‹ Voyage dans le FinistèreChapitre 82 sur 159 · MŒURS, CSAGES, SUPERSTITIONS , ETC · texte numérisé non relu

MŒURS, CSAGES, SUPERSTITIONS , ETC

» masser le mil éparpillé. Mais le petit homme

• rit en le voyant Taire , et ne s'y laissa point » prendre. Jean Cado,, pendant son sommeil, Ait » poursuivi par les mêmes éclats de rire moqueurs

• qu'il avait entendus dans le champ de genêts, » et il vit clairement celte fois un nain tout

• noir, avec des yeux brillans, vifs comme les » étoiles du ciel par une nuit froide et claire. » C'était un vrai Poulpiquet, un Bolbiguéaudet, ■ le mari d'une ftje!

• — Que me veux-tu, dit Jean Cado, esprit » malin P Ferais-tu pas mieux d'aller à la danse

• avec tes compagnons autour des grosses pierres » que vous avez élevées sur la lande ?

» — Je veux te rendre tes bœufs , Ht le petit » homme noir, avec une grimace plaisante qui » fil rire Jean Cado. J'irai, à la danse après.

» — Merci Dieu! reprit Jean en s'éveillant. » Il s'empressa de regarder l'assiette de mil : » rien n'était dérangé.

» Le jour commençait à percer à travers les » volets. Jean se leva et alla tout compter à » son voisin, Yvonnic Kervern, savant dans l'ex-

• plication des songes. Yvonnic avait travaillé » long-temps comme jardinier chez les moines. » Il tira son lianap de sa bouche , et dit à Jean » Cado:

» — Il te faut aller aux terriers des Poulpiquets , » sur la lande, et prononcer par trois fois :

» Poulpiquets, j'ai perdu mes bœufs, » Ils le les rendront sans faute demain matin » à ta porte.

» Jean Cado n'y manqua point. Le soir, à » la nuit sombre, il se rendit bravement aux

• terriers de la lande , et prononça trois fois les » paroles qu'on lui avait dites :

• Poulpiquets , j'ai perdu mes bœufs.

• Mais comme il était malin , il ajouta :

■ Rendez-les moi ou prêtez-moi les vôtres. » Puis il s'en revint dormir.

» Le lendemain, Jean Cado était éveillé de

• bonne heure. Il entend mugir à sa porte; » le cœur lui bal de Joie. 11 va ouvrir. Deux » vrais bœufs sont là, ruminant et léchant sa

• main avec leur large langue- Mais ce ne sont > point ses bœufs; ils n'ont point de cornes. » Comment pourra-t-il les alleler au joug?

» — Bon, se dil-il; car, je vous le répète, » c'était un homme que Jean Cado qui ne s'affli- » geait de rien. J'ai voulu faire le plaisant

» avec plus fin que moi. Nous verrons qui rira » demain.

. Il logea les bœufs dans son élabk. Le soir,

• il retourna aùx terriers et dit encore :

» Poulpiquets, j'ai perdu mes, bœufs, ren- » dez-les moi avec leurs cornes .leurs yeux, » leurs jambes,^ leurs oreilles, leur beau

• poil fin et rouge taclieté de noir. •

» Après cette espèce de signalement, énumé- » ration indispensable, dans laquelle pourtant » sa mémoire avait omis une chose essentielle,

• Jean Cado s'en retourna joyeux, et le len- » demain il vit à sa porte une belle paire de » bœufs avec cornes, yeux, oreilles, jambes, » poil fin et rouge tacheté de noir. C'étaient

> bien ses bœufs, mais ses bœufs déshonorés «

> car, si beaux jadis, si complets.... , ils n'avaient » pas de queue!.... Deux fois dupe, c'était » trop. Il jura par ses bragoubras que ce serait

> la dernière.

> La nuit venue, il s'achemina encore vers

• la lande. Un voisin, Perron Kerho, le ren-

• contra.

» — Jean, lui fit-il en secouant la tête,

• mieux vaudrait pour vous aller chez messin; » notre curé lui demander une messe, que de

> visiter si souvent les petits hommes de

> la lande. Mauvaise compagnie n'engendre que » mauvaisetés.

» Jean Cado s'arrêta tout court sur cet avis

> qui lui venait peut-être du ciel. Il vida un » pot d'hydromel avec son compère, et prit » incontinent le chemin de la maison habitée

• par messire le curé. La messe fut dite le

> lendemain , et après l'avoir entendue à deux » genoux sur la tombe de l'ancien curé, à » l'entrée du chœur, Jean Cado, se frottant les - mains , s'en alla tout droit à son étable.

