NJÉOROLIS, ET S£& MONNAIES COMPARÉES X CELLES
D'AtHENES.
Les ruines de l'ancienne ville de Néopolis se composent principalement des restes d'un château du moyen âge, entièrement abandonné et peu accessible; Elles se trouvent sur un isthme dont l'avancement forme le côté méridional du port et le met à labri du vent du sud. Les Turcs nomment ces ruines Eski Cava/a, Vieille Cavala. C'est dans le village de Levter que passe l'ancien chemin qui conduisait de Néopolîs à Philippi.
Malgré l'intérêt que présente cette ancienne ville comme coionie grecque, la recherche de son origine a été entièrement négligée par les antiquaires qui ont fait mention de ses médailles , et par les auteurs qui de nos jours ont écrit sur la géographie ancienne. Les premiers se sont trompés , en appliquant ses. monnaies à la Macédoine , tandis qu'elles appartiennent à la Thrace , et ifs en ont confondu plusieurs avec celles d'Athènes. ^Thucydide , quoiqu'il ait séjourné long-temps à portée de Néopoiis , n'a pas eu occasion d'en parler dans son histoire ; mais Dion et Appien que je viens de citer ont donné à ce sujet assez d'éclaircissemens , pour que Ton eut pu discuter plusieurs questions neuves et intéressantes , relatives à une ville qui a fait frapper de très-beiles monnaies et en assez grand nombre.
A l'aide de ces auteurs , je veux examiner d'abord si , avant la fondation de la colonie de Néopolis , il n'y avait eu aucune autre viiie sur le même emplacement , et ensuite s'il serait possible dé découvrir l'époque de l'établissement de cette colonie; je me flatte de répondre à ces questions.
Dans le chapitre où je me suis appliqué à prouver que Cavala
lia VOYAGE
a été bâtie sur les ruines de Gaiepsus , et que cette dernière était ie plus renommé des comptoirs fréquentés par les habitans de Thasos , j ai aussi donné à connaître t d après des autorités respectables , que la ville d'^sime , autre comptoir des Thasiens sur ia même côte , était située au midi de Gaiepsus , près du fleuve Strymon. On pourrait supposer, d'après cette assertion, que la ville de Néopolis aurait été la même qu /Esîme , et que de nouveaux colons lui auraient donné le nom de Néopoiîs ; mais Thucydide nous éloigne entièrement de cette idée , en nous disant que, après la prise d'Amphipoiis par Brasidas , général des Lacédémoniens , Gaiepsus et yEsime imitèrent la défection de plusieurs autres villes de la Thrace , qui abandonnèrent l'alliance d'Athènes, et se placèrent dans cejle dé Lacédémone. D'une autre part, Néopolis existait et portait le nom de Néopoiîs, immédiatement après la conquête de Thasos par Cimon , ce qui est antérieur, de près de soixante ans, au fait de 3rasidas dont parle Thucydide. Ce sont les médailles qui contribuent le plus à prouver cette antériorité. Les premiers coins dont sç servit la ville de Néopoiîs portent d'un côté un masque scénique sans légende , et elles ont au revers |in carré creux divisé en quatre parties. Or, cette manière de marquer la monnaie était tombée en désuétude, même à Athènes dont ces coins sont une imitation, avant l'époque de la prîsç d'Amphipolîs par Brasidas , ainsi que nous le reconnaîtrons bientôt* Il est donc évident que Gaiepsus , -/Esime et Néopoiîs ont existé chacune sous des noms dîfïërens pendant un long espace de temps. On a même prétendu que lapremière avait été fondée par Gaiepsus , fils de Thasus , qui lui donna son nom.
Avant les campagnes de Cimon , il ne se trouvait aucune colonie libre sur la côte piérî^ue. Thasos occupait par ses possessions toute cette partie maritime du Pangée, et Ton doft
DANS LA MACÉDOINE. m
sentir que les Thasîens n'auraient pas. souffert quune coionie vînt s'établir entre deux villes aussi commerçantes , qui leur appartenaient toutes deux. Il est bien plus naturel de croire que les Thasiens euxnmêmes occupaient cet emplacement.
