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Génois. Au pied de cette tour, vous pouvez voir eneore deux fontaines construites par les Turcs. L'une de ces fontaines est ruinée et perdue, le mur est tombé, la source est tarie; mais en revanche , entendez l'autre source murmurante qui jette ses eaux dans un beau fronton de sarcophage grec en marbre blanc, renversé en guise de bassin. La sculpture effacée laisse à peine apercevoir deux figures d'oiseaux. Yeni- Kaleh, sur sa plage de sable battue des vents, a trouvé moyen d'ouvrir quelques magasins où se débitent des toiles, du goudron , des avirons , et surtout une immense quantité de poissons que la pêche de chaque jour apporte au marché de Kertch; sans nul doute le sel conserve ce qu'on ne mange pas sur les lieux. Les espèces les plus recherchées sont le turbot bouclé et d'énormes esturgeons.
Mais il fallait passer le détroit; de longs et difficiles pourparlers nous mirent enfin en possession d'une petite barque, esquif étroit et long, relevé en pointe par ses deux bouts et garni de deux voiles latines. Au fond de ce bateau de forme antique, nous étions assis à la file, faisant nous-mêmes l'office de lest pour balancer l'effort du vent qui chargeait notre frêle mâture. Tout alla bien. Nous avions trois patrons , bien que deux patrons eussent suffi à la rigueur. Il fallut contourner de très-loin une pointe couverte d'herbes, qui se cache sous les eaux. Voilà comment les navires qui se rendent à Taman sont obligés de faire à peu près le double du chemin qu'ils auraient à faire dans la ligne directe. Une fois dans la grande baie de Taman , abrités des flots comme nous l'étions, notre traversée devint plus facile , et même nous eûmes assez de liberté pour donner une chasse acharnée aux bandes nombreuses de cygnes , de pélicans , de cormorans , de grèbes et d'autres oiseaux aquatiques qui s'élevaient en longues files , et qui rasaient la mer avec un bruit comparable à celui du tonnerre lointain. En approchant de la côte de Taman, nous fûmes frappés de son aspect encore plus triste , s'il est
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possible, que celui de la rive opposée. Enfin nous touchâmes le rivage, au fond d'une petite crique tout obstruée de grandes herbes , et au pied d'un débarcadère de bois assez mal défendu contre le mouvement des eaux.
Taman ne présente rien de bien imposant du côté du rivage : ce n'est qu'un triste amas de cases couvertes de chaume. Quelques maisons plus élevées témoignent seules de la résidence des chefs militaires de cette importante station. Après avoir répondu d'une manière satisfaisante aux formalités exigées , nous nous acheminâmes , sous la pluie froide qui n'avait pas cessé, pour nous enquérir d'un logement. Triste et piteuse caravane ! Que nous étions déjà loin de Yalta et des majestueux sentiers du Stillé-Bogas ! Ici, un ciel gris, un vent violent, une pluie pénétrante, une boue profonde qu'il fallait bravement affronter, et pour comble de malheur, point de gîte. Un habitant génois de Kertch nous avait donné une introduction auprès d'un compatriote de Taman. La maison trouvée à grand'peine , nous voilà suppliants comme Ulysse à la porte d'Eumée; nous exhibons notre missive à une dame peu hospitalière , qui nous rend aussitôt la lettre , en ajoutant cruellement que son mari est absent. Une seconde après, la porte était fermée; mais, en revanche, les chiens du logis, renchérissant sur l'accueil de leur douce maîtresse , nous invitaient énergiquement à vider les lieux, ce que nous fîmes sans balancer. Le cas était grave, la perspective d'une nuit en plein air se montrait à nous sous des couleurs peu séduisantes. Nos marins grecs , à force de recherches , nous trouvèrent enfin un asile chez une bonne femme russe. Un étroit taudis , éclairé par deux trous, fut bientôt garni de notre litière habituelle , le mol édredon du steppe, qui nous servait de lit, pendant qu'il remplissait dans un bouge voisin le rôle de combustible pour nous préparer un copieux repas de laitage. De ce logis, ou, si vous aimez mieux , de cette hutte , la partie la plus convenable,