DISTRICT DE CARDAIX EN
La route de Morlaix à Carhaix est longue , ennuyeuse el fatigante; elle est pavée de n»chers aigu» , que le vent et l'orage oui découverts. Rien de plus sec , de plus aride ; c'est un désert plus triste que ceux de l'Afrique el de l'Arabie ; il u'offre k fit'il aucun paysage , aurun aspect sur lequel il puisse s'arrêter. Le botaniste y cberc lierait en tain des plantes ; le naturaliste n'y verrait qu'une espèce de gros granit , sans la moindre variété ; l'homme altéré n'y trouverait pas un ruisseau. Malheur au voyageur dont l'essieu se briserait dans cette affreuse solitude '1 ; !
Le rocher d'Armegny m'arrêta pourtant un moment. Il forme un Ilot assez considérable , entre des bois, des prairies et le grand chemin ; ses aiguilles sont dé|H>uillécs et bizarrement découpées. Qui ne peut voir ce rocher pittoresque , peut en prendre une idée en quittant le lac de Urieiine , sur la route de Meringen. Pardonna ces rapprochemensa l'habitude que j'ai de vovager, de comparer. Si je me prescrivais plus de sévérité , mon récit n'aurait |»as le naturel , et mon espril la lilierté qui doivent régner dans ret outrage.
< arhaix est le chef-lieu d'un district. Son plus grand diamètre , de Bol la/ci à Coraj;a , est de |.*> a 16 lieues ; U y a 13 lieues de Motrcff à la Feuillée.
Il se dirise eu 8 caillons , 26 communes : sa p.pulaliou est de J 1,001 iudhidus.
,lr Mariait
( arhaix, Krraës, ou Ken-JMs, est un des points sur lesquels l'érudition bretonne s'est le plus essayée. On a prétendu qu'elle tenait son uoro de la prinresse Ahès , fille de Conan Mériadec , ou du roiUralon. Lllela Ql bâtir , l'enrichit de deux beaux chemins; l'un d'eux menait à Brest , l'autre conduisait a Nantes. On eu voit encore des fragment , nommé* en langue du pays lient-. 4hcs, rherain d\hè*. Le citoyen Corrrt a fait imprimer une brochure dans laquelle il prétend que celte ville est k* chef-lieu des ossismieus. T'était , à son atis , le f'organiiim ou Vorgium de Strabou , de Ptoléroée, de Pilhéas , del'omponius MéU , etc., malgré l'opinion de Cluvérius et d'Argentré.
On a pris keruït pour h* ker4s des anciens, pour la ville d'Is. Aétius , gouverneur des (taules , général de Valenlinien III , en est le fondateur, suivant h) citoyen Corret , dont les recherches sont si précieuses , et sur les ouvrage duquel je |»oumis ici m'étendre, si je ne connaissais son extrême niode>lie. Il mérite des savans et do littérateurs la profonde estime que son intrépidité , que connaissance» militaires lui méritèrent, en Ls(agoe . île tous les grenadiers qni le suivaient , et qu'il guida toujours à la victoire.
Il n'est aucune reclierrbe que je n'ai»- faite pour voir le* bronze* antiques , les médailles, |«-> débris ' de rolonm-s . et W compartiment en marbre dont ou |»arle a Carhaix , hélas ! sans réussite ; et je l ai
(,) Cot.rt Je Uluux J iu,
DISTRICT DE CAMU1X m 17!M.
Montagne et la forêt de Convean , quatre clia(nes I de monticules qui se dominent , sur lesquelles sont placées les belles communes de Sl.-Heniin , de Spézel il de Sl.-llouarzec ; ce point de vue, richement bois»1 , est couronné par les montagnes Noires.
Le sud-ouest est bien utilité ; Cléden , Landcleau, Kerglofl, Chàlcauncur, Colorée, embellissent celte partie du district, que termine la forêt de las.
Au nord , on aperçoit la roule de Morlaix, les contours de l'Aulne au milieu de helles prairies ; la vieille ville de Carhaix , composée de tanneries; la Feuillée , au pied des montagnes d'Ares ; les bois de fjouarmou dans Plounévézct ; la foret de Lréau.Ieboisde Squirioii Jeclod.erdcl'oullaouen, le Huelgoat et les rochers des moulagnes d'Ares , secs, dépouillés et pittoresques.
I-a jolie promenade nommée le Champ-de- Mars , ou de la liaison , est plantée d'arbres bien alignés, qui laissent apercevoir un assez riche point de vue.
A linéiques portées de fusil de la ville est le fameux souterrain sur lequel on a fait des milliers d • contes : c'est la demeure des démons : c'était une retraite où les hommes se retiraient à rapproche de l'ennemi. Ceux qui prétendent l'avoir examiné jadis , ou raconter ce qu'ils tiennent de leurs pères , déclarent qu'on y voyait de grandes portes de 1er , qu'il conduisait hors des murs. Ces murs cernaient alors un espace immense. Les savans y reconnaissent le travail des romains. C'est un aqueduc qui conduisait l'eau d'un champ voisin jusqu'à la \ il le , l'ait par les gaulois , d'une maçonnerie indestructible, comme celle de nos vieux châteaux, de la tour Magne.de la lour de Calais, de celle de Douvres, etc. La partie de cet aqueduc, que j'ai vue, n'a que 2 pieds et demi de large ; il s'évase pcUt-ctreeiis'ap|.rocliaiitdelacommune ( 1 ;.
