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tance , pcas un simple ravin n'avait échappé aux investigations infatigables de nos ardents ingénieurs , et la conclusion de ces consciencieuses explorations avait été l'ouverture des sondages que j'avais trouvés sur ma route , et de quelques autres qui allaient coopérer au système de recherches concerté entre nous. Je ne passai donc que deux jours à Lougane pour convenir de nos projets et de nos opérations ultérieures; ceci fait, je me tins prêt à regagner Odessa par la voie la plus directe.
Lougane, mon séjour le plus long durant cette excursion si rapide, est le siège d'une usine impériale fondée dans le but de fournir aux places fortes du midi et à la flotte de la mer Noire les projectiles, les canons et autres objets en fonte que réclamait l'état des forces des départements de la guerre et de la marine dans cette partie de l'Empire.
La nature des minerais , et surtout celle des combustibles minéraux extraits dans cette contrée , n'a point encore permis de fabriquer sur place la fonte de fer ; celle qui est nécessaire au roulement de la fonderie a été jusqu'à présent tirée de Sibérie.
Quoi qu'il en soit, l'usine impériale est montée avec une largesse digne de l'important office qu'elle doit remplir. Un nombreux état -major, composé d'officiers du corps des mines , préside aux travaux de l'établissement. Lougane avait été longtemps le chef-lieu central de M. Le Play et des personnes qu'il avait à ses ordres. Bien plus , l'usine , qui avait eu sa part dans les recommandations tutélaires dont mon expédition était l'objet, nous prêta, pour coopérer à nos travaux , un nombre considérable d'ouvriers. Les personnes qui travaillaient sur le terrain , dans l'intérêt de la question qui m'occupait , avaient trouvé à Lougane une réception dont elles se montraient reconnaissantes, et je voyais avec plaisir que déjà des liaisons
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s'étaient formées entre mes explorateurs étrangers et les officiers en résidence à Lougane. C'est dans ces heureuses dispositions que je quittai cette petite ville dans la soirée du 8-20 août.
Si je me bornais à consigner ici mes propres remarques au sujet du pays des Cosaques du Don, que je venais de traverser avec une si incroyable promptitude, ces détails, fugitifs comme le tourbillon qui m'est passé sous les yeux pendant cette course étourdissante, n'auraient à coup sûr aucune importance. Mais je puis du moins produire la substance de mes courtes conversations, tant avec l'excellent attaman Vlassoif qu'avec mon complaisant et fidèle cicérone, le comte Galateri, qui , tout brisé du voyage , ne s'en montrait pas moins un guide prévenant et utile.
Le pays habité par les Cosaques du Don est une vaste plaine traversée par le fleuve de ce nom , depuis sa sortie du gouvernement de Voronége jusqu'à son embouchure dans la mer d'Azoff. Ce pays comprend aussi le district montagneux qui s'étend sur les bords du Donetz jusque vers le gouvernement d'Ekatérinoslaff. Bien que soumise à l'autorité de la Russie , cette population de Cosaques est régie par ses lois et ses usages particuliers. Elle nomme ses chefs, qui portent le nom d'attamans; elle élit aussi tous ses fonctionnaires civils. La seule dignité d'attaman en chef est à la nomination de l'Empereur, qui l'a conférée à l'héritier du trône, pour cimenter par des liens d'honneur et d'affection l'incorporation des Cosaques dans la grande famille russe. Le territoire des Cosaques est fertile, mais mal cultivé. Le sol, composé de plaines d'un niveau assez élevé , se creuse par de profonds ravins au fond desquels coulent les rivières. L'agriculture , la pêche et l'éducation des bestiaux sont les principales occupations des habitants. Et pourtant, au sein même de toutes les conditions qui peuvent assurer la richesse , ces peuples vivent pauvres, comme aussi ils vivent sobres, mal-
