NOTIONS HISTORIQUES SUR LA CRIMÉE. — ODESSA. — RETOUR
(Xfi^^, Notre voyage touchait à son terme, ';) Nous avions accompli en toute conscience cette studieuse entreprise, ' -' et mamtenant nous devions songer . au retour. La saison était déjà avan- ^cée : les beaux jours que nous espév^:;' rions trouver encore sur la côte de la Crimée avaient bientôt fait place aux tristes avant-coureurs de l'hiver. Le 29 octobre nous étions à Odessa, trop heureux encore que la route des steppes ne nous fût pas fermée parles pluies.
Cependant, avant de quitter la Crimée, cette terre hospitalière, digne de tant d'intérêt, accordons-lui un dernier regard! Résumons, s'il se peut, en quelques pages, le passé
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de son histoire, et quelle histoire fut jamais plus remplie d'événements, d'espérances, de poésie, de réahtés?
Il faut remonter jusqu'aux temps fabuleux pour arriver aux orioines de la Tauride. Plus on a voulu porter la lumière dans ces ténèbres, et plus on a fait surgir de fantômes menteurs. Les historiens les plus sévères eux-mêmes n'ont pas dédaigné de nous raconter l'une après l'autre les légendes dramatiques de la mythologie ; non pas assurément que cette étude fût assez solide pour satisfaire des esprits sérieux; mais toutes ces histoires étaient si bien racontées déjà par des narrateurs qui n'ont pas moins de quarante siècles, qu'il s'est trouvé quelque charme à les répéter, et qu'eux-mêmes , les graves chercheurs de vérités , se laissant bercer à la fable , y ont trouvé , comme le bon La Fontaine , un plaisir extrême.
S'il faut en croire les historiens , les premiers habitants de la Tauride étaient un peuple qui était originaire de cette contrée et qu'on nommait les Taures, ou Tavriens; mais à peine si on a le temps de s'arrêter sur cette race et sur ce nom , que voilà les Taures qui disparaissent : ils sont effacés par une formidable invasion des Amazones; ces singulières héroïnes, en débordant sur l'Europe, avaient envoyé une expédition en Tauride. Ceux qui appellent la chronologie à l'aide de la poésie , pourront trouver dans tous les livres que cette invasion avait lieu précisément quatre cents ans avant l'expédition des Argonautes. Quel dommage de ne pouvoir raconter ici toute cette curieuse et rare histoire des Amazones! histoire digne de l'Arioste assurément, mais recueillie dans la tradition, et enseignée au monde sous les auspices de tous ces grands noms : Hérodote , Justin , Strabon , Diodore de Sicile , ces graves traducteurs des naïves légendes d'un monde enfant.
Quoi qu'il en soit, ces hordes indomptables de femmes, république capricieuse, tantôt cruelle, tantôt clémente au
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sexe ennemi, avaient envahi la Tauride. A peine établies, elles fondèrent leurs temples; temples saniilants, culte barbare, dont une vierge était la j)rêtresse, dont les victimes étaient des hommes! Est-il besoin de dire que le plus fatal, le plus redouté de ces temples, était précisément élevé sur le cap nommé depuis le cap Parthénium ; que ce temple était consacré à Diane tavropolitaine, et que la statue de la déesse présidait à ces boucheries humaines? N'avez-vous j)as vu déjà que nous sommes entrés dans le prologue de ce drame fatal des Atrides, l'éternelle préoccupation qui remplit de ses terreurs et de sa pitié le théâtre antique? IVIais le temps s'est écoulé, la guerre est devant Troie; et voici que la fille d'Agamemnon, cette Iphigénie poétique, amoureuse et chaste figure, qui est à la fois la fille d'Euripide et de Racine, est vouée à un horrible sacrifice, comme si dans ces temps-là le sang des hommes eût été la dernière raison des prêtres ! Iphigénie enlevée s'enfuit en Tauride ; de victime elle devient prêtresse. Vous savez quelle expiation fut un jour imposée à sa main fraternelle, comment s'opéra la reconnaissance, ce premier, cet éternel trésor de l'émotion dramatique, et comment Oreste et Pilade emportèrent, en fuyant dans Argos, et la prêtresse et l'effigie de la déesse implacable !
Plus tard les Scythes, qu'on pouvait appeler la Tempête à cheval, procclla ('(jueslris, tombent au galop sur la Tauride. Cette terre était faite pour servir de passage à ces hordes barbares qui s'écoulaient d'Orient en Occident. Longtemps les Scythes restèrent maîtres de la Tauride, mais tout à coup les Amazones parurent de nouveau sur ces rivages.
Etrange histoire! ces femmes soldats, vaincues par Hercule et par Thésée, étaient conduites captives en Grèce, lorsqu'elles s'emparent des vaisseaux, égorgent leurs vainqueurs, et jetées elles-mêmes par la tempête sur la côte de Tauride, elles y débarquent, ravageant le pays et portant la terreur parmi les Scythes. Cependant, le premier trouble