‹ Voyage dans la Macédoine [microform]Chapitre 49 sur 66 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Voyage dans la Chalcidique de Thrace. Etat ancien et présent de cette province. Découverte de diverses villes anciennes. Opinion sur ie canal de Xerxès, et sur le transport de la flotte persane par l'isthme de PAthos.

L'antiquité comprenait sous la dénomination de Thrace tout ie pays que subjugua Caranus , et auquel ce prince de race dorienne fit changer de nom , pour lui donner celui des Macédnes , peuples doriens qui avaient occupç le revers oriental du mont Olympe. Les pays voisins de ce royaume, du côté de Test, conservèrent long- temps le nom générique de Thrace , et la Chalcidique fut de ce nombre. On peut croire qu il fut une époque où cette partie de Tancienne Thrace n'était point habitée (i). Appîen confirme cette opinion, en nous disant que les anciens Thraces n'habitaient pas leurs contrées maritimes, par la crainte des pirates. Ce quon ne peut révoquer en doute, c'est que, vers le temps où le mouvement commercial de la Grèce mit un terme à la piraterie , c'est-à-dire vers les premières olympiades , des colonies , composées de Chalcidiens , d'Eryihréens de TEubée , de Thessaliens, et de divers insulaires , vinrent peupler la Pallène , presqu'île auparavant appelée Phlegra ,

(1) Thucyd,, iib. I, cap. 2,

çt fondèrent ia plupart des villes de la Chalcidique. Suivant Aristote, ces établissemens s'accrurent jusqu'au nombre de trente-deux villes , qui formèrent entre elles une confédération , maintenue jusqu'au règne de Philippe , père d'Alexandre. Les seules de ces villes dont les noms nous soient parvenus » sont Chalcis, Olynthe, Acanthe, Apollonie, Stagire , Mecyberne , Toroné ou Téroné , Angée et Singus.

Quoique parmi ces villes Chalcis eût obtenu ia prééminence, et qu'elle fût le chef-lieu du gouvernement, Olynthe ne tarda pas à la surpasser par son commerce , sa population et ses richesses : les historiens désignent souvent la confédération chaicidienne sous le nom d'olynthienne. Dans cet état de prospérité Olynthe se rendit souvent redoutable, tant aux autres villes confédérées qu'aux rois de Macédoine.

On sait combien ces rois conçurent d'alarmes d'un pareil voisinage , et ce que les Athéniens , animés par ia jalousie que leur inspiraient le commerce de cette ville et sa puissance naissante, entreprirent pour détruire une semblable rivalité. On n'ignore pas non plus tout ce que Philippe , allié tantôt des Athéniens , tantôt des Olynthiens , mit en œuvre pour opérer la destruction totale d'Olynthe et s'emparer de la Chalcidique tout entière.

Dans le cours du moyen âge , les habitans de cette province n'ont point été exempts des calamités dont la Macédoine a été affligée ; mais , à la faveur des forêts qui les environnent et qui leur ont servi d'asile , ils ont conservé une sorte d'indépendance et ont maintenu la pureté de leur race ; aussi sont-ils tous Grecs dans toute 1 étendue du pays.

Je ne voulais pas quitter la Macédoine sans visiter le théâtre des guerres causées par l'ambition meurtrière de Philippe. Je desirais d'autant plus parcourir des pays si célçhres. qu'il est

me , en voyageant dans la Grèce « d y retrouver {es descendans des anciais habitans, anéantis en très-grand nombre par tant de l'évolutions et de ravages dont ces pays ont été le théâtre.

J'étais assuré d'avance de reconnaître dans ces montagnes des preuves de Tindigénéké des peuples qui les habitent /et des traita prc^res à rappeler leurs ancêtres^ La géographie me présentait de nouveaux éclaircissemens à acquérir : je mettais aussi en ligne de compte l'inspection des mines d'argent dont les produits avaient autrefois enrichi la confédération chaicidienne. Je ne négligeai pas l'occasion de m'y transporter*

En partant de Saionique et en contournant le Disoron » id première partie de la Chaicidique qui se présente est celle du nord. C'est dans ce canton que Ton retrouve Apollonie , aujourd'hui Poiina , qui en était la capitale* Son territoire , dominé par d'épaisses forêts , s'étendait dans l'intérieur du pays. En pénétrant vers l'est, oto arrive sur le golfe Strymonique où se trouvent les ruines de Stagîre , d'Acanthe et d'Uranopolis, Les golfes Singitique , Pellénique et Thermaïque bordent tout le pays au midi et au couchant. C'est aux environs de ces trois golfes qu'on retrouve Chalcis, Mecyberne, Téroné, Syngus et Olynthe ; et c'est dans cette dernière partie de la Chaicidique maritime que les habitans contemporains de Philippe exerçaient le commerce dont les Macédoniens s'emparèrent.

