CHAPITRE IL
Les eaux mine'rales du Courcourj.
Il n'est, dans les pajs de montagnes , une contrée plus singulière que celle qui est située à l'extrémiié méridionale des Alpes, et que l'on trouve dans toutes les géographies sous les noms de val , vallon on vallée des Aulnettes, Si vous considérez ce qu'il peut y avoir de pittoresque et de sauvage dans les sites , vous donnerez à ce pays le nom de val , qui appartient de droit à la mélancolie. Si vous examinez l'émail de ses prés, la fraîcheur de ses eaux et les mystères de ses bosquets , vous lui donnerez le nom de vallon , qui porte
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avec lui je ne sais quel parfum poétique. Que si voire imagination est frappée par des idées d'étendue , de population , de richesses agricoles et industrielles , vous ne pourrez lui refuser le nom de vallée, et de vallée par excellence; cela dépendra de la situation de votre ame lorsque vous arriverez sur les lieux , et des divers degrés d'irritation ou de • relâchement qu'elle portera dans les parties molles ou nerveuses qui composent l'enveloppe matérielle dans laquelle est renfermée cette inconcevable étrangère.
La vallée des Aulneltes a un caractère qui lui est tout-à-fait particulier. , Le froid des glaciers qui la dominent et la chaleur méridionale qui s'y concentre s'y sont arrangés ensemble par une sorte de transaction. Le shirocco semble y avoir donné rendez-vous à la bise , el de leur alliance il est résulté des phé-
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noniènes dignes de remarque : des coteaux embaumés de myrie et de lavande, et des sommets couverts de renoncules glaciales et de perce-neige 3 des bosquets où le cerisier mêle ses globes de pourpre avec la manne qui découle des mélèses. Ici la clématite du midi enveloppe de ses vrilles amoureuses l'arbre consacré au dieii des hivers 5 et plus loin l'églantier frileux, à feuille de rue, développe son timide bouton à côté de la rose double , comme on voit dans les fêtes champêtres une simple bergère auprès d'une dame de cour : et tandis que vous apercevez le bouquetin poursuivre sa bouquetine sur les pics les plus élevés, vous entendez les tourterelles soupirer au fond de la vallée dans une atmosphère inspiratrice.
Des productions et des scènes si variées , un local qui offre à chaque constitution la température précise qui lui
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convient, à chaque instinct de l'ame , à chaque besoin de l'esprit l'aliment qui leur est nécessaire, et que sa situation dérobe d'ailleurs aux investigations politiques qui fatiguent les gens de la plaine ; ce local , dis - je , est , durant toute la belle saison, très -fréquenté par les étrangers. Les uns y viennent pour prendre le frais , les autres pour y suer; ceux-ci pour donner du ton à des fibres relâchées, ou aiguiser des appétits amortis; et ceux-là pour obtenir un relâchement à des nerfs qui les fatiguent ou à des vapeurs qui les obsèdent : ajoutez à cela que la vallée est arrosée par un ruisseau d'eaux minérales fort recommandées contre la pléthore ; en sorte que les facultés d'Allemagne , d'Italie et de Russie ne manquent jamais d'y envoyer , durant la saison des eaux , toutes les excellences et succulences allemandes , italiennes
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OU russes, qui finiraient par eucombrer ces royaumes , sans l'attention qu'ont les doctem's de les déblayer.
Cette grande alUuence d'étrangers dans la vallée y a totit-à-fait altéré les mœurs des indigènes. En respirant l'air du pays, en examinant ses productions, en considérant ses sites, vous voyez, vous sentez que vous êtes au sein des Alpes; mais si vous descendez dans la société , vous vous croyez au fond de l'Allemagne. Tel est l'ellel qu'y a produit l'intervention des étrangers ; et c'est ainsi que le lest d'un vaisseau revenant de Chine et déposé sur les rivages français, y fait éclore nne multitude de plantes chinoises; et tandis que le botaniste les observe d'un œil curieux , le naïf habitant du rivage lui demande si ce n'est pas ce dépôt exotique qui a fait pousser tant de magots sur la côte.
