VILLE QUE J'ATTRIBUE A LA BISALTIQUE
Nous possédons, dans divers cabinets, cinq nionnaies différentes , qui portent le nom d'une ville nommée Trailium ; ces monnaies ont eu le même sort que celles d'Oreschîa, c'està-dire qu'elles n'ont point obtenu une place géographique certaine dans nos collections , par la raison que les anciens auteurs n'ont pas parlé de la ville de Trailium. Je viens néanmoins de démontrer que la ville d'Oreschia devait appartenir aux Crestoniens. Je me propose maintenant de prouver que Trailium était une ville de la confédération bisaltique , et que , dans une occasion facile à déterminer, elle fut assez puissante pour s'isoler de cette ligue et devenir libre.
Par une suite d'observations locales, je me suis convaincu, dans mes premiers voyages, que les médailles de bronze de Trailium, qui portent la tête de Mercure à la face principale, et le balnustium au revers, provenaient toutes du nord de la Bisaltique, c'est-à-dire des pays situés depuis ies ruines d'Amphîpoiis jusqu'à Nigrita; mais il ne m était jamais arrivé de m'en procurer d'argent; leur existence aujourd'hvi reconnue est un signe plus certain que cette ville était devenue indépendante.
DANS LA MACÉDOINE. ipy
M. Mionnet , dans ie troisième supplément de son catalogue (page 172), on a publié une de ce métal, qui se trouve dans la collection du b^ron de Chaudoir, gentilhomme polonais, possesseur d'un beau cabinet de médailles grecques, et trèsversé dans la science numismatique. Depuis lors, M. de Cadalvène, qui a voyagé en Turquie, en a vu d'autres dont il s'est procuré des empreintes dans le cabinet de M. Boreil , et il me les a communiquées. £n voici la description ; j y joins celles qui étaient déjà connues en bronze, et qui se trouvent gravées à la fin de la planche V de ce volume :
N.o ,. Grappe de raisin. Métal. Grandeur.
Bt. TPAI en deux lignes, dans une croix. . . JR 2.
Épi de blé.
R. TPAI dans une croix, comme la précédente JR 2.
Tête de Mercure, ornée du pétase.
BC. TPAI dans une aire carrée, divisée par une croix • >£ 3 .
Même tête.
Br. TPAIAION, fleur de balaustium, dans Taire
grappe de raisin /Eu 3.
N.- ;. Autre, avec un croissant.'. JE. 2.
Si, par àts observations locales souvent réitérées, j'ai pu acquérir la connaissance des lieux où i on découvre journellement les monnaies qui appartiennent à Trailium ; si j'ai pu me convaincre qu'il ne faut pas s'éloigner d^Amphipolis ou de la partie du nord de la Bisaltique pour les trouver, ces mêmes circonstances ont dû me conduire à . la découverte de cette ville elle même; or, je pense que l'ancienne Tuiilium est la ville
ipS VOYAGE
nommée aujourd'hui Nigrita, située k quatre lieue» de Serres et à six lieues d'Amphipoiis , sur des coteaux d'un- grand produit.
L'état toujours prospère de cette ville annonce la richesse dont elle a dû jouir dans f antiquité. Elle est encore, comme Serres , le point central du commerce de ses environs. Les Athéniens durent, par conséquent » attacher de l'importance à s en faire une alliée.
Par l'inspection de ses monnaies , tant d'argent que de bronze , on juge que la fabrication n'en est pas antérieure aux premières monnaies que fît frapper Amphipolis , comme colonie d'Athènes ; il est même aisé d'apercevoir que les unes et les aulres sont du même temps, et il doit résulter de cette coïncidence que la même cause a donné à chacun des deux peuples le moyen d'obtenir l'autonomie : c'est donc dans la politique d'Athènes qu'il faut chercher l'origine de ce nouvel état de choses.
Cette dernière ville , en fondant sa colonie d' Amphipolis, avait eu de vastes projets de domination sur toutes les contrées qui avoisinaient cette place. Intimidée sans doute par la cmifédération des Bisaltes et des Crestoniens que soutenait la Macédoine , Athènes dut s'appliquer à les affaiblir en leur enlevant une ville qui faisait leur principal appui, par son emplacement, ses richesses territoriales et sa population. On conçoit trop bien l'intérêt quelle attachait à l'affaiblissement de la ligue btsaltique, pour douter du soin qu'elle prit de se faire un soutien d'une ville qui eût été son ennemie, si elle fût restée fidèle à la confédération ; et si l'on considère combien les disgrâces des ennemis d'Athènes et des peuples qu'elle avait soumis avaient altéré les opinions , on ne trouvera rien que de vraisembiabl^e dans la défection des Trailiens.
DANS LA MACÉDOINE. ipp
Les médailles, en effet, semblent prouver cette défection. Amphipoiis et Traiiium, devenues des villes libres , frappèrent,
comme cela devsut être, des monnaies d'argent et de bronze.
Quant à remplacement que Trailium occupait sur le territoire nord des Bisaltes, il faut nécessairement supposer quelle était en état de main tenir • son émancipation par sa position, comme par ses richesses et par le nombre de ses habitans. Dèsiors on ne pedH comme je Tai dit, retrouver cette ville antique que dans celle de Nigrita. Elle formait, avec Serrés et Amphipoiis , un triangle dont les côtés sont à peu près égaux , ce qui établissait des communications faciles entre ces trots grandes villes. >
Je suis entré dans beaucoup de détails à ce sujet, attendu que le pays des Bisaltes et celui des Crestoniens m'ont paru intére^ans par les faits nouveaux qu'ils présentent à Thistoire des médailles. Ce «ujet doit inspirer d'autant plus d'intérêt, qu'à l'époque dont nous parlons , Philippe allait bientôt changer Tétat politique de ces belles contrées.