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gré les dons les plus précieux de la nature, qu'un peu d'industrie suffirait à faire fructifier. La seule passion des Cosaques, la seule qui fasse contraste avec leur frugalité ordinaire, est la passion de l'eau-de-vie n l'eau-de-vie est la poésie et l'espérance du Cosaque. Soldat à quinze ans, il garde jusqu'à cinquante ans l'uniforme , prêt à obéir au premier ordre de départ ou de service d'escorte et de dépêches. Peu de villes, mais un grand nombre de villages couvrent la plaine étendue qu'habitent ces populations. Chaque village porte le nom générique de stanitza , sans préjudice d'un autre nom distinctif Dans chacun de ces villages se trouve une maison publique, où l'attaman consacre quelques heures de la journée à l'examen des affaires de la commune. Le pays est, en outre, parsemé de klioufors ou hameaux : ce sont les maisons de campagne et les fermes d'exploitation. Ces peuples portent la pratique des devoirs religieux jusqu'au scrupule, et leurs idées superstitieuses leur font regarder comme impurs tous les hérétiques qui professent un autre culte que le leur. C'est ainsi que, dans leurs relations obhgées avec nos sondeurs, on les a vus souvent passer au feu, pour les purifier, tous les objets qui avaient été un seul instant en contact avec les infidèles. L'ignorance de ces Cosaques est très-grande, et il faudra encore longtemps attendre qu'un peu de civilisation leur arrive. Pauvrement logés, mal vêtus, et rongés par une malpropreté repoussante, les hommes de la classe la plus nombreuse sont restés les Cosaques d'il y a cinquante ans. Ce soldat paysan ne s'inquiète que d'une chose, de la propreté de l'uniforme ; ceci est de rigueur. Il brosse son habit tous les jours, mais il ne songe jamais à se laver les mains.
Odessa était encore le 20 au soir à 863 verstes de nous, et nous reprîmes notre course tout rafraîchis par ces quarantehuit heures de repos. La route, plus accidentée jusqu'à Bahkmout, nous offrit quelques distractions. De toutes parts nous retrouvions autour de nous ces sphinx de granit, scul])ture
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grossière, qui jonchaient le steppe au pied des kliourohans. Ekatérinoslaff nous reçut bientôt : vous la voyez de loin qui s'étend au pied du Dnieper, où elle déploie une suite de jolies maisons et de jardins. Cette ville, qui s'est élevée, comme l'indique son nom, en mémoire de la gloire de la grande impératrice, est aujourd'hui le chef-lieu d'un gouvernement qui dépend du gouvernement général de la Nouvelle- Russie. A la traverser au galop, comme nous le fîmes, nous n'y remarquâmes que peu de mouvement dans la population. Puis nous atteignîmes Nicopol, et nous suivîmes le Dnieper jusqu'à Bérislaff, toujours en foulant une plaine bornée par de nombreux tumuli, et fertilisée d'espace en espace par une culture intelligente.
Que pourrais-je dire de Bérislaif et de Kherson, que nous aurons une prochaine occasion de décrire plus à loisir? Je les dépassai rapidement : j'étais bientôt après dans les belles et vastes rues de NikolaiefF, le premier chantier maritime qui se soit élevé sur ces rivages. Nicolaieff, moins richement doué par la nature que le havre admirable de Sévastopol, n'en offre pas moins un mouillage favorable et un arsenal spacieux. Après avoir passé sur un bac le Dnieper, qui est d'une si grande largeur que le trajet dure plus d'une demiheure, nous prîmes enfin la direction d'Odessa, où j'arrivai dans la nuit du 24 août, après quatorze jours d'absence, pendant lesquels j'avais parcouru 2,000 verstes environ.
Ma visite était donc accomplie; je rentrais à Odessa précisément pour l'époque que je m'étais assignée. Je devais à cette heure me préparer au voyage de Vosnessensk, cette courte et splendide promenade. Telle est la vie du voyageur; mélange incomparable d'émotions, de bien-être et d'indigence : aujourd'hui campé dans le steppe, demain sur le moelleux divan d'un palais !
Cependant une partie de mes collègues exploraient pas à pas la Crimée, et étudiaient à petites journées cette antique
VOYAGE DANS LA r.L'SSIE MÉRIDIONALE.
péninsule où chaque ville porte un triple nom consacré par la mythologie, par l'histoire et par la conquête moderne. Le récit de leur voyage d'observation occupera le chapitre suivant.
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