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Les étrangers ont donc apporté dans cette partie des Alpes les distinctions et les privilèges qui , plaçant chaque individu dans sa case , font de la société une sorte d échiquier où les fous et les tours occupent tellement la place que les pions ne savent plus où se mettre. Mais l'idée qui a dominé dans les arrangemeiis sociaux de la vallée , c'est celle des quatre ordres qu'elle a empruntés , en l'exagérant , du royaume de Suède. Dans le premier de ces ordres , on prône , on catéchise , et rien au monde n'est assurément plus utile et plus respectable ; dans le second ordre , on se pavane , on fait la roue , et on pourrait se dispenser de ce petit ridicule ; dans le troisième ordre , on fait son petit trafic , on tire parti de son bien , on pense , on raisonne , on politique (travailler est fort bien , raisonner est peu sage ,
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et, pour faire de la politique, attendons qu'on y comprenne quelque chose); dans le quatrième ordre, on cultive la terre, on coupe du bois, on file du coton ou de la laine , on tisse un linge blanc pour le premier ordre , on brode pour le second , on se souvient qu'on est le quatrième , on boit de la piquette toute la semaine , et le dimanche on joue à la boule.
Telles sont les habitudes diverses de la vie qu'on mène dans ce pays original : et que Dieu bénisse le val , le vallon ou la vallée des Aulnettes!
Nous négligeâmes de choisir un guide pour nous conduire dans cette vallée, et nous nous trouvâmes fort mal de cette négligence. Au lieu de suivre la côte sur laquelle est tracé un chemin en tire-bouchon , nous alla-
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quàmes la montagne par sa côte la plus escarpée^ et, ayant ainsi manqué le zigzag destiné aux mules , nous descendîmes perpendiculairement par la route des chèvres.
Dès que nous fûmes sur la hauteur , nous remarquâmes au fond de la vallée une fde de maisons blanches formant comme une manière de rue , des contrevents peints en vert, au lieu de bouchons de paille dans les ouvertures des fenêtres , de la brique , et pas un seul chaume ; tout cela , comparé avec ce que nous venions de quitter , nous parut de la magnificence. En descendant, nous vîmes des chardonnerets parés comme des chambellans , des alouettes portant des huppes sur la tête, des mésanges , des loriots , des grives , et enfin une multitude de chantres venus d'Italie , et exécutant avec un ensemble admirable des symphonies dans
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lesquelles les corbeaux , placés au haut (le l'orchestre , figuraient comme des contre- basses. Mais rien ne parut ravissant à M. le doyen comme le gazouillement du ruisseau qui porte dans la vallée son onde anti-pléthorique , et qu'on appelle le ruisseau duCourcoury .
Ce murmure allégea le poids de son embonpoint et le rendit plus dispos. Il sembla que le remède lui était entré par l'oreille.
Arrivés tout- à -fait sur le bord du ruisseau et à l'entrée du village , nous aperçûmes un homme à jambe de bois qui gardait des chèvres , et que les passans saluaient sous le nom de mo?i prince; une grosse femme , fort négligemment vêtue, coupant de l'herbe, et à qui l'on donnait de l'altesse j un autre paysan portant sur son habit un aigle d'or , sur ses épaules un bissac , et sur son visage un nez d'argent qui
allait si bien à sa physionomie que l'on aurait pu penser que c'était par vanité qu'il avait substitué ce nez métallique à celui que la nature lui avait donné dans des proportions moins heureuses sans doute.
Nous continuâmes notre chemin , ne doutant pas qu'après avoir vu tant de seigneurs et de princes sur la route , nous ne trouvassions un monarque au bout du village, lorsque nous arrivâmes vers un homme assis qui prenait le frais , et auquel un autre homme, la serviette sous le bras, vint dire : « Tu souperas quand tu voudras j thc roast- beef with patatoes est servi, m Nous nous adressâmes au propriétaire du roast-heef , et le docteur lui dit : (f Monseigneur voudrait-il nous dire où nous pourrions être logés ? — Chez moi, si cela te convient , répondit-il ; entre avec tout ton
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monde... Frères, à bas lesliavresacs, et mettez -vous à table. »
On sent tout ce que ce mot mettezvous Cl table a de touchant pour des gens fatigués et mourant de faim; et quelle table, grand Dieu! Le quari d'un bœuf en roast-beef. Le fraler en pleurait de joie; M. le doyen éprouvait un tressaillement d'entrailles qui occasionait, d'une manière évidente , une grande accélération dans le mouvement péristaltique , et nous demeurâmes tous ébahis et la bouche ouverte devant le gros homme et la grosse pièce. Mais M. le chevalier , toujours imperturbable , dit à notre hôte : « Je vous demande pardon; ne serions-nous pas ici , par hasard , chez un roi? — Non , répondit-il , vous êtes chez un homme , chez un Morave, qui vient ici passer tous ses étés pour soigner sa sauté.
