‹ Voyage dans la Russie méridionale et la CriméeChapitre 12 sur 68 · IL · texte numérisé non relu

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valions nettes et vives sur- tout ce qui frappait notre esprit ou nos regards. De toutes parts, c'était à qui nous rendrait les meilleurs services ; les plus illustres et les plus honorables de cette bonne ville se mettaient à notre disposition pour augmenter notre butin de voyageurs, et il n'est guère possible d'employer plus utilement que nous l'avons fait, cinq jours trop rapidement écoulés. Lorsque, enfin, nous eûmes mis en ordre nos notes personnelles, et recueilli précieusement toutes celles que des personnes éclairées (à la tête desquelles avaient bien voulu se placer le Gliospodar et M. le ministre Stirbey) nous avaient obligeamment fournies, nous jetâmes un regard d'adieu et de reconnaissance sur cette ville, digne d'être placée au nombre des plus intéressantes capitales. Nous parcourûmes donc une dernière fois ses rues tortueuses; nous nous arrêtâmes de nouveau au seuil de ces églises, aux colonnes torses, dont les frises élégantes brillent de tant de médaillons et de saintes figures coloriées. Nous nous hâtâmes de visiter encore les vieux quartiers, aussi bien que la rapide promenade du beau monde; nous respirâmes l'atmosphère des fumeurs qui se rassemblent dans les cafés, où les journaux de toutes les nations satisfont la curiosité d'un public avide des nouvelles du monde politique ; ceci fait, nous ne songeâmes plus qu'à partir.

En fait de renseignements statistiques surBukharest, nous pouvons consigner ici le chiffre de la population de la ville, tel qu'il résulte des derniers recensements :

Habitants des deux se.ies.

Boyards 2,598

Gens composant leur maison 5,757

Habitants de différentes classes /i6,G0ù

Prêtres .séculiers 256

Leurs familles et gens composant leurs maisons 1,058

À reporter 50,27.')

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Moines 137

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(Ce dernier nombre présente, à pen de etioses près, le total des Juifs établis en Yalaiiiie ; on n'en trouve que très-peu dans les districts, attendu qu'ils ne se livrent nnllement à l'agriculture. )

Sujets éti'angers 1,795

YA encore , dans ce nombre, ne sont point compris dix à douze mille individus qui n'ont pas leur domicile permanent dans la ville, et qui y viennent de temps à autre, pour leurs affaires ou pour leurs plaisirs.

On compte à Bukharest :

Maisons 10,074

Monastères 126

Églises 95

imprimeries 3

Hôpitaux 2

.lournaux, le Musée Not'wnol et le Courrier T'alaque. . . 2

Société pour les publications littéraires 1

École d'arts et métiers pour les soldats 1

La nourriture habituelle du peuple consiste en bouillie de farine de maïs ou de millet, sorte de polenta; il ne connaît presque pas l'usage des viandes ou du poisson salé. La principale boisson fermentée est l'eau-de-vie de prunes.

La ville de Bukharest est divisée en cinq quartiers ou arrondissements, qui prennent chacun le nom d'une des cinq couleurs, jaune, rouge, verte, bleue ou noire. L'aga est le chef de la police; il a sous ses ordres cinq commissaires, un commissaire pour chaque quartier; ceux-ci commandent à plus ou moins de sous-commissaires, selon l'étendue de leur arrondissement.

Après avoir témoigné notre reconnaissance à ce bon et aimable prince que nous quittions avec un regret bien réel, après avoir ])ris congé de sa famille et de toutes les ])er-

BUKHAREST. — VALACIIJK. H;,

sonnes qui s'étaient montrées si bienveillantes à notre égard, nous sortîmes de Bukharest le 17 juillet.

Notre train s'était augmenté de deux voitures achetées dans le pays; voitures couvertes, légères, et, comme on le verra , d'une solidité à toute épreuve.

Quarante chevaux étaient préparés sur notre route , et la noble prévoyance du prince régnant avait été jusqu'à envoyer en avant des estafettes pour assurer notre service : aussi fûmes-nous menés avec une extrême vélocité. Nous parcourûmes d'abord un pays triste et marécageux. Vers midi , nous traversions sur un bac la Yalomnitza , dont les flots grossis roulaient rapidement. Les relais nous attendaient en plein champ ; une baraque de terre , dans ces stations isolées , sert d'abri au capitaine de poste. Notre longue caravane défilait donc rapidement dans ces tristes steppes , lorsque des nuées abondantes vinrent inonder toute la contrée et rendre le trajet plus lent et plus difficile. Une escorte de gendarmes [dorobanlz) , que nous avions trouvée à l'une des postes, galopait auprès des voitures. Elle les soutenait de la main dans les mauvais pas , et se montrait aussi zélée qu'attentive à la moindre difficulté du chemin. Cependant nous avancions vers le nord, et nous nous rapprochions toujours d'une belle ligne de montagnes sur lesquelles s'amoncelaient de noires vapeurs. Plus d'une horde de Tsiganes surprise par l'orage, et qui avait dressé ses tentes brunes dans la plaine , se préparait à recevoir la bourrasque qui menaçait de fondre sur nous. Sous ces repaires enfumés , on voyait se réfugier des femmes, de jeunes filles à peine vêtues, et près d'elles se blottissaient quelques pauvres enfants tout nus, aux membres grêles, au ventre ballonné, difformes petites créatures. La prairie devint bientôt un marécage profond : chevaux, escortes et équipages se frayaient un chemin dans l'eau ; s'il survenait un fossé , on essayait de le tourner, ou bien on le sautait à grand renfort

