SUITE DES MONNAIES OU PANGÉE
Planche VI.
N.o ç. Satyre arrêtant une femme par le bras, et iui passant la math sous ie menton ; dans l'aire on voit trois globules.
Bf. Carré creux, divisé en quatre paralléio- Mtai. Gnadcttr.
gramme» A 5-
N.o 10. Type semblable au précédent, quant à l'attitude du satyre et aux trois globules ; mais dont le carré creux est traversé par deux lignes diagonales (i)
N.0 11. Autre à-peu -près semblable
Satyre enlevant une femme qui parait vouloir se défendre*
R. Carré creux, divisé en quatre parallélogrammes; iR 3.
Autre semblable M 5.
N.o 14. Satyre debout, dans une attitude lascive.
K. Carré creux, comme sur la pièce qui précède M 3 . N.o ,j. Satyre accroupi, tenant un rithon.
BT. Carré creux, dans le mode athénien. • . . iït 3 ^1^'
N.o 16. Satyre enlevant une femme; dans l'aire, les lettres 0 A, initiales du mot Thasion.
K. Carré creux, divisé en quatre parallélogrammes (2).
Les médailles que j'ai attribuées aux Pangéens dans le catalogue précédent ( n^'M à 8 ) , sont, comme |e l'ai dit, de la plus
(i) Dans le cabinet du Roi, ces sortes de monnaies sont au nombre de sept, tandb qu'on en voit quatre dont le carré est dîvbé en quatre parallélogrammes. (2) Les Athéniens n'ont jamais contrefait celte monnaie.
petite forme; celles dont je viens de parler maintenaiit sont d'une grandeur qui prend le caractère de monnaiies émises journellement dans le commerce. Ces pièces sans légende ne représentent plus, comme les précédentes, des animaux symbo^ liques , mais des figtires humaines qui annoncent le culte de Bacchus. Au dijre d'Appien ( i ) , il y avait auprès de quelques mines du Pangée plusieurs temples consacrés à ce dieu. Ces dernières monnaies sont du nombre de celles qu'une ancienne erreur avait fait regarder comme appartenantes à Lesbos ; je suis, autorisé à restituer au mont Pangée celles qui , étant sans légende , représentent des satyres dans diâérentes attitudes. On ne trouvera pas sans doute superflu que je fasse ici mention de f origine de cette erreur, qui n'a pas été entièrement détruite.
D'après l'opinion de Goitzius , qui croyait avoir lu sur ime médaille représentant un centaure enlevant une femme , le mot AE2BOT, et d'après Peilerin, qui s'était aussi persuadé que ce mot se voyait sur une monnaie sembable du cabinet de Paris, Eckhel , averti par moi que ces sortes de médaillés ne se trou-^ vaient que dans la Macédoine , invita l'abbé Leblond k rechercher si en effet le mot AESBOT se trouvait sur quelqu'une de ces pièces dans le cabinet du Roi , et il fut reconnu qu'on ne le voyait sur aucune : sur cette réponse , le savant conservateixr du cabinet de Vienne déclara ne placer les monnaies de ce genre sous la rubrique de Lesbos que provisoirement , en attendant de nouveaux renseignemens (2).
La médaille n.^' 11 et 1 2 appartienne au culte de Bacchus ;
(t) Appîan., lib. LlV, cap, xiil.
(2) Bono isthxc animo credideram , cùm ad me perFeruntur clarissîmi Cousinerii, quem in proximo Ternno làudaveram, linere qmibns cfgnificavit hujas argu* menti lùi^nçs fréquenter éffqdi in Macedonil. (Eckhel, topi. II, pag. 50.)
le creux divisé en quatre carrés égaux* parait. ayo»ét^ propre
aux viiies Obres du Pangée.
Les nj"^ Il et iz portait te carré creux. Ces ^\ûç moondes ont par conséquent été frappées à Antphipoiis ou à Eione«
Les n.""' 13 et 1 4 appartiennent à dfs villes de ilnténîeur du Pangée. Le satyre représenté sur Tune et 1 autre est toujours un si^oe relatif à Bacchus.
Le n4^ t6 appartient à Hle de Thasos; cfe&t ce que qqus montrent les initiales ^ A. Cette monnaie porte h carré creux usité dans Tintérieur du Pangée. On pourrait supf>oser« d après cela ^ que les viiies de ce pays formaient entre elles une confé-» dération à kqueile les Thasiens avaient été admis ^ ^t^ndu qu'ils étaient propriétaires d une partie des mines. La quaiitité de mon-* naies sembia^es entre elles , par l6 type et par l6 cdrré , qui se trouvent toujours dans les' pays arrosés par le Stiymon » peut encore &ire croire à la réalité de cette association.
Une autre circonstance nous^ preuve que la monnaie commune à toutes les villes du Pangée avait obtenu un grand crédjt; c'est le soin que les Athéniens prir^it à Tihiiter.