» Qui fut joyeux? c'est Jeau Cado. A son

> arrivée, ses bœufs mugirent en tournant vers » lui leurs belles télés pesantes , et battirent leurs » vastes flancs rouges de leurs longues queues.

• Plus de rire moqueur du petit homme » noir. Le Bolbiguéaudet s'empressa de revenir

• peigner et frotter les bœufs de Jean Cado, » comme il y était obligé par sa nature. Leur » poil fut toujours tin et lisse, et ils ne se per-

• dirent plus. »

Mais ce n'est pas seulement aux pierres druidiques que les bretons ont rattaché des idées

, estera , strri:nvriTi<m , etc.

superstitieuses , les fontaines, romme nous l'avons dit, sont encore pour eux un objet de culte. Canbry parle de la fontaine de Bodilis, dont les jeunes filles consultent les eaut pour savoir si elles se marieront dam l'année; on peut citer également la fontaine de Saint-Laurent, près du Fontfaou, qui a la propriété de prévenir les douleurs* et les rhumatismes; celle de Saint- Jran-dti-I^ii^t, qui guérit les maux d'yeux , et mille autres dont il serait trop long de donner les noms, car il n'est presque aucune fontaine antique qui n'ait une vertu quelconque.

Le guy, qui était comme on le sait la plante sacrée des druides , a aussi des pouvoirs particuliers : il préserve de la fièvre, donne des forces pour la lutte , et guérit certaines maladies des animaux. Les bretons l'appellent louzou ar groat { l'herbe de la croix ) , nom qui lui fut uns doute donné par les premiers missionnaires, afin de voiler l'idolâtrie populaire en sanctifiant par un nom chrétien la plante qui en était l'objet.

Le culte des astres a laissé moins de vestiges, mais on en trouve cependant encore des traces. Ainsi, il est peu de nos paysans qui ne fassent le signe de la croix quand ils voient la première étoile monter dans le ciel. 1rs feux de Saint- Jean ne sont d'ailleurs autre chose que les feux qui s'allumaient autrefois aux fêtes du soleil ; on a seulement ristourné la signification de l'usage en lui donnant le patronage d'un saint. • Les (êtes du soleil (dit M. Ilamon , dans un excellent article qu'a publié la Re\ ue de Drtiagne) avaient ordinairement lieu aux deux solstices, quand l'astre remontait dans les cieux , vainqueur de l'hiver, et lorsque, parvenu à son apogée, il s'arrêtait au plus haut des cieux pour contempler son empire. En éteignant . pour le rallumer, le feu de l'autel , on chantait des hymnes en l'honneur du feu. La lete est restée , mais en perdant sa signification primitive* Le feu allumé jadis en l'honneur du soleil a été placé sous l'invocation d'un saint Rté par l'église à la même époque , et la nouvelle religion a ainsi confisqué a son profit les cérémonies de l'ancien culte. • On peut ajouter que Saint-Jean a été choisi de préféreoet k tout autre pour être substitué au dieu du jour, parce qu'une circonstance de sa vie ftvo-

Le

dressé pour son martyre ayant lté éteint par la toute-puissance de Dieu , on pensa que l'on pouvait, en commémoration dé ce miracle, allumer en son honneur les feux qui l'avaient été auparavant avec une autre intention. <>|>en<iant en rendant chrétienne la céréiuouie par la substitution du patron que l'on honorait, on ne la dégagea pas de tous ses accessoires payens. Ainsi la danse en rond qui s'exécutait autour des flammes a la fête du soleil, et qui a» ait pour but de représenter grossièrement le cours des astres, fut continuée autour du feu de Saint- Jean, quoiqu'elles n'eussent plus aucun sens. On ne cesse même pas de condnire les bestiaux près de ces bûchers, et de les faire sauter pardessus les brasiers enflammés , bien que cette cérémonie de purification ne fût plus en rapport avec la féte d'un saint chrétien!'!}.

Du reste, la lète de Saint-Jean , qui se toujours la nuit , préseule dans le spectacle unique. On entend des cris de joie s'élever de tonte part; tous les promontoires, tous les rochers , toutes les montagnes brillent de mille feux allumés en plein air, et autour desquels on toit de loin tourner des ombres. On dirait la ronde des (Aiurils- Ces frux sout souvent allumés parles prêtres, qui parcourent processionnellement les villages avec un cierge Wnit. A Saiut-Jean-du-Doigt , un ange descend du clocher, une torche à la main , et allume le principal feu , qui est formé dans le cimetière Vous rencontrez

autour des feux de

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3KEFRS | tSAGES, SBFERST1TI0SS , ETC.