J'entrai dans ce pays par le village de Galatz, composé d'environ deux cents maisons , autrefois limitrophe entre la Macédoine et la Chaicidique , et qui appartient encore à la Mygdonie dont le territoire de Saionique forme une* partie.

L'archevêque de Saionique m'avait donné une lettre de recommandation, pour son ami le prélat du lieu , son suffiagant , qui prend le titre d'évêque d'Adramérion. Quoique celui-ci fût absent, je n'en fus, pas moins bien reçu par son frère, laïque et

célibataire qui avait tx>ute sa confiance, et qui paraissait dévoue à la vie contemplative. Une maison commode» mais modeste et meublée proprement , on peut même dire à l'européenne , une table servie de même , des égards , des attentions , de laffiibilité» furent les augures favorables du bon succès de mon voyage.

Mon hôte ne put répondre à toutes mes questions sur l'antîque dénomination de Galatz , mais j'appris de lui que le diocèse de son frère s'étendait autant à l'orient du mont Corthiat qu'au nord du pays voisin , y compris Polina , l'ancienne ApoUonie. Une tour immense occupe le centre de Galatz . Je ne pus savoir autre chose à son sujet , sinon que, faute de réparations , elle n'est plus habitable, et qu'on la croit munie d'un long souterrain dont personne ne se soucie de faire la recherche.

En me ressouvenant de la tour de Sidès et de trois autres à peu près semblables , situées auprès d'Urendgik dont j'ai déjà fait mention , je ne doutai pas que le voisinage des Bulgares , qui dépuis ie dixième siècle ont constaAiment occupé la plus grande partie du territoire de Salonîque,. n'eût nécessité de pareilles constructions , et que ces tours n'eussent aussi , en temps de paix , fixé la ligne de démarcation entre les peuples. On peut croire que la grande tour élevée au miliîeu de la ville de Bérée et de laquelle j'ai parlé précédemment , était pareillement un signe dé démarcation entre les Bulgares et les Grecs qui s'étaient conservés libres dans cette ville , malgré les attaques de leurs voisins maîtres de la plaine.

Si le territoire de Galatz présente une côte aride et escarpée sur une des bases d^i mont Disoron , ses hàbitans sont dédommagés de l'âpreté de cette position par les grands domaines qu'ils possèdent du côté du raidi. Cette partie de leur, territoire offre une montée douce , couverte de vignobles et d'arbres fruitiers de toute espèce , qui font la richesse des propriétaires. C'est par

ces avantages qu ils rivalisent avec ies Ravaniotes , leurs voisins , dans les marchés de Saionique. Gaiatz est éflcore remarquable par la naissance des sources du ruisseau qui serpente dans la vallée de Vassilica. Mais si ces sources y entretiennent une grande fraîcheur en été , elles ont aussi l'inconvénient d'en inonder continuellement les rues.

Ce coteau si riche par ses productions commence le territoire de la Chalcidique : c'est ainsi que les habitans de Gaiatz cultivent des portions des deux provinces.

Un moine , attaché à l'un des monastères du mont Athos , avait passé la nuit dans la ville où je me trouvais ; il se joignit à notre petite caravane , qui fit route vers l'est. Nous nous élevâmes sur le plateau qui domine Gaiatz jusqu'au point où le chemin se divise en deux branches dont l'une va vers le nord-est et l'autre au midi , vers le centre des bois.

On aime à considérer de ces hauteurs le point d'optique que présente la vallée de Vassilica , dont la mer forme le centre , et qui se perd dans les plaines arrosées par le fleuve Axius.

Quelques vieux chines clair-semés , quelques arpens de terres cultivées, annoncent encore le voisinage d'une population nombreuse ; mais bientôt succède une sombre solitude ; un bois de chênes se prolonge pendant trois heures jusqu'au petit village de Nédgésalar , où l'on ne compte qu'une trentaine de familles toutes grecques. Un petit ruisseau , dont la source est près du village , annonce cette habitation. J'aurais été surpris du peu de défrichement des environs , si je n'avais appris dès mon arrivée que les habitans sont presque tous manufacturiers. Les terres argileuses qui les entourent ont donné lieu à une fabrication de poterie très-renommée dans ies pays d'alentour , et dont l'origine remonte sans doute à la haute antiquité.

Les vases que fabrique cette population solitaire n offrent ni 11. s

les formes turques , ni , comme on peut bien le croire , celles de l'antique ; mais on^y retrouve toujours les types grecs, quoique avec des contours moins purs. C'est la forme de Toeuf qui domine, plus ou moins alongée« Ce sont aussi d autres formes anciennes que reproduisent des artistes qui ignorent eux-mêmes 1 antiquité de lart dont ils ont hérité.

