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CHAPITRE VIII

L'Echelle des Etres organise's.

Il y avait dans le château lui vieux marin qui , aimant beaucoup à causer , s'emparait des nouveaux arrivans et ne les abandonnait que quand il les avait fatigués du récit de ses aventures de mer. Il était connu dans tous les environs sous le nom de capitaine Crac. Il parvint un jour à nous aborder et à nous raconter ainsi l'histoire de ses voyages.

« Je m'embarquai fort jeune en qualité de naturaliste à bord de l Antilope, partant pour la découverte. Arrivé , après une traversée fort heureuse , dans les mers Australes, nous naviguions

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paisiblement par le travers des îles de Blessings , lorsque l'on signala de notre bord une île inconnue des marins , et qui nous parut émaillée des fleurs les plus brillantes. Je me jetai dans la chaloupe du bâtiment, je fis cap dessus , el lorsque j'abordai danscette île, quelle ne fut pas ma surprise lorsque je reconnus que ce grand parterre était formé par l'épanouissement de plusieurs millions d'animalcules phosplioriques changeant à volonté de forme et de nuances , et dont toutes les habitations semblaient être illuminées par des lampions de couleur? Les uns vivaient dans des maisons à tissu spongieux, comme les alcyons , les flustres , les éponges ; les autres dans des enveloppes pierreuses et crétacées , comme les madrépores et les coraux; d'autres encore étaient abrités sous des cuirasses de corne ou de nacre, comme les oursins et les étoiles

de mer 3 plusieurs atFeclaient la forme rayonnante ou radlaire, et se développaient en anémones ou en roses , et tous puisaient dans le même élément la matière première qui , en transsudant de leur substance , prenait la forme et la couleur qui convenaient aux besoins de chaque espèce.

» Je saluai ces animalcules comme les premiers architectes du globe. Ils travaillaient silencieusement au fond des mers à changer l'eau en pierre lorsque rien de solide ne paraissait encore j ils formèrent l'ossature de la terre encore submergée, comme les lychens et les mousses formèrent son épidémie lorsqu'elle commença à se dessécher. Il était ainsi réservé aux espèces microscopiques de composer ce qu'il y a de plus gigantesque sur la surface de la terre et de plus extraordinaire dans ses entrailles.

» Rien n'est simple comme l'organisation physique de ces imperceptibles individus. Elle consiste dans une suite de ganglions qui s'enchaînent les uns aux autres, et qui leur servent de canal alimentaire, de vaisseaux sanguins , de conduit ccre'bral , de tissu nerveux , d'appareil respiratoire. Tous les phénomènes de la vie s'accomplissent en eux par ce simple organe , et leur reproduction s'opère par la section naturelle ou accidentelle de quelques-uns de ces ganglions qui , en se séparant, forment des individus complets et jouissant d'une vie particulière, et qui, en se réunissant au tronc maternel , continuent d'j mener une vie sociale et commune.

Dans cette organisation si simple telle est l'énergie reproductive, que plusieurs générations naissent , périssent . et se succèdent dans une seule journée.

» Lorsqu'on se lave la figure avec

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une éponge , on ne se doute pas que l'on emploie à cet usage une ville entière que des milliers de générations ont édifiée et habitée durant des siècles, et quand on se revêt d'une parure de corail, on ne soupçonne pas que l'on porte à son cou et que l'on suspend à ses oreilles le palais brillantélevépar des milliers d'artistes imperceptibles.

» Je m'occupai long-temps avec un extrême plaisir de l'observation de ces petites nations , lorsque la marée montante et une brise fraîche entraînèrent ma chaloupe vers une chaîne de rochers qui étaient à moitié cachés par les eaux de la mer. Je jetai le grappin sur la partie la plus élevée, et je me couchai dessus pour y prendre quelque repos.

Je sentis que ce rocher avait un mouvement de bas en haut, et je présumai

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qu'il étaithabité. J'eiî détachai, à l'aide d'an marteau, un fragment, qui se divisa en plusieurs cloisons dont chacune était un appartement occupé par un mollusque. Je vis que ce mollusque était couvert d'une membrane qui lui servait de manteau, et qui, parses extrémités frangées , s'attachait à son domicile comme une tapisserie. Je pus apercevoir à la faveur de ma loupe, et au-dessous de ce manteau , quatre feuillets membraneux traversés par des stries qui me parurent remplir les mêmes fonctions que les branchies dans les poissons.