La monnaie n^"" 16 est extttâmement rare; il parait qu'elle fîit frappée peu de temps aVant que Brasidas f^rit la ville d'Amphipolis, Aussitôt que les Lacédémoniens s'en furent rendus maîtres , sous le commandement de ce chef 1 its Thasiens, devenus les alliés de Lacédémone , ayant recouvré ievr autonomie et repris la possession de leurs mines , ne tardant pas à perfectionner les coins de leurs monnaies et à ks rendre plus décentes; c'est ce que vont nous montrer celles des numéros suivans. Celle du n.** 1 6 ofirait encore le satyre dans une position lascive; celles que Thasos frappa dans sa nouvelle .prospérité, sont non -seulement plus décentes et pins soignées pour l'exécution , mais encore emièrement nouvelles ptmr la phipart.
SECONDE 5UITE DES MONNAIES DU PANGÉE ET DE tHASOS.
/ mlVECVÎOKffffilIBNT DES MOHNAIBS 'FRAFPiES A THASOS .
£T X AMPHIPOUS.
Pianche VI.
N.0 ,7. Tête de satyre, à droite. Méai. G«ndcur.
' Bf. ©A, poisson dans un carré creux; entre deux globules . . • . i . . . A 2.
N.» 18. Tête d'une jeune femme, à droite.
Bf. 0AS9 deux poissons et trois giobuiesdans le même carré JSi 3 .
N.<> 19. Satyre enlevant une femme, dans une attitude
moins lascive que sur le n.^ 1 7 i à côté de la femme est un poisson semblable à ceux des n.^' j 7 et 18,
, BC. Carré creux» divisé en quatre parties égales entre elles • ;/R ;.
N.o 20. NUïne type que cel^ qui précède; ïBsm à coté de la femine^ au licsadu poisson, on voit la lettre A.
B. Carré- de même ibrme ijue ceint du précédent numéro A 5.
N .• 1 1 . Tête if' Apollon , à cheveux courts , ornée d un ruban:
Bf. Carré cretDc , dans lequel on voit un poisson qui par^ de la nature de quelques -uns de ceux qu'on pêclie dans le lac Cercîne A 3.
N/>a2. Sans légende, deux poissons entre deux globules.
R. Carré creux , d'une forme lacédémonîenne A 3 .
Ces six monnaies , dont la quatrième setrfe *est connue , et
ne peut être regardée que comme appartenant à Amphipolis, font apercevoir l'union qui, depuis là conquête, régnait entre les ThasLens et les nouveaux colons d'Amphipoiis ; niêmi^ leur accord à faire changer le goût généralement répandu d'admettre l'ancienne monnaie du Pangée et de Thasos; mais eette nouvelle imitation plus perfectionnée se retrouve si rarement, qu'on ne saurait se persuader qu'elle ait pu durer iong-temps; on en sera bientôt convaincu par la nouvelle monnaie àt% Thasiens.
La révolution arrivée en Thrace dans les arts du dessin , pour les monnaies , ne peut appartenir à l'époque où Athènes domînait les mers , et soumettait ses alliés à des contributions onéreuses. Tant que cet état de choses exista , ces peuples durent acquitter leurs charges publiques, et exercer leur con^merce avec les anciennes monnaies du Pangée , ou avec les contrefeçons qu'Athènes en avait faites : ce fut sous les Lacédémoniens, possesseurs d'Amphipoiis, que cette révolution eut lieu, parce que les nouveaux colons ne pouvaient pas reproduire le carré athénien.
Le n."" 2 1 peut aussi bien appartenir aux Thasiens qu'aux Amphipolitains , et c'est par cette considération que cette petite médaille ayant les formes primitives, ma paru devoir prendre place entre les deux époques de la conquête des Athéniens sous Agnon , et de celle des Lacédémoniens sous Brasidas.
L'usage des monnaies qui méritent le titre de primitives , et qui fut si nécessaire dans l'origine du mouvement comn^ercial de la Grèce , ne put être négligé chez des insulaires dont tant d'écrivains ont vanté les richesses. Les Macédoniens en avaient à€)k fabriqué de semblables avant Alexandre L**^, et les Athéniens , ainsi que je l'ai déjà fait remarquer , avaient eu aussi leurs petites roues de forme primitive. Ces exemples , que je pourrais multiplier, prouvent de plus en plus que l'association pan-
géenne eut aussi' une monnaie semblable, en adc^tant le type du cygne.
La «oncbrde qui s'établit entre Lacédémone et Thasos ( résultat des conquêtes des premiers dans la Thrace), se manifeste dé]k par les n.^* 1 6 et 17, qui, comme le n,** 20, sont marqués des deux côtés. Quant aux n.^' 1 8 et ip , qui présentent encore une imitation de f an^ieA type pangéen , on les trouve aujourd'hui si rarement dans la*Thrace et dans la Macédoine , qu'on ne saurait penser que leur ÊU>rication eût pu se maintenir encore longtemps dans le commerce intérieur. Lçur rareté» ainri que la beauté du travail, portent À croire qu une nouvelle monnaie faisait tomber en désuétude des coins qui avaient tenu le premier rang dans tous les pays qui entouraient le Rangée.