— Vous nous excuserez , répliqua le
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ch'^valier ; nous avons rencontré dans le village tant de grandeurs et d'excellences, que nous avons cru traverser la salle des maréchaux , la salle des princes , et qu'il nous est pardonnable d'avoir pu penser un moment que nous arrivions enfin à la salle du trône. Mais nous sommes bien dédommagés; nous trouvons un hôte bienveillant , et vous avez là une pièce — une pièce qui paraît d'un tendre!...
» Les personnes , répondit le Morave , que vous avez pu rencontrer sont toutes étrangères; les unes viennent pour prendre les eaux , et vous avez dû juger à leur embonpoint combien celles du Courcoury leur sont nécessaires; les autres sont venues clierclier un asile contre les persécutions , car l'Europe est aujourd'hui comme un grand bazar circonvenu par des agens de police. Toutes, ou presque toutes,
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ont des titres, des distinctions, des décorations que je ne leur conteste assurément pas, car je ne m'en soucie guère.
» Les baigneurs et les baigneuses qui sont ici , soit pour y cherclier l'occasion de faire de l'exercice , soit dans le but d'étudier et de se distraire , entretiennent diverses espèces de bêtes j et, pour ne porter aucun ombrage aux habitans indigènes, ils affectent de s'habiller de vêtemcns semblables aux leurs tout le long de la semaine; mais le dimanche , jour consacré au Seigneur et à la vanité , ils prennent de nobles revanches. Ils se réunissent ce jour-là en comité , où chacun prend sa place et conserve son rang comme sur les bancs de l'empire. Ils se chamarrent de je ne sais combien de décorations de tous les ordres et de cordons de toutes les couleurs.Onyvoitdes étoiles, des aigles, des
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toisons, des graines d'épinard, des jarretières; quant à moi^ je ne connais que les étoiles du ciel, les aigles de la montagne, les toisons de mouton , les graines de mon jardin , et les jarretières de ma femme; je m'embarrasse fort peu de tous ces colifichets; mais je n'ai garde cependant de trouver mauvais que cliacun s'habille et se décore suivant sa fantaisie. Je trouve, au contraire, tout simple que chacun conserve son rang et le signe que ce rang annonce; et comme je porte un habit de drap sans boutons, avec un chapeau rabattu, je n'ai nul droit de blâmer ceux qui adoptent un chapeau à trois cornes et un habit décoré de crachats , puisqu'ils pensent que ces chapeaux vont mieux à leur tête, et ces habits à l'ensemble de leurs personnes. Liberté entière, indulgence pour toutes les fantaisies , tolérance pour ce qu'on appelle erreur
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d'an côté, et vérité de l'autre; assistance aux opprimés quels qu'ils puissent être ; bienveillance pour tout ce qui porte une figure humaine , et honneur et gloire à tous ceux qui, dans le monde, instruisent, améliorent, servent et affranchissent les hommes, de quelque habit qu'ils puissent être revêtus, et sous quelque degré du méridien qu'ils vivent. Telle est la devise des frères Moraves. — Telle devrait être celle de tout le monde , répliqua le chevalier. »
Lorsque nous eûmes copieusement mangé, bu abondamment, et toasté jusqu'à l'infini, notre hôte se recueillit quelques instans et nous dit : « Je n'ai jamais fait de questions à personne, et je ne me départirai jamais de la civilité qui exige qu'on ne questionne pas; vous n'êtes point dignitaires , car je ne
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vois ni croix ni cordons dessus ni dessous vos habits- vous n'êtes pas malades, car j'ai remarqué avec plaisir que vous ne manquiez pas d'appétit j vous n'êtes pas des hommes proscrits , car vous parlez librement, et comme je ne vous demanderai jamais ce que vous venez chercher ici... — Des plantes, dit le docteur. — Des fossiles , dit le doyen. — Des minéraux, dit le chimiste. — Des remèdes, dit le frater.
— Des sensations, dit le chevalier...
