‹ Voyage dans la Vendée et dans le midi de la France;Chapitre 3 sur 6 · DANS · texte numérisé non relu

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U n voyage dans les provinces du midi de la France semble être une continuation d’un voyage dans la Vendée. Dans les cent jours Bordeaux, Toulouse, Nîmes , Avignon, Marseille ont partagé la gloire de ce noble pays. Comme nous désirions aller à Bordeaux , nous voulûmes traverser de nouveau le pays que nous avions parcouru l’année précédente. Nous revîmes Versailles, demeure digne d’un roi , et bâti par un homme qui a su tellement s’approprier ce nom, qu’on disoit dans toute l’Europe le Roi est mort quand Louis XIV mourut; Rambouillet, Epernon , Maintenon , Chartres , lieux qui rappellent François Ier, Louis XIV et Henri IV ; Cbâteaudun , le séjour deDunois ; Vendôme, nom que porloit un grand capitaine du sang des Bourbons, et Tours, où les soldats de Mahomet reculèrent devant les soldats de Jésus- Christ. Tours présente de ce côté un aspect superbe. La route de Paris ne forme qu’une avenue avec le pont et la rue Royale, et la Loire coule devant la ville à travers une riche campagne.

La situation de la ville de Tours est très-célèbre, a On pourvoit appeler la Touraine , disait Gui de Bentivo-

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gîio , nonce du Pape , l’Arcadie de la France; mais si elle n’a pas le nom d’Arcadie, elle a du moins mérité celui de jardin de la France , et en vérité on trouve que ce n’est pas sans raison , quand on considère cette belle Loire qui l’arrose , ces rivages si rians , ces campagnes si riches et ces vues si pittoresques. Que vous semble (le nonce écrivoit à un grand d’Espagne qui habiloit à Rougemont , maison abbatiale de Marmoutier) de la position de la ville de Tours et de ce village voisin où est situé le célèbre monastère de Marmoutier. Que vous semble de ces petites îles qui de loin forment un pont que la nature paroît ajouter à celui que l’art a élevé et sous lequel le fleuve se déploie pour entrer dans la ville. Que vous semble enfin de cette multitude d’arbres qui s’élancent du milieu des habitations d’urie partie de la ville, et du village et de ces îles qui de tous côtés groupent ou diversifient ces scènes riantes ? »

Dans ce beau pays a dû tou jours vivre une race d’hommes à part , gente molle e lieta , nation molle et heureuse , dit le Tasse. Tous les sentimens y sont calmes, et la Touraine ne demande que le repos, aussi le retour des Bourbons y a-t-il été appris avec enthousiasme, parce que ce retour lui rendoit la paix. Les Bourbons s’interposoient alors comme médiateurs entre nous elles étrangers. Eux seuls ne pouvoient être accusés par l’Europe ni par la France. Ils nous arrachoienl à nos propres fureurs et à la vengeance de l’Europe.

Durant les cent jours il n’y a eu que sept fédérés à Tours, quatre seulement étoient de la ville, et pas un seul cri de vive /’ Empereur ne s’y est fait entendre. Quand nous y avous passé, deux écoles des frères v en oient d’être établies, et les païens y envoyoienl en foule leurs

enfans. Une souscription avoit produit 20,000 fr. , et le conseil général a voit proposé 10,000 fr. pour cette fondation. On a accusé Tours de n’avoir aucun nom dans les lettres, mais c’est une injustice , Rabelais, Racaii, Descartes , Commire , Rapin , sont nés dans la Touraine.

Philippe-Auguste et Richard Cœur-de-Lion se disputèrent ce beau pays les armes à la main.

Jean Boucicaut et Jean de Sainlré, tous deux nés en Tou raine, éloient réputés les plus braves chevaliers de leur temps. Le /ils de Jean de Boucicaut fut nommé maréchal de France à vingt-çinq ans.

Les étals-généraux ont souvent été assemblés à Tours.

Tout ce pays est plein de châteaux habités par nos rois. On voit encore les restes du château de Plessis-lez- Tours « lieu , dit un ancien historien, où s’éloit retiré le roi Louis XI pour trouver repos à son accoutumé labeur, et se séparer des princes et seigneurs quil avoit en snspeclion , laquelle proeédoit de ce qu’il vouloit être craint de tout le monde. Or il advient que ceux qui veulent être craints , non- seulement craignent les grands mais les petits. »

Ce château adonné son nom a,u cardinal d’Amboise : sage pilote de la France , dit Mézeray , ministre sans avariceet sansorgueil, cardinal avec un seul bénéfice , qui, n’ayant en vue d’autre richesse que celle du bien public , s’est amassé un trésor de bénédictions dans toute la postérité.