Sous ces feuillets existe un organe cylindrique et blanchâtre qui tourne sous un muscle abducteur, et que je suppose être un canal alimentaire. Je crus distinguer dans chacu,n de ces individus l'organe mâle et l'organe femelle , et à l'extrémité opposée une bouche composée de quatre lèvres qui jetaient en

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dehors quelques globules qui, en se développant , devenaient des individus vivans et complets.

» Ce peuple paisible d'hermaphrodites est certainement le moins importun el le moins remuant qu'il y ait au monde, et néanmoins il lui faut se mettre en garde contre deux espèces de crabes , dont l'une jette dans son domicile , lorsqu'il est ouvert , un petit caillou qui em. pêche la porte de se fermer, et livre ainsi le paisible habitant à la merci de tousses ennemis 5 et l'autre attaque la maison par le toit en cherchant à le percer 5 et lorsque le mollusque s'en aperçoit, il oppose à ses attaques des mamelons de nacre que nous appelons perles , et qui ne sont que les fortifications d'une maison en état de siège.

» En étudiant l'organisation de cette espèce je vis que je m'étais élevé dans l'échelle des êtres organisés de plu-

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sieurs degrés au-dessus des êtres ganglioniques qui se multiplient de bouture , puisque je trouvais dans les prerwiers un double organe de reproduction , une circulation de fluides , un appareil de reproduction , et je demeurai long-temps en admiration devant une république d'huîtres.

» En me promenant le long de la côte, je trouvai une coquille univalve qui avait près d'une toise de diamètre , et que je reconnus à ses spires , à ses parois articulées, à ses cloisons transverses et découpées dans leur contour, pour appartenir au genre des ammonites. Elle avait probablement été jetée sur ce rivage par la tempête ou par les hautes marées, et elle était encore de la plus belle conservation après avoir été la demeure antidiluvienne d'un

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mollusque dont l'espèce n'existe plus , et dont l'embonpoint devait être considérable. Il était tard, le sommeil me pressait j je me pelotonnai comme je pus dans cette coquille dont les analogues sont employés comme bénitiers dans plusieurs églises de l'Europe, et j'enfermai l'ouverture avec mon manteau. Je trouvais du plaisir à penser qu'il n'y avait assurément pas dans le monde de lit plus antique que celui-là, puisque la théologie enseignée dans une partie de l'Inde impose comme article de foi que Brama s'est tenu caché pendant plusieurs siècles dans une coquille de cette espèce, qui est connue sous îe nom de salagrama. Je succédais peut-être dans la même couche à ce grand prophète j j'occupais le lit d'un autre, et quel lit! un lit consacré par la présence d'un dieu. Sur ces rivages soHtaires, et au fond de ma coquille , cette pensée

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égayait mon esprit , et je m'y complaisais, lorsque je sentis un corps étranger qui , après avoir écarté mon manteau , poussa en avant deux tentacules flexibles avec lesquelles il chercha à mesurer la forme et les contours de ma figure. Je crus un instant que Brama revenait pour réclamer son lit; mais, après de plus mûres réflexions , je pensai que ce grand prophète était trop bien élevé pour commettre à une heure indue une telle incivilité; et il me parut plus probable que le nouvel arrivant était un énorme mollusque qui, ayant perdu sa coquille , cherchait à passer la nuit dans une autre ; il se contenta de la moitié de mon logement; nous passâmes la nuit ensemble, et jamais camarade de lit n'eût été moins incommode que celui-là , si en s'en allant au point du jour il ne m'eût inondé des flots d'une liqueur gorameuse qui m'o-

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bligea à prendre un bain de proprelé dès mon lever.

» En sortant du bain je sautai dans ma chaloupe, el je mis au large par une jolie brise de nord-est. Cette brise ayant cessé de souffler peu d'instans après , et laissant la voile flasque, m'obligea à recourir à mes avironsj je sentis que l'un d'eux était arrêté dans le mouvement que j'essayais de lui donner par une grande baguette qui l'entortillait, et que je pris d'abord pour un rejeton de ces algues marines qui croissent sur les hauts-fonds de la mer. Peu à peu je vis l'une de ces verges s'élever jusqu'à la hauteur de mon bras , l'entourer, le saisir, et le presser vivement; je me sentis peu à peu entraîner sur le bord de ma chaloupe par la puissance que ce corps flexible et rélractile exerçait sur