— Des sensations ! répondit le Morave ; je pense qu'à Paris il y a plus qu'ici des occasions d'en éprouver. — Oui, dit le chevalier; mais ce sont des sensations usées , et il faut des matières nouvelles pour fournir au besoin d'en ressentir dans un genre varié. La matière à sensations est comme une planche de graveur : lorsqu'on a tiré trois mille exemplaires, il faut la briser. — Qu'est-
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ce à dire? reprit le Moravej faut-il donc me briser les mâclioires parce qu'il y a cinquante ans qu'elles broient du bœuf et de la pomme de terre ? Je trouve cette planche encore fort bonne et même trop bonne; car je suis venu ici pour maigrir j et lorsque je perds quelques onces dans les eaux du Courcoury, je gagne plusieurs livres par l'appétit qu'excite en nfoi l'air trop vif de la montagne. »
Ici le chimiste entra sur la nature de ces eaux dans des dissertations d'une grande profondeur ; il démontra à l'homme au gros ventre comment la réunion de l'oxygène avec l'hydrogène avait d'abord formé ces eaux ; comment ces eaux , passant sur des houilles et des mines ferrugineuses, s'étaient imprégnées de parties métalliques et d'huiles de pétrole ; comment ces huiles, s'étant combinées avec des sels , avaient
formé des savons dans ces eaux ; comment ces eaux et ces savons , en traversant le canal intestinal , devaient nécessairement le déterger. Mais le docteur arrêtant le chimiste au milieu de ce canal comme appartenant plus spécialement au domaine de la faculté , le parcourut dans toutes ses dimensions, se glissa adroitement jusqu'à son extrémité; et le frater, en qualité d'apothicaire, ayant à son tour arrêté le docteur en cet endroit , s'empara du terrain qui lui restait, et tous trois démontrèrent ensemble que le malade avait le plus grand tort de ne pas se bien porter, et qu'il était dans la nature même des choses qu'il devînt incessamment maigre et fluet.
Ici le Morave, interdit et même trou-blé par cette dissertation médicale , se leva de table , et y étant revenu quelques instans après : « Merci à vous ,
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Messieurs , dit-il ; je vais être fort bien durant tout le reste de la semaine. — Niez actuellement, dit M. le chevalier, l'action de l'organe célébrale sur tous les autres ! Mais où sont les esiafFettes qui portent si rapidement les ordres du souverain jusqu'aux extrémités de son empire? »
Nous nous levâmes de table et passâmes â celle du thé. Le Morave s'endormit , le doyen fut pris du sommeil dix minutes après. Comme il pesait cinq kilogrammes de moins , c'était précisément une minute de relard par livre.
Nous réveillâmes notre hôte et lui demandâmes un guide pour courir la montagne le lendemain . Nous partîmes dès l'aube du jour, nous errâmes durant une semaine dans le pays des corneilles à bec rouge , et sur la cime des rochers dont les chamois viennent tous les matins lécher le salpêtre. Nous
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ne fîmes pas une chère beaucoup meilleure que la leur : du biscuit détrempé dans de la neige fondue, avec des côtelettes de marmotte, ne composaient pas un ordinaire très -friand, et nous firent vivement regretter le roast-beef du Morave. Mais nous lûmes amplement dédommagés de nos peines par l'abondante récolte que nous fîmes en plantes polaires sur les sommets , en végétaux des tropiques dans les gorges , en fossiles fluviatiles et marins , en pierres et minéraux primitifs , secondaires et tertiaires , en stalactites et statagmites , en insectes et en campagnoles.
Nous n'aurons pas l'indiscrétion d'en placer ici la nomenclature. Dans ce moment, le lecteur est trop occupé des coups de gosier de madame Mainvielle-Fodor et des coups d'État du roi de Naples , des cabrioles de Paul et de la chute de l'empire d'Orient, pour le
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tllslraire de soins aussi imporlaiis; qu'il lui suffise de savoir que nous faisons imprimer à part sur des planches coloriées, la Flore, la lithologie , et la zoologie de la vallée des Aulnettes , avec un appendice contenant l'analyse chimique des eaux du Courcotiry.
Nous retournâmes avec empresse ment au logis du frère Morave. Il nous félicita de ce que nous avions considérablement maigri dans ce voyage 5 le frater n'avait en effet que la peau collée sur les os. k Quel bonheur d'être ainsi tourné! disait le frère Morave. Quelle superbe ossature! quelle heureuse arridité ! Voilà le beau idéal du genre. — Frère, lui dit le frater, courir sans cesse à travers les montagnes , suer le jour, veiller une grande partie de la nuit, vivre de noisettes et de chicorée, tel est le
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moyen certain de parvenir à l'étal de perfection qui caractérise un cadédis.
