‹ Voyage dans le FinistèreChapitre 81 sur 159 · IUŒLRS, USAGES, SUPERSTITIONS , ETC · texte numérisé non relu

IUŒLRS, USAGES, SUPERSTITIONS , ETC

des bergers avaient rappelé les troupeaux aux. stables, personne n'osait plus se hasarder dans le val , car les hommes noirs étaient là qui dansaient. Un soir , cependant, un journalier et sa femme, oubliant la chose , passèrent près du cM~ teau des Poulpiquets, et tombèrent au milieu de la danse. Aussitôt qu'ils les aperçurent , les petits nains firent un grand rond autour d'eux ,. et se mirent à tourner en poussant des éclats de rire si aigus qu on les entendit du village de Coat- Ueur. Le journalier et sa femme se crurent perdus. Déjà leurs genoux tremblaient, et ils recommandaient leurs ames à Dieu, lorsqu'ils entendirent tout-à-coup les Poulpiquets chanter en chœur :

L« y, les bon, Bai sa «rer to gant hon:

les ou , les y , 1!»» »o srcr so gant y.

Laitset-le, taiuerle , ■ Le bâton de la charrue ett arec elle t lame*/* , laiuez*le , Le bâion de la charme ett avec lai.

En effet , le journalier portait le bâton à petite fourche qui sert à nettoyer la charrue. Il ne savait trop encore ce que signifiait ce chant , lorsqu'il vit la chaîne des Poulpiquets se rompre , et ils lui ouvrirent un passage, ainsi qu'à sa femme, pour leur laisser continuer leur route.

Le bruit de cette aventure se répandit dans le pays, et depuis ce temps on put impunément assister aux danses des Poulpiquets, pourvu qu'on eût avec soi le bâton de la charrue.

Deux tailleurs y allèrent par curiosité,et pendant qu'ils regardaient, l'un dit à l'autre:

— Dis donc, Péric, toi qui te prétends sorcier, toi qui sais la langue des vaches et des oiseaux, ferais-tu bieu une ronde avec ces petits démons-là ?

— Pourquoi pas , répondit Péric ; et toi, Jan ?

— Moi , j'irais leur prendre, s'il le fallait, le petit bissac qu'ils ont sur l'épaule , pour voir s'il ne s'y trouve vraiment, comme on te dit, que du crin, des poils et une paire de ciseaux.

— Eh bien , tirons au sort à qui ira le premier.

— Soit.

Les deux tailleurs tirent au sort , et Péric est désigné.

Péric était un petit bossu à crinière rouge, malin comme un écolier , gourmand comme un enfant de chœur, et n'ayant pas plus peur du diable que ne doit en avoir un tailleur. 11 s'avança

donc vers les Cornicanets , tira bien poliment son chapeau, se rentra le cou dans sa bosse pour se donner un air agréable , et leur demanda la permission de prendre part à leurs danses.

— Volontiers, crièrent les petits hommes. Ils élargirent leurcercle pour faire place à Péric,

et commencèrent à chanter en tournant rapidement :

— Di-lun , di-meurz , di-merc'ner.

Lundi, mardi, mercredi.

— Voilà un chant qui ressemble au traquet du moulin , dit Péric en lui-même , c'est toujours la même chose; quand on y ajouterait, H. n'y aurait pas de mal. Il choisit le moment on les Cornicanets prononçaient le mot de di?merc'tter, pour ajouter d'une voix clair:

— Di-ziou a di-rguènner. ^ Jeudi et Fendredî.

— Mat, mat ' bien, bien ), hurlèrent les nains en précipitant leur élan et jetant de longs cris de* joie- comme saisis d'un mouvement d'amitié et de reconnaisauce , tous entourèrent le petit bossu et lui dirent :

— Que veux-tu, tailleur, que veux-tu de nous? beauté, honneurs ou richesse, tu auras ce que tu demanderas.

— Ce que je demande, dit Péric eu riant, c'est que vous aplanissiez s'il se peut la roootagne que je porte sur mes épaules.

— Rien, bien, répétèrent les Cornicanets; et saisissant aussitôt Péric, ils le lancèrent dans les airs, se le renvoyèrent comme une balle, jusqu'à ce que le petit homme, étourdi et rompu, retombât sur ses pieds, beau et leste, avec le dos le plus uni et des cheveux noirs bouclés ruisselant sur ses épaules.

Il se hâta de retourner vers son confrère , qui ne fut pas peu surpris de cette métamorphose, et à qui il raconta tout ce qui lui était arrivé. Jan, enhardi parle succès de l'ex-bossu, s'empressa de se rendre dans la vallée de Goël au moment de la danse des Poulpiquets, et il leur demanda la permission de prendre place dans leur ronde- Les Poulpiquets consentent , et voilà que le hranle coin menée avec le chant accoutumé, accru des deux mots qu'y avait joint Péric :

Di-lun, di-meurz, di-merc'her,

Di-ztou, di-rguenner.

wrciis , rsvcrs , superstitions , ne.

