‹ Voyage dans le FinistèreChapitre 135 sur 159 · AGRICULTURE, MANI FACTURES , COMMERCE, ETC · texte numérisé non relu

AGRICULTURE, MANI FACTURES , COMMERCE, ETC

Les amis du progrès agricole ont reproché dès long-temps avec amertume à la population bretonne l'existence de ces landes improductives qui couvrent une vaste portion de son territoire réputée susceptible de culture. Oo aurait pu se dire que d'autres prorinces , telles que la Guienne , l'Orléanais, le Poitou , l'Anjou , le Maine et jusqu'à la Touraine et la Normandie , sont plus ou moins entachées de ce trait de barbarie , pourme servir de l'expression consacrée ; il est vrai de dire encore que l'industrieuse et riche Angleterre est fort loin d'en être exempte, et qu'on voit les bruyères du Surrey, par exemple , venir jusqu'aux portes de Londres ; que la laborieuse Allemagne a ses landes de Westphalie , bien que des milliers de familles en partent chaque aunée pour aller défricher les forêts d'Amérique. Enfin on aurait pu se demander pourquoi le premier peuple agricole du monde , le belge , malgré sa population foulée et mal à l'aise dans ses polders, n'a pas encore rendu la Campine liégeoise à l'agriculture. Ma is non , ce sera sur la pauvre Bretagne que pleuvront toutes les accusations de préjugé , d'entêtement , d'ignorance (1) , etc. Mais on la barderait de fermes modèles , on y garnUonnerail toutes les sociétés d'agriculture de France , les conseils généraux voteraient cent écus de plus par an pour prunes d'encouragement, que la difficulté ne serait pas encore résolue. Nous espérons toutefois avancer cette question si controversée, et prouver qu'elle a jusqu'à présent été examinée trop superficielle-

Cependant on se tromperait étrangement si l'on nous confondait avec ceux qui , en désespoir do cause , tranchent la question en déclarant que les fonds sons lande sont des sols ingrats , rebelles à toute culture. Assez d'exemples sont là pour attester au contraire qu'ils sont , dans la plupart des cas, susceptibles d'une grande variété de riches

(i) te département de Seine-ct-Oi»e , i ta porto de Paru, contient ■ i.Soi hectare» de Undcs, c'«t-à-dire on croquait, tirme de ton étendue .'

produits. Quoi qu'il en soit , on ne saurait parcourir les landes de Bretagne sans y rencontrer fréquemment les traces de quelques défriebemens abandonnés , presque toujours après avoir causé la ruine de leurs auteurs; et celles mêmes de ces entreprises , en nombre fort exigu , dont on cite les succès , le doivent à des causes extra-agricoles. Pour nous c'est du point de vue de l'économie sociale que nous chercherons à découvrir la raison de cette fâcheuse anomalie.

Les terres de lande et de bruyère consistent ordinairement en une couche de détritus végétaux mêlée d'une certaine portion de sable quartzenx. Les plantes qui ont servi à la former par leur destruction successive sont celles qui sont en possession actuelle du terrain, savoir : l'ajonc (lûex uropœus) et la bruyère fm«ï w/gamJ.Cdteterre,qui forme une couche plus ou moins profonde , selon que la cause que nous venons de lui assigner agit plus activement et depuis plus long-temps, supposé toutefois qu'on ne l'ail pas diminuée pour en enrichir d'autres ronds , pratique blâmable et trop commune ; celte terre , disons-nous , n'est ni aussi soluble que le terreau, ni aussi inerte que la tourbe; il est évident néanmoins qu'elle tient un peu delà nature de l'une et de l'antre substance. Elle repov ordinairement sur une argile granitique ou sur un schiste pourri , dont elle est séparée quelquefois par une couche mince de terre siliceuse blanche ou noire, que les bretons appellent pri prvt, ou par une couche également mince de sable agglutiné par l'oxide de fer; ces deux derniers cas sont la cau se la plus énerglqnede l'im perméabilité actuelle I du sous-sol. Il résulte de cette cause que le terrain est uoyé pendant la saison pluvieuse pour passer de là à une extrême siccité , quand les chaleurs de l'été donnent lieu à une évaporation d'autant pins rapide que le sol est plus léger ; ce sont ces alternatives que peo de plantes peuvent supporter et qui constituent le défaut essentiel de la terre de lande.