Saint-Jean. Elles De doivent revenir an logis que lorsqu'elles en onl visité neuf, si elles veulent se marier dans l'année. Cependant des sièges sont disposés autour du brasier pour les aines des parens morts, et une musique bizarre, lormée par la vibration de joncs attachés aux parrois de bassines de cuivre , se lait entendre de toute part. La nuit s'écoule presqu'entière au milieu de cette' étrange et fantastique cérémonie.

A Brest, la Saint-Jean offre une physionomie particulière. Vers le soir, les glacis sont couverts d'une foule d'enfans qui agitent des torches de goudron en leur imprimant un mouvement de rotation. Au milieu de la nuit, on aperçoit ces milliers de lumières qui tournent, scintillent et tombent comme des étoiles sur les arbres du Cbamp-de-Mars. La rade présente uu spectacle non moins curieux: les montagnes qùi la ceignent sont semées de feux de joie qui projettent leurs reflets dans les vagues, et qui se prolongent sur un espace de plus de trois lieues, dans un ordre presque régulier ; on dirait une gigantesque illumination allumée par les génies de la montagne.

Outre ces cérémonies ,qui ont conservé quelques traces d'idolâtrie, il en est d'autres qui appartiennent entièrement au christianisme; de ce nombre sont les pardons. On appelle pardon la fêle patronale d'une église ou d'une chapelle. Un. accordait autrefois dans ces occasions certaines indulgences aux pécheurs qui se rendaient aux offices célébrés en l'honneur du saint, d'où le nom de pardon a été donné à la féte. Les assemblées qui ont lieu sous ce nom dans le Finistère sont généralement fort nombreuses. Les populations rurales y accourent de toutes parts; on dresse des tentes sous lesquelles des tavernes sont improvisées; de longues rues de marchands de fruits, de gâteaux-cuirs, de petits pains blancs, se forment au milieu du pardon. Ces denrées sont étalées par monceaux de quatre à cinq pieds sur une litière de paille. Des aveugles tendent des ficelles le long des fossés et y suspendent des guerz bretons sortant de l'imprimerie de Lédan (de Morlaix), ou de Blot (de Qu imper); ou bien de belles images coloriées avec les légendes à la marge fournies par la veuve itftiné, fabricante de cartes à Nantes. Des normands parcourent la foule achetant les belles chevelures des femmes et des hommes pour des mouchoirs

de Cholet; des loteries de faïence s'établissent contre le mur du cimetière , et les marchands de couteaux à deux sous, cTépinglettes de laiton et de chapelets en os parcourent le pardon avec leur éventaire. Cependant les cloches sonnent pour l'office , les offrandes sont faites au saint patron ; ce sont des poules, des agneaux , du beurre , du fil , du miel , du blé : flous ces dons seront vendus le soir même au pied de la croix, par le ministère d'un marguillier et à la criée. Du reste, les présens ne sont pas toujours arbitraires. Il est certains patrons auxquels on ne peut préseuter que certaines offrandes spéciales. Ainsi Notre-Dame du Relec ne reçoit que des poules blanches; Saint-Herbot, que du beurre, etc.

Après les offices , les danses commencent. L'orchestre, composé d'un hautbois, d'uu bigniou et d'un tambourin, ou à leur défaut dune vielle, est établi sur des barriques vides. Les jeunes tilles, {es yeux baissés, sont assises et rangées sur les fossés du champ où l'on danse; les jeunes gens circulent dans le milieu. La danse bretonne actuelle est évidemment une danse dégénérée qui ne conserve que de faibles vestiges de ce qu'elle était autrefois. Le passe-pietis et le jabadaos ne sont guère que de grandes rondes cadencées auxquelles on a mêlé

passes , quelques ebangemens de main ; mais les traditions conservées par certains danseurs démontrent que ces branles étaient autrefois des danses de caractère. En effet, on voit encore dans les paroisses où les usages antiques se sont le mieux maintenus un chef de file qui conduit la danse. C'est habituellement le plus beau, le plus leste , le plus élégant garçon de l'endroit. Il anime les mouvemens, les règle, marque la mesure et forme les chaînes en marchant en cadence sur la pointe du pied. Tous l'imitent avec soin, tantôt en s'enlevant légèrement, tantôt en retombant lourdement snr l'arène qu'ils foulent C'est ce qu'on ap\^\k peiner à la danse. Cela a lieu surtout dans les aires neuves. Par fois aussi une espèce de grotesque égaie par ses gambades et ses contorsions. Il s'enlève à nne grande hauteur et frappe trois fois de soit pied droit contre son mollet gauche avant d'avoir retrouvé la terre. Ce rôle de danseur comiqae est remplit le plus ordinairement par un tailleur ou un matelot. H est aisé de voir dans tous ces

uuums, rstccs,

«1«4aïK les trace* d'un art soumis a des régie* et a un plan connue no» ballet» modernes. Non» afouterons qae les ruades et le* pane* qui fomirn le fond du passé-pieds et du jabadttos sont v»ns doute an reste des danses sacrée» des celle*, étaient symbolique* et rappelaient les divers luouvemens des astres dan* le

srpmsrmo*s ,

| Si elle était eu deuil , les deux barbes de sa coiffure retomberaient sur ses épaules comme qae l'on voit pendre sur les tempe*