Amboise est célèbre entre les autres châteaux de la Touraine : c’est à Amboise que François Ier, qui célcbroit les noces de Renée de Montpensier avec le duc de Lorraine , alla seul au-devant d’un sanglier furieux qui éloit monté jusqu’à l’appartement des dames , et le tua en le perçant de son épée.

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La Touraine a été un moment l’apanage de cette belle- Marie Sluart, dont le cœurétoitsi Français, et qui estmorle avec tant de courage après dix-Iiu.it ans de captivité.

La Touraine fut aussi le théâtre des dissensions de la ligue ; c’est près de Tours qu’eut lieu l’entrevue de Henri III et du roi de Navarre. « De toute sa troupe, dit cet historien en parlant du roi de Navarre , nul n’avoit de manteau et de panache que lui. Tous avoient l’écharpe blanche, et lui vêtu en soldat, le pourpoint tout usé sur les épaules. Tous les arbres même du château du Plessis éloient chargés de peuple , ajoute le même historien. » Ce fut là que les deux rois résolurent de marcher sur Paris.

Le château de Tours qui a été détruit occupoit une partie de l’enceinte de Pancien palais que les empereurs Romains avoient dans cette! ville. Mais il en reste une tour qui porte le nom du duc de Guise. « On (i) voyoitilya peude temps lachapelie royale où CharlesVlI et Louis XI furent mariés. Cette chapelle existoit en 1591 lorsque Charles, duc de Guise, s’échappa de la tour où il éloit renfermé , puisqu’on rapporte que ce fut immédiatement après y avoir fait ses prières. Il y avoit été conduit le jour que son père périt au château de Blois. Il étoit fds de Henri-le Balafré et se nommoit alors le prince de Joinville. Après deux ans et trois mois de détention , le i5 août 1691 , il se sauva par l’une des deux fenêtres voisines du toit, que l’on distingue encore quoiqu’elles soient fermées en maçonnerie (2). »

(1 \ Voyez les Recherches sur la Touraine.

(2) Cette évasion fut assez singulière et assez importante dans

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La mission qui a été donnée à Tours par M. de Janson a fait beaucoup de bien. On ne peut se dissimuler

son résultat , pour que j’entre ici dans quelques détails peu connus.

Le jour de l’Assomption , le duc entendant somier midi entra dans la chapelle pour y faire ses prières. C’étoit l’heure à laquelle on fermoit les portes de la ville, dont les clefs étoient portées chez le maire. En sortant le duc proposa aux quatre archers qui le gardoient un prix pour celui qui monteroit tout l’escalier à cloche- pied. Comme il étoit en avance de trois ou quatre marches, il prit aussitôt sa course , monta rapidement les degrés , se saisit de la porte qu‘011 avoit fait faire exprès pour le tenir plus sûrement , et la ht garder par ses gens avec ordre de ne l’ouvrir à personne; ensuite il monta dans sa chambre , muni d’une corde qu’un blanchisseur lui avoit apportée parmi son linge. D’autres disent, avec moins de vraisemblance , qu’un joueur de flûte l avoit introduite dans son instrument; il l’attacha à lin bâton qu’il plaça entre ses jambes, et se ht ainsi couler par ses gens le long de la tour.

Les gardes l’ayant aperçu des fenêtres du château tirèrent sur lui quatre coups d’arquebuse, dont aucun 11e l’atteignit. Ses domestiques épouvantés lâchèrent la corde , de manière qu’il tomba un peu brusquement de la hauteur de quinze à vingt pieds , et fut légèrement blessé aux genoux et aux reins. Il se releva cependant , et, sans même songer à reprendre son chapeau , il s’enfuit le long des murs de la ville jusqu^au faubourg de Biene , où il rencontra un valet qui menoit à l’abreuvoir un cheval dont il s'empara , et sur lequel il courut au galop jusqu’à l’endroit qu’il avoit indiqué à ses gens. Ceux-ci le voyant veuir sans chapeau et sur un cheval à poil , prirent le change et s’enfuirent ; cependant un laquais s’étant retourné, le reconnut à ses habits, et lui donna un autre cheval.