Cependant s'il est vrai que tonte matière provenant de la destruction des corps organisés soit dans le cas de servir à la nntritufa des plantes ,

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vous U condition d'être à l'état sol ublc , b Ifrrr I.- bru» ère , si *oiHinr •lu terreau par son origine et sj nature, doit former un précieux dépôt «le richesse végétale si I on pâment a faire disparaître I inertie de U fibre don» elle *e compose rn grande pejtjf. ; se» autre* mauvaise» propriétés ne prorienoeui eu enVl que d« causes accessoire» qu'il est finie d écarter. Ainsi l'on saignera le terrain (tardes rigole* <|ui «louiM'iit écoulement aux eaux stagnantes, un le déroquera, on rompra la rouchede sable ferrugineux ou d'argile kilicctisr dont non* avons parlé tout a l'heure , etc. Au resie noire « >\ >|ei n est pas de tracer ici use description delà pratique des •léfricbcmeu* , on peut la trouiez dans plusieurs bons traites d'agriculture ; ce que nous nous sommes proposé d'examiner ce sont le» causes négatives de cette amélioration, qui ont leur source dan» le vice de uo» institution» sociale» et les moyens d'y porter remède.

Pour donner à la terre de lande le degré de solubilité qui lui nuuqtie pour le» plantes de grande culture, deux moyens se sont présentés et sont puiruellemenl pratiqué» t le premier consiste a lut imprimer le mouvement de fermentation putride , en lui administrait une copieuse dose d'engrais iiiim iuv ; le second n'est autre chose que |.c„l»uage et rinrinératiou de la couclie superficielle. <> dernier procédé est vulgairement employé pjr les cultivateurs , qui rompent tous les ans une petite portion de lande, en vue d'en tirer quelques récoltes , mais vins intention et en général sans moyen de la Taire entrer dan» l'économie de leur exploitation. Il l est également par le» entrepreneurs de défrichement qui. privés d'autre» moyens <l engrais, sout dan» la nécessité de recourir a cette ressource pour échapper au cercle vicieux, lu ettet , pour avoir du lumier à administrer au sol , il aul entretenir de» animaux. Or les animaux \ nent de plante* lourrageres qu'on n'obtient pas d'un sol sans engrais. \jt proeéeW 4e l'écobuage est séduisant es ce qafil levé ëe prime abord

I » dtlhrillté et .hume .le* re*u|UL* imméduls .

puisqu'un terrain brûlé m nui ou |uin peut être ensemencé île» l'automne suivant ; mais il e*t accompagné de danger» qm nout peut-être pas peu inotribuéaut nombreux insucres que nous avons signalé*, en et que Mi «el» provenant de l'inanération de» corps eegaaxisé» sont à In vérité le» plu» ..un. mais en même temps les plus fugace* de t.ms le» engrais ; de aorte que |»our peu qu alléché

inra, (ommircc, etc. |»{

par une bonne récolle , ou peut-être pressé de réaliser des rentrées <le fonds, le cultivateur < ( la lentatinu d en demander au vd une seule de plu» qu'il ne convient, ce sol arrive à un état d'épuisement tel qu'il n'y a plus d'autre ressource que de l'akvudooncr pour un long période à I inculture. Sans doute il serait possible d'user de l'écobuage avec plus de daWdtJon qu on ne l'a lait jusqu'à présent, surtout si, après une première réeolte céréale, on pouvait le convertir eu prairie arlifh ielle ; mai» une première année de culture n'a pas avseï nettoyé le terrain de» plantes qui en étaient naturel leuieut en possession . pour qu'on puisse y

semer me ilu Iretle . llloiu» encore îles piaules

permanentes. Il IjiU .pi \rlluir i oiiug ne s,,it pas descendu <le sa jument borgne , i|uand il traversa I. s landes de l'.reUgnc . pour av-ir afhnué qu'elles étaient toutes propres au saiufoin, plante qui croit exclusivement sur un sous-sol calcaire, la- *pergnle , qui occupe la terre [vendant peu de temps, leurrait y réuasir ; quant au trèfle rampant , des que le sol sera net, c'est a lui qu on fera sagement de recourir.

