nombre de sarcophages du même marbre. Il a été trouvé , il y a quelques années ,