— A propos, dit le Morave, frères qui cherchez des sensations , s^vez-vous que vous en faites beaucoup dans ce village? Depuis que vous avez paru ici , on ne parle que de vous , on ne sait quel peut être le but de votre voyage. On est inquiet : on a beau se retrancher derrière des titres et des cordons , on s'effraie des moyens même de défense qu'on élève autour de soi. Je crois vous l'avoir dit , la plupart des baigneurs et des buveurs qui sont dans cette vallée sont réfugiés ou proscrits. Quant à moi, j'ai l'habitude de ne voir dans mes semblables que des frères j vicieux, je les plains j livrés à l'erreur, je leur pardonne j malheureux, je les aime, et il n'y a ici que des malheureux. Dans les imbroglios politiques , la vertu de la veille est souvent le crime du len-
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demain : au lieu de sévir contre ceux que la politique du moment déclare criminels, ne serait-il pas plus raisonnable de penser que des motifs , quelquefois très-nobles , ont pu les égarer ? A la vérité , j'estime médiocrement l'autorité qui, après vous avoir proscrits, emprisonnés ou torturés , demande bien pardon à ceux qui survivent de la liberté grande qu'elle a prise de les tourmenter ainsi durant quelques années. Cependant je suis toujours porté à croire qu'on a pu la tromper, et ce pardon que j'accorde à tous les gouvernemens , n'est-il pas juste de l'accorder aussi à tous les gouvernés , qui ne sont pas en position d'être aussi bien informés qu'elle? La plupart des grands hommes ont été proscrits : Bélisaire demanda l'aumône; votre Henri IV n'échappa que par un miracle à la Saint-Barihélemi; vos deux plus fameux capitaine*
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deravant-dernier siècle furentproscrits; trente mille lettres de cachet furent décernées chez vous à l'occasion d'une certaine petite chose que dans ce tempslà on nommait la huile. L'autorité devrait y prendre garde, et ne jamais se compromettre dans les querelles de la sottise. Mais de misérables intrigues de cour enveniment les choses les plus innocentes, et donnent de l'importance aux plus indifférentes.
Suivant que vous serez puissant ou miséiaLIc , T.cs jugemens de cour vous rendront blanc ou noir.
» Ce n'est pas là de la fable , c'est de l'histoire, de l'histoire resserrée en deux vers. C'est celle de tous les cabinets monarchiques qui ne sont pas retenus dans les liens d'une loi fondamentale.
Ce qui fait la force de la cour, c'est la faiblesse des princes , et rien ne pré-
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sage leurs disgrâces comme l'exagération de ceux qui les entourent. >
Nous eûmes fort peu de peine à persuader à notre hôte que , loin de nuire aux réfugiés , nous aurions voulu être en position de les servir. Le bon sens dont il était doué lui fit tout de suite comprendre que des naturalistes qui bravent tant de fatigues et de périls pour satisfaire la passion qui les domine ne peuvent se laisser surprendre par aucune autre ; que le genre particulier de leurs études les porte nécessairement à la tolérance et à la liberté , et qu'ils ne pourraient se résoudre à servir des autorités qui ne seraient pas dirigées par ces principes. A la vérité , le Morave aurait pu nous objecter un exemple contraire , pris dans l'époque où nous lui parlions j mais il n'aurait pu citer que celui-là , et il ne le savait pas.
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(c J'applaudis h vos nobles sentimens, cijouta le Morave , et je vous annonce que sur ma caution , dont vous n'avez certainement nul besoin , les baigneurs et les baigneuses doivent venir vous inviter à dîner dans le lieu ordinaire de leur réunion pour dimanche prochain.
C'est moins une partie de plaisir à accepter qu'iuie corvée à subir; car ces personnages sont fort ridicules. — lis sont malheureux , répondit le docteur, et ce mot seul décide tout. »
Dès ce soir-là même nous vîmes , en eflét , arriver chez le Morave une députation , composée du prince au nez d'argent, de l'excellence à la jambe de bois, et de plusieurs autres personnes ([iii nous parurent, par leur énormité , appartenir au ventre de la société. Nous agréâmes l'invitation , et nous nous rendîmes à l'heure précise au lieu qu'elle indiquait.