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— Parbleu, |*iwa Jan, il faut que j'ajoute

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politesse comme au bossu.

Et d'une voix éclatante il le met à crier : Di-sadoru a di-sul.

Samedi et dimanche.

L*s Poulpiqui'ts s arr»'lerenl en jetant de grands cris.

— Oh! oh! oh!

— Disadorn a disais répéta Jan.

— Oh! oh! oh! après, après.

— Disadorn a di-tul.

Toi» entourèrent le tailleur avec impatience.

— Aprè», après.

— Disadorn a disul, cria encore une mis le paysan.

Les CornicaoeU n'en attendirent pas davantage.

— Que veux-tu, que veux-tu, honneurs, richesse, beauté?

— Je veux la richesse.

— F.I bien voila, crièrent les petits najns; et, le saisissaut, ils le làoeèrent en l'air comme Péric, le hallotèreot, le rattrapèrent pour le lancer de nouveau. Jan n'en pouvait plus; il criait :

— Grâce, grâce.

— Soil, dirent les Cornkanets; tu as h richesse que tu as méritée.

I* tailleur se trouvait debout; mais, horreur!... il sentit snr ses épaules l'infirmité dont Péric avait été délivré : il était bossu , et une hideuse crinière rouge tombait par mèches sur son front et ses |oues.

Il s'enfuit furieux et épouvanté.

Depuis on sut pourquoi les Poulpiquet* s'étaient montré si % indicatifs» son égard quand il avait prononcé les mots de disadorn et rfisttl. \je% petits hommes noirs avaient cru qu'ils touchaient à l'instant de leur délivrance; car ils sont coodamnés à danser ainsi toutes les nuits autour des pierres druidiques jusqu'à ce qu'ils aient trouvé un homme qui se soit mêlé à leurs rondes et ait répété après les non» de tous les jours de la semaine : a cetu échu er shun ( et voilà la semaine Unie ;. I n instant ils avaient cru que Jan allait remplir cette condition et les délivrer; mais quand ils avaient vu qu'il s'arrêtait en chemin, le dépit, le désappointement les avaient rendu* furieux, et Us s'étaient vtn^s sur le pauvre tailleur.

Depuis , quelque autre plus heureux a ajouté au chaut les paroles voulues, et c'est rr qui fait que les Cortiicanels ne paraissent plus dans nos vallées et que celle de Goél eo est spécialement délivrée.

Nous terminerons par une dernière histoire relative au Poulpiqueis, et que nous empruntons à un roman inédit de M. Dttrrest de Villeneuve , intitulé Le Bandoutier. \x lecteur nous saura grè" de lui faire connaître ce récit charmant dîme dé nos traditions populaires.

• Les Poulpiquets, mes enfans, sont une race

• de petits hommes qui aiment surtout à rire

• de la pauvre espèce humaine. Us sont , comme

• le nul, partout ici-bas, dit messire le recteur . de Rrétiat,cl il faut bien des signes de croix,

• bien des bonnes actions pour éviter ces

■ démons laids , mérbans et déliés comme des

> fouines. Or Jean Cado, qui était un malin et

■ aimé de tout le village, particulièrement i

• cause de sa galté et de sa franchise , Jean (".ado

• le rieur, comme on l'appelait, perdit un jour

• ses bu?uf» à la pâture. Deux belles et bonnet

• bêles, nu 11! achetées dix écus sonnans a la

• foire de la Saint-Martin de Lamballe. Le

■ pauvre homme songea a prier bien dévolteu-

• sèment son patron et le bon Sainî-kd , dont

> la clochette retrouvait tout ce qui s'égarait.

• Ibis le démon est toujours aux aguets d'une

• mauvaise actioo. Jean Cado , en rentrant chez

• lui , après avoir cherché ses bœufs , et passant

> dans la pièce de genêt* , entendit i ses cùlés

• un petit éclat de rire malicieux. Il s'arrcle,

■ se détourne , et ne voit rien. Il continue sa

• marche ; le rire part de nouveau, plus aigu, . plus moqueur. Jean Cado était bon, patient;

• mais la patience peut échapper a Came la

• plus chrétienne. Il frappe de son pen-has

> sur les genêts voisins, tu cri de doujeur en . sortit. Jean Cado n'éuil point poltron; il

• était rieur; mais m galté lui Ht défaut dans

• ce moment -la. In frisson courut dans ses

• veines , quand il se fut assuré que rien ne s« » trouwil sou* i<"* f,nicis qu n n>jn irapjw*.

» Il ne regarda pas deux fois derrière lui

• pour regagner sa maison. Il s'y enferma , et

• eut la précaution , avant de s'endormir , de . poser sur la terre une assiette de bois pleine » de graine de mil, pour que le BoIhiguéauiM . la rcaverUt et fut surpris par le jour à ra-

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