{•) L'aqueduc dont parle Carobry est »itué sur 1* ronte ilrli, j une puilre Je fu.vil de La ville. Il a io pouces de Lr»r- »ur iS ,'i )d pouce» »«.u» la ilef. H est construit eu l.« ton , furn;r (!r c.ntli>o\ lin»est tic la gi os»eur d un U'iil",
't il un ( :irr i-Dtiqmte de duni et d'uu uble île granit
pulv. ii"-, d..o> lequel le min domine. 11 evl , j linlriieor, it-n lu d nu enduit m rimrnt t\iti;u- d** cliaiix el de brique* gli.v.iciClUciLl puUeii». 'r» (> < enilnit. it parfaitement COO- ».-.■». | . .. punitif pa»«c ion» la pUcc am lo »ti.un> , looge St - An^u-vi, , d vient iiKfiutn- d.m» un cluitip i quelque» pu» de J <-g.i»e lit- l'I'iuguer. l-à m: trouve UU llia»*i< éllorni': <!<• UIJ-
iuuuuic, uc ii < u p.eda vaiic» , cl dauuul il ijmiuciu ,
Quelles rues 1 quelle malpropreté ! La grande rue est entièrement pavée de quartz. Celte pieiTe indestructible , dont les plus lourdes voilures ne peuvent briser les pointes anguleuses, dégarnies de sable , de la terre qui les environnait, fatiguent le piéton , estropient les animaux (2). Beaucoup de maisons enfumées , au-dessous du sol de la rue , recevant ses éconlemens ; une multitude de chaumières abattues , abandonnées ; la pauvreté , la nonchalance el la malpropreté d'une partie des Inbitans , en rendraient le séjour inhabitable, sans l'élévation sur laquelle celle ville csl placée , sans les vents violens qui balaient el purifient l'atmosphère (3). Le caractère général des habilansde cette commune est froid , indifférent ; l'eau-de-vic seule les agile. Placés pour faire nn commerce étendu , au milieu de routes superbes , elles sont désertes , infréqucnlées ; les jardins n'y sont pas cultivés ; on n'y mange , pour ainsi dire , ni fruit ni légumes (4). Ij chasse les occupait avant la révolution ; leurs perdrix célèbres couvraient nos tables à Taris. Ce motif de mouvement n'existe plus, faute de poudre ; el les habitons de Carhaii retombent dans l'apathie des espagnols cl des sauvages (.Y).
Accoutumés aux privations , ils onl peti de peine
colon, dm, 1. terre. f>tte maçonnerie «t frite dn mime béton que l'arjoedoc , et d'asser gro, quartier» de pierre Laignaot djn» le mortier. l*a surface , au ra» de terre, t>t reronverte d'un enduit rti ciment Peut-être ruil-cc un chAleau d'eau, ctl nu lieu pour ?e Ijaignrf.
De* amorce» a»»ti con«i durables de ce même aqueduc se rrorontrent eneore au Mou»toir, a une lieue de Carhati , »ur lj route de I\<>»trnirii ; ce qui détruit l'iJee imite par Camliry qu'il n'etjil omntiuit que pour roi «luire à h Tille le* «jui d'uue murer vr.tmne , d'autant que la porliun qui »e *oit iiuprt » de (ijili.m e»l »ui nu point culminant, cl qu'emaite le rêver» du coteau drvicud r.ipi Icuieni du cote de 1 jlac.
(ij l,c» rue» »i7iil loii^.nrr, daii» le iviènie ctjt, i Teieeptioil de la Mit du P.ivt , «j'ii e»t tu.icii.ljiui»i;e.
\V\ Li inc'iu.- uialpinpfete ri-jiuc loujour» à C.artiaii; l<» rue» »<>nt rouverte» d'urdure» , el le» puie» le, parcourent libreiuiul.
(4 • C"i:»t une erreur. Le» fini:» nout l»on» ;i Carliaii, el le, lé^urtie» iilnuiJju» datiM le» jardin» paiticuliei» ; mai» il o e*ble p..» de judm» de.t.u.» a (ouxûii J la cooioaiuiatioi» du
pullllC.
( j ', I-i petite perdiix si renornn'i'i «le Carliaù, dite TorjtttUr. devient pl.* i^ie J- jour eu jour. La perdrix loupe, b.a.icoup plu» fuite, »'euip:iie de» par^cu el elia»*c liiutte. Il ? i lienti' au» qu'on ne »oj jil piv.que p^» de perdm. lou-ei . «ttjoutd'Uui elle» «oui fuil «.uUjjuUUC». •
district i»f. cimunt m 1794.
j s* procurer le strict nécessaire; If mie île leur irtnps est employé par les haines , les dirigions, la calomnie ; il» se dénigrent , se déchirent ; sons Kobespierre , ils s'égorgeaient.
Le bois manque à présent dans les environs de la tille. Les pierres pour l».iiir sont li'Cs-r.irts ; le granit employé dans les dilléreus balimcns vient ■In environs de «iouriu.
<r qu'ici l'on nomme moellon , est une espèce d ardoisme compacte , eotorce par quelques filtralions ferru^iliriiv-s.
Le tufeau, que l'air décom|>ose , rend IV\térienr de* maison* pareil a ces oi» rages verniimlés dont Je*, architecte* ornent qnclqucl'iiis leur» louldiue* ; il c»l trevraiv. Un le trouvait au»t dan» les enti-
trouvaient par gros bloc» épars dans les campagnes 4e Calac , de Srrigtiac et de fiiierlesquin ; ils ont presque disparu.
On voit ici de larges tables d'ardoises : elles servaient de pierres tombales; ou les tirait des montagnes d'\rès.
|je citoyen Pourre|et-Tre»rret atait rassemblé îles morceaux précieux de la initie de iVullaoueii et decdledu Hnel-o.it. ( equil y a*ail de pluscurieiix dans sa coller lion , était une prime d'atuétliv»|e , ;i cristaux prononcés cl enivrés , mêlés, confondus ater des quart/ tti»uHi»<:s: elle fut troim'c sur le grandrhemin de l'oulrienv. Tettc p i ère a. "i pouces rie long «nr *J et demi il>- hauteur.
I n joli morceau de »< tiorl de t Ji,il>>laudren , ou trome «ne mine de plomb qu'on n'exploite plus.
