‹ Voyage dans la vallée des originauxChapitre 7 sur 12 · LES PINSONS · texte numérisé non relu

LES PINSONS

Nous quittâmes ce vieux fou, et nous sollicitâmes la faveur d'être présentés à la dame du château. IVous la trouvâmes seule dans son appartement.

Cet appartement était contigu à un cabinet, ce cabinet avait une issue sur un vestibule , et ce vestibule s'ouvrait sur une terrasse qu'enveloppait dans toute son étendue un large filet. Sous ce filet était une multitude d'oiseaux gazouil-

]ant tous ensemble. « Je n'ai pas toujours été vieille et infirme, nous dit la dame châtelaine. Une ophtbamie opiniâtre n'a pas toujours obscurci mes jeux, ces yeux qu'on appelait jadis de petits incendiaires. Des roses fleurirent autrefois sur ces lèvres aujourd'hui flétries. Je l'avouerai, j'avais le cœur sensible et une cour nombreuse. Les plus beaux cavaliers de France et d'Italie se sont disputé ma conquête; ils se glorifiaient de leurs chaînes et bénissaient leur prison; et, désirant nourrir mon cœur de tout ce qui peut me rappeler de si cliarmans souvenirs , après avoir long-temps cherché , je n'ai rien trouvé qui ressemble plus aux hommes que les pinsons.

» Les uns et les autres se prennent à l'appeau; quelques-uns s'engagent dans des quatre de chiffre ou dans des noeuds coulans. Mais regardez de près au fond

DE M. LE COMTE DE ***. loi

des bois et au sein de la société , daus les volières et dans les cercles, vous ne trouverez qu'immoralité , libertinage , une infamie qui vous enchante un instant pour vous rendre malheureuse toute la vie : et lorsque je songe à tous les maux que j'ai endurés de la part de ces infidèles , je jette les yeux sur celte volière, et les pinsons me consolent. ". Nous abandonnâmes cette doyenne de la galanterie à ses folles consolations, et nous cherchâmes quelqu'un avec qui il fût possible de lier une conversation sérieuse.

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