L'une des

les plu*

à ob-

dans les pardons do Finistère, c'est la tarifé des costumes. Ces costume» changent à chaque commune, et souvent plus de cent communes sont représentées dans on seul pardon. AiQ«i,«i tous vous trouvez dans I arrondissement de Morl.iix OU de Brest, vous ver m su rceoovemen I pa>vr sous vos yeux les roscoviies avec leurs vert* , leurs pantalons blanc* , bleu ciel et leurs ceintures ronge* ; les paysans de Sainl-Thégoonec , aux larges culottes noires et plissées, à l'Iiabit du temps de Louis VI V , au grand chapeau tombant sur la y eu s , el à la déuurcbe majestueuse. Plus loin ce seront des laoléaiens portant la ve>te de Sanelle blanche et la culotte violette; des paysans de llouuulmézeau , drapés dans leurs manteaux azuré* dont le petit collet retombe découpé en festons ; des plougaslel* en babils violets et en culottes rouges, ou bien revêtus de leur costume journalier de berlioge (I; bru h avec le capuchon de toile rabattu sur le dos et le bonnet phrygien sur les yeux. Quant aui habillés de toile dont la culotte flolqu'au genou, regardes leurs et leur chevelure ùuve qui tombe en désordre sur leur visage , leur pen-ixis qn'ils agitent d'un air sauvage : ce sont des riverains de Gnisséuy et de Plouguerneau. Dieu vous garde de leur rencontre a l'heure du naufrage. Près d'eux passent des ©ue>sintiu* , dont le roslutne rappelle relui des flamands de Téniers. Maintenant regardez du coté de l'église ou de la danse, loi sont les femmes de Guiclau , » en tables nonnes vêtues de noir et de blanc , et dimt la coiffe e»n|>e*ée et la coleretlr eiifadreul le pâle visage; tout auprès cette rose entant qui porte sur sa tête des ailes de dentelle repliées, s'alougeaul par derrière comme celles d'un papillon endormi , est une jeune aile de Morlaii.

avec une autre jeun»- Il Ile dont les rheveu\ tombent épars, et qui resserre dans un rnrsel de drap orné de ganses roses sa taille vigoureuse, femme , « lie/ qui tout respire je ne sais quelle énergie vitareet puissante, dont les veux noirs brillant comme de» étoiles au milieu d'un visage animé , dont la physionomie à la foi*

lange de force et grare, c'est une tille de Ouessaiit , une descendant»* de la rare primitive non altérée par le> alliances . c'est le dernier type de la femme celle, d<- celle qui animait les guerriers aui combats et réeompenvjit le courage par l'amour. Près d'elle «- trouvent des femmes de l'Ile de lias et de S.iiul-1'ol, reconnaisvatdts à leurs |oue« bruuej et a leur tpfiulo. Puis viennent relies de Sjint-Henari , dont le sehatl e>1 de tulle brodé; celles de l»a»ulas , du l'oulhoo . de |jn-

Dix pages ne suintaient pas pour l'éoumération et la description de ces divers babillemens, et cependant vous n'avez vu encore aucun habitant des montagnes. Tous eeui-ci ap|Kirtirnnent aux arrondissciuens de Brest et de Morlait ; ChJ-

orr\itnc put».

rost urnes aussi différens , aussi pittoresques. Allez au pardon de La Feuillée, deSraer, et vous en jugera. Ici ce sera une femme de Douirnenei avec ses habits éclatons de rouge, de jaune et de violet , son bonnet plat et ses souliers découverts , donnant la main a un keméwotr de Carhaix, au petit chapeau couvert de chenilles bariolées, et au large habit rougeatre à hou- ' lonnieres bleues* Là une fouéuanlaise , droite et souple comme un peuplier, gaie et contente rumine une fauvette . dont les rormes nerveuses

semblent prèles i s'échapper de v>n étrmt corset de \elours, se promené prés d'un jeune homme du HueJgoal dont les braies gauloises plissées

hes, laissant un intervalle duquel sort par crevée* la toile de sa rheini%»- rouw. Au milieu de la foule se promènent les pécheur* d'Aadieriw avec leurs vestes bleues et leurs étroits chapeau de naille, les amers de la vallée de Chi-

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