Ihi fer spathiqne , mêlé de cristal de roche : des pyrites de Chalelaudren.
lie* plombs gris, blancs , ronges , de Poullaonen et du Hurlgoat.
I n beau morceau de plomb colore, couvert de pyrites sulfureuses.
Iles galènes «le toute espèce.
Iles cailloux roulés , à bandes de quartz très-régulières.
IV* plombs blancs stalactites, formés par décomposition ou coloré* par différentes di»»olulions de terres mit mise* , >i(ri<diqu<-> et crista Huées.
I n suj-erbe morceau «n fonnede grotte, a pointe» d a gntlh s , dont l'intérieur conli. nl du plomb
• n m ti uu»t ê UD« drau Unir d* Cm lui i ,* Un;*litrr , rlv.
j blanr stalactite snr du minéral en décomposition , recouvert d'une dissolution de terre cuivreuse et cristallisée : pièce très-précieuse.
Ihi plomb minéral coloré , couvert de pyrites sulfureuses....
Toutes les mes de Carhaix sont à réparer. Les maisons, en général mal distribuées , sont presque toutes couvertes d'ardoises. Ces ardoises se tirent de trois ou quatre carrières du district ; la principale est celle île ttouarantès.
Le chauffage , dans ce pays couvert de bois , est à présent fort cher: les mines ont tout consommé , ou disposent de toutes les coupes.
On ne trouve ni médecin ni apothicaire dans cette commune (ï). \*\ ressources de l'éducation y sont nulles, les arts abandonnés.
L'hôpital militaire se procure avec une peine infinie les objets les plus nécessaires. L'hospice de charité , doté jadis , entretenait quelques incurables : on a supprimé ses revenus ; une vingtaine d infortunés y languissent dans un étal déplora
Ni pompe ni fontaine à Carhaix. On ta chercher de l'eau dans la commune de llougner : celte eau n'est point couverte. Malgré les réparations qu'on tient défaire poar l'entretien de sa source . elle se gâte par des fillralions malsaines. On y elle incommode. Il serait possible de conduire dans la ville l'eau de Saint-Antoine , fontaine qui h "en est éloignée que d'un quart de lieue i .
I*s halles y v»nl en bon état , les marchés bien tenus. Trois grandes foires dans l'année . I j> normands s'y rendaient en foule ; ils y portaient des draps de Rouen, de (jeu , de Falaise, et beaucoup de quincaillerie. On y troinail une prodigieuse
(1 ) l.'l»<ipil*l;r«r**l rtl nutBIrtuat drw»M i p»t I" <i.car» <l« &,ial-l Bomtl l'a oilr rjil.r* :. drui rUçm «m-bI J"rfr» . j..u> ^ té tu UitirortU pfi&riptt, «J«i rUil jap»rj»JO» kroicoop trop p*l.« p*e»r coolcBir Ut B«ml>«euï Buttdr* ■ilil..n« «ju. y toBl llulri. ¥
[. [g ^«1 r..,t. Ub.1 r»..i. <Uu U ».!!#. to m.hen ,W U rur tir* AsgBti'B*- aijrvlrtlr ra «t « qn* dr» boni.
mr* orrs »'j »"Bt B>iyr*. tt d * ill» Br» I r»a y »»» prr>'|»r ti>,. r,ur» ; rorrowpa* . * r»utr ér* imaim 0,110a y j»«te , ou qui . It ■kit.t T prrfipiiral m«iiin,
1^ ntam S,.ot- \o«oror nt ttnp to-dru«o« da D><rig d« I* «.llr prmr r *>rt condaiW , (mm I m*q.w ( .nOn .
J» drprs»n, hb frfjl é» cflirtoarr* ua« (,-•-
DISTRICT DE CARHAII EJI 1794.
quantité de bestiaux , de la cire , de* fils , des pelleteries, des boutiques d'orfèvrerie; tout ce qui peut servir aux usages domestiques des habitans des villes et de ceux des campagnes (1).
Les soldats n'y 4bnt points casernes (2).
On ne peut avoir une maison aussi peu commode, en aussi mauvais étal que celle de la municipalité. La salle d'audience est commune au tribunal et aux officiers municipaux.
Les mendians sont en grand nombre dans Carfaaix , dans tout le district, surtout dans Scrignac et Plounévez.
Passons aux détails qui peuvent Taire connaître ce district en général.
Le climat est sujet aux orages, aux gelées. Le vent de nord-ouest brûle, courbe, déracine tous les arbres. La grêle y tombe fréquemment ; il est rare que les blés et les jeunes plants ne gèlent point an mois de mai. Les chaleurs n'y sont pas excessives; les froids y sont très-supportables. Rien n'égale les variations du ciel et de la température de ce pays. Il produit des seigles , des avoines et du sarrasin , très-peu de froment , point d'orge ni de mil : tous les cantons sont à peu près de la même iécondilé.
Les pommes de terre , méprisées jadis en Bretalagnc, sont cultivées avec succès dans quelques cantons; elles commencent à s'introduire dans le district que je décris (3).
On n'y cultive point de lin ; le chanvre qu'on y sème suffit à peine aux besoins des cultivateurs.
Il y aquelquescidresdansles communes de Cliâteauneuf , de Carhaix, de Cléden et de Saint-Hernin ; en général , on les tire du Faouet et de la Normandie, par Morlaix et Sainl-Bricuc (4).
(i) te* foira de Carhaix n'ont plm U même importance qu'autrefois. De* négociau» de Tour», Angers, Rouen, etc., y Tenaient pour approvisionner U Batte-Bretagne, et des affaire» considérables s'y transitât ; mais les commis voyageurs , en procurant sus marchands ta facilite de se fournir ans fabriques , à toute» les époques , ont ruiné cette foire. Les marchés sut bestiaux sont les seuls qu* soient maintenant bien suivi» à Cerbaix. Les anglais y viennent faire de grands achats.
fi} Une caserne rient d'être établie dans l'ancien curent de» Cannes. Elle peut loger une compagnie.