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Le couvert était mis en beau linge damassé . portant des fleurs de lis dans les extrémités , etau centre uncartouche contenant le chiffre du roi. Nous fûmes sensibles à cette galanterie toute française , faite par des étrangers à des Français. La lable était placée sous une allée d'arbres en pleine floraison , dans laquelle on remarquait le /?>çeM<io-«ccaci njulgaris à fleurs blanches, le cercis sili'Cjuastrum , ou gaînier à fleurs rouges , et plusieurs atragene-alpina ^ijuniperus sahina cupressi-folia de Linnée , portant des fleurs bleues j et il arriva que des multitudes d'oiseaux , en voltigeant sur ces arbres , en firent tomber les fleurs, en sorte que la nappe, qui était blanche, ofirit en peu de temps des bandes tricolores fortement prononcées, «Voilà une révolution qui nous arrive ! s'écria une des convives ; ce sont des carbonari. — Non, madame.
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répondit le docteur , ce sont des merles. «
Bientôt les baigneurs , annoncés par leurs litres, arrivèrent et se placèrent. Nous fûmes présentés individuellement à chacun d'eux aussitôt qu'il avait pris place. La princesse aux lapins arriva in Jiocchi ^ ayant le derrière de sa robe soutenu par le moTuigTior Clievrier, qui lui servait de caudataire , et sa main droite était légèrement appuyée sur le bout des doigts du prince au nez d'argent. Tous ces personnages étaient couverts de grands et de petits rubans de couleur vive j mais nous remarquâmes que ces rubans étaient fanés et ressemblaient à des fleurs de l'arrièresaison saisies par la gelée.
L'antique est admirable parce qu'il est naturel; le gothique est dégoûtant parce qu'il traduit mal , ou plutôt parce qu'il ne traduit rien. Une cou-
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roniie de bluets sur une jolie tête romaine attire et fixe les regards; de larges cordons sur de vieilles bedaines vont moins bien.
Suivant F usage pratiqué de temps immémorial aux eaux du Courcoury, eliacun des convives passa successivement sur des balances, et y fut pesé.
On se félicitait mutuellement sur une amélioration progressive , sur le demi kilogramme de moins que le mois précédent , et il n'y avait pas jusqu'à la demi-once qui ne fût notée et saluée comme le présage d'un heureux déficit qui irait toujours croissant. Ces eaux sont si bonnes ! disait-on ; oui , mais l'appétit est si grand! répondait-on.
Savez-vous que sa grandeur a perdu trois pouces de sa rotondité , et que , par un effet inconcevable, elle a gagné six livres au poids? Qu'elle explique ce phénomène comme elle pourra, puis-
que c'est à elle qu'appartient l'explication des mystères.
La grosse Allemande ayant passé sur la balance, M. le chevalier s'approcha d'elle , et lui dit : (f Votre Altesse perd infiniment à se faire peser en habit de princesse ; je voudrais qu'elle voulût bien me permettre de la peser en naïade. » Et déjà il tirait légèrement à lui le châle d'une longueur démesurée qui la couvrait , lorsqu'elle lui dit : «Vous donnez, monsieur le chevalier, une tournure si piquante aux choses que vous dites , que la curiosité de les comparera celles que vous savez faire serait peut - être pardonnable j mais... mais... mais... »
La pesée étant terminée , et tous les poids bruts notés sur le registre contenant l'état civil des ventres , nous entendîmes chuchoter autour de nous sur la question de savoir si on admettrait
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aux honneurs de la table le fiater notre compagnon de voyage , que sa lournure ignoble et une conversation dans laquelle il mêlait toujours des comparaisons tirées du savon mousseux et du plat à barbe signalaient comme un homme de mauvaise compagnie ; mais le titre de baron que nous lui donnâmes plusieurs fois , avec une rare intrépidité, fit cesser tous les murmures , et lui attira même des attentions flatteuses.
Les questions de préséance furent ensuite agitées ; on les traita avec le sang-froid anglais et l'érudition germanique 5 et tandis qu'on discutait, un homme au visage pâle , à la physionomie souffrante, arrivé de la veille, et qui était au bout de la table, dit : « Point de difficultés sur ma personne, je vous prie; je prendrai la dernière place , ou bien celle dont nul ne voudra. » Alors,
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un homme d'une taille fort élevée , et qui était derrière sa chaise , lui dit à voix basse : «Que Votre Majesté prenne garde de faire ici un acte trop modeste; elle compromettrait l'honneur de sa couronne. »
Le mot ayant été entendu , on se demanda tout bas quel pouvait être ce monarque.