moi. Je regardai dans la mer, cl je vis se développer et monter jusqu'à moi huit autres verges moins grandes que la première , €t au milieu de cette barbe une gueule énorme ayant la forme d'uîi bec de perroquet, une longue mâchoire d'une matière cornée , une langue épaisse et épineuse , et deux gros jeux ronds et immobiles qui me regardaient avec avidité. J'avais ainsi le bras gauche engagé dans une tentacule qui m'entraînait vers la tête ; mais j'avais heureusement conservé la liberté de mon bras droit, et je m'en servis pour jeter dans sa gueule le grappin de ma chaloupe. Je harponnai ainsi la bête ; je la remorquai à moitié morte sur la côte , et teignis l'eau de la mer d'un sang noirâtre. Je compris bientôt à quel danger je venais d'échapper., lorsque je reconnus ce vilain animal pour appartenir au genre des sèches signalé par

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les naturalistes sous le nom de sepiuy redouté des marins sous le nom de Kraken. Elle parvient quelquefois à faire chavirer de petits bâtimens en les accrochant par ses tentacules et ses fanons; d'autres fois elle saisit sur leur bord de pauvres matelots qu'elle dévore.

» Je fus curieux de connaître son organisation intérieure, et je vis, à l'aide de mes instrumens de dissection , que cette vilaine bête n'est autre chose qu'un grand sac fermé par le bas , ouvert en haut par un large bec , armé de deux tentacules fort longues , et de huit autres petits bras d'une nature nerveuse et verruqueuse. Chaque verrue de ces bras est une sorte de ventouse par laquelle l'animal, en faisant le vide, aspire tout le sang qui s'en écoule , et je trouvai en effet mon bras gauche cou vert d'autant de piqûres sanglantes

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qu'il y avait de. verrues dans la tentacule qui l'avait pressé. La partie supérieure de ce sac est couverte d'une cuirasse qui, sous le nom d'os de sèche, sert à divers usages dans la société ; et dans la partie postérieure on trouve une vessie remplie d'une liqueur noire que l'animal répand dans les eaux pour les troubler et échapper ainsi à ses ennemis; et cette liqueur est connue dans les arts sous le nom d'encre de la Chine. Quoique cet animal ait dans la tête un léger rudiment de pulpe cérébrale , il est cependant dépourvu de l'épine vertébrale qui semblerait nécessaire pour transmettre le mouvement de la tête aux extrémités. Cette bête a trois cœurs; J'un, placé au fonddu sac, pousse lesang par les artères dans les deux cœurs supérieurs , qui le renvoient au premier par la veine cave, après avoir traversé des branchies, sorte de poumon au tra-

vers duquel le sang se dégage du gaz acide carbonique et se saisit de l'oxygène.

» En examinant le jeu et le mouvement de tous ces organes, je vis que j'étais monté plus haut encore dans Téchelle des êtres organisés , puisque j'avais trouvé tant d'instincts cruels dans celui-là, et je craignis de trouver pis encore lorsque j'arriverais aux vertébrés à sang chaud , à sexe séparé , à quatre ou cinq sens, à deux moitiés symétriques accolées ensemble.

» Apriîs cette dissection dégoûtante, je remontai dans ma chaloupe, je me mis au large, et sur le dos des vagues je vis s'avancer vers moi une tête de serpent placée sur un cou grêle et flexueux, et me menacer de son bec. Je tirai un coup de pistolet, et je vis aus-

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sitôt le serpent bondir sur les eaux et prendre son vol. Je reconnus alors l'oiseau connu sous le nom vulgaire d'anninga, signalé par les Hollandais sous celui de slange-hals-voogel, et par les naturalistes par celui de plotus. Je le reconnus aux doigts de ses pieds engagés dans une membrane , à sa queue , composée de douze longues pennes , excédant de trois quarts la longueur de ses ailes , et qui forment ainsi la partie extrême de l'oiseau-serpent. La mer était dans ce moment couverte d'oiseaux palmipèdes, parce que c'était l'époque du passage de ces colonies de poissons qui leur servent de nourriture. En traversant l'espace qu'occupaient ces diverses familles de palmipèdes iclityopliagiques , j'admirai avec quelle intelligence la nature avait donné à ces oiseaux la forme d'une carène de bâtiment avec une queue pour gouvernail,

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leurs pâtes pour avirons , leurs ailes pour voiles, et leur tête s'élevant comme le grand mât au-dessus de ces navires animés. Je naviguais avec un extrême plaisir au milieu d'une troupe de grèbes, de guillemots, d'albatros, de frégates et de fous qui ne paraissaient pas du tout alarmés de ma présence. A mesure que j'approchais du rivage, je trouvais les échassiers, navigateurs moins habiles , dont la conformation est merveilleusement appropriée aux côtes de la mer, comme le sont les pirogues qui, ne pouvant pas tenir la haute-mer, sont uniquement destinées à longer le rivage . Je reconnus , plus près encore de terre, les flamands , les spatules , les karmichis , les grues , les hérons , les huîtriers, et plus près encore les vanneaux, les pluviers et les poules d'eau.