(i) La pomme de terre forme la base de la nourriture il ci malheureux; cependant les journaliers font condition de n'en point manger dans les bonnes fermes.
(4) Ceci a bien changé; le* en rirons de Carhaix fournissent d'excellent cidre , et jamais il n'en est tiré de 1s Norman»
I*s terres sont ma) tonnes , chargées de pierres. Le tiers du pays est à peine en culture. Il y manque des bras , et le fermier se décourage (6).
Lesmeilleure»teiT£Ssontcellesdoiil la principale commune est environnée, celles de Cléden et de Saini-Herniti ; les plus mauvaises sont celles de Huelgoat cl de Scrignac : elles sont lourdes, aqnaliqins «ton* les fonds, sèches .sur les hauteurs, ("est u u pays de foin ; il est couvert de riches pâturages.
Le climat est lartlif ; on y craint surtout les gelées. Les cultivateur» battent leurs graius avec le fléau. Les fumiers sont tu rinés de landes, de geneLs, de paille , de bruyères, corrompus dans les mares des chemins de traverse. Ou ne dounc point de sel au bétail.
Le pays est garni de chênes , de hêtres et de frênes. Les ormeaux y sont moius fréquens. On y trouve quelques sapins ; les châtaigniers sont rares, les cerisiers assez communs. On fait dans le district une grande quantité de lattes, qui se transportent à Morlaix , à Saiut-PoI-de-Léon , où l'on prend en échange du lin , de la graine de lin , qu'on verse sur Guingamp , sur Pontrieux et sur Lorienl.
Le commerce des bestiaux est le plus considérable du district.
H fournit de bons chevaux , mais d'une petite espèce. Il y avait, avant la révolution , un fort beau haras sur la terre de Kersalaun ; il est détruit, sans qu'on soBgcà le rétablir (6).
Les suifs , le miel, ks cires , les papiers du pays, se portent à Morlaix.
On élève quelques moutons dans les communes de Spézet, de Bérien , de la Feuillée ; pou de chèvres. Les porcs y sont en assez grande abondance.
La forêt de Las nourrit une teUe quantité de loups , de sangliers , qu'ils désespèrent les cultivateurs : ils sont obligés de veiller la nuit dans les
' die. Il n'est pas rare, dans 1rs bonnes année», de *oèr donner nntPbarrique de cidre pour un fût vide.
(5) Le nombre de* landes est effectivement immense dan» le district de Carhaix ; mais leur dcrVichevncnt est à peu prés impossible dan» l'état actuel des choies , comme non» le démontrerons dans notre irconde partie, ta population du district de Carhaix est d'silleurs nue population de pasteurs Ah total, pourtant, quelques arneliorationsse sont cllécluees depnia Cambre ; on s'e»t surtout orrupé de» prairies artificielle». Depuis pimenta années on cultive le trèfle, cl il eéuasit parfaitement. • ••
(fl) Le haras du langontret envoie tous les «te deux été- Ions à Carhaix.
uistiuct Dr cutiim t* 1791.
communes , pour éloigner f« animaux. On trouve daims , des eert» , dm biches , des chevreuils , des bléreauv , des hermines , des belettes et des renard* dans celte forêt : ils n'y sont pins en aussi grand nombre (1). Les malfaiteurs ont de tont trmps choisi cette retraite ; elle les met à l'abri des poursuites de la justice.
Les l»érasses , les canards sauvages , sont trèsrommnos dans le district de Carbaii. On y trouve des cailles et des raies de genêt , mais rarement. L'éperviert la buse, le corbeau , désolent les campagnes ; les lapins y sont trop multipliés , les lièvres en abondance.
Il y a Iwaucnnp d'étangs dans le district; le pins considérable est celui du lluelgoat. On en vante les anguilles superbes , Ires-communes jadis , rares à présent : leur grosseur et leur délicatesse les faisaient rechercher. Les tanches, les truites de ces étangs, sont île bonne qualité.
1rs rivières du district étaient très-poissonneuses ; mais les écoulement des mines ont détruit les brochets , les saumons , les dards , 1rs brèmes et les perches qui les peuplaient ; ils périssent , comme les arbres qui paraient les rivages , et qui sont à présent à cinquante pieds sur les deux rives, dépouillés de feuillages et brnlés jusqu'au rn ur.
Les érouleinens de ces mines font le désespoir des habitans de la campagne ; leur influence est mortelle : les hommes languissent décolorés , attaqués du plomb , de coliques d'entrailles , surtout dans les communes de Lormaria , de Plouié , du liurlgoaL On eût pu remédiera tant de maux en pratiquant des canaux d'écoulement :c'e* taux ingénieurs à décider si cette opération est exécutable.
L'Aulneetl'Hyères sont les principales rivières du district; ellesseréunissent, coulent parUiàiraulin, se perdent dans la baie de Brest ; beaucoup de petits torrenset de ruisseaux se joignent a ces de u v. rivières.
Les mœurs, dans les campagnes, sont à peu près celles que j'ai décrites en pariant du district de Horlaix.
L'habitation du cultivateur est plus misérable
les yourtes de Kamtsrbatka ne sont pas aussi dégoûtantes 2 .
(i) Lra carf. a* m racoatraat dia* «*«• h*** aa« par bâtard i .H y vn^mm <U Ié far* dt Icf
{ « I Il y • 4mw r* •*, m dit Canbrv b*aaca«jr> d'nf*rHiam> l** bd»Mj daiWrwl de Oku ac * f .»»«u»m av*l loyr* 1-ftt-MIMlE PAUT1K.