On se mit à table. La conversation roula sur la politique et sur la littérature. « Vous avez en France un grand monarque, dit un convive; il est le fondateur d'une législation qui s'étendra partout; donner des lois à la F'rance, c'est en donner au monde. Ces lois sont le fruit de son génie; ce qu'on a fait contre elles est l'erreur de ses ministres. J'aime à rendre justice à leur fidélité; mais leur administration manque
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toiit-à-fait de grandeur. Elle ne re'pond à aucune des fibres dominantes chez vous. En France , la nation est jeune^ brave , héroïque ; l'administration marche à la suite d'une façon tout-à-fait gauche. 11 semblerait que le peuple va d'un côté et que le ministère va de l'autre. Celapeutetrefortbeau, mais jene le comprends pas , lorsqu'il j a nécessité d'aller ensemble. Chez vous, on aime, par instinct et d'une inclination véritable , le trône protecteur de tous les intérêts et garant solide et respecté contre tous les troubles. On aime le roi et son auguste famille , qui , deux fois en une seule année, vous ont apporté votre délivrance et la paix ; mais ce qu'on n'aime pas, c'est cet entourage d'hommes gothiques qui assiègent l'autorité de leurs prétentions surannées, gens accoutumés à ramper quand ils sont faibles , et à opprimer quand ils
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sont forts. Je vois chez vous une dynastie respectée , une constitution admirable j mais y y vois en même temps une police vaporeuse , une nation fatiguée et une armée qui s'ennuie. Tous les élémens de la force pour le dehors , et de l'intelligence pour la prospérité intérieure , sont chez vous en plus haute qualité et en plus considérable quantité que dans aucun autre pays de l'Europe j mais tout cela avorte entre les mains de quelques hommes qui craignent tout le inonde , parce qu'ils sentent fort bien que leur système est hostile contre tous. Mais le beau côté de votre afl'aire , c'est une législation fondamentale à laquelle on sera toujours contraint de revenir. C'est un grand monarque^ instruit à la première des écoles , à l'école de l'adversité. Il ouvrira les yeux ; ils ne lardera pas de voir où un zèle inconsidéré pour des
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intérêts qui ne sont nullement ceux du trône , ni ceux de sa famille , cherche à le conduire , et combien est misérable cette tactique qui crée des dangers imaginaires pour cacher des périls véritables.
« Quant à votre grande littérature, elle dort; mais elle dort du sommeil des forts. Les penseurs méditent en silence sur les résultats des époques antérieures , sur la situation présente et sur la dégradation des mœurs , effet inévitable d'une position fausse , et d'une administration sans couleur,
M Le respectable vieillard ami de Malesherbes et élève de Turgot, le plus ingénieux et le plus profond de vos hellénistes sont confondus dans les mêmes liens que les faillis et les insolvables, eux qui ne firent jamais banqueroute à la vérité ni à l'honneur. Si Montesquieu vivait , il ne pourrait
écrire qu'entre quatre murailles. Si les tribunaux n'étaient pas attentifs à restreindre dans de justes limites ce qu'une telle législation a de trop vague , un extrait d'écrou pourrait un jour être considéré comme un certificat de génie.
» Quanta vos petits écrivains qui composent ce qu'on appelle chez vous la basse liltérature , il n'est rien au monde de plus plat et de plus misérable. Ils sont à toute main j ils composent comme un petit peuple de lazzaronis, couchant dans les vestibules des palais sans s'informer des maîtres qui les occupent.
Que leur importe , pourvu qu'ils reçoivent tous les matins une provision de macaroni ?
M L'éloquence de la chaire me paraît chez vous en décadence : Bossuet et Massillon ont pu s'élever très -haut , parce que rien n'est favorable à l'art
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oratoire comme le christianisme dans ses principes élevés et dans ses grands résultats sur la civilisation et le bonheur du monde. Mais ces grands modèles sont aujourd'hui peu à la mode, et plusieurs de leurs discours sont à l'index. On est revenu à la controverse et aux maximes romaines 5 et , au lieu de discours chrétiens, on entend quelquefois , loin des regards de l'autorité , des prônes fanatiques ou des conférence ^triviales.