» En côtoyant le rivage, j'entrai dans

une crique où la mer était calme et profonde. Ce fut là que j'entendis un chant qui me parut sortir d'une poitrine humaine et d'une ame sensible qui exhale sa passion dans des accens pleins d'amour et de mélancolie. Je n'avais jamais ouï une si belle voix ni entendu une telle romance. Je m'approchai du lieu d'où ces accens semblaient partir, et je vis debout, et élevé au-dessus des vagues, un superbe corps de femme, et un visage animé par deux grands yeux qui, en me regardant, m'inspirèrent à la fois des sentimens d'admiration et de terreur. Autour de cette beauté était rangée en cercle une troupe de courtisans qui attendaient qu'on les appelât chacun à son tour dans la couche impériale. Celte scène de galanterie, quoique annoncée par la plus douce mélodie , ne me parut pas du tout plaisante. Le sort des compagnons d'Ulysse

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s'ofïVit à ma mémoire. La rudesse des moustaches et le regard farouche de cette autocrate des mers qui vivait au milieu d'un sérail de mâles, effacèrent l'impression qu'avait faite sur moi la douceur de la voix de cette cruelle enchanteresse. Je compris que j'étais monté encore plus haut dans réchelle des êtres; que j'étais arrivé aux animaux vertébrés , ayant des sexes séparés, dans l'ordre des amphibies , et dans le genre des phoques , où les femelles , plus rares que les mâles, vivent à la manière des reines de l'Orient. Je n'augurai rien de bon de cette organisation supérieure.

)) Arrivé de nouveau sur la terreferme , je sentis le besoin de me reposer. Je tirai de ma chaloupe une peau de bison qui me servait allernalivement

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(le manteau et de couverture 5 je choisis un lieu commode pour me coucher, et je me couvris du pelage que je viens d'indiquer. Je m'endormis d'un sommeil profond j mais je sentis bientôt , ou plutôt je crus sentir un vent impétueux dont les rafales enlevèrent ma couverture , et en même temps un instrument acéré qui me pinça légèrement la nuque et me souleva doucement par le double collet de ma riding-coat. Je crus rêver. Je me laissai faire et je trouvai fort agréable le songe qui me faisait doucement voyager dans les plaines de l'air. Lorsque je me réveillai , le jour commençait à poindre ; je jetai les yeux autour de moi, et je reconnus que j'avais été porté sur la cime d'un arbre de la taille la plus élevée, que j'étais couché dans une aire dont la charpente était composée de grosses branches qu'on y avait transportées 3 que l'intérieur de ce

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grand nid était tapissé de mousse et de feuillage, et garni d'une demi-douzaine de blocs , blancs comme la neige , d'une matière crétacée et d'une forme ovoïde.

Je m'aperçus que ces sphéroïdes étaient percés à leurs pôles par des becs qui cherchaient à se dégager de leurs coquilles, et qui déjà me menaçaient de leur pointe. Au-dessus de ma tête planait dans les airs un oiseau gros comme un mouton , soutenu par des a'' .\s ayant vingt- cinq pieds d'envergure, et j'aurais pris cet oiseau pour l'aigle de Jupiter si de temps à autre il n'eût laissé tomber dans le nid où j'étais couché des fientes aussi abondantes que celles d'une bête ruminante. Cette incivilité annonçait assez qu'il n'y avait rien de divin dans cetle aventure. Je me levai sur mou séant, et à peine fus-je debout que les oisillons qui avaient le bec hors de la coque le retirèrent, et que le

grand oiseau qui était dans les airs disparut. Je fus extrêmement flatté de voir que la hauteur de ma stature et la majesté empreinte sur mon visage avaient imposé à ces oiseaux de proie , et qu'ils avaient reconnu en moi leur maître. J'avais vu d'assez près le grand oiseau qui m'avait enlevé pour reconnaître en lui le ojultur-grjphus , vulgairement nommé condor. Je le signalai à son bec crochu , blanc à sa pointe , noir à sa base , à ses yeux noirs , bordés d'un brun rougeâlre , à son cou garni d'une fraise , à sa tête couverte d'un duvet. Je vis que je l'avais échappé belle , et ne ' voulant pas demeurer plus long- temps dans une situation que le retour de l'oiseau pouvait rendre fort critique , je me proposai de descendre du haut de mon arbre.