Le croirait-on ? à la porte de Rome et de Naples , villes qui ne donnent que des idées de grandeur et d'opulence; près du fastueux cardinal Albani, à coté de Saint-Pierre, près du temple de la Sibyle, à Cumes , j'ai vu des cahutes plus affreuses et des hommes plu* malheureux. Orontrastem a toujours bleW; j'espérais qu'une révolution sa-,'»- diminuerait le luxe des palais pour embellir la chaumière du pauvre. Des médians ont tout renversé, tout détruit ; et le mal qn ils tint fait . loin d être utile au malheureux, n'a servi qu'à b> pervertir, à lui ^ » dojj lier des iir«. des lumirs. qu'à l'éloigner delà ♦ siniplirilé qui leroîKnl.iit de ses peines. I, équilibre se rétablira |»ut-ttre: je le souhaite avec ardeur. .Maiï qu'il est dimcilc de redonner au\ lioiwtir-s nu frein, des vertus, des lalcus, quand ils ont connu la licence , quand ils ont bu dans la coupe du crime et se sont enivrés de san*; et de fureurs!
l-eciiltiialeurpauvre.dsusle district de Qrbaix, n'a qu'une nourriture grossière ; il mangr de gros pain de seigle, des bouillies de sarrasin, de blé uoir 3 .
Le costume des hommes varie dans tous les cantons du Finistère et de la Bretagne ; celui des femmes , dans chaque commune. Les cultivateurs sont euxmêmes leurs médecins; le vin, l'cau-dc-iie , ont étéde tout temps leurs principaux remèdes. Plu* le* hommes sont ignorans et simples, plus ils sont entourés de jongleurs et de charlatans : les uns donnent la fièvre , la guérissent en la faisant passer dans un arbre : d'autres prédisent l'avenir , font voir le diable , et lui commandent ; quelques-uns lisent votre destinée dans les arbres ; ceux-ci la voient dans les signes de la main gauche. Je fus curieux de consulter un de ces ma^riens. A force de recherches , je découvris un homme qui , sans études , a pris du goût pour les sciences. Daus un »ovage qu'il fil à Brest, en qualité d élève «alpétrirr, il acquit quelques connaissances en phvsique. Il pra tiquait la médecine depuis l'enfance , à l'aide de qudqnes recettes consenéjesdanssa famille, de père
qa'il Wprctcadl Hr«wcni»|ili.»Li«mt.] loumi nunuiivil mm {*mmi Iran mm*mm» »r>nt plu. pmfm tx fim» raanaod» qar
crl\r% dt la *ill* «W Cjraaii , ov« ftimc* da L*oaajw mtmr.
;V 1 la aoamtor* dr« bibiuo* Ha datrirt d* Cara.il a°cM
m nierai kcaeconp d* crtym dr «riglc, mtt* fortdrW*!, rl le» a* Utl <jo* «Lu» \t* «aaupw.
DISTJÏICT I»K CAIUIAIX ES 179i.
en fils* J'eus avec lui plusieurs conversations : je lus aussi coulent de son esprit que de sa bonne foi, de sa raison, de sa philosophie. Le besoin de lumière le tourmentait ; il se plaignait sans cesse de la négligence de ses parens ; il regrettait de n'avoir pas fait d'études. A sa curiosité, à son impatience, à sa finesse , à la tournure originale de son esprit, je conjecturai que Julien le Menlheour , de la tommune de Plouuévez-du-Faou, eût marqué dans les lettres s'il avait eu dès l'enfance les moyens qui permettent de les cultiver.
D'après vos questions, me dit-il , sont - ce des coûtes ou des vérités que vous voulez que je vous donne ? Je n'ignore pas les grimaces de mes confrères; je les pratique rarement : mais il est des fous qu'où ne guérit qu'avec des singeries. J'ai des recettes réelles ; que voulez-vous ?
Je désire , lui di&-je, de connaître les simples que vous employez , la médecine que vous pratiquez. Chaque pays a sa tradition ; c'est de la réunion de ces traditions que peuvent naître les lumières.
Je voudrais savoir les pratiques de vos charlatans pour juger de l'esprit de vos compatriotes. Vous m'obligerez en me parlant d'abord comme médecin ; en second lieu , comme homme instruit des secrets des faux médecins.
J'y consens , me dit-il ; et j'écrivis sous sa dictée.
Pour le mal qu (l'esquinancie) :
Audiviline, GaMc , Aneladan , On pile le tout avec du vieux beurre ; on l'applique à froid sur le cou (2).
Pour les maux d'yeux. — Onmet delà chelidoinc tremper le soir dans de l'eau de fontaine ou de
(i) En breton, gartnet se dit gamneia ; le grand pUnlain, tihUJan ; le séneçon, baudre , on, par aboi , an auredal. Le* non» de plante* que cite Cambre n'ont donc pat la signification française qu'il leur donne. Nom ne potiron* , do rrate, en donner la traduction ; ce* nom* ont tans douta été estropies comme tout les mou celtiques cités par l'auteur du Voytgt djini ie Fininire.
(a) Ce remède petit être de quelque efficacité au débnl dn nul. L'action du plantain est légèrement astringente et peut opérer la guérison en rraserrant le* Uun», turtoot qaand I rsquioancic te développe ton* l'influence d'noe i ebaude et humide.
du séneçon.
de la garence.
du grand plantain (I).
plaie ; on en lave le lendemain la partie malade (3).
Je ferai remarqueren passant que Matthiole recommande de n'employer cette plante qu'après en avoir diminué l'àpreté dans du lait de femme. L'opinion commune, du temps de Dioseoride , était qu'avec celte herbe l'hirondelle rendait la vue à ses petits.
Pour le mal de dents. — Appliquez une noix sur la dent malade , aussi chaude qu'on puisse la supporter ; le mal se passe , la dent tombe en morceaux (4).
Pour l'endure. - Faites bouillir de la racine de genêt dans une chopine d'eau , et donnez-en le jus au malade (5).
Pour les chancres à la bouche. — Appliquez le cochléaria(G).