L’alarme s\ tant mise au château et dans la ville , plusieurs personnes montèrent à cheval , entre autres deux Ecossois delà garde lu roi, qui l’eussent joint infailliblement sans un habitant du faubourg de Biene, qui en arrêta un par la bride , en lui

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que la Touraine, comme les provinces des environs cle Paris, a perdu ses antiques mœurs. La foi s’y est altérée, et il est impossible de ne pas remarquer que si la révolution a rapproché de la religion les classes supérieures de la société, elle a singulièrement afloibli la foi dans les campagnes et parmi le peuple des villes. Les missions réparent cette grande plaie de la France. Honneur donc à ces hommes admirables qui régénèrent notre patrie ! Les missionnaires sont les véritables restaurateurs de la monarchie Françoise. (Test ce que sentoit admirablement M. Freyssinous, quand il s’ccrioit : Oui , je les aime de toute la haine que leur portent leurs ennemis. Par-tout où nous avons passé après les missionnaires, nous n’avons recueilli que des bénédictions pour eux.

On se préparoit à Tours aux élections. Les candidats portés par les royalistes sont MM. de Jouffreyet d’Effiat, deux hommes qui siégeroient à côté de MM. deMarcellus et de Maccarthy, et qui seroient dignes d’eux. Les jacobins, dit-on , présentent le destructeur de l’abbaye de

disant : «Que veux-tu faire au jeune priuce?» Son compagnon étant venu à son secours ^ le peuple s’attroupa , et cet incident inattendu donna le temps au priuce de passer le Cher et de joindre à Saint- Avertin le baron cle la Maisonfort , qui l’y altendoit ec deux cents genti!shommes,et qui le conduisit à Bourges, où il fut reçu avec de grands témoignages d’allégresse. Cet événement , dont on s’alarma d’abord , produisit un effet tout contraire à celui qu’on devoit en attendre. Le duc , idole de la ligue , devoit être placé sur le troue de France. Le roi d’Espagne à cette condition offroit de lui donner sa fille ; mais le duc de Mayenne , jaloux de son neveu ,se hâta de conclure, contre l’avis du légat et des Espagnols, une trêve qui fit échouer tous ces projets.

Marmoutier et un régicide. Leur audace ne se lassera jamais qu’elle ne soit confondue. «Sire, disoit Villeroy à Henri HJ , c’est extravagance et impertinence que de croire gagner ces gens-là par gratifications , ils lie sont sensibles qu’à vertu de justice. »

Nous passâmes à Luynes, à Cinq-Mars, près des restes d’un camp romain ; et à peu de distance de Luynes, nous quittâmes la levée pour aller visiter le beau château d’Ussé qui appartient à M. de Duras. C’étoit le château de la dame des belles cousines. Il domine un pays enchanteur. Ses belles terrasses et ses vieux machecoulis sont couronnés par un bois. La vue se repose sur des prairies et sur des coteaux. L’Indre passe au pied des murs du jardin , et dans le lointain des voiles blanches paroissent à travers les arbres; c’est la Loire.

Nous arrivâmes le soir à Saumur , et de Saumur , au lien de passer par Thouars, nous entrâmes dans la Vendée par Doué, Vihiers et Coron. Doué , comme presque toutes les petites villes qui forment la lisière de la Vendée, ne s’est point associé au sort de ce glorieux pays. C’est à Vezins seulement que nous devions retrouver les cœurs que nous avions si bien entendus. C’est là qu’est Mme de Vezins, si bonne, si charitable, si digne en un mot du pays qu’elle habite. « Depuis que vous êtes partis, nous direntles premiers paysans vendéens que nous revîmes , il y a eu bien du mal ; et nous en avons perdu un. « La mort deMgr.leduc de Berry étoi t sans cesse présenleà leurs yeux. Nous regrettâmes de ne pas rencontrer Loiseau , surnommé l’Enfer à cause de son courage , qui à tous les combats oit il s’est trouvé a toujours donné le premier coup de sabre, et qui reprit Marie-Jeanne. A Fontenay , i! avoit. le corps traversé d’une balle, et

il ne voulut pas qu’on l’enlevât du champ de bataille, avant d’avoir vu de ses yeux les siens triompher.