Thucydide paraît vouloir nous le faire entendre, quand il nous dit , ainsi que je Tai déjà observé , que Thasos possédait <ies mines dans le Pangée. Ces mines pouvaient difficilement se trouver dans l'intérieur du pays , au milieu des peuples guerriers qui l'habitaient. L'ordre naturel des choses force de reconnaître qu'elles ' n'étaient pas éloignées de la mer, et que le port de Néopolîs était le lieu le plus à portée pour en favoriser l'exploitation. Par cette raison, les Thasiens avaient dû s'en emparer, mais il est possible qu'ils n'y eussent formé que les établis* fiemens nécessaires aux besoins publics, et un château pour les garantir d'insulte.
11 me paraît en outre certain , que ce comptoir ou cette forteresse , quelque dénomination que les Thasiens lui eussent don^ née , ne reçut celle de Néopolis qu'au temps où Cimon fit la conquête de Thasos , et où la portion des mines du Pangée qui appartenait aux habitans de cette île , devint une propriété d'Athènes.
Il convînt alors aux Athéniens d'agrandir cet établissen>ent et de le fortifier de nouveau ; c'est à cet effet qu'ils y établirent une colonie, et c'est de là que vint le nom de Néopolis.
Après trois ans d'une guerre aussi opiniâtre qu'injuste, lorsque Cimon força les Thasîens à démanteler leur ville , à livrer à Athènes tous les navires dont se composaient leurs forces ma*ritimes , et à abandonner leurs établissemçns de la terre''ferme, l'ambition des Athéniens ne garda plus de mesure. Leur but principal dans la guerre contrfc les Thasiens' était l'envahissement du commerce que cette île faisait sur le continent, et par- I). Q
ticulièrement celui de ieurs mines. £n en prenant possession , ils mettaient im pied dans (e Panj^e , dont Cimon paraissait déjà leur avoir ouvert les portes , par la prise d'Éione. On sait en effet ^lels sacrifices leur coûta leur obstination dans une entreprise aussi périiieuse que celle qui tendait à leur assujettir les habitans de cette montagne. Mais» s'il est mdubitable que ia ville de Néopoiîs fîut une colonie athénienne, et si Irnspecdoo des médailles nous en ofFre la preuve , il n'est nullement prouvé que Cimon en ait été le fondateur. Ni Thucydide, ni Piutarque ne parlent de cet établissement ; toutefois il ne me parait pas impossible de suppléer à leur silence en rappelant le trait de rhistoire d'Athènes, rapporté par Isocrate (i), et dont fai àéjk parlé. Cet orateur nous apprend qu'un Athénien, nommé Athé^ nagore, homme privé, et un autre, nommé Cailistrate, banni de sa patrie, eurent assez de dévouement et de hardiesse pour fonder de leur chef une colonie ; à la vérité il n'indique pas le lieu où die fut établie; mais comme les temps sont assez rapprochés, il est vraisemblable que ces hommes entreprenans^ profitant du désordre que la capitulation de Thasos avait causé sur ia terre ferme, entourés de partisans d'Athènes, peut-être d'exilés et de volontaires, se jetèrent dans les mines de Tiiasos, en soumirent ou en gagnèrent les employés , et firent goûter à tout leur parti , le projet de fonder la colonie. Leur plan diiet être généralement et immédiatement mis à exécution. On conçoit qu'une entreprise aussi utile dut être secondée par ie général , qu elle dut plaire aux Athéniens, et qu'ils approuvèrent «use colonisation qui augmentait leurs forces , et leur dcmiait l'espoir de pénétrer dans le Pangée.
(i) IsDcrat;, Orat. de pace she iaeiails , pag. 164, Opp. éd. H. Steph.