Je vis à ses pieds , au-dessous de moi, une société entière de bipèdes ayant la

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face noire , le manteau brun, un capuchon sur la tête , un scapulaire derrière le dosj et telle était la vivacité de leurs gestes , que je les pris pour une communauté de derviches qui célébraient leur office dans ce désert. Je descendis de l'arbre avec cette confiance que , si je ne trouvais pas dans ces bipèdes des êtres mes semblables ou mes égaux, je serais du moins sur la limite qui sépare l'espèce humaine de l'espèce animale , et que je pouvais en espérer quelques secours. Mais à peine fus-je aperçu descendant du haut de mon arbre , que ces bipèdes poussèrent des cris affreux , firent mille grimaces et se livrèrent aux gambades les plus risibles , recevant dans leurs mains noires leurs excrémens et me les jetant à la figure; et leurs femelles, dépourvues de cotillons, montrant en éclatant de riie ce que l'on cache chez les peuples

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civilises. Je vis que j'étais arrivé chez une tribu de pithèques, qui peuvent être considérés comme les bouffons du règne animal. A peine eus- je mis pied à terre, qu'une députation composée de orangs vint me recevoir au débotté ; et après beaucoup de mauvais traitemens , elle me reconduisit à coups de bâton jusque sur la limite du domaine qu'elle occupait.

» Ainsi battu , le corps couvert d'ordures et accablé de contusions, privé de mon manteau , loin de ma clialoupe et du bâtiment qui , après m'avoir longtemps attendu, avait gagné le large, n'ayant pour toute nourriture que des noix d'acajou et quelques fruits acerbes, je me couvris de feuillage de bananier, et je me couchai sur une roche à compartimens réguliers et très-propres, et

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qui me parut, autant que je pus le voir à la lueur du crépuscule, comme une sorte de damier composé de larges plaques octogones et d'une matière cornée. La position du lieu était charmante. Je me trouvais sur la rive droite d'un petit ruisseau qui en gazouillant portait à la mer des noix de coco , montées par des écureuils , qui cherchaient à en briser les enveloppes , et des régimes de bananes que des ouistitis dépeçaient en faisant mille grimaces.

» Je me trouvai si bien dans celte position et sur cette couche , que j'avais matelassée avec le duvet que fournit dans ces régions l'apocyn et l'arbre à coton, que je dormis six heures de suite. En me réveillant, je me trouvai sur la rive gauche du ruisseau, à un mille de distance du point de départ et dans un gras pâturage. Je cherchai à comprendre comment j'avais pu être

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ainsi transporté sans ressentir aucun mouvement; et j'examinai avec attention la grande table sur laquelle je m'étais étendu. Je vis que c'était une espèce de carrosse roulant sur quatre roues, pourvu d'un timon fort court , et qui était terminé par un bec comme le sont les carrosses les plus élégans. Je descendis de ma voilure, et ayant posé le pied sur l'extrémité de ce timon, je m'aperçus qu'il se retirait spontanément 5'j.r lui-même, que les roues n'étaient rien moins que des pâtes dont chacune était composée de onze osselets et de plusieurs doigts articulés avec quatre phalanges ; et que la matière de la grande table dont j'avais fait ma couche était la carapace d'une tortue vivante de la plus grande espèce, et semblable à celle sur le dos de laquelle un gouverneur anglais donna un jour, dans l'une des Antilles, un diner de trente couverts.

En descendant de celte voiture animée, je me souvins que les testacés portent leurs os en dehors, au contraire des quadrupèdes, qui les portent en dedans.

11 ne fallut rien moins que ce petit voyage pour me le rappeler.