M II n'en a pas été de môme au barreau 3 de grands périls ont fait naître de grands talens ; et quand tant de gens ont pu être accusés , de nombreux et éloquens défenseurs ont surgi de toutes parts. Les plus grands avocats des siècles précédons seraient heureusement surpris d'entendre aujourd'hui de jeunes orateurs revêtir des images les plus brillantes et d'un style enchanteur les dis-
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eussions les plus sages et les plus lumineuses. Je ne parlerai pas des beaux-arts, leur flambeau a pâli j on y remarquait autrefois le grandiose religieux, le grandiose mythologique, et le grandiose militaire. Pour rajeunir la fable, il faudrait de l'inspiration, un entraînement vers le beau idéal qu'on ne peut plus espérer de retrouver lorsque tant d'autres fibres sont asservies. On remue, à la vérité , l'histoire; on cherche dans les chroniques de Baluze et de Marculfe quelque cliose qu'on voudrait rajeunir un peu; mais après avoir beaucoup fouillé dans cette friperie, on ne parvient à en tirer que desguenilles de commande. Ne parlons pas du grandiose des batailles , il est interdit ; mais parlons plutôt du progrès des sciences naturelles et physiques; elles sont portées chez vous au plus haut degré ; elles ont péniblement filtré à travers l'imbroglio des révolu-
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dons , malgré les censures impériales et les ciseaux du temps présent. Ce qui n'était, ii J a trente ans, que l'apanage d'un petit nombre de savans est devenu aujourd'hui populaire. Des ouvrages clairs, méthodiques, élégans , et d'un genre inconnu dans la vieille école , ont transporté et disséminé partout la science; il n'est pas aujourd'hui sur la terre un atome de la matière vivante ou inanimée qui ne soit analysé, classé, et dont l'origine, la fin et l'utilité ne soient reconnues et constatées.
Un bourgeois de campagne passablement instruit , donnerait aujourd'hui des leçons aux Macquer^ aux Valmont de Bomarre , aux abbés Rozier , au grand Buffon lui-même , s'ils existaient encore. Vous êtes, Messieurs les Français, les plus savans chimistes, les plus habiles naturalistes qu'il y ait au monde; mais ne me parlez pas de la science du
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gouvernement et, des arts de l'imagination ; l'une ne va pas sans la liberté d'écrire , les autres sans un souffle divin, et ce souffle demeure comprimé dans les poitrines. »
La conversation s'établit ensuite sur l'état du théâtre : on convint généralement qu'une heureuse hardiesse commençait à le ranimer; qu'il était temps de ne plus vouloir chanter comme Métastase, hurler comme Shakspeare, se perdre dans d'originales vapeurs comme Schiller; qu'il était désormais impossible de filer des scènes de galanterie avec l'harmonie enchanteresse d'un Racine , de s'élever à la hauteur d'un Corneille, et de jeter la philosophie et la morale avec la facilité toujours sublime et toujours naturelle d'un Voltaire ; mais qu'il fallait profiter des exemples et des leçons de ces grands maîtres pour se frayer des routes non-
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velles, et créer un théâtre qui convînt à l'état présent de la société, laquelle répugne à tout ce qui est gigantesque , et n'eslime que ce qui est vrai et grand , c'est-à-dire ce qui est utile à tous et honorable à la dignité humaine; qu'il était temps de bannir de la scène les Atrides et l'éternelle famille de Pélops, pour y appeler des personnages moins usés; qu'après avoir consacré trop longtemps le théâtre tragique aux rois et aux héros , il fallait le consacrer à l'homme, et que c'était là le véritable caractère que devait avoir celui du dixneuvième siècle. On cita alors Sylla , le Paria et Marie-Stuart; et, passant à la comédie , on fit sentir toute la difficulté d'y réussir en présence d'une administration qui craint toujours qu'on ne mette ses amis sur la scène. On regretta que le régénérateur de la véritable comédie, l'auteur des Etourdis, n'ajoutât
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pas de nouveaux chefs-d'œuvre à ceux quisont déjà sortis de l'esprit le plus vrai et de l'ame la plus pure : première source des talens supérieurs.
Telle fut en substance la conversation qui eut lieu durant le dinerj plusieurs points en furent controversés sur des motifs qu'il serait fastidieux de rappeler ici.
On se leva de table, et il fut convenu qu'on irait prendre le café sur un tapis de gazon et à la source même du ruisseau chargé de corriger le mal que chacun venait de se faire en mangeant beaucoup. Les maraskins d'Illjrie, les eaux d'or de Turin , la cannelle de la côte Saint-André , l'anisette de Bordeaux, le curaçao de Hollande, le rhum de la Jamaïque , l'eau-de-vie de Dantzick et la crêrae des Barbades coulèrent
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abondamment dans des organes exercés à les apprécier; les infusions delà fève de Moka achevèrent de tourner les têtes. Il fut convenu qu'on jèterait le masque dans le ruisseau du Courcoury, et que , comme on avait diné à ceinture déboutonnée , on s'exprimerait à cœur ouvert, et que chacun des convives raconterait son histoire.