Nous revîmes Maulevrier elles ruines de la Durbellière. M. de la Roehejaquelein revenoit dans la Vendée pour la première lois depuis la guerre de i8i5. 11 y reparoissoit avec sa jeune et brillante épouse , la princesse de Talmont. Les Vendéens étoient venus en foule pour fêter l’arrivée de leur général, et connoître celle qui en s'unissant à un la Roehejaquelein s’étoit unie à leurs destinées. Ils s’étoient rassemblés au milieu de ces ruines que nous avions vues si désertes un an auparavant. Lanuitétoit très-sombre. Un immense feu de joie éloit allumé. Les flammes se projetoient sur les ruines et sur l'étang, dont la moitié étoil dans l’ombre de la grande tour. Les feux éclairoient d’un côté les ruines, et de l’autre les danses et la joie de ces bons Vendéens qui oublioient leurs malheurs à la vue de ceux qui les avoient tous partagés. Les cris de Vive le Roi se mêloient aux cris de Vive les la Roehejaquelein , et jamais deux noms ne furent plus justement réunis. Rien ne m’a plus touché que cette nuit, et ce feu de joie qui rappeloit des feux de douleur , et cette noble personne entrant dans cette noble famille, au milieu des ruineset des chants de triomphe. On lui présenta des couronnes de fleurs. Tous les cœurs étoient pleins d’une joie mêlée à des souvenirs tristes mais héroïques. En parcourant les débris de la Durbellière, Madame de la Roehejaquelein répétoit ce vers de Racine :

Et de Jérusalem l’herbe cache les murs !

Ce nom de Jérusalem se pîaçoit heureusement dans cette terre de sacrifices à la religion et au roi. Les

armes mêmes desla Ptochejaquelein, qui sont encore sur la pierre de la principale porte , sont les armes des croises : une croix et des coquilles de pèlerins.

Nous revîmes à Saint-Aubin les Vendéens que nous y avions vus, et beaucoup d’autres qui accouroient auprès de leur général et de sa nouvelle épouse. On ne s’étonne pas de l’enthousiasme qu’inspirent à ce pays les la Rochejaquelein quand on connoît le dernier des trois frères. En i8i5 , M. Auguste, après la bataille de Waterloo posa les armes lors de la pacification proposée par un général de Buonapartc, quimenaçoit de mettre tout à feu et à sang dans le pays qu’il occupoit si l’on n’y consentoitpas. Comme on faisoit quelques objections à M. Auguste contre cette mesure, il répondit. « Puisqu’il n’y a plus de motifs de faire la guerre ( il croyoit le roi à Paris ) je ne compromets que ma gloire en cessant de combattre; en ne le faisant pas, je compromets tous ces braves gens. » Il avoit fait déposer chez un notaire à Bressuire l’ordre de faire vendre ses biens pour acquitter les bons qu’il avoit faits au nom du lloi en cas que Buonapartc eut réussi. « Avec un babit de soldat , disoit-il , je trouverai toujours du pain en Angleterre. » (i) Quoi de plus héroïque dans aucune histoire !

En allant à Clisson, où celle fois nous devions trouver madame la marquise de la Rochejaquelein et sa mère madame de Donissan, nous voulûmes passer à la llochejaquelein , petit château fort ancien à demi ruiné sur la route de Saint-Aubin à Bressuire. Quelques tours seulement sont restées entières. M. et Mrac delà Rochejaquelein

(i) MM. de la Piochejacpieleiu et d’Andigné étoient seuls exceptés de l’amnistie de Buonaparte.

lurent recusàClisson comme à la Durbellière, au milieu des ruines, des feux de joie et des transports d’allégresse. Ces bons paysans vendéens sont absolument comme les paysans Bretons , dont madame de Sévigné disoit: <* Je » trouve ici des âmes de paysans plus droites que des alignes, aimant la vertu comme naturellement les chevaux » trottent. » Nous avons vu à Clisson une pétition au roi d’un paysan , elle finissoit par ces mots : « Mon sang » a coulé trois fois, Sire, pour Dieu et pour vous ; je » le verserai tout entier s’il est nécessaire ; et il avoit » effacé la phrase suivante, quoiqu’on ne m’ait pas » rendu justice .» Pour Dieu et pourvous : jamais en effet ils ne séparèrent leur dévouement au roi de leur amour pour Dieu. On a dit que la religion peut seule expliquer le miracle de l’obéissance. La religionseule explique le dévouement des Vendéens. « Je dirai franchement, a? disoit une femme, qui s’est battue dans la guerre de 92 ,

» qu’aux premières affaires où je me suis trouvée, le 3) bruit des coups de fusil me faisoit une impression 3> et que je fus désespérée de ne pas me trouver plus de » courage. Je m’adressai alors à Dieu, et en levant les 3) mains au ciel , je lui dis : Bon Dieu , ne me donnerez- 3) vous pas plus de cœur pour combattre vos ennemis.