)) Je m'enfonçai quatre ou cinq milles plus avant dans l'intérieur des terres, à travers des steppes incultes, peuplées de reptiles venimeux et de bêtes sauvages , qui à mon aspect prirent la fuite , lorsque j'entendis une sorte de symphonie exécutée avec des bambous ou des roseaux. Plusieurs éclats de voix humaine se mêlaient à ces accens rustiques , et les échos les répétaient dans la profondeur des bois. Je me dirigeai avec empressement vers le lieu où je supposais que l'on célébrait une fête , lorsque je vis déboucher d'une épaisse

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bronssaille un Indien ayant la figure teinte de rocou , le corps couvert de plumes, une zagaye sur le dos, une massue à la main. Il rétrograda en me voyant, et il revint quelques minutes après avec plusieurs autres sauvages de sa tribu. Us me conduisirent dans le bivouac où ils étaient campés, auprès d'un bûcher au feu duquel ils faisaient griller un autre sauvage d'une tribu voisine , qui , au milieu des plus épouvantables tortures, les défiait de lui arracher la plus légère plainte et le moindre signe de douleur. Ce spectacle me révolta. Ces hommes cruels voyant que j'étais saisi de peur me couvrirent de goudron, et ils se disposaient à m'attacher avec des lianes, lorsque je sortis de ma poche un pistolet, dont la détonnation leur causa une telle frayeur qu'ils se sauvèrent en désordre. Après avoir retiré du feule pauvre sauvage à moi-

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dé rôti qu'ils immolaient à leur fureur, je me sauvai par une route opposée à celle qu'ils avaient prise en s'enfujant , et je me saisis de quelques armes grossières qu'ils avaient abandonnées dans ce bivouac.

» Je me trouvais ainsi seul au milieu d'un désert , environné de périls , et n'ayant échappé que par mon sang-froid au dernier que je venais de braver , et je m'abandonnai à de tristes réflexions.

» A mesure que Je m'étais élevé dans la série des êtres organisés , j'avais trouvé une plus grande complication d'organes , des appétits plus multipliés, et des passions plus vives et plus cruelles. Je rappelai à mon esprit les animalcules à simple ganglion que j'avais observés dans l'ile des Zoopliytes , qui se reproduisent sans besoin comme sans

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plaisir , et se nourrissent des herbes marines, sans nuire à aucune espèce vivante ; et cette république d'huîtres , déjà plus élevée dans l'échelle des êtres, puisque chacun de ses citoyens est pourvu d'un double organe sexuel , se suffit à lui-même , mène une vie stationnaire et contemplative comme l'ermite du désert. Je rappelai encore à mon esprit mon camarade de lit qui avait passé avec moi une nuit entière dans la couche de Brama sans commettre envers moi aucune otiense , et s'étant contenté de mesurer avec ses deux antennes la forme de mon visage. Un peu plus loin , j'avais observé une société de phoques pourvus des deux grands systèmes nerveux , le spino-cérébral et le gand sympathique, d'un cœur , d'un poumon , d'organe sexuel séparé sur chaque individu ; et enfin tout ce qui peut provoquer des

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besoins et inspirer des passions. J'avais vu une souveraine lascive régner sur eux , entonner des chants de volupté pour attirer à elle les instrumens de ses plaisirs qui devenaient souvent ses victimes. Un oiseau, plus élevé encore dans l'échelle des êtres , puisqu'il a le sang chaud , un conduit vertébral , deux moitiés symétriques accolées l'une contre l'autre, m'avait enlevé pour satisfaire ses cruels appétits, et je n'étais parvenu à échapper à sa voracité que par un sang-froid imperturbable. Descendu chez une société de bipèdes ayant un visage, des doigts au bout des bras, une face grimaçante , j'avais été assailli de coups et couvert d'ordures par ces arlequins du règne animal. Enfin, arrivé dans une tribu composée d'hommes, mes semblables, qui, outre les six sens qui sont l'apanage de beaucoup d'autres espèces , ont encore un seiiso-

rlum commune pour combiner et rectifier les idées qui résultent de ces sensations, qui ont enfin de la mémoire , de l'imagination et de la raison , j'avais trouvé la férocité et l'extravagance poussées à un degré plus élevé encore puisqu'elles se développent contre leur propre espèce , chose inouie parmi les loups et les lions. Il est donc vrai, me disais-je, que l'être le plus simple est le plus innocent, et l'être le plus compliqué le plus malfaisant j que chaque organe est une cause de perturbation dans l'ensemble des machines animées!

Pour mettre l'échelle des êtres organisés en harmonie avec les principes de la justice distributive , et d'une bienveillance universelle , telles que la raison nous l'indique , il faudrait tourner cette échelle du haut en bas, placer les polypes et les huîtres au sommet , les singes et les hommes au dernier éche-

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Ion, L'univers est donc mal ordonné, et toute l'œuvre de la suprême intelligence n'est qu'une suprême iniquité.