Pour les vents et les maux de coté.— On prend le soir , en se couchant, du cerfeuil anisé , qu'on a fait bouillir dans du lait (7).
Pour les rétentionsd'urinc.— Employez la reine des prés ( rouanës ar foën ) , la grande marguerite. On la fait tremper dans du vin blanc ; une ou deux onces suffisent. Pris sans précaution , ce remède fait uriner du sang (8).
Pour la dyssenterie. — Mangez uneondeuxgrarpes de sureau (9).
Pour le mal de jambes. — Du charbon , une poignée de sel, une poignée de suie de cheminée; pilez le tout ensemble ; ou en lait un emplâtre , qu'on applique sur la blessure (10).
Pour les coupures. — On rappe de la deuxième écorce du genêt , on l'applique sur la plaie. On n'a pas besoin de renouveler cet emplâtre (11).
( 3 ) D'après le* expériences de M. Orfila, on doit croire que le »nc de* feuille» de cbelidoineet rextraitdela même p Unir »ont de puiatan* irritant. Ce remède est donc dangereux, et toujoor* activement nuisible dan* le* ophtalmie* caractérisée».
(4) Remcdc tan* effet.
( Le genêt est un purgatif inusité avec raison. Non* ne comprenons paa qnel bon cfTet il a pu, en ancun temps , produire contre l'enflure, * moin* que par ce mot Cambry ne Teoilte désigner la tuméfaction de l'abdomen , par suite de
(6) Ce moyen est avantageas contre le* engorge ■ «*»
ice ulcération de* geneieca; contre les chancre», propreirnt dit», il serait absurde et défectueux.
(7) Remède insignifiant.
(S) Essentiellement i
(9) Effet nul.
(10) Rcsnèc
( 1 1 \ Ce moyen es! bon , couine tou» ceux qui a i
I que par la pression qu'il* reçoivent dn ImnJagc.
M.STHICT l»r CARH1IX Kl 1701.
Poor les meurtrissures. — Elles se guérissent en mêlant a de la verveine pilée une poignée de sel et de blanc dœnf(l).
m mm* potia us aismix.
Si l'animal a bu île l'eau après le soleil couché . ou mangé de l'herbe trop humilie , on lui compose un breuvage d'une petile poiguée de rue , de la même quantité d'armoise , de sahine , de persil r d'angélique, soit domestique, soit saunage, ou d'arhe , qu'on met à froid dans une rhopine de cidre ou de tin ''}).
Pour les maux aux pieds. — ftlez ensemhle une égale quantité de vert-dc-gris et «le salpêtre ;appliqnezee mélange sur la plaie,aprés l avoir posé sur un morceau d'étoupe (3;.
l'our les verrues. — Appliquez-y du vitriol ou de la coupe-rose ; guérissez la plaie qui se forme avec de vieilles feuilles de chêne eo poudre (i).
l'our les chevaux blessés sous la selle. — Lavez avec la spurgée sauvage piléc [S).
Four les chevaux attaqués du poumon. — Mêlez à une demi-livre de sain-doux une once de thériaque; faites bouillir ce mélange dans deux pintes d'eau , et donnez-le chaud à boire à l'animal malade 6).
Chevaux piqués par des clous. — Faites chauffer la grosseur d'un pouce de savon , autant de sain-doux , une égale quantité de résine; mêlez ces drogues, introduisez-en dans la partie blessée '7>-
Contre les piqûresde ser|>ent. — Mêlez , dans du beurre sans sel , une petite poignée de manne romaine , la même quantité de feuilles de pied d'aue , de la deuxième érorce de frêue ; appliquez le tout sur la plaie * .
Tels sont les remèdes qne pratique avec succès Julien le Meulheour dans son district. Il ne faut pas
( t ) Rrmrd* mm rffci.
(i) C* mnedt pru» rite «uplojc t«rc un M>ia>*l »ijt<iorrat . powa loolrfo.. au il or toil poml rrprlr trop .oorrat. Il 4n««Ur«il r..-ni,. Lli ii.nii fuunlr H l'«aiaul rUll M 1,1. fat «i m*\ nourri d hjt.iin Jr.
( J) Lt »crt-4*-gri» ru rtnpUrr» • «aploy.O
toujours méfiriser ces reeetles : elle* sont le résultat de l'expérience. L'homme qui les dédaigne ignore que la médecine de Bohême et de Linnée n'est formée que par un million d'observations de l'espèce de celles que font les gens de la campagne. Tous les médecins des districts de Brest et de I anderneau échouaient contre une épidémie qu'un paysan vient de détruire. Les plus hautes maximes de la morale sont le résultat des proverbes. Qui sait d'ailleurs si ces remèdes, transmis depère en flls, en Bretagne, conservés sans mélanges, ne sont pas de tradition druidique? I* sage examine , et l'ignorant tourne la tète.
Je suis frappé de la simplicité de ces remèdes ; un médecin peut seul juger de leur valeur
Je n'avais eu que la partie sensée de la de ces campagnes , je voulais en connaître les folies.
l'our guérir le mauvais vent , on réunit feuilles de bétoine sans tache, sai telles soient attaquées par des insectes; neuf grains de sel dans un morceau de toile neuve et non lavée; on coud le sachet avec du fil cm. I < tout s'applique au cou ; il ne faut pas oublier un signe de croix sur le paquet, et de donner deux liards ou plus au Saint-Esprit. On les dépose, ou dans le tronc de la paroisse , ou dans la main de M. le curé.
I n homme , un animal a-t-il le pied foulé ? le médecin met de la poussière dans uoe boite : il fait une croix sur la poussière, en disant : au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit. Ante , ante te , super ante te. 1-e malade est guéri , s'il donne
Pour ranimer un cheval fatigué , enfermez-le trois jours dans l'écurie , et donnez six curé.