3) Aussitôt après je me suis sentie animée comme par un » miracle , je n’ai plus eu peur de rien , et gr âces à Dieu » le courage ne m’a jamais manqué depuis.» Une paysanne chez quiéloit cachée Mme Morisset de Chollet pendant la guerre vit entrer chez elle des bleus qui lui demandèrent si eile n’avoilpas caché de Vendéens, ajoutant qu’ils la tueroient si elle les Ironipoil. Mmc Morisset, qui éloil près du feu habillée en paysanne , vit cette femme pâlir et sortir, et rentrer un momentaprès en disant: « Non, je n’en

ai point; voilà ma servante, en montrant M<"e Morisset , vous pouvez chercher clans toute la maison. » Les bleus s’étoient retirés, etMme Morissetlui demanda pourquoi elle étoit sortie : « J’ai eu peur, je vous aurois dénoncée, j’ai ete me jeter à genoux pour demander à Dieu le courage de ne pas vous trahir, et je l’ai obtenu. » La Foi, voilà leur héroïsme. La Foi peut seule sauver les empires. «Voyez » un vaisseau, l’équipage sucroit inutilement à baisser les » voiles et à les lever, si le pilote ne trouvoit sa roule » dans les étoiles ».

Depuis six ans, on n’a pas vu un seul Vendéen con* damné par une cour d’assises. En Anjou habite un Vendéen , nommé Crouslon ; il étoit parti comme tambour à l’âge de huit ans dans la première guerre , aujourd hui, quand il n’a pas de pain, il bat du. tambour. « Voilà Crouston qui manque de pain, » disent les paysans, et on lui en porte de tous les côtés. Leur constance dans leurs sentimens mérite de passer en proverbe. « De tous ceux qui ont Fait la guerre, me disoit un paysan, il n’y en a pas un qui ait déFailli » (i).

Leuramour pour le roicst quelque chose d’admirable. Dans unemétairie, en battant le blé, les paysans crioient sans cesse : Vive le Roi. Interrogés pourquoi , ils répondirent : « Ah ! c’est que nous sommes si pauvres celte récolte-ci que nous n’avons pas pu acheter du vin, et nous crions: Vive le roi! pour nous donner cœur à l’ouvrage.

Voilà ce que sont les Vendéens. Croiroit-on , cepen-

(i) « Si la guerre recommençoit , disoit un autre assez avancé en âge , j’essaierois encore d’aller à pied , et si je ne pouvois pas j’irois à cheval. — Mais si vous n’aviez pas de cheval — Je ventrois mes deux bœufs pour en acheter un. »

dant, qu’on ait pu les accuser de méditer des révoltescon* tre leur roi, et quand le roi appelle auprès du berceau du duc de Bordeaux Joseph Cadoudal , en lui disant : que le frère de Georges devoit se trouver à la naissance du lils de Mgr le duc de Berry , comprendra-t-on qu’on oublie les malheureux Vendéens , qui ont tout sacrifié pour Je roi. Le nombre des veuves et des blessés qui n’out pas reçu de pension et dont on ne veut pas entendre les réclamations est immense. En 1 8 1 4 , des commissaires ont traversé rapidement le pays. Tous ceux qui n’ont pu se trouver au moment, de ce passage n’ont rien , et comme il ne s’agissoit que de récompenses et non de périls, les Vendéens y étoient en petit nombre; les autres ont reçu des pensions si modiques qu’ils sont dans la plus grande détresse.

Le pays est couvert de blessés qui mendient, ce qui est un sujet de joie pour ceux qu’ils ont combattus. Ajoutez aux blessés les veuves et les paysans riches avant la guerre et cjui ont été incendiés, ceux qui ont couché en plein air des années entières, et qui sont couverts de rhumatismes, d’autres qui, étant enfans pendant la première guerre, ont gagné le haut mal par les frayeurs multipliées auxquelles ils ont été exposés. C’est un spectacle déchirant que celui de cette profonde misère , et cependant les veuves etles blessés des armées royales ont pour eux la loi de l’état, mais elle n’est pas exécutée. Qu’on y songe bien cependant la justice seule , et une justice éclatante , peut réparer le mal que nous fait chaque jour l’exemple de l’impunité du crime et du dénuement de la vertu. C’est parce que saint Louis cloit pénétré de celte vérité qu’il a été le plus grand des hommes et notre plus grand roi.