Nous nous arrêtâmes quelques momens pour examiner les produits de cette fabrication , qui nous rappelait des idées agréables et brillantes , et nous reprîmes ensuite le chemin des bois dans la direction du sud , que nous avions suivie jusqu'alors.

Plusieurs chemins aboutissent au même village , et ses eaux, qui grossissent dans des vallées profondes , vont se réunir au seul fleuve de la contrée , auquel les anciens avaient donné ie nom deCAabrius, et dont je devais bientôt reconnaître ie cours.

Notre route ', ainsi que je lai dit , nous portait directement au midi , et nous approchions de la grande masse du mont Cissus. Ses sommités dépassaient de beaucoup celles des montagnes voisines, qui n'en sont réellement que le soutien ou ia continuation. Jusque-là le caloyer , mon compagnon de voyage, s'était flatté que je voudrais le suivre jusqu'à son monastère , et pour m'y engager il me vantait beaucoup le beau point de vue dont je jouirais, losrque, après avoir dépassé à une moyenne hauteur le sommet principal de la montagne , ' je serais parvenu à son revers méridional . Mais , comme ce nouveau projet contrariait tous mes plans , ce fut aux approches du grand pic du Cissus que je me séparai de l'officieux caloyer, en lui témoignant tout le plaisir que j'avais eu d'écouter ses instructions sur le pays que nous parcourions ensemble.

Peu après , en tournant à l'orient , nous suivîmes la crête d'un des appuis de la montagne. La vallée que nous avions à notre droite était stérile ; aucun ruisseau n'y circulait. Cette remarque

me fît ressouvenir ensuite que, pendant une route de près de qiiinze heures, je n'avais aperçu aucune fontaine : ce qui doit paraître extraordinaire dans la Turquie , où des motifs de religion et d'humanité invitent à en construire , même dans ies lieux où Teau ne peut être amenée que de très -loin.

A notre gauche , quelques éciaircies de bois mç laissaient porter mes regards sur le lae de Bolbe , dont je ne me jugeai distant que de cinq à six lieues.

Enfin, sans sortir des bois, et après six heures de marche de- . puis Galatz , nous arrivâmes à Larégovi , grand village de près de quatre cents maisons. Là , mon janissaire rencontra des camarades turcs , gardes et régisseurs attachés à divers propriétaires des environs de ce village. Ces régisseurs portent dans toute la Turquie le nom de Soubachis , surveîllans des eaux. Ils n'hésitèrent pas à désigner mon logement chez un des primats , qui me reçut avec une cordialité distinguée. Sa mise et la tenue des habitans annonçaient généralement de l'aisance, et quand j'arrivai chez mon hôte, je reconnus des marques de sa grande prospérité, dans rétendue de son logement et l'ensemble de son état de maison.

Jeune encore , très-bel homme , d'un regard agréable , d'une physionomie spirituelle et d'une conversation aisée , il méritait sans contredit les suf&ages de la communauté qui l'avait choisi pour l'un de ses chefs. Son épouse , aussi modeste que belle , réunit bientôt ses attentions à celles de son mari pour la promptitude et l'aisance du service ; je remarquai même qu'elle ne témoignait aucune répugnance à se montrer à visage découvert aux yeux du janissaire qui partageait avec moi ies avantages de l'hospitalité. Généralement uiïe femme grecque se cache quand un janissaire pénétre dans son habitation. Mais dans ce pays , où ia population est entièrement grecque, il me semble qu'il règne plus

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de cordialité. On se croît mieux à i'abrî de l'insulte, et ce senti* ment amène quelque confiance.

Satisfait de me trouver chez des Grecs hospitaliers , et qui conservaient des sentimens visibles de leur antique noblesse » je n'étais pas moins ravi de trouver chez les femmes des traces des anciennes habitudes domestiques , de voir dans leur costume de l'élégance , dans leurs traits de la régularité ; l'illusion aurait sans doute été plus complète , si , séjournant plus long-temps chez mon hôte, j'avais pu voir plus de monde, ainsi qu'il m'invitait à le faire. Je me trouvais chez les Grecs les moins dégénérés de toute la nation dans leur état actuel de servitude.