Tels sont les grands moyens dont le
1rs habitansdes campagnes de Carhaix sont trèshospitaliers. Autant les hommes du rhef-lieu sont dur*, paressr-nx . processifs, autant les cultivateurs sont bons . laborieux et prévenans.
1rs bourgs et les villages ne sont point pavés.
L'eau du district en général n'est pas mauvaise. Les cultivateurs boivent du cidre tant qu ils eu ont, et sans ménagement. Il faut vider une barrique le jour ou I on vient de M percer
La conversation qui règne dans les chaumières porte sur la culture, sur les bestiaux. Bans les veillée», dans le» put de ouït ( feston nos\oa ne
DISTRICT l>E C4RHA1X ES 1794.
parlait que de lutins , que de démons , que de rcveuans. Ces rêveries s'oublient depuis la révolulimi , ainsi que les luttes et les danses.
On m'a parlé deees espiègleries, dont les amours de Gombcaii « I <le Maré nous offrent une peinture m naïve. Dans le> promenades nocturnes, des jeunes gens radiés prenaient des lilles avec des lacets de genêt. Un ne dit pas ce tpii se passait alors au clair de la lune ou dans l'obscurité des coudreUes , dans les chemins couverts, qu'avec inquiétude, qu'avec une douce palpitation les jeunes filles se plaisaient àparcourir.Cesroutesàprésenl retentissent du bruit des armes ; le sifflement des balles et les cris des mourans remplacent les doux sermens , les soupirs entrecoupés , les douces victoires de l'amour. Hommes furieux, imbéciles infortunés , qui n'avez qu'un jour à vivre, ne cesserez-vous pas de le souiller de sang , de l'obscurcir d'un épais nuage iilc crimes et de fureurs ?... (1)
J'ai dit que six grandes routes aboutissent au chef-lieu du district ; elles nécessitent des réparations qu'on néglige (2).
Il est indispensable, dansla commune de Colorée, de réparer le pout Morvan , ou plutôt de le refaire en entier. Les marchandises qui viennent de Morlaix : les déniées que six ou sept communes fournissent aux ouvriers de la mine du lluelgoat ; lo voyageurs et les marchands qui se rendent des t nv irons de Chateaulin dans ceux de Caihaix, se servent de ce pout dangereux , où des hommes pressés par la nécessité , ou conduits par le hasard , se noient trop fréquemment (3).
Le pont de Kergoat , sur la petite rivière de ce nom. expose aux mêmes aecideus. Il sert à la communication de Spézet, de Motrefl' et de Saintllernin , avec le chef-lieu (4).
Le grand chemin de Carhaix au Guerlesquin est détestable. Trois ingénieurs en commencèrent les réparations en 17*3, 87 et 92; elles ne sont pas terminées. Celle roule est nécessaire au grand commerce de bestiaux entre le district de Morlaix el celui dont je vous fais la description. Poiil-ar-Corci sur l'Aulne, le pout de laVille-
(l) Le* chouan* peuétraien» quelquefois ujo» celle partie do lumière.
(»}"l.e§ grande* roule* «onl actuellement en bon eut, « excepte celle de U Feuillre, à laquelle ou travaille.
(3) Le pont Morvau eit dans le même état. En 1S1G, plo- ** Mur* pri*ounri »> «ont noyée*.
(«) lr pool de Kergoat a rte refait à neuf en tSiS.
liasse sur l'Hyéres , un autre pont sur la route de Guingamp , un quatrième sur l'Hyéres , route de Chateaulin, commune de Plougucr, qui facilite I arrivage des objets qu'on débarque au Port-Launay ; le pont Triflen , dans la commune de Cléden , qui mène à Châteauneuf-du-Faou , à Chateaulin , près de celui-ci ; un pout dans la commune de Spézet , qui conduit au Kaouet , à Connu, à LWieut; le pont de Châteaunenf , qu'on passe en se rendant à Gourin , à Coray , à Scaër , à Quimperlé , trèsfréquenté; celui de Pont-roi, dansla commune de Chàlcauneuf, qu'on traverse sur une échelle depuis huit ou dix ans; Pont-ar-Glaou ( pontdecharbon), sur la rivière de Itouanez, sur la route de Chàleauneuf à Chàteaulin , dans la commune de Plounévcz , et tant d'autres, sont tous à réparer, à refaire; ils entretiendraient un commerce très-actif entre les communes du district et les cantons voisins , et donneraient l'existence a «les peuplades qui languissent dans la misère (5).
L'esprit de toutes les communes que je viens de nommer, de toutes celles du district, esta peu près le même. Elles ne s'occupent ni des rois , ni des nobles ; elles méprisent les curés assermentés. Il n'est point decultivaleur qui ne fil dix lieues à pied, la nuit, et dans un temps d'orage, pour joindre un prétK n'Irai taire, pour recevoir sa bénédiction, pour lui donner de l'argent,desdenrécs. Ces prêtres sont cai li.'s dans les forêLs, dans le creux des rochers, dans des chaumières écartées, inquiets, poursuivis, errans, mais satisfaits de leur pouvoii de la vénération qu'ils inspirent, du mal qu'ils fout à leur pairie qui voudrait secouer le joug. Ils sont heureux par l'opinion , par l'imagination , inconcevable enchanteresse . qui métamorphose les prisons en palais , la nourriture la plus grossière eu ambroisie , et les charbons de Saint-Laurent en lils (l • lilas et de rose.
I, - combats poétiq - dont j ai parlé avaieci
lieu dans tout ce district.
La uation bretonne est remarquable par sa piété" pour les morts. On passe des nuits sur la tombe «ie ses parens ; on y verse des pleurs ; on fait de>
(:>) Poiit-ar-Corec cit loujour» en tro-uuuvat* étal. Celui da petit Carluu, aurl'Myèm, el Miitout celui du Roi, rouit de Cuiteauneuf , tont détestable*. Quant aux il eux pool» an confluent de l'Aulne el de l'IUcre» , il* ont rte rrf<in à neuf , .iin.i que le pont TrilTco , cclm de Ctùlcaaneof , Ponl- Pol et Po«l-«r-Gla©u,
DIS1RICT I» (A RM «IV IV 1794.