Nous pouvons donc présumer qu'Isocrate a parlé de la coio-* nie de Néopoib , lorsqu'il a fait mention de l'entreprise d'Athjé-^
nagore et de Cailistrate. Nous chercherions vainement un autre pays où un banni d'Athènes eût pu de son propre mouvement , et par ses propres moyens , exécuter un projet de cette nature. Ce banni dut entrevoir dans un succès présumable sa rébabi* litation et sa fortune. Citoyen dangereux sur ia place publique, il devenait pax ce coup de main un soldat utile. Ce n est pas la seule occasion où Athènes ait reçu de grands services de ses bannis.
Si le$ rapprôchemens que je viens de faire ne favorisent pas suffisamment l'interprétation que je donne au passage d*Isoçrate ^ J'ai du moins lieu de croire que l'inspection des monnaies pourra convaincre qu'il s'agit ici d une colonie athénienne, J'ai trouvé, dans les environs mêmes de Néopolls, des monnaies primitives de cette colonie , et dans Athènes j'ai découvert un dépôt de monnaies primitives de cette ville même , dont ia ressemblance avec celles de Néopolis ne m'a pas permis de douter qu'elles n'en fussent le prototype. Ayant apporté celles d'Athènes à Paris ^ dans un voyage que j y fis en 1 788, je ies cédai à M. l'abbé Bar^ thélemy au nombre de vingt*six, pour le cabinet du Roi. li en « reconnut tout l'intérêt ; mais comme jusqu'à présent il n'a été parlé de ces monnaies nulle part, ce que je dois en dire, pourra encore paraître nouveau. Ije tableau que l'on trouvera à ia planche ix est d'autant plus curieux, que Eckhel a expressément' avancé qu'il ne connaissait aucune de ces monnaies primitives d'Athènes, dont Plutarqiie, Pollux etie Scholiaste d'Aristophane ont cependant fait mention. Id genus mone^ jàm superstes non est : ce sont les termes d'Eckhel.
Je reviens à NéopoUs. Dans les Actes des Apâtres , saint Paul nous apprend un fait qui doit nous éclairer sujr les avantages
que cette viiie obtint dès sa fondation aii préjudice de Gaiepsus. UApôtre nous dit qu en partant de la Troade pour se rendre à Phiiippi , il aborda à Samothrace et de là directement à Néopolis , au lieu de prendre port à Galepsus ou Cavala , ce qui était cependant la route la plus directe. Cet itinéraire de saint Paul me paraît confirmer ce que j'at avancé, savoir, qu aussitôt que les Athéniens possédèrent des mines dans le
Pangée, Galepsus et iCsime furent beaucoup moins fréquentées, et que le commerce prit sa route par Néopolis d'où Ton arrivait au nord-est du Pangée. Le chemin que se frayèrent les colons communique encore aujourd'hui avec Pravista. Ce trajet est à peu près de 80 stades, distance, quAppien met entre Néopolis et le camp de Bnitus et de Cassius. Néanmoins, comme la nature renverse toujours ce que la politique et l'intérêt peuvent opposer à ses lois immuables , Galepsus a repris tous ses anciens avantages sur Néopolis , soit pour le commerce , soit pour la défense du pays. Cette dernière ville n'est plus qu'un monceau de ruines et son port qu'un refuge pour les navigateurs ou un asile pour les pirates. C'est vraisemblablement l'abandon absolu qu'on a fait du port de Néopolis pour lui préférer la rade et la ville ■• de Cavala , qui a donné lieu à la dénomination de vieiUe Cavala que portent aujourd'hui les ruines de l'ancienne colonie d'Athènes.
Les circonstances historiques et géographiques sont donc ici d'accord avec les monnaies pour nous prouver que Néopolîs fut aussi bien qu'Amphîpolis un établissement athénien , et que la première de ces villes exista dans un état prospère jusqu'au règne de Philippe, père d'Alexandre, temps où, comme l'on sait, ce prince s'empara des mines du Pangée.
Je me flatte que tant de rapprochemens pourront fixer l'opinion sur l'origine , la longue existence et la destruction d'une
MONNOIES D'ATlir.NE.
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■MOSNOIES DR, NEOPOLIS..
DANS^LsAMACÉpOINE. 125
colonie athénienne qui .a. échappé jusqu'à présent à la recherche des géographes et des antiquaires.