» Tel fut le premier essor de ma pensée lorsque j'eus échappé aux fureurs des sauvages ; mais cette pensée ne larda pas à m'accabler de tout son poids , parce que je sentis qu'elle était oflénsante pour le Créateur. Je compris que cette puissance étant infinie, éternelle, incommensurable , elle ne doit pas être mesurée avec l'étroit compas d'une créature fragile , qui ne fait que ligurer un instant sur la terre • qr:c cette puissance devait avoir d'autres idées de la justice distributive que nous , qui apercevons à peine une légère partie de son œuvre, et qui sommes incajiabies de soulever le voile qui couvre tant de mystères ; que l'homme ne doit se considérer ici bas que comme un des plus imperceptibles rouages de cette immense ma-

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chine qui n'a pas été créée pour lui ; qu'il u'est pas un centre, mais un atome jeté sur la circonférence d'un cercle qui n'a ni commencement ni fin , et qu'il ne lui appartient pas plus de juger les dessins du suprême architecte , qu'il n'appartient à une souris perdue dans la cale d'un vaisseau de juger l'ensemble de la construction d'un bâtiment et de commander la manœuvre.

» Cette conscience de ma faiblesse personnelle et de la puissance infinie du Créateur soulagea un instant mon ame.

>j Je continuai de marcher au travers de ce désert, sans trop savoir où j'allais, lorsque j'aperçus un horrible quadrupède sortant de sa caverne, avec la gueule béante, la crinière hérissée et des yeux pleins de fureur. La terreur

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que j'éprouvai fut telle que, quoique familier avec la connaissance de tous les genres du règne animal, je serais fort embarrassé de dire à quelle espèce celui - là appartient. Je m'enfuyais promptement lorsque je vis venir droit à moi un sauvage armé qui venait probablement attaquer la bête dans son repaire. Me trouvant ainsi placé entre un homme et une bête féroce, je me sauvai du côté du quadrupède aux grilles acérées, dans l'espérance qu'il bornerait sa fureur à me dévorer , tandis que le bipède aux mains blanches me livrerait à de cruelles et intolérables tortures. Dans la double terreur dont je fus saisi, je ne sais comment il se fit que tous deux disparurent , et je me trouvai seul.

» Quelques instans après je vis venir à moi une troupe d'autres sauvages que le chasseur, venu à la piste de la bête ,

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avait sans doute avertie de ma présence . Ils me parurent appartenir à une autre tribu que celle à laquelle j'avais quelques heures auparavant échappé. Leurs figures, leurs manières, leurs costumes annonçaient des mœurs plus douces; ils étaient couverts de vêtemens plus décents. En me voyant ils jetèrent derrière eux leurs armes parce qu'ils s'aperçurent qu'elles m'effrayaient. Je me couchai sur le ventre dans une attitude suppliante , et ils se couchèrent comme moi ; ils me montraient de loin des dattes , des pastèques et d'autres fruits sauvages , et ils les déposaient en avant comme pour m'inviter à venir les prendre. De jeunes enfans , presque nus , s'avancèrent jusqu'à cinquante pas de moi , m'offranl du miel dans des écorces d'arbre , et des vases desquels ils faisaient couler des liqueurs sucrées que je supposai provenir de noix de coco

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OU de la tige des érables. Comme ils s'aperçurent que je n'étais pas suffisamment rassuré par leurs offres amicales, ils me dépêchèrent comme message un oiseau qui portait à son bec un bouquet qu'il déposa à mes pieds , et dont je parai ma boutonnière en inclinant doucement ma tète pour les remercier.

Cependant je reculais toujours, et je vis bientôt s'avancer vers moi une troupe de jeunes Indiennes portant des pendans de corail au bout de leur nez , des couronnes de fleurs et de nacre sur leur tête , et des ceintures composées du plumage des oiseaux de paradis. Elles se tenaient entre elles par de longs châles , et elles exécutaient des danses au son de quelques chalumeaux rustiques et de plusieurs coquilles marines; elles combinèrent leurs mouvemens avec tant d'intelligence que je fus bientôt enveloppé dans un cercle qui , eîi

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se rétrécissant toujours , m'approcha de si près que je pus contempler tout à mon aise les plus jolies sauvagesses du monde. Elles dansèrent autour de moi avec des grâces si naturelles et des expressions si vives que je me trouvai sans force contre le genre de séduction dont il est le moins possible de se défendre dans quelque hémisphère et sous quelque latitude que l'on puisse se trouver. Telle est la mobilité des fibres dont il a plu à la bonne nature de doter mon individu physique, que , quoique menacé quelques instans auparavant par une bête féroce , échappé aux mauvais traitemens des singes et au bûcher des sauvages, j'oubliai tout à coup mes maux et mes dangers passés , et que je me mis à sauter et danser avec elles.