Revenue à son premier état de prospérité , l'île . de Thasos reprit non-seulement son commerce et l'exploitation de ses richesses minérales , mais encore une nouvelle domination sur le continent , en s'emparant de la position de Crénidès » et sans doute de la ville de Datos. Bien que ce dernier &it que M, Raoul^ Rochette a savamment et particulièrement discuté (i), mérite d'occuper l'attention , je ne persiste pas moins à croire que les Athéniens n'entrèrent jamais à Datos ; et en m'appuyant sur Diodore de Sicile , je dirai , avec lui , que ce fut seulement dans la première année de la cv.^ olympiade, que Datos tomba au pouvoir des Thasiens. (2). Il serait bien curieux de savoir si ce n'est pas sur les Satres d'Hérodote que les Thasiens firent cette conquête.
Quoi qu'il en soit, ces derniers ne tardèrent pas à $e donner une monnaie principale, qui fut reçue par tous les peuples voi-
(i) Histoire des Colonies grecques , tome IV, pag. 7 et suiv. (2) Diod.jlib. CXVI, cap. m.
sins , et que plusieurs d'entre eux , la plupart encore barbares , cherchèrent à imiter ; eile présente les divinités les plus honorées dans rile , Bacchus et Hercule. Je n en donnerai pac ki la description , la gravure du n."" a2 y suppléant : il &ut néan- ^ moins observer que bien peu d'exemplaires de ce plagiat sont conformes à celui qu of&e la gravure ; les autres ne sont que les imitations les plus barbares, et ne sont décrites don&^les recueils que sous la qualification de plagia barbarorum, c'est-àdire contrefaçons du plus mauvais genre de gravure.
Cette monnaie, qui prend la forme du médaiHon, ou tétsadragme , n est pas la seule qui fut frappée à l'époque de la restauration de la liberté de l'île de Thasos ; une autre de même poids, mais d'un travail plus parfait, l'accompagne dans nos collections ; cependant elle n'est pas à la place qui lui convient.
Les antiquaires ne sont pas d'accord sur la primauté de fabrication entre ces deux médailles ; en général , la préférence est pour la seconde , sans doute à cause de la plus grande perfection de l'art qui la distingue ; mais en jetant les yeux sur cette qui eut tant de mauvais imitateurs, on peut se convaincre qu'elle fut la première à remplacer dans le commerce local celles du Pangée, et par conséquent celles de Thasos.
Ce qui fait, à mon avis, pencher la balance pour le n."" 22, s'aperçoit principalement dans le sujet. Il annonce une circonstance impérieuse , accompagnée d'un acte religieux , solennel , qui change le système monétaire comme le système politique des Thasiens. Ceux-ci, délivrés d'une servitude insupportable, offraient à leurs dieux protecteurs , et surtout à Hercule sauveur, HPAKAEO? ZaTHPOZ, l'hommage de leur reconnaissance. Ces actes de piété, qu'il est plus facile de concevoir que d'expliquer, s'adressaient aussi à Sparte , où le même dieu était trèshonoré.
Le sujet d'une monnaie si expressive fut donc employé au temps de la délivrance des Thasiens ou très-peu après. Le style de la seconde, n.* 23, me parait» au contraire, fort éloigné de cette époque , et indique que l'émission se rapproche du règne de Philippe , père d'Alexandre : pour que Ion puisse en juger, j'ai fait graver, à la fin de la^nême planche, une des monnaies d'argent de ce roi , qui servira d'objet de comparaison. Voyez le n.^ 24.
Je reviens aux n."^' 22 et 23 , qui offirent des tètes de Bacchus , dont lune est barbue , et l'autre sans barbe. Cette variété sépare , par un culte nouveau , la création des deux monnaies : je trouve de plus une plus grande simplicité de coliiposition dans la première que dans la seconde ; dans l'une , on ne remarque jamais aucun symbole ; dans l'autre , ils ne manquent jamais , et sont très -variés ; on y remarque , deux fois surtout, le lézard des monnaies d'Eione , ce qui n'est ici nullement indiâS^rent , et qu'on peut reconnaître dans le catalogue de M. Mionnet, tome II, page 434 f ^^^ n.""* 1 7 et 21,
£n terminant ce chapitre , je ferai observer que , si Thasos a tardé à émettre ses monnaies particulières et souscrites de son nom propre , c'est qu'elle avait pu suppléer à ce dé&ut par son association au gouvernement pangéen ; association prouvée par la médaille n."" 15, et par dés faits irrécusables , mais dont les détails mèneraient trop loin.
Passons aux monnaies des Bisaltes et des Crestoniens , non moins intéressantes que celles du Pangée.
i8o VOYAGE