Tandis que les femmes , tant la maîtresse que les servantes , préparaient le souper, la salle de réception se remplissait d'amis ou de parens du propriétaire. La conversation s'établit sur divers sujets qui ne pouvaient que m'instruire* Je répondais aua: questions , on satisfaisait aux miennes. J'appris entre autres choses que le plateau où je me trouvais avait été très-peuplé pendant les invasions des Bulgares ; qu'une partie composait le territoire de Polina , et une partie plus considérable celui de Larégovî. Des agas y possèdent aussi quelques métairies. A la droite , il existait une ville qui , sous le nom de Paleochori , vieille ville , n'oflre plus que des moulins à eau. On m'apprit également que les habitans de Paleochori , sans changer cette dénomination , étaient venus séjourner au fond du plateau de Larégovî , et que cette nouvelle habitation se trouverait sur mon passage.

Je témoignais prendre tant d'intérêt à tout ce qu'on me disait sur la statistique des pays placés sur la côte nord de Larégovî , que mon hôte me pressa beaucoup de m'arrèter quelques jours chez lui. Ses offres étaient franches et animées; mais , maigre mon désir d'explorer une contrée aussi intéressante , j'avais

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encore tant de pays à parcourir, et si peu de temps à employer à ces courses, que je résistai à ses sollicitations.

Je remarquerai » en passant , que Cellarius jdgLce les restes de fa ville d'Apoilonie dans la Mygdonie ; mais Ta véritable position de cette ville est dans la Chalcidique. Ce fait est d'accord avec l'itinéraire de saint Paul » partant de Philippi pour aller à Salonique.

Les mines d'argent qui formaient le principal objet de mon voyage se trouvaient alors en vacances^ ce qui contrariait beaucoup ma curiosité , et me privait de beaucoup d'objets d'histoire natu* relie que je me flattais de trouver dans l'intérieur de ces mines. Pour suppléer à cette privation, mon hôte me fit cadeau de quelques beaux morceaux du minerai p^ qu'on en retire. J'appris en même temps de mon archonte que le village de Larégovi est un des plus imposés pour le travail des mines. Cent hommes y sont annuellement employés. Ils sont si mal payés , que les différentes communautés se cotisent pour soulager les familles de ceux qui se dévouent à ce travail. L'archonte me fit ensuite observer que les douze villages obligés à cetle corvée sont souvent molestés par i'aga qui administre les mines , et que dans ce moment un de ses parens se trouvait détenu dans les prisons, comme préposé pour l'engagement des mineurs. Sur quoi il me pria beaucoup d'employer mes bons ofEces pour obtenir son élargissement. On sent combien j'avais à cœur le devoir que m'imposait à cet * é^rd le bon accueil de mon hôte.

* L'aisance dans laquelle vivent les habitans de Larégovi ne provient pas seulement de leurs terres ; ils fabriquent des tapis pour lesquels ils emploient la laine du pays et celle de quelques villages environnans ; presque toutes les familles sont occupées à ce travail. Les productions de cette manufacture se répandent dans la Romélie et surtout dans les monastères. Mon

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hôte en faisait le commerce , et c'est ce qui l'engageait à fréquenter les foires.

Le lendemain «atin je pris le chemin de Paléochori ; ma route était environnée oe vignes qu'on avait déjk vendangées et de quelques jardins ; des ruisseaux coulaient vers le nord sur ce plateau , et dans moins d'une heure, me trouvant de nouveau dans les bois sur une légère pente , je rencontrai un autre plus grand ruisseau dont les eaux se dirigent au midi vers des moulins , et vont ensuite se jeter dans le Chabrius.

Arrivé sur les bords de ce ruisseau qui traverse Paléochori , je mis pied à terre pour faire au premier venu quelques questions au sujet des ruines d'un petit château voisin que j'avais aperçu sur la hauteur : je jugeai qu'il dqi^ait avoir servi de défense à l'entrée du passage étroit où le village se trouve placé. Lé hasard me servît mieux que je n'aurais espéré. La curiosité avait attiré sur no» pas quelques personnes peu accoutumées à voir des Francs dans leurs montagnes. Parmi ces curieux était un marchand que son costume faisait distinguer. Il fut aussi le plus disposé à m'aborder. Sans doute , me dit-il , vous allez au Madem , nom qu'on donne aux mines, de quelque genre qu'elles soient. Voulez- vous me faire le plaisir de vous reposer un moment chez moi ? je n'eus garde de refuser. Il me dit , chemin faisant, que son costume avait dû me surprendre , qu'il l'avait pris dans la capitale où son commerce l'appelait de temps en temps; et qu'ayant connu beaucoup d'Européens , il serait charmé de me rendre quelques services. J'acceptai son café ; on eut soîh d'allumer ma pipe, et, après différentes questions adressées à mon hôte sur la nature de son commerce , j'établis la conversation sur le vieux château qui nous dominait. II me répondit que le temps où ce château servait à la défense du pays devait être très-éloîgné, puisque personne ne pouvait en rendre aucun témoignage;