de coups et de vociférations. C'était une chose singulière de voir sous ce ciel noir et plombé ces quatre voitures qui sillonnaient une prairie noyée, et qui, à chaque trou inattendu, à chaque secousse cachée sous l'eau, semblaient devoir se renverser ou rester ensevelies dans la boue- Dans ces moments, chacun redoublait de soins. Les drobantz , attentifs, prêtaient à la voiture en péril un point d'appui secourable, et les postillons s'adressaient à leurs chevaux écumants, non plus avec des cris, mais cette fois avec de douces paroles et des discours d'un encouragement presque fraternel. En effet, ces malheureux animaux outrepassaient leurs forces dans ce long et difficile trajet. Nous arrivâmes enfin à Bouzéo , au milieu du fracas du tonnerre et sous les flots d'une épaisse averse; à peine le nuage qui tombait nous laissa-t-il chstinguer les clochers verts et les blanches murailles de la vaste abbaye , digne séjour d'un évêque qui est l'un des plus riches prélats de la Valachie. Notre escorte s'était heureusement grossie , et son secours nous aida tout d'abord à franchir un torrent dont le lit n'était pas encore tout à fait rempli par l'orage; mais arrivés aux bords du Bouzéo , qui coule entre deux rives fort escarpées , nous eûmes réellement la crainte d'y laisser ma voiture : elle avait d'abord traversé avec bonheur le torrent, dont la rapidité était déjà très-menaçante; mais une fois sur le revers, il fallut plus d'une demi-heure d'efforts et de cris et plus de vingt chevaux pour lui faire escalader cette pente glissante. Encore, nous autres, enfermés dans cette arche, étionsnous sortis au préalable par la portière et sur le dos des chevaux , qui nous avaient servi de marchepied et sauvés ainsi d'un affreux bourbier de deux pieds.

Nous devions trouver des lits à Rimnik; un gentilhomme valaque, M. Nikolesko, prévenu de notre arrivée, donnait des soins à notre réception future à l'heure même où nous étions inondés par les eaux du ciel, et presque engloutis

BUKllAKEST. — VALACIIIE. H7

dans les abîmes fangeux de la plaine. Par malheur, quand nous approchâmes du Rimnik , qu'il fallait encore traverser avant d'arriver à ce gîte si désiré , nous trouvâmes la rivière à ce point irritée , que nul parmi nos guides n'en voulut entreprendre le passage par cette nuit profonde. Il fallut donc se résigner à passer la nuit dans nos voitures, et dans la hutte d'un pauvre paysan, qui n'avait autre chose à nous offrir que de la paille dont un cheval tant soit peu anglais n'aurait pas voulu pour litière. Vers trois heures du matin le ciel s'était quelque peu éclairci, la rivière était devenue guéable, et nous ne tardâmes pas à arriver â Rimnik.

Ce contre-temps nous fit donc perdre l'occasion de profiter d'une aimable hospitalité dont tous les apprêts étaient faits pour nous recevoir la veille. Arrivés à cette heure incommode, nous nous serions fait un vrai scrupule d'apporter ce dérangement dans la demeure de M. Xikolesko , et nous avons repris des chevaux pour gagner sans délai la frontière moldave.

La résidence du noble boyard nous a paru vaste et somptueuse. Elle est construite dans le goût italien avec des galeries ouvertes. Rimnik elle-même est une ville assez considérable ; elle j)ossède un château bâti en briques dans le goût turc. A cette place, Souvoroif combattit Mustapha-Pacha, et remporta une victoire qui lui valut le titre de.comte de Rimnik. Le 18, au lever du jour, le temps s'était embelli, la plaine avait un aspect de fraîcheur qui charmait la vue , un soleil bienfaisant réchauffait nos membres engourdis ; nous oubhâmes bientôt les fatigues d'une détestable nuit, et nous arrivâmes à Fokschani, où le président du district, M. Georges Razo, nous reçut avec une politesse empressée.

Fokschani est la hmite qui borne la Valachie ; au milieu même de cette ville, le Milkove, petit ruisseau sur lequel est jeté un pont de bois, marque la frontière commune aux deux principautés. Cette situation est favorable au com-

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