Mutions de Ijil ; rt, «Uns quelquesranlous, on ceint de guirlandes de fleurs le lien des sépultures . planté d'if», d'aubépine et dp funèbres peupliers.
Ia* manufactures sont en petit nombre et peu considérables. On y trouve deux papeteries, l'une à Laadafaau, l'autre à Saint iïtruarrr : la première a caaaé ses travaux , la seconde les continue.
On fait - gros chapeaux a Carhaiv. Dans
la basse ville de cette cwiuuiuue . ou compte une douzaine de tanneurs (I).
Pas un potier dans toute l'étendue du district, la poterie vient de Guingamp , les pipes et les faïences de Quimperlé.
Les tisserands ne fabriquent que de grosses toiles , qui ne sortent pas du pays.
Les mines de l'oul I. n et du llurlgnat , et les
forêts qu'elles emploient , font la richesse du pa v s.
J'avais le projet de * imiter les montagnes d'Ares, dont on parle, en llrrlagnr, comme des Alpes et des Cordillères ; dont les mu m - , les usages, offrent , dit-on , des particularités singulières. Ijt 27 vendémiaire , je me rendis à la Feuillée.
I -i route de ( iarhaix a cette commune n'offre rien de remarquable. On traverse des champs peu boises : on voyage entre des collines couvertes de taillis ou de bruyères.
(Quatre milliers occupaient |e> lits de la seule chambre de l'auberge de la Feuillée. Je fus forcé de|iasser ta nuit sur un de ces châlits qu'on abandonne aux mcndians, redoutant I affreuse maladie de ces rontrées, n'ayant pour |>orle qu'une échelle couverte d'un gros drap enfumé par des tourbes que j'avais eu le malheur de faire allumer , et que p* fus forcé de faire éteindre , malgré le froid trcsrigoqrcux que j'éprouvais i .
Je m'endormis pourtant , et je me convainquis , pour la centième fois , que l'imagination grossit tous les maux et tous les plaisirs de la vie.
la Feuillée est située sur une colline. Lcsuiaisou* sont de blocs de granit rouverts d'ardoises. Cette commune, pauvre, abandonnée, séparée de tout , au milieu d'un désert , au pied des montagnes d'Ares , contient environ 1,100 hahitans. I* grand chemin de Cariiaiv à Lnnlerneau l.i traverse. I » s terres qui l'environnent sont peu fertiles: elles ne
(OH »»!••<■ um Ijnnrnr i>, ••Kiiui.lr i.l.Ir ruMi* j Sainlc- G«ih«riB* . • nnr lira* Jr Crtuit , ibi U mal* Jr CaUr. fi) fa »n»»j»ur tarit! rtumr s jtrn prr< lo m<mr» iWt- • ralur «Uni Ut -aWij'i <k U I mille*.
sntliseiil pas à la nourriture de leur» hahitans : l'industrie supplée à l'aridité du sol.
On s'étonnera peut-être d'entendre pronoucer le root d'industrie, dans un pays qu'un ancien préjugé dépeint eucore comme sauvage , comme habité par une espèce de brute à figure humaine , qu'où nomme loups des moutagnes.
Ce que je dis est vrai pourtant. Dans les temps reculés peut-être, ce» hahitans, ne s'alliant qu'entre eux, vivant dans buis % 1 1 , •n« . sans rominene , sans •ouiintiuiratiou avec les domines, méritèrent l'idée défavorable qu'on prit de leurs moyens , de leurs facultés et de leurs nui ui - I . ■ ■ oniinen e a tout changé : je m'attendais a voir les hommes les plus bornés du Finistère; je leur ai trouve de la vivacité, du feu; plus d'idée, plus de i.mli s'exprimer en français . qu'aux pj>sjn> de la llrelagne en général.
U vie qu'ils mènent a présent , les courses flQH quentes qu'ils fout dans les Mlles, leurs rapports avec iincmiilliludv <i ■oùkkÎus , iunhn>, dr«rb>|>penl leurs facultés. Je le répète , ils peuvent soutenir le parallèle avec les hommes |e> plus rusés, les plus instruits de la rauqiague. Dans les temps de tnuihle, sous le gouvernement révolutionnaire, ils ont été les colporteurs du pav s ; j|* échappaient à toute rerherche. à toute inquisition.
L'homme le plus pauvre d«*s montagnes d'srès possède un cheval qui le nourrit ; il porte dans le pav s de Léon , à Brest , des lattes , des sabots , du charbon , du sel . des châtaignes et de» pommes , qu'il se procure à tardai v , à langonet, à Chaleauneuf, à Hostrenen , dan» les Cotes-du-Nord. Ces hommes actifs achètent des grain» à Chàtcauncuf, à Carhaii, à Braspars . qu'ils vendent à Morlaix , à Landivisiau ; il» rapportent de ce» communes des fromen», qu'il» ne cultivent point, et versent sur (iourin , sur Scaer, ce qu'ils ne penvenl consommer dans leurs villages. I*ès la |»oinle du jour, ou les voit à cheval courir aux lieux de leur» »péeulation» ; ils ne rentrent souvent chef eux qu'après troi», six ou quinze jour» de courses et de trafic.
On necullive dan.ee» contrées que du seigle, du sarrasin . de l'avoine d'été . un grain qu'il» nomment pilât. pèce d'avoine ou de blé avorté qu 'on ne peut manger qu'en bouillie. \r pilât se sème en germinal et sr coupe a la fin de thermidor. Ou n'en doane point aux chevaux ; ses extrémité» , trop aiguës, pourraient s'attacher a leur gosier et leur rau»er une toux dangereuse: ils le lefuseut et le