Les vierges du désert furent tellement charmées de ma danse qu'elles y répondirent-en exécutant une sorte de pan-

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toiilime qui consiste dans le irémoussement successif et sympathique de tontes les fibres, et tel à peu près que je l'avais vu exécuter dans les guinguettes anglaises. Tant il est vrai que les mêmes appétits excitent les mêmes sensations et provoquent les mêmes manifesta lions depuis les terres australes jusqu'aux bastringues des peuples les plus civilisés. Mais ce qui me désolait, c'était de ne pouvoircomprendre leur langage, qui consiste en une sorte de récitatif vague et en monomotapés que j'interprétais à tort et à travers, ce qui donnait lieu entre nous à des coqsà-l'àne qui les faisaient pâmer de rire. Désirant sans doute faire cesser mon embarras , les nymphes du bocage allèrent chercher et elles amenèrent sur le lieu de la scène un vieillard couvert de quelques vieux lambeaux de vêtement européen, et notamment d'un grand chapeau de

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feutre teint en noir. Ce vieillard m'adressa la parole en plus de vingt dialectes différens sans que je pusse rien y comprendre , et il s'avisa de m'adresser enfin d'une voix très-distincte les paroles suivantes que je compris fort bien : « Dear brother god Help jou.

Not he afraid. » La conversation entre lui et moi s'engagea donc en anglais j et tandis que nous causions , les Indiens et les Indiennes, accroupis sur leurs jambes, nous prêtaient une oreille attentive , et paraissaient absorbés dans un sentiment qui allait jusqu'à l'admiration.

j) J'appris de la bouche même Je ce vieillard qu'il était Anglo- Américain de nation , quaker de religion , qu'il avait fait naufrage sur la côte voisine , qu'il avait été fait prisonnier par une tribu indienne dont il avait peu à peu gagné la confiance , et qu'il était par-

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venu à civiliser en lui révélant les dogmes et en lui inspirant les sentimens de la doctrine chrétienne. En effet ces sauvages répétèrent devawt moi dans le dialecte qui leur était particulier , et que le vieillard me traduisit, ces saintes maximes: «Si vous rencontrez un frère qui ait faim et qui soit transi de froid , vêtissez ses membres , nourrissez sa chair; car cette chair et ces membres sont la chair et les membres du Fils de Dieu, qui s'est immolé pour nous sauver. » Ces maximes d'une charité toute divine acquéraient un nouvel éclat du site sauvage dans lequel on les prononçait , et des échos qui se plaisaient à les répéter. J'aurais voulu porter ces paroles du désert, ainsi dégagées de toute superstition grossière, dans les cités les plus renommées et dans les universités les plus savantes. Elles furent pour moi un coup de lumière. Je

commençai à comprendre la gradation des êtres animés. Je reconnus que le Créateur n'avait placé l'homme au sommet de celte échelle qu'après avoir introduit dans son cerveau- le germe de l'intelHgence qu'il ne tient qu'à lui de développer , et qui consiste dans la connaissance du juste et de l'injuste , le principe du tien et du mien , et qui l'élève ainsi jusqu'à la connaissance du vrai Dieu et à la pratique des maximes par lesquelles nous pouvons acquérir j.ine sorte de perfection morale.

i) Je compris comment des passions brutales étouffant dans la conscience des hommes ce germe précieux , ils descendent du sommet de l'échelle et se ravalent au-dessous des bêtes 3 comment ils deviennent plus méprisables que les mandrilles, qui ne trompent, ne volent , ne tuent , ni ne mangent les individus de leur espèce, et comment la

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femelle de rtiomme en abjurant la pudeur est plus méprisable que les guenons, qui ne font pas l'amour en tout temps. Je compris encore que si un peu de philosophie nous éloigne des idées chrétiennes, beaucoup de philosophie nous y ramène; et que le plus haut degré de la civilisation, ou, ce qui est la même chose, la beauté morale de l'homme se trouve dans les principes de ce culte qui a consacré par la révélation et revêtu d'un sceau divin les maximes de la religion naturelle et les lois de la morale universelle. »

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