maïs que ce qu'on savait très - bien , c'est que ces sortes de fortifications étaient très -nombreuses dans la contrée montagneuse qui nous environnait. L'épaisseur des bois, me dit-ii^ a sans doute contribué plus que ces petits châteaux à maintenir dans toute sa pureté la race grecque domiciliée dans ces montagnes. £n effet , ajoutait-il , vous y trouverez bien rarement d'autres Turcs que ceux qui dirigent les métairies et les moulins dont ils sont loca* taires. Aucun Bulgare , aucun Albanais , aucun Juif n'y paraît qu'en passant. Il concluait de là avec raison que , aans les temps de révolutions et de conquêtes, ces bois avaient été la sauvegarde des habitans^ qu'ils avaient empêché l'émigration, et avaient conservé pures les anciennes familles qui s'y étaient réfugiées. Ces peuples , me disait -il aussi » ayant obtenu plus facilement des capitulations avantageuses et des privilèges qui sont encore en vigueur, autant que la tyrannie turque peut en supporter , il en est résulté une permanence légale des propriétés , et une tolérance qui fait le bonheur général ; nous nous honorons tous dans ces montagnes de notre titre de Grecs, de nos temples , de nos évêques , de nos prêtres et de nos écoles.

Ces explications me parurent très-judicieuses ; je me séparai à regret du Grec le plus savant sans doute de l'ancienne Chalcidique.

Sur le point où nous nous trouvions , nous avions atteint le second étage des forêts , et nous allions parvenir au troisième , en nous mettant au niveau du Madem. Notre petite caravane entra dans {e défilé où coulait le ruisseau des moulins ,. et ce ruisseau nous conduisit jusqu'à l'endroit où il prend sa source.

Une demi -heure fut suffisante pour nous faire atteindre à la hauteur de ce troisième plateau. Là se terminent les routes boisées que nous avions toujours parcourues depuis G^latz jus; qu'à Larégovi , et de Paléôchori jusqu'à la plaine qui se présen-

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tsit devant nous. De belles prairies en forment le centre, et des lacs aussi clairs que profonds entretiennent la fraîcheur par de petits ruisseaux. Ces eaux sont les sources les plus élevées du Chabrius ; elles coulent en grande partie vers Paléochorî. Les forêts continuent au loin à encadrer ce tableau de tous les côtés. On y rentre après avoir parcouru les prairies , pendant trois quarts d'heure ; et , à lextremité de ce paysage , on trouve un autre ruisseau dont les eaux se précipitent dans la mer, après avoir fait tourner des moulins.

Peu après avoir passé un petit pont de pierre , nous aboutîmes à rétablissement impérial du M adem. £n mettant pied à terre , mon janissaire se chargea d'aller porter mes complimens à laga : il me rapporta la réponse ordinaire du Seffà Gueldi • (juH soif le bien venu, et fixa au soir la réception de ma visite.

L'établissement du madem est isolé, peu orné, mal meublé, et tel que doit être une maison turque où un administrateur n'est pas permanent. Outre le logement de l'aga , on y voit ceux de ses of&ciers adjoints ou subalternes, des écuries, une grande cuisine, des magasins propres à contenir le minerai, des usines pour le purifier , et des chambres destinées pour les étrangers. Derrière ces chambres, qui sont au-rez-de chaussée, se trouve un couloir qui conduit à un jardin de la grandeur d'un quart d'arpent, où Ion cultive des fleurs, et quelques arbres fruitiers.

Ce jardin forme une terrasse qui domine les hauteurs boisées de tous les environs , et d'où l'on découvre tout le pays jusqu'à la mer. Il est terminé par un Kiosck d'où la vue se prolonge sur le golfe de Stilar ^ sur celui de Singus, et entre ces deux golfes on voit s'élever en perspective le majestueux Athos. Sur l'isthme on aperçoit les ruines d'Uranopolis et le village d'Hérisos, ancienne .Acanthe. Bientôt je donnerai la description de ces deux anciennes villes. -

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"^ est touMurs un des^aiids de la Pof te qui se rend fermier du Gi%nd-Seigneur pour l'exploitation de ia mine, et ç est ordinairement quejgue aga de Salonique qui devient son sous-fermier. Celui-ci achète ffe plus souvent d'autres fermes du voisinage ou mnlikianès, pour y percevoir des droits, soit pour le corn [►te des propriétaires, sojtpaur ijeluî du gouvernenient. Par ce double emploi, le. sous -fermier 4e\ient vaïvode , et il exerce comme tel la police du village, Laga actuel, oiyU'e l'adminîstratipn àts mines , avait aussi, à fermé l'agali^ du village d'Hérisos , qui n'en est distant que de quatre lieues,