L'autre méthode, qui est celle préconisé.- p.n

M. I r.M lui. île Ilelle-lle-en-Mer. • t <pil < oil»lstr .1

débuter par plusieurs profonds Ul i > ja< lier e

et une forte fume, n'est praticable qu'au «oiabMajn d'une ville, an moyen d engrais aarllrtli, on en »âppuyant sur une exploitation agricole ancienne; mai» dan» cette deruirre bv potbe*e , la seule dont nous ayons à nous occuper, on ne peut distraire de» fumiers de la ferme qu autant que celle - d en produirait en »ural»oadanee , ra» ei*T»si»euicui rare pour ne rien dire de plus ; si non on dérange louie l'économie d'un établissement monté en vue d'en fonder un nouveau. Ur ou conçoit que bien du» père» de «mille y regardent a deux foi» : on enfin on change le système de culture de ( exploitai ion en rapport pour ne plus lui faire produire que de* plantes fourragère* . itin d avoir un excédant de fumier à verser »ur le «léfrn betuent , mesure qui ne peut convenir qu à I homme à même par sa fortune de sacrifier le menu présent a un revenu à venir. Dm les ca* les plus trrorabtc*. on confit que cette manière de procéder au défrichement de* landes ne peut qu'être rx<- •-n- inenl lente: au surptu*. elle a lieu journellement , antant que la nature de* choses le permet , et l'on ne »'*p- IH-rçoit jus qu il en résulte un propre* sensible. Il va sans dire que lorsqu'on est a même de a*

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procurer dans le voisinage quelque calcaire , soit pierre à chaux , marne ou sable de grève, la difficulté que nous venons de décrire est à peu près levée , ces amendemens ayant la propriété d'amener la fibre inerte à l'état soluble. Le sel marin dont le sable calcaire de grève est chargé contribue puissamment à son action fécondante, et il est hors de doute que lorsqu'il n'y aura plus d'impôt sur le sel, on s'en servira comme amendement dans les terres légères , surtout dans celles de lande. Enfin la circonstance locale la plus favorable .au début d'un défrichement , c'est l'existence, sur le terrain et à une hauteur convenable,

de quelque cours d'eau ou source propre à l'irrigation. En effet, celle opération , par laquelle on doit alors commencer , produira sans engrais une masse de fourrages qui, étant consommés sur l'établissement , doit donner une quantité proportionnelle de fumier qu'on peut sans inconvénient appliquer au défrichement. Au surplus , de quelque manière qu'on se procure ce premier moyen d'engrais, il est bien entendu , et la chose est suffisamment démontrée par M. Trochu , qu'une fois que le mouvement végétatif est imprimé à la terre de lande, elle devient d'une fécondité par fois trop fougueuse.

Cependant on a pu voir par ce qui précède qu'à l'exception de quelques localités favorisées du voisinage d'an amendement calcaire ou d'un cours d'eau applicable à l'irrigation, le défrichement à ta foi* rapide et certain des landes n'est pas chose si simple que beaucoup de personnes se l'étaient figuré. Au surplus voici de nouvelles objections d'un autre ordre : Par qui sera entrepris le défrichement ? Est-ce par un propriétaire désireux d'améliorer son fonds et épris de la noble pensée d'être utile à son pays? Mais ne sait-on pas que celte classe d'entrepreneurs de culture est la plus mal servie de toutes? Que cela tienne aux habitudes grandes et généreuses de l'homme bien élevé, ou de ce que, plus éloigné delà classe ouvrière que le fermier, il est moins bop appréciateur de son travail , moins apte à découvrir les basses ruses par lesquelles elle échappe à ses obligations , toujours est-il que la chose est devenue proverbiale en Bretagne,etquetooourfa</ ge/i//7(travailcommandé par des messieurs) signifie à peu près : pas de travail du tout- Les contre-maîtres, les piqueucs , chefs d'atelier, etc., n'y changeront rien, et euxmêmes , après s'èlre montrés bien terribles eu ar-

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