Voici un Irait rapporté par Joinville qu’il est bon de S’appeler : « Un cordelier vint à lui auChatel de Yères , U où nous descendîmes de mer, et, pour enseigner le roi , dit en son sermon qu’il avoit lu la bible et les livres qui parlent des princes mécréans, et qu’il ne trouvoit ne ès-créans ne ès-rnécréans que ocqnues royaume se perdît, 11e changeât de seigneurie à autre , sinon par défaut de justice. Or, que prenne garde, fît-il, le roi qui s’en va en France, qu’il fasse bon droit et hâtif à son peuple , par quoi notre sire Dieu tiendra son royaume en paix le cours de sa vie. Le roi n’oublia pas cet enseignement , ains gouverna sa terre bien et loyablement et selon Dieu, et il garda souverainement justice, nulle chose laissant qui appartînt à droiture.» Dans ses instructions à son fils, on retrouve ces memes sentixnens : « A justice tenir droite sois roide et loyal, sans » tourner à destre 11e à senestre. »

A Clisson 5 le soir toute la famille de Mm° de la Rochejaquelein se réunit dans l’ancienne chapelle du château , et la prière se fait en commun. Il est difficile d’imaginer un intérieur plus simple que l’intérieur de Clisson. O11 reconnoît en tout la personne qui a écrit ces admirables mémoires qu’on relit dix fois sans se lasser, et qui ont le charme du roman et l’intérêt de l’histoire. Nous avons vu des enfans de dix ans, pleins des souvenirs de ce livre, nom que Mrae delà Rochejaquelein est toujours étonnée d’entendre donner à ses mémoires. Cet ouvrage est un monument de gloire élevé aux royalistes; et comment en effet ne pas être frappé de l’éclat de tant de vertu , et douter de la sincérité de l’historien quand on trouve des récits comme celui-ci qui semble emprunté à la bible? Mlüe de la Rochejaquelein raconte

(nS)

son séjour à Fringuiaux. « INous passâmes un mois fort » tranquillement. La cabane que nous habitions étoit » censée abandonnée : les bleus n’y venoient pas. On » s’aperçut après quelques jours que la petite Joséphine »> (sa fille dont elle étoit accouchée dans ce lieu même) » avoit le poignet démis : cela me fit une grande peine, » et je résolus, quand elle seroit plus graude, de m’en » aller, en mendiant mon pain, la porter à mon cou » jusqu’à Barèges : ce projet ne me paroissoit pas du » tout extraordinaire. Je n’avois ni espoir ni idée de » l’avenir; je ne savois rien de ce qui se passoit au » monde, je me voyois proscrite et misérable, et j’avois » l’âme trop abattue pour songer que ma position pour- » roit changer; le pauvre enfant mourut douze jours » après sa naissance. On m’apprit cette nouvelle sans » préparation, à la façon des paysans. La fille de Gourel, » en entrant dans la chambre, me cria : Votre fille du « Bois-Divet est morte. Je répondis : Klle est plus heu- » reuse que moi; et cependant je me mis à pleurer».

De Clisson nous allâmes à la Pélissonnière chez M. de Bagneux, chef de division en i8i5. M. de Bagneux a épousé la nièce de Henri de la Vieuville, qui s’est fait un nom glorieux dans la guerre de la Bretagne , et qui a péri avec le second fds du duc de Sérant (1). Des Her-

(2) Le duc de Sérant , gouverneur de M. le duc de Berry , a vu périr ses deux fils pendant la guerre dans le même mois. Sa petite fille, mariée au duc de Rohan, qui vient de donner un grand exemple au monde en le quittant au milieu de toutes ses séductions, s’est brûlée d’une manière horrible. Et pour comble de malheur ce respectable vieillard, à l’àge de quatre-vingt-deux ans , a vu tomber sou royal élève sous le fer d’un assassin. Il a voulu s’enfermer au Louvre auprès de son corps pendant deux heures.

foins à la Pélissonnière, le pays ressemble à un jardin. La vue du château est très-belle. Des terrasses on aperçoit une grande prairie terminée par des bois qui se prolongent jusqu’au pied des coteaux de Pouzauge.

La F orêt sur Sè vre est entre Clisson et la Pélissonnière,

entourée par la Sèvre. Les cendres deDuplessis-Mornay y étoient déposées avant la guerre. Nous retournâmes aux Herbiers pour nous rendre à la Ganbretière. Le chemin est très-couvert, et une croix nous indiqua la maison du Gai Sapinaud. M. de Sapinaud nous reçut à merveille, et nous fûmes très-frappés de son extrême simplicité. De son salon on aperçoit les coteaux de la Sèvre , la maison de M. de la Bretèche et les bois qui entourent Tiffanges.