La première personne à qui j'eus affaire , en entrant dans l'établissement , fut llntendant qu'on nomme Vekil-hardg ( dans de pareilles administrations publiques et même dans le palais des grands, on voit toujours un Vekil-^hardg , espèce d'intendant commis pour la dépense et pour ei\tretenîr l'orifre et la»pi^pïetd de l'intérieur), qui était compatriote, et ami de mon j^anissaire. Il si!§Mnjrressa d'ouvtîr deux . chambras où il nous établi; dans. le même temps il .pourvut à tout ce qui* cwic^rnak la table. . JVJpn preroiet soin iut , d'empfoyer la protection du Vefeî 1hardff pour êtr^ yilroduit dans la prison où se trouvait le parent au^çimat cjye^pégoyf; je Je trou^^i dans une situation très d«reà supporter ; on l'avait- placé au toipfouk. Le tomrouk est une sorte de poutre sciée- en deux parties, et auxquelles pn a pratiqué paj intervalle et 'à égale distance des^ trous où Ton place les pieds des flétenus, sans \t% btessçr. Ces entraves, cj^ l'on peut placer quatre ou cinq personnes, se ferment par le moyen d'un cailenas. On en faitjasage da^s toute la Turquie,^ excepté dans les villes où l'on trouve d'anciejmes prisons construites en forme de larges puits, dont la malpropreté est. insupportable , et cause des maladies mortelles* La nuit on dégageait le prisonnier pour le laisser dormir tranquille. J'appris de luî-tnême que, lors- II. T

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qu'il était chargé de renrôiement *et ite la convocaîtiôn des mineurs , l'aga avait eu à lui reprocher quelques négligences dans ce service. Je le tonsoiai de mon mieux, en iut promettant ie m'intéresser à son élargissement*, ce qui^signifiait à *iui faire obtenir un accdmracklement le moins onéreux qu'il serait po8sîble , car chez les Turcs lecrou se paie ^ufe^t bien cher.

Comme j'étais arrivé de très-bonne heure, ;e me hâtai Jalîer jouir de la Vue du kiosk dans i'intemion d'eli faire un créiquis ; on pourra en voir le dessin «ur la planche i^. '

L'heure de ia visite étant venue, je fus introduit chez Tad-

ministrateur de la mine ; ii me fît beaucoup de démonstrations d'intérêt , à cause des ra|fporrs que j*avais journeliement'avec divers agas de Salonique, ses compatriotes ; et,' comme îi était de*ia compagnie de nion janissaire , il lui donna place à coté des officiers auxiliaires qui le secvaient dans ses fonctions. Les politesses d'usagç^tant terminées, et après des questions de divers genres, lagajkrouiut me faire «entendre ses musiciens qui n'éfâitSiK pas loin de nous. Les -domestiques qui nou9 avaient servi le

café, s asseyant tout d'un coup sur^. place, se .métamorphosèrent en musiciens. L'un prit un violoii, ïétufUe un instrument que je ne connus ^as d'abord ; untroisiènfie sedit^osa^à chanter; ces trois personnages s'accordèrent si bien , ^ue j'eus beaucoup de plaisir à les entendre. Je me pfeîsais surtout à é'cojiter J'ins» triiment inconnu ,"qiii par une Basse continue était râmedçTorchestre. Ctirieux 'de le voir de près , je fus bien surpris quand je m aperçus que c'était un vase de. cuivre dont les Turcs se servent pour leur ablutions avant la prière , ou pour se laver les mains, quand ils vont se mettre à table et qu'ils en softent. On nomme ce vase /bri^. Dans les ablutions ; il accompagne un autre grand plat profond et couvert , propre à laver et à recevoir l'écume d'un savon odorant , et auquel on donne fe nom

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de leyen. Le même vase que le musicien avait tourné dessus dessous entre ses ïambes-^ et qu'il frappait fortement par huit-.de ses doigts, rendfii^vn son clair # sans modulation , et marquait la. mesure comme une espèce de tambour. Cet accompagnement me rappel^ le tambour dont se servent les nègres dans nos îlçs,. lorsqu'il vont danser sur lesL bords de la mer avec des négresses. On m'assura que Je musicien avait imaginé cet instrumçnt. Je crois plutôt qu'il l'avait emprunté des nègres de Ja Turquie , natifs de l'Afrique , à qui ii est perpiis dan» les jours de fêtes de se livrer à des- jeux qui n^. sont connus que dans leur pays.

Toute la soirée se passa dans une gaîté villageoise , et l'aga se prêta beaucoup à l'entretenir, sans blesser une certaine dignité qlii lui était naturelle. Cette soirée , pendant laquelle on servit plusieurs fois du café , me fournit l'occasion de parler à l'aga de son prisonnier , et de l'intérêt que j'avais lieu de prendre «à sa famille , et il me donna sa parole que bientôt il serait.élargi. Dans le mêgie temps, je le p4âi de me reepmmander à un de ses gens qui était arrité la veille., pour lui rendre compte de quelques affaires de son agalick; c'est ce qu'il fit en ma présence , e» m'assurant que le lendemain matin cet hi>mme serait à^mes ordres.

Le lendemain de très-bonne hepre nous fûmes à cheval], et nous primes la seqde route qui devait nous conduire à la' mer. On nous svait déjà dit que des açcidens de peste s'étaient manifestés à Nisvpro, village situé à peu de distance de la miœ, et que nous ne pûmes nous dispenser de traverser. Heureusement les habitans venaient d'en sortir pour fuir la contagion , et en même temps pour faire la récolte du maïs dans les terres qu'ils cultivent près de la mer, et dont ils sont les. propriétaires; mais je ne pouvais me persuader que la désertion .eût été générale ;

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je fus frappé de la solitude absolue d'un pays où" Ion compte plus de soixante maisons et oii réside un éyêque*

Ail milieu du silence sinistre qui régnait autbur de moi , une voix se fit entendre; tournant kt tête du côté d'oii elle venait; et où se trouvait une grande porte ouverte , j'aperçus au fond de la cour , sur les bords d une galerie , le vieux évoque résidant dan^ ce village, qui", s adressant directement à moi, me demanda pourquoi et comment j'étais venu me perdre dans lei montagies du Madem au milieu des pestiférés. 11 m'exhorta ensuite à ne pas communiquer avec les paysans qui s'étaient réunis çhins le plaine sous des cabanes , en me faisant observer qu'il y avait parîni eux plusieurs familles pestiférées. Je remerciai le tharitàble et vénérable prélat, et je me hâtai dé sortir de ce maiheureifx village.

Mes guides gardaient le silence , malgré leut résignation habituelle aux décrets du destin , lorsqu'ils aperçurent auprès d une chapelle un cadavre dont ils voulurent s'approcher»; Apr& avoir proraptement satisfait leur curiosité ,• ils me rapportèrent: que le cdtps ét-aît celui dune .très-viélUe femme qui,* n'ayant p^ sans doute eu la force de descendre la montagne avec sçj pc^rens , avait été abandonnée mourartte auxsoins de l'évéque, et qu'elle venait d'expirer auprès de cette chapelle*.

Du Madem jusqu'à Nisvoro , la distance n'est que d\in qmart d'heure, et, quoique la descente soit rajrtde, nous trouvâmes qu'elle l'était bien davantage au «ortif du village. Nous marchâmes à pied pendant plijs d'une heure dafts les boîtf. D'un côté , sur la droite , nous avions la continuation de la forêt* et à gauche, des coteaux découverts > où domine, dans une épaisseur impénétrable, l'arbousier, dont le fruit était alors en maturité. Ce fruit est d'un rouge très-foncé quand il est près de tomber, d'une belle coxileur d'orange quand il commence à môrir, et d'un vert brillant dans son premier accroissement. On

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le*¥(Mt' en même temp^ sur i'arbrie dans ces troi§ étoits. Ce me-; lange tsî d'an/ant piii^ agréable à la vue, que dans ia même saison l'arbrisseau se chsCrge d^ petkflr bouquets de fleurs blanches improductives qui éclatent au^iiieu des autres couIeur§. . Ce fut len sortant de ees boiç que ppus commençâmes à c6toyer uil ruisseau dont les eaux sont entièrement rouges ; il prend sa source, au-dessoti« de la mine ; d*où je crois pouvoir tonclure que cettç coideur ro|ige est celle du minium* dont l'eau se charge en traversant les iîlans du miherai de plomb , et je suis convaincu ^ue, si j'^taî^ remonté ^squ'à lâ source, j'aurais trouvé la couleur plus foncée. £n effet, plus nous nous approchions de la mer , plus la teinte perdait de son intensité > elle s'aâaiblissait de plus en plus, sans cesses d'avoir la- coukur du minium.

En suivant le même ruisseau , que nous traversâmes plusieurs fois , la ^idiée étroite que nous parcourions s'élargissait ; dans motn» de deux heures depuis notirer départ, nous nous trouvâmes dans une plaine cultivée où chaque année les habitans de Nisvoro cultivent le. maïs. Nous avons vu qu'ils avrfent établi leurs demeures auprès de leurs richesses territoriales. Dès que nous fûmes avancés vers leurs cabanes , une jeune fille se présenta pour nous demander si dans notre route et près d'une chapelle nous n'avions pas vu une vieille femme ou morte ou mourante ; sur notre réponse affirmatit^ , la jeune fille nous répondit que cette femme •était sa grand-mère ; que, pour pouvoir lui accorder la sépulture, ses parens. l'avaient envoyée au-devant de nous pour savoir si elle vivait encore.

Nous n'allâmes pas plus loin dans la direction des cabanes. Nous prîmes la droite de la plaine ; ce chemin nous conduisit à un grand moulin entouré de jardins. J'appris dans ce moulin que les eaux de la source de Nisvoro se perdent dans les arrosages du maïs, et que celles du moulin , six fois plus abondantes ,

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proviennent des ruisseaux qui s'écoulent du piateau situé au* dessus dfs mines , et que , dans leur passage « 9ur «la nantagn^ » elles prennent beaucoup dacereissement.

J aurais pu , en doublant un petit cap qui domine le golfe du Stila, et dans quatre hejiies, aller vÎNter Iq^port de Stravos, où j'aurais peut-être découvert les ruines de Skjgift^ patrie d'Aristote ; mais , comme j'étais forcé de revenir à mon poste , je m'en rapportai à l'avis de Dan ville qoii reconoait les ruines de cette ville dans le port de Stravos, tandis q^e d'autres géographes pensent quelles sont dans celui de Libésa4e^ que les Qrecs de ce canton appellent Libiade ou Olympiade. Je laisse à quelque mar rin , curieux de la géographie ancienne ^ d'aller visiter cçtte c6te% où il pourra trouver aussi l'emplacement d'Arno , viUf dont parle Thucydide.

Après la petite station dans le moulin , nous fûmes en vue à' Acanthe, qui n'en est éloignéeique d'une lieiie ft demie. La maison commune du pays , et qui sert de. logement à l'aga , se présentait isoléraenf sur une élévation au-devant dtr village : nous y fûmes reçus avec l'empressement recommandé par l'administrateur qui m'avait si noblement hébergé.

Je ne puis me dispenser de parler du point de vue qu'on aperçoit de cette maison ; les deux rivages du golfe de Stilac m'offraient un prolongement de côte d'une lieUe vers- l'est; ils me cachaient une partie de la Bisaltique ; les ruines d'Eione se découvraient ensuite , ainsi qv^ toute l'étendue du montPaqgée. L'île de Thasos me montrait ses collines boisées, et dans leloin^ tain l'Emus me donnait en perspective les teintes bleuâtres de

ses sommités.

Les ruines de la ville d'Acanthe, aujourdhui Hierisos, promet* talent beaucoup à mon imagination. Une ville qui avait possédé un beau territoire et sans doute les mines de Nisvoro, et qui avait

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h frapper, de si b^feâ i)|ohiiaies..et eh #i grand ^nombre ^ avant >|a*éHe.iut iadjointe à 4a Macédoinb , excitalu vivement ma curiosité ; njais je -lus *trofnpé dans. moA attente ; aucune maison , aucune riiç« ne m offrirent la ippindre^race d'antiquîté; ièèhâteau seul conseive des rentes de murs antiennes ; qpt édifice presque ruiné o€cjipe une élection au-dessus du village ;» il me^donrii d^bord quiqûes espérances ; mais tout le fruit que je retiwd de ma course /iit la4fécouverte d'uffe pet^ incription sur un niàrbre d\u9.pi€Ml de diamètre, qui contenait lè^ iettrfô^uiyaHtes :

que j'explique 'par OPocr ÙHfM AKcufQtm', limite du tefritoire des Acanthiens, l\ paraît que cette pierre servait à désigner un éjablisseinent auquel le peuple avait seuf fe droit de séance. Je crois pouvoir attribuer ce dépérissement total au voisinage de la marine , qui depuis plus de deux mffle ans facilite f enlèvement d^ matériaux ; soit pouj le lest des bâtitnen», soit pour de ndu- 'Wèlles constructions» J'ai àiéjk fait la même observation f^our \ts yilks maritfmes en^général. tfe fus plus heureux à l'égard des anciennes' monnaies ; Ïqs paysans /sn découvrent journellement dans léf environs é\x village; Deux orifevres qui ^ sont établis m'en Vendirent plusieurs *en argent /et j'en acquis aussi un assez bon nombre àts hàbitails , tant en argent qu'en bronze. Parmi ces dernières je' fis une observatign <jùe je dois rapporter. J'en trouvais plusieurs où je lisais lé' nom â!0ranopolis ou OTPANI- AANÎIOAEOS. Je les* aurais cherchées en vain sur les ruines voisines de cette ville: son territoire sur l'isthme de l'Athos, couvert aujourd'hui d'oliviers et inhabité, ne me permettait pas d'en trouver. La découverte que je fis de ces monnaies à Hîérisos

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