M. Dupérat n’éloit pas à la Chataigneraye. Nous n’aurions certainement pas quitté la Vendée sans voir cet intrépide général vendéen , qui lit la guerre dans son pays tant qu’on y put combattre, qui alla ensuite se joindre aux Chouans, puis revint dans la Vendée dès que le drapeau blanc y reparut , et qui aima mieux passer dix ans dans les cachots de Buonaparte, que de servir dans ses armées.

11 est beaucoup d’autres Vendéens que nous regrettons de ne pas connoître: M. llenou, à qui sa valeur a fait donner le surnom d’un ancien chevalier ( Bras de Fer ) , M. de Bauvau (1), qui au pont de la Roche-Servière se

On ne peut pas exprimer sa douleur. M. le duc de Sérant voudroitfaire passersa pairieà Athanasede Charette son parent, et il a fait acheter les ruines du château de Bayard pour en faire présent au neveu du général Charette.

(1) M. Eugène de Bauvau, blessé, arracha le drapeau blanc au porte-étendard qui fuyoit, et vint à la tête du pont le planter à quinze pas de rennemi.

couvrit de gloire; M. de Menars, dont le dévoûment est si pur; M. Soyer l’aîné, qui se distingua entre les Vendéens mêmes, et dont les blessures ne sont pas encore fermées ; M. Dudoré , MM. Martin , M. Athanase de Cha* rette, frère du malheureux Ludovic , et neveu du Marius de la Vendée ; M. de Saint-Hubert , MM. de Kersabiec, et une foule d’autres que j’aurois voulu voir et entendre. On est heureux de retrouver sous mille aspects divers le courage, la piété, le désintéressement; car c’est là tout le caractère vendéen.

De Clisson nous allâmes à Niort, en passant par Partbenay et Saint-Maixent. Les environs de Niort sont assez rians, la ville fort irrégulière, et ses maisons presque toutes neuves ou nouvellement blanchies. La flèche de l’église de Notre-Dame, bâtie par les Anglois, dominela ville et les vieilles tours du palais d’Aliénor ou d’Eléonore d’Aquitaine. La demeure de la reine de France et d’Angleterre est aujourd’hui une prison , comme à Dinan le château de la duchesse de Bretagne. C’est une chose très-remarquable qu’une partie des anciens monastères ou des grands châteaux, rju’on appelle les monumens de la féodalité et de la superstition, soient transformés aujourd’hui en prisons, monumens du crime , du vice , et naguère de l’esclavage. Les gendarmes et les cachots , voilà ce qui remplace partout les prêtres et les couvens , et au lieu de l’absolution du prêtre , on a la hache du bourreau. Niort compte à peu près dix-liuit mille habitans.

C’est dans les environs de Niort, à Murçay, près du château de Salbart, que madame de Maintenon a gardé les troupeaux dans son enfance. La destinée de madame de Maintenon étonne surtout notre siècle, à qui doit

paroître fort extraordinaire celte maxime qu elle tiroit de sa conduite : rien n’est plus habile qu’une conduite irréprochable . Ce n’est pas ainsi que les grandes fortunes se font aujourd’hui. Elles sont presque toutes de grands scandales.

Nous avons visité les restes du château de Salbart, non loin de Latailler , village sur la route de Niort à Parthenay. On y arrive par un chemin très-sauvage , qui suit les bords de la Sèvre-Niortoise , et qui monte sur un coteau assez élevé, où sont les vieilles ruines. L’aspect de ce château rappelle tous les souvenirs de la chevalerie, et la lance des chevaliers et le cor des châtelains, la harpe du troubadour et le rosaire des ermites. Six tours irrégulières à moitié conservées, unies par de grands pans de murailles, où sont encore pratiquées les anciennes communications , adossées à un coteau très-sauvage, sur lequel est bâli le joli village de Ternanteuil , sont d’un effet très -pittoresque. La Sèvre coule au bas, et entoure presque entièrement le vieux château. De grandes prairies, s’étendentdel’aulre côté de la rivière. Nous avons trouvé dans la grande tour des noms inscrits en i5qo, et une cheminée gothique , autour de laquelle on se pressoit sans doute dans les soirées d’hiver pour raconter ces histoires où figuroient les géans, les grands coups d’épée, et l’anneau qui rendoit invisible, et l’oriflamme de Clovis et la bannière de nos rois. On ne sait rien sur l’origine de ce château. On trouve seulement dans l’histoire du Poitou que lorsque Marguerite de Penthièvre, fi le d’Olivier de Clisson , fit enlever le duc de Bretagne et son frère, elle les fit enfermer d’abord au château de Salbart, avant de les renvoyer à Clisson.

La partie la plus entière du château est le côté opposé

à l’entrée. Deux grandes tours en pierres de taille sont aux deux extrémités, et au milieu est une tour plus petite liée aux deux autres par deux murs. Elle est couverte de lierre. Une petite tour sort de la plus grande. Toutes ces ruines sont surmontées aujourd’hui par les plantes qui croissoient à leurs pieds; et les chevaliers qui habitèrent ce château, que sont-ils devenus? Un peu d’herbe suffit â recouvrir tout ce qui reste d’eux.

A Niort, comme à Bourbon-Vendée, on s’occupoit des élections. Le département des Deux-Sèvres et le département de la Vendée, et même celui de la Loire-Inférieure, ne seront probablement pas représentés comme ils devroient l’être, si d’après les principes de nos publicistes constitutionnels , les députés doivent être les représentai de l’opinion du plus grand nombre. On sait que M. Manuel est député delà Vendée. C’est une amère dérision. Dans ce noble pays, où dans les cent jours plus de quarante mille hommes avoient pris les armes pour les Bourbons, M. Manuel, connu par ce mot fameux à la trihune des cent jours : A Dieu ne plaise que je veuille jamais des Bourbons , a été nommé par des électeurs qui fuyoient de leurs déparlemens devant les paysans vendéens. On voit assez par là combien peu une seule loi d’élection convient à toute la France. Les jacobins de la Vendée, comme ceux de la Bretagne, sont pires que partout ailleurs. Leur zèle pour le mal est en raison de l’amour pour le bien qui est dans le cœur de leurs ennemis. Il n’y a presque pas de Buonapartistes dans ces deux provinces. Ce goût d’esclavage n’est pas compris par des Vendéens et des Bretons. Dans le département de Maine-et-Loire on compte sur la députation la plus honorable: M. de Maquillé, que les royalistes

peuvent présenter à leurs amis et à leurs ennemis, et trois hommes qui sont assez connus pour que leur nom suffise à leur éloge , MM. de la Bourdonnaye , d’Andigné et Benoît.

De Niort nous allâmes à Parencey , où habite une sœur de M. Henri de la Rochejaquelein , madame de Beaucorps. Madame de Beaucorps pendant l’émigration a servi de mère à ses plus jeunes sœurs, Mlles Louiseet Lucie, et à ses frères MM. Louis et Auguste. M. de Beaucorps combattoit à l’arrnée de Condé avec deux de ses frères, pendant que le quatrième servoit dans la Vendée. Il étoitausiégedeMaestricht. Le château de Parencey rappelle la demeure des anciens preux (1). Ali! si l’onvouloit réellement le salut de la France, combien d’hommes on. laisse dans l’obscurité , et dont les vertus nous sauveroient ! Les gens de bien, comme les paratonnerres, doivent être placés sur les hauteurs, pour nous préserver de la foudre.

Nous ne fîmes que traverser Saint-Jean -d'Angely , et nous arrivâmes à Saintes, où nous voulions nous arrêter plus long-temps.

La ville de Saintes, capitale de la Saintonge , est une des plus anciennes villes de France. Prise par les Romains , sous Jules César , elle passa ensuite sous la domination des Visigolhs, jusqu’à la mort d’Alaric, tué par Clovis, en 507. La ville et la province tombèrent alors au pouvoir des François. « La ville des Santons, dit l’auteur de la vie de saint Eutrope, cité très-grande, fortifiée

(1) Un des ancêtres de M. de Beaucorps , Geoffroy de Beaucorps, étoit parmi les compagnons de Beaumanoir au combat des Trente.

(le murs et de hautes tours, remplie d’édifices publics, dans une situation agréable et salubre, entourée dejvignes, est une des plus opulentes villes de l’empire romain dans les Gaules.» Ce témoignage est confirmé par Ausone.

Saintes avoit un capitule (on appeloit ainsi le temple ou la citadelle), comme Àutun, Narbonne, Nîmes et Toulouse. Comme ce capitole étoit bâti sur un rocher qui dominoit la Charente, les comtes de Saintonge en firent leur demeure. On remarque à Saintes un arc de triomphe très-bien conservé (1).

Ce monument a été dédié à Germanictis, fils de Drusus et d’Antonia la jeune , par ordre de Tibère.

Ainsi, au milieu des plaines de la Saintonge, près des champs où brillèrent nos héros françois , et où aucun monument n’a été élevé à leur gloire, on trouve encore un arc de triomphe élevé par Tibère au vainqueur d’Arminius.

Voici l’explicatioil qu’on a